Art et Beauté

5 Octobre 2021, Auvergne

Pourquoi tant de beauté ?

Et surtout tant de beauté gratuite ?

(C’est ce que je me suis dis ce matin quand j’ai reçu cette photo de ce magnifique coucher de soleil en Virginie)

Un spectacle offert tous les soirs quelque part dans le monde

Il le savait bien le petit Prince pour qui il suffisait de se déplacer de quelques mètres sur sa planète minuscule pour voir un coucher de soleil!

* * *

La beauté

Pour qu’ elle soit complète

doit être non seulement offerte

mais aussi reçue,

Elle n’existe pas sans le regard

de celui qui la contemple !

Le peintre nécessite d’un admirateur

pour que sa toile devienne

œuvre d’art

* * *

Quand nous levons les yeux au ciel

Quand nous contemplons la magnificence du soleil couchant

Quand nous le capturons sur la toile ou sur l’écran

Nous parachevons l’œuvre de Dieu

l’Artiste

Nous la transformons

Et elle devient

Sous notre regard

Art et Beauté

Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains.

Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance.

Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s’entende;

mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde.

Faut-il encore que nous puissions le comprendre !

Des paroles déchirantes

e 30 septembre 2021, Auvergne,

Dernier jour de septembre : le temps était au rendez-vous, le thermomètre est tombé à 3 ! Évidemment, on a allumé le feu….hier soir les voisins faisaient le plein de sacs de granulés de bois … ici, on ne jure que par les poêles à granulés …

Marc 14 : 22-26

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »

Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.

Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.

Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. 

Nous voilà donc devant un autre texte fondateur, non seulement de la foi chrétienne mais de par son usage liturgique à travers les siècles, dans les communautés du monde entier, du christianisme universel au sens le plus large du terme. Alors, il ne faut pas s’étonner que sur ce texte se soient bâtis des pans entiers de théologie chrétienne et donc de polémiques quant à son sens, mais aussi de représentations visuelles plus ou moins artistiques et plus au moins réalistes ( plutôt moins que plus).

Ce que l’on sait en tout cas, si les exégètes se demandent quels ont été les mots exacts de Jésus ( comme par hasard) c’est que quand Marc a rapporté cet épisode, la pratique chrétienne dans les groupes de disciples de faire mémoire de ce moment particulier existait déjà même s’il n’était pas ritualisé. Pour cela, on mentionne la lettre de Paul aux Corinthiens où il leur reproche de se réunir pour faire ripaille au détriment des plus pauvres, et donc de tourner en dérision, ce moment déjà considéré comme si important et sacré.

Je ne veux pas oublier pourtant que dans le texte rapporté, il reste quelque chose du déroulement de l’événement où l’on peut retrouver le regard de ceux qui l’ont vécu sans savoir ce qu’il pouvait signifier, étant donné qu’ils ne réalisaient pas que Jésus, leur maître, allait être livré et crucifié et encore moins allait ressusciter. Mais ce qui me frappe, encore une fois, c’est la sobriété du texte.

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »

Pas de transition avec le texte précédent, pourtant si troublant et si lourd de conséquences, pas de mention ( ici) sur ce qui se passe à ce Judas dont les intentions de livrer Jésus viennent d’être dévoilées à l’intéressé lui-même, l’auteur enchaîne tout de suite avec le récit de la bénédiction du pain… 

Un repas pas comme les autres?

« pendant le repas »

En guise d’introduction ou d’entrée en matière, c’est maigre mais aussi de mise en scène…ce n’est ni au début, ni à la fin… rien pour l’anticiper, sans donner à ceux qui l’entourent le temps de se préparer spirituellement, de se recueillir, de faire une pause…tout le contraire de ce qui se passe dans nos églises quand on en vient à revivre ce moment ( ce n’est pas un reproche ou une critique)…et si l’on en croit les reproches de Paul mentionnés plus haut , les premiers chrétiens n’entouraient pas cet acte commémoratif avec les égards qu’il méritait!

Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna…

Il faut signaler que bénir le pain, le rompre et le distribuer à ceux qui sont autour de soi, par un père de famille ou un maître (prêtre) est une pratique qui s’inscrit dans les rites des fêtes  juives et  n’est pas une « invention » particulière de Jésus. Si Marc ne nous donne aucun détail sur le déroulement de cette bénédiction, on peut trouver sur n’importe quel site du judaïsme, des explications en ce qui concerne le quand, le comment et le pourquoi de ces bénédictions, qu’elles se fassent quotidiennement, le jour du sabbat ou le jour de la pâque juive. Les autres évangiles nous donnent plus de détails sur l’événement et certains donnent à penser que le repas n’était pas celui de la pâque juive (le texte de Jean) quand d’autres celui de Luc ou Mathieu semblent l’indiquer…L’important de remarquer, est qu’il n’y avait rien de hors norme dans les gestes que fait Jésus, sauf évidemment les paroles particulières qu’il prononce…

Des paroles qui choquent

« Prenez, ceci est mon corps. »

D’ailleurs pour attester de la singularité de ce que Jésus dit ici, je cite ce texte (en français, une fois n’est pas coutume!) trouvé sur le site du mouvement massorti en français qui insiste bien sur le sens juif de la bénédiction du pain et du vin qui contraste avec la conception chrétienne: « Ainsi quand nous énonçons la bénédiction dite du pain ou du vin, nous n’opérons pas ce qu’on appelerait un sacrement qui conférerait à l’objet béni un statut suréminent ou sacré. Ce n’est en fait ni le pain ni le vin qui se trouvent “bénis” mais Dieu Lui-même qui est reconnu comme source de bénédiction de sorte que le fidèle qui accomplit la bénédiction prend acte et conscience de la puissance agissante de Dieu dont le produit est en l’occurrence la jouissance du pain et du vin »

( Le mouvement massorti a éditer un siddour à la fois riche en textes et pédagogique. Préface du rabbin Rivon Krygier)

Certainement, les disciples ont dû être étonnés par cette déclaration et ce n’est qu’après que Jésus soit exécuté qu’il s’en sont souvenus et qu’elle ait commencé à prendre du sens…Mais ici, aucun commentaire, aucune réaction, cette sobriété s’expliquant peut-être parce que les personnes à qui Marc s’adressaient, soit connaîtraient les coutumes juives donc n’auraient pas besoin d’explication sur ce type de bénédiction, soit à des non juifs, auxquels ils n’étaient pas nécessaire d’expliquer dans le détail ces rites, le coeur du texte étant les paroles de Jésus….

Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.

Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.

Pour ce qui est du vin, Jésus élabore un peu plus que pour le pain, et donne la signification du symbole de son sang en parlant d’alliance… ce qui l’inscrit tout à fait dans le contexte du judaïsme où la notion d’alliance entre Dieu et son peuple est fondamentale, et le symbole du sang est éclairée par l’histoire de la fuite d’Égypte quand il leur a été demandé de mettre le sang d’un agneau sur le linteau des portes pour être épargné de la mort de leur premier né.

Mais en général d’ailleurs, on peut bien le dire, d’un point de vue anthropologique, le sang versé dans de nombreuses cultures est un symbole fort de vie et de mort mais aussi des liens d’appartenance : on ne peut que penser à toutes ses cérémonies rituelles où un acte d’allégeance est scellé entre les personnes par un pacte de sang.

(On peut aussi penser à ce poème de Prévert qui commence ainsi:

Il y a de grandes flaques de sang sur le monde
où s’en va-t-il tout ce sang répandu
Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule
drôle de saoulographie alors..
.le sang n’arrête pas de couler
Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des matraqués… des humiliés…
des suicidés… des fusillés… des condamnés…
et le sang de ceux qui meurent comme ça… par accident. )

SAUF QUE,

Jésus ne demande à personne de verser son sang ou de se faire « une saignée » pour prouver une allégeance quelconque envers lui ( surtout quand on sait que Pierre le reniera et que Judas a déjà promis de le livrer) c’est lui qui s’engage, c’est lui qui scelle cette alliance envers « la multitude »…. sans qu’il ne lui soit rien demandé à elle, … et il le fait en se donnant totalement, corps et âme : c’est son être de chair tout entier qui est garant de sa promesse. Les disciples n’ont fait que manger le pain et boire la coupe que Jésus leur avait offert sans savoir à ce moment-là la signification qu’il allait leur donner.

Tout à coup l’expression « se donner en sacrifice » prend ton son sens…

Mais la manière dont Jésus le communique, n’est ni ostentatoire ni présomptueux : ce n’est pas par un discours ou une annonce qu’il le fait. En utilisant les symboles du pain et du vin, qui appartiennent aux rites du judaïsme, il fait preuve d’une grande pudeur et d’ un refus de faire valoir le coût de son sacrifice tout en exprimant des sentiments d’amour si forts qu’ils en sont déchirants envers ses disciples et cette “multitude” inconnue!

Jésus révèle son identité profonde

Le Jésus que l’on a vu impatient, pressé, exigeant, distant parfois, capable d’opérer des miracles et des guérisons, de chasser les démons et de tenir tête à ceux qui viennent le confronter, pas sentimental pour deux sous, révèle tout à coup, d’une manière à la fois forte et pudique la profondeur de son amour pour eux « et les multitudes ». Il révèle à ce moment-là son identité de « Sauveur».  Il est celui qui sauve  au prix de….sa vie. Son nom ( Jeshua en hébreu, Dieu sauve » ) colle parfaitement à son identité. En faisant le don total de sa personne sans qu’on ne lui ait rien demandé. c’est un acte volontaire sans attente de retour ou de reconnaissance qu’il annonce. Le mot sacrifice pour qualifier la démarche de Jésus prend toute sa valeur de radicalité dans ses paroles qu’il prononce. Ce n’est pas un acte liturgique (même s’il le deviendra après) On ne peut pas se méprendre sur leur signification même si ce n’est qu’après coup !

Émouvant !

« Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

Jésus insiste qu’il s’agit bien de sa mort dont il parle et que ce repas est son dernier. Il n’y a pas de méprise possible .

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. 

Pas de réaction donc de la part des disciples qui nous est rapporté. Comme il est de coutume pour un repas juif rituel, le repas se termine par un psaume. On reste bien dans le cadre traditionnel d’un rite juif mais avec Jésus au centre . C’est ça qui est l’essentiel et que rien d’autre ne vient distraire. La demande n’est pas faite ici qu’ils revivent ce moment « en mémoire de lui » même si de nouveau, l’affirmation de Paul dans la lettre aux Corinthiens, atteste que ce moment était rappelé au cours des repas célébrés par les premiers chrétiens.

* * *

Ce texte est incontournable dans la révélation de l’identité de Jésus sans pouvoir tout autant en sonder la profondeur. Sa sobriété et le fait que les paroles et les gestes de Jésus y soient présentés sans réaction, sans analyse, sans commentaire mettent en relief la radicalité de ses propos et du symbole qui les accompagne : ce que j’y découvre, ce n’est pas l’origine d’un rite qui deviendra essentiel dans les célébrations des chrétiens, mais le moment sacré où Jésus fait connaître son identité comme le Messie sauveur, le Messie serviteur, le Messie sacrificiel.

Ce qui me frappe, c’est qu’il soit inscrit au cœur du judaïsme ( ce qui ne devrait pas me surprendre !) et ce qui m’émeut c’est ce mélange de retenue quand Jésus parle de son sacrifice en même temps qu’il donne à travers le symbole du pain et du vin, corps brisé et sang versé, une image crue, poignante et réaliste de ce qu’une mort humaine cruelle signifie…avec le corps torturé, vidé de son sang, laissé à mourir lentement, qui est le sort de tellement de victimes de violence et qui sera aussi le sien L’expression que j’avais entendu tellement de fois du « sacrifice de Jésus » cesse d’être une formule suspecte devenue larmoyante à force d’être répétitive, et reprend maintenant tout son sens et tous ses droits dans le contexte de ce repas partagé avec ses disciples la veille de son arrestation.

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »

Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.

Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. »

P.S : la version de Paul dans l’épître aux Corinthiens : « Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné; c’est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain,et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit: Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous; faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. »

Il suffit d un rien

24 septembre 2021

Il suffit de pas grand-chose pour qu’on aille bien,

les rayons de soleil qui pénètrent dans la maison,

les géraniums et les roses qui fleurissent encore,

pas de démarche administrative pressante à faire

pas de rendez-vous médical non plus

rien de cassé dans la maison qui ait besoin d’être réparé en urgence,

pas de courrier auquel il faudrait répondre tout de suite

pas de contrariété en perspective…

une journée sans obligation

sans affolement,

sans imprévu de prévu…

et sans bug informatique !

(Enfin pour l’instant)

Le calme avant la tempête ?

L’accalmie entre deux orages ?

Peu importe !

maintenant, c’est maintenant

aujourd’hui, c’est aujourd’hui

et demain

ce sera demain,

Pourquoi dit Jésus, les amis de l’époux jeûneraient-t-ils

quand l’époux est avec eux ?

Demain il vous sera enlevé, alors à ce moment là

Vous pourrez pleurer…

Mais pour ce moment de grâce,

attendu ou pas attendu

mérité ou pas mérité,

Merci !

De la fascination pour Judas et … autres malfaiteurs

Le 8 septembre 2021, Auvergne

Temps ensoleillé magnifique mais la terre est sèche : les maïs disent les agriculteurs ont besoin de pluie… J’ai ramassé des mûres et on a commandé du bois pour l’hiver : malgré le réchauffement climatique, c’est quand même rassurant le passage des saisons qui lui continue son train tranquillement….et l’actualité ? Début du procès fleuve sur les attentats du 13 novembre à Paris qui a fait 130 morts et plus de 150 blessés.

Marc 4 : 10-16

Il me va être difficile de lire les lignes qui suivent dans ce récit de Marc sans ne pas y surimposer tous les commentaires, analyses et nombreuses œuvres d’art qui ont été faites sur une période de la vie de Jésus qui est au centre de la foi chrétienne : la Passion ( comme on l’appelle) … J’ai la tête peuplée de représentations visuelles, de souvenirs de cérémonies religieuses rythmées à la récitation de formules convenues dans des églises diverses mais aussi de la lecture d’articles polémiques sur le déroulement des événements et leur signification ( sans mentionner leur historicité).

Comment lire ces lignes dans toute leur simplicité et sobriété sans en rajouter, sans penser au sens qui lui a été donné après coup, pendant des siècles et des siècles… Comment faire table rase de 21 siècle d’histoire chrétienne ? Impossible bien entendu ! On ne peut pas le faire même si on le voulait !

En tout cas, ce que je peux faire c’est de me laisser le plus possible porter par le rythme du texte, m’imprégner de toute l’histoire décrite jusqu’à ce moment, lire et relire le pas à pas de ce récit du souvenir qui a été confié à un de ces disciples qui voulaient transmettre le mieux possible, l’histoire de « Jésus, fils de Dieu, » qu’il avait décidé avec d’autres de suivre et de croire.

(quand je lis un roman, je me laisse transporter le temps du livre dans le monde décrit par l’auteur, tant et si bien que j’échappe au temps et à l’endroit dans lequel je me trouve… mais bien entendu, l’évangile de marc n’a rien d’un roman!)

Alors évidemment quand apparaît le personnage, traitre, sulfureux, incarnation du malin, objet de la haine des foules ( surtout pendant les processions religieuses de semaine sainte au Moyen âge) mais qu’on a plutôt voulu chercher à réhabiliter ces dernières décennies…difficile de garder sa neutralité…

Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus.

À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »

Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,

et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”

Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »

Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

Judas Iscariote : le flou de sa motivation

Première fois, me semble-t-il qu’il fait son apparition dans l’évangile de Marc ? mais non …. le fait que je ne m’en souvienne pas au premier abord montre qu’il disparaît totalement du paysage… En fait, il est le dernier nommé sur la liste des disciples au chapitre 3 de cet évangile !

Il en établit douze, pour les avoir avec lui, et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les démons. Voici les douze qu’il établit: Simon, qu’il nomma Pierre;… André; Philippe; Barthélemy; Matthieu; Thomas; Jacques, fils d’Alphée; Thaddée; Simon le Cananite; et Judas Iscariot, celui qui livra Jésus.

Contrairement aux autres disciples où Marc nous donne des informations assez précises sur certains des disciples ( le nom que Jésus leur donne ou plutôt le surnom ) pour Judas, sa présentation anticipe sur la fin du récit car il est identifié comme celui qui « livre Jésus » alors que le lecteur lui ne le sait pas…

(en réalité c’est faux de dire cela car les auditeurs pour lesquels cet évangile était destiné, connaissaient certainement l’histoire de Judas, étant des « disciples de Jésus membres d’une communauté, au courant de l’histoire de la  Passion dans ses grandes lignes…)

L’origine du mot Iscariote est discutée ou plutôt contestée.. beaucoup estiment qu’il s’agit d’un nom qui désigne un lieu d’origine, d’autres qui décrit son caractère et signifierait «  le faux »

« L’étymologie du mot « Iscariote » peut éclairer le rôle et l’histoire de Judas par rapport à ceux de Jésus lui-même. Selon une première explication, le terme se comprend : Ish-Qeriyyot, « homme de Kerioth » (cité du Sud judéen) ; Judas serait alors un disciple originaire de Judée, à la différence des autres apôtres qui étaient galiléens. Une deuxième explication fait dériver le mot de l’araméen ishqarya, le « faux ». Enfin, une troisième voit la matrice du nom d’Iscariote dans le latin sicarii (« sicaires », « hommes au couteau », de sica), terme utilisé par Flavius Josèphe, à côté de lêstai (« brigands »), pour désigner les zélotes : ho Iskariôtès serait la corruption de ho sikarios et, dès lors, Judas serait un ancien zélote. Bien que suspectée d’anachronisme, cette thèse paraît la plus séduisante sinon la plus plausible”

—  André PAUL Encyclopédie Universalis)

En tout cas, ici la présentation de Judas est très succincte et son désir de trahison ( le mot n’est pas mentionné) est présenté dans cette rencontre avec les grands prêtres, sans que l’état d’âme de Judas soit expliqué ni la raison de sa décision ( ce qui permet, bien entendu les extrapolations de toutes sortes) : il relate tout simplement des faits . L’auteur s’attache plutôt à nous montrer la réaction des grands prêtres et met en exergue leur perversion ce qui cadre bien avec le reste du texteet ici ce n’est pas Judas qui leur demande de l’argent ce sont les grands prêtres qui le lui offrent pour le récompenser… pas de 30 pièces d’argent pour vendre Jésus, ce qui fait que ce court texte sur son échange avec les grands prêtres ne permet pas d’expliquer sa motivation pour des raisons de cupidité.

Jésus : le maître de son destin

Tout de suite après, l’auteur passe à autre chose, et nous explique quels préparatifs Jésus a fait pour la fête de la Pâque ( juive bien entendu) .

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »

Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,

et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”

Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »

Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

Les directives qu’il donne aux disciples, ressemblent beaucoup à celles données pour son entrée à Jérusalem sur un âne dans leur précision et montrent bien que  c’est lui qui a pris l’initiative de chercher un lieu ( comme il l’avait fait de trouver un âne) pour qu’ils se réunissent sans qu’on nous raconte comment il l’a fait et les disciples sont simplement envoyés à mettre en œuvre ce que lui même a anticipé et a préparé. Il a certainement quelque chose derrière la tête qu’il veut faire ou dire au moment de la Pâque. C’est un acte délibéré, une mise en place d’un scénario qui montre de la part de Jésus une maîtrise totale des événements à venir, tout le contraire d’une victime impuissante devant sa « Passion ». Contrairement au sens latin étymologique du mot (en latin « pati» ou pathos en grec) qui désigne une souffrance subie , c’est Jésus qui prend l’initiative des derniers moments de sa vie. Et la mention plus haut de l’accord entre Judas et les grands prêtres, montre bien le fait que Jésus était au courant ….a-t-il choisi ce lieu particulier en pensant à son arrestation prochaine ? Qui le dira…

Et nous ?

En tout cas, on est là au seuil d’actes, d’événements et de paroles prononcées par Jésus qui deviendront les fondements de ce qu’on appelle aujourd’hui le christianisme sous toutes ses formes et dans toute sa diversité. Judas réapparaîtra, un peu plus tard avec la même sobriété …. et l’évangéliste ne fait pas ce que les médias ont finalement compris après les attentats du 13 novembre dont le procès vient de s’ouvrir aux assises de Paris : on ne fait pas un héros d’une personne qui a commis un crime au dépend de ses victimes innocentes… on n’en fait pas un monstre non plus…

Nos médias dans leurs reportages auraient beaucoup à apprendre de la sobriété du rédacteur de l’évangile de Marc et la littérature prolixe sur le personnage de Judas devrait nous alerter sur notre fascination pour les « méchants » car c’est cette fascination qui alimente leurs rubriques même si on préfère les blâmer pour être le miroir grossissant de nos désirs pervers inavoués

Contrariété

le 15 septembre, 2021, Auvergne

Contrariété

Une journée d’automne qui s’annonçait sereine commence par une contrariété qui me met dans tous mes états : un document sur lequel je travaillais apparaît tronqué de nombreuses pages et je n’arrive pas à en récupérer la version complète. Moralité, heures de créativité perdues qui ne sont pas remplaçables ni non plus récupérables…

Alors quelqu’un de plus avisé que moi pourrait probablement la récupérer cette version précédente dont j’ai dû sans le savoir effacer tout un tronçon…mais je ne peux que compter sur moi aujourd’hui et mes recherches sur la section « help »du logiciel n’aboutissent à rien … sauf que je me rends compte que je ne sauvegardais pas de backup au fur et à mesure que j’écrivais…donc je coche cette option pour la prochaine fois.

Comment se reprendre en main après ça ? Toute ma journée me semble foutue !

Les ratés de l’informatique ont le don de vous faire perdre patience… autrefois c’était un outil qui se cassait qui nous mettait en rogne, maintenant c’est l’Internet qui ne marche pas, un nouveau logiciel qu’on ne sait pas utiliser ou qui est défectueux… Il y a de quoi en perdre son latin ( disait-on autrefois) : les outils informatiques sont difficiles à manipuler et il semble qu’au lieu de se simplifier, ils deviennent de plus en plus complexes. Enfin pour ceux qui ne sont pas des pros de la programmation!

Mais j’ai bien dit bien contrariété, pas tragédie, pas drame…pas de quoi fouetter un chat.

(intéressant que me revienne cette expression qui aujourd’hui serait censurée au nom de la lutte contre la cruauté aux animaux…)

Après tout, c’est l’automne, la saison de la douceur, sans les excès du soleil brûlant ni le froid glacial de l’hiver. Il suffit de sortir et de se promener pour se sentir enveloppé de la bienveillance discrète de sa présence.

Alors vraiment, pourquoi se laisser démonter par un bug informatique!

Le Psaume: terre sacrée

le 23 novembre 2020, la Virginie,

Semaine de la fête de Thanksgiving, pandémie, rumeurs post-élections, guerre en Éthiopie, manifestations en France contre la loi de sécurité etc…. etc…la roue tourne…

De la valeur des psaumes

Rien de mieux que de commencer la semaine avec un psaume. Je ne sais pourquoi j’aime tant les psaumes … pourquoi ils me parlent autant.

Est-ce parce-qu’ils sont des textes sacrés que je les aborde avec une anticipation et une attente particulière comme le font tant de croyants avant de lire leurs écritures ?

Est-ce leur familiarité qui leur donne cette saveur bien caractéristique du mets que l’on déguste avec un plaisir renouvelé d’autant plus qu’y est associé une myriade de souvenirs et de moments inoubliables ?

Est-ce que les mots ont acquis cette patine du temps qui couvre les objets anciens et leur donne ce lustre cuivré, poli par l’usage répété de ceux qui nous ont précédé dans cette longue lignée d’ancêtres de la famille des croyants ?

Ou est-ce parce qu’on y entend le cri de l’humanité toute entière qui au milieu de ses joies et de ses peines se tourne vers des cieux qui ne seraient pas vides…

En fait, c’est cela qui me touche

Ce lieu privilégié de rencontre

entre la terre et les cieux

entre Dieu et l’être humain,

où l’on entend autant la voix de Dieu que celle de l’homme

Terre sacrée

Que celle du psaume

* * *

Psaumes 103:1 De David.
Que tout mon être loue l’Éternel!

Que tout ce que je suis loue le Dieu saint!

Que tout mon être loue l’Éternel,
sans oublier aucun de ses bienfaits.

Pause

Avec ça on a de quoi méditer toute une journée…

Tout ce que je suis, tout mon être...

Ça me rappelle le premier commandement «Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée »

Il n’y a de place pour rien d’autre…

Aucune autre pensée que celle-là

Il n’y a de place pour personne d’autre

aucune autre personne… aucun autre être

Personne d’autre n’est digne de recevoir les louanges de tout notre être,

De recevoir toute notre admiration, toute notre dévotion, toute notre loyauté

Aucun homme, aucune femme, aucun enfant,

Aucune idéologie…

Et surtout aucun des grands de ce monde,

présidents, premiers ministres, rois, reines, empereurs,

papes, popes, pasteurs, patriarches, rabbins, imams, Dali lamas etc.…

Aucun

Que tout mon être loue l’Éternel!
Que tout ce que je suis loue le Dieu saint!


Dieu est premier en tout,

C’est le pilier de notre sécurité

C’est le pilier de notre sérénité

C’est le pilier de notre liberté

Après, on peut regarder le reste…

Les vicissitudes du quotidien, notre lot de déceptions et de préoccupations,

Nos espoirs et nos désirs du jour,

Nos indignations et nos colères aussi

Mais rien ne peut entamer

Cet élan premier

Que tout mon être loue l’éternel,

Et le second qui renforce le premier

Sans oublier aucun de tes bienfaits

et comme c’est Thanksgiving c’est l’occasion de les égrener

Mais ça risquerait d’être long

Alors ce sera pour une autre fois

Mieux vaut s’arrêter là

Psaumes 103:1 De David.
Que tout mon être loue l’Éternel!

Que tout ce que je suis loue le Dieu saint!

Que tout mon être loue l’Éternel,
sans oublier aucun de ses bienfaits.

Le sexe des anges ou le Dieu vivant?

le 12 juin 2021,

“Je suis le Dieu des vivants””

C’est bientôt l’été mais c’est aussi le temps des coquelicots…ils sont vraiment magnifiques et on a envie d’en faire des bouquets…mais malheureusement ils ne tiennent pas : dès qu’ils sont cueillis ils meurent ! Et pourtant dit Jésus, Dieu les a habillés mieux que ne le seront jamais les grands de la terre, alors pourquoi vous préoccupez du lendemain…

Marc 12 : 18-25

Du sexe des anges ?

Tout le monde connaît l’histoire des discussions sur le sexe des anges…il a fallu que je me rafraîchisse la mémoire pour me rappeler des détails : on est à Constantinople en mai 1453, la ville est assiégée par les turcs et pendant ce temps -là les théologiens du moment discutent du sexe des anges….et évidemment la ville tombe entre leurs mains ( des turcs… pas des anges!)

Même si à l’époque, Jérusalem n’était pas assiégée ( elle était déjà tombée entre les mains des romains) la discussion qui suit dans cette partie du récit de l’évangéliste me fait penser à ces discussions oiseuses et futiles qui pourtant enthousiasment beaucoup et qui non seulement ne servent à rien mais pire encore détournent les gens de l’essentiel. Les auto-nommés théologiens sont les rois dans la matière, surtout pour ce qui à avoir avec la mort et l’au-delà (qui fascine car il restera toujours une part de mystère) et gare à celui qui ne croit pas exactement comme eux, il sera tout de suite mis dans la catégorie des hérétiques, cette catégorie qui perdure de nos jours même si on ne les brûle plus au bûcher. Mais rien de nouveau sous le soleil, les chrétiens d’aujourd’hui et d’hier ne sont ni les derniers ni les premiers à déblatérer sur des sujets stériles…

Les sadducéens, qui disent qu’il n’y a point de résurrection, vinrent auprès de Jésus, et lui firent cette question:

Maître, voici ce que Moïse nous a prescrit: Si le frère de quelqu’un meurt, et laisse une femme, sans avoir d’enfants, son frère épousera sa veuve, et suscitera une postérité à son frère.

Or, il y avait sept frères. Le premier se maria, et mourut sans laisser de postérité.

Le second prit la veuve pour femme, et mourut sans laisser de postérité. Il en fut de même du troisième,

et aucun des sept ne laissa de postérité. Après eux tous, la femme mourut aussi.

A la résurrection, duquel d’entre eux sera-t-elle la femme? Car les sept l’ont eue pour femme.

Jésus leur répondit: N’êtes-vous pas dans l’erreur, parce que vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu?

Car, à la résurrection des morts, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges dans les cieux.

Pour ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu, dans le livre de Moïse, ce que Dieu lui dit, à propos du buisson: Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob?

Dieu n’est pas Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes grandement dans l’erreur.

Après avoir été incapables de faire tomber Jésus dans leurs pièges, venant à la suite des représentants des sacrificateurs, ce sont maintenant les sadducéens qui prennent la relève ( intéressante la note de l’évangéliste qui doit savoir que ses auditeurs/lecteurs ne savent pas qui ils sont et donc explique qu’ils ne croyaient pas en la résurrection ce qui permet aussi d’anticiper la mauvaise foi de la question …une vraie note d’auteur ! ) Ils viennent non pas pour le piéger à proprement parler, cette fois-ci, mais se moquer de lui et de ses croyances (et celles des pharisiens en l’occurrence ) en utilisant un type d’argumentation qui ridiculise les idées d’autrui, en poussant leurs affirmations à des extrémités qui la rendent absurde.

Ça me fait penser à tous ces raisonnements nuls que l’on utilise pour prouver que Dieu ne peut pas exister et que s’il existe ile ne peut pas être Tout Puissant ! Ce qui me vient à l’esprit est celui qu’on entendait dire quand j’étais jeune… Si Dieu existe et est tout puissant alors pourrait-il créer un rocher tellement grand qu’il puisse l’écraser ?

(Maintenant que j’y repense, je me rends compte à quel point c’était bête mais je me souviens aussi à quel point ceux qui avançaient ce genre d’arguments se croyaient intelligents…bref… c’est du même ordre)

Pour mieux comprendre leur question et leur attitude, il faut se souvenir qu’ils faisaient partie, socialement parlant de l’aristocratie étant donné semble-t-il qu’il étaient considérés des descendants du grand prêtre, une appartenance à une caste religieuse certainement prestigieuse. Les détails qu’ils donnent en allant jusqu à 7, un chiffre symbolique montrent le plaisir qu’ils ont à présenter leur argumentation et ajoute au ton moqueur sur lequel est présenté leur question. Jésus les attaquent donc sur les deux fronts qui selon eux faisait leur grandeur.

(La réponse de Jésus, il faut le dire sur le fait qu’il n’y ait pas de mariage dans l’au-delà a donné lieu aussi à toutes dsortes d’interprétation :j’ai entendu citer ce texte par des gens qui voulaient à tout prix justifier un divorce arguant que comme il n’y aura pas de mariage dans l’au delà, donc le mariage ne compte pas, ni non plus la différence sexuelle )

Évidemment, le plus important, c’est la dernière remarque que Jésus fait sur Dieu, qui est d’une beauté à vous en coupler le souffle…à propos d’une question bidon, inutile et ridicule, il rappelle à ceux qui l’entoure qui est le Dieu d’Israël

Pour ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu, dans le livre de Moïse, ce que Dieu lui dit, à propos du buisson: Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob?

Dieu n’est pas Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes grandement dans l’erreur.

Il cite directement la Torah et ce passage magnifique de la rencontre emblématique entre Dieu et Moise, où Dieu révèle qui il est . Jésus montre qu’il est un théologien de première classe et pas un homme ignare qui vient du petit patelin de Nazareth, mais qui est au niveau des érudits de la grande et prestigieuse ville de Jérusalem en les ramenant aux fondements de la religion juive… la nature de leur Dieu.

Chapeau !

Et il semble que parmi les spécialistes qui l’écoutaient, il y en au moins un qui a apprécié sa réponse ( un scribe nous dit-on) et qui va lui poser une autre question, pas pour le piéger ni non plus pour le mépriser ou se moquer de lui cette fois-ci, mais parce qu’il cherche à apprendre de cet homme qui a forcé son admiration….Et la discussion qui va suivre aura un ton très différent : elle sera un vrai dialogue un vrai échange entre deux personnes sincères et honnêtes …

Un des scribes, qui les avait entendus discuter, sachant que Jésus avait bien répondu aux sadducéens, s’approcha, et lui demanda: Quel est le premier de tous les commandements?

Cette fois-ci Jésus va se prêter au jeu sans arrière pensée et répondra directement à sa question…mais ce sera pour la prochaine fois…

* * *

Il y a beaucoup à apprendre de la méthode Jésus , pour ceux d’entre nous qui avons à défendre notre foi, qui sommes souvent interpellés pour nos croyances et qui nous nous trouvons volontairement ou involontairement engagés dans des discussions religieuses surtout avec des gens de religions différentes, ou de tradition chrétienne différente…

L’essentiel semble-t-il est de pouvoir discerner l’intention de l’interlocuteur, ce qu’il y a derrière la question qu’il pose…y- a-t-il une recherche réelle de la vérité ou un désir de piéger et de polémiquer pour polémiquer ? Comment ne pas entrer dans des discussions vaines et inutiles et couper court à ces débats sans fin sur l’existence de Dieu ou la Trinité ( ou la question de Marie entre protestants et catholiques) ou de qui sera sauvé, mais surtout de qui ne le sera pas… comment ne pas se laisser piéger par ces discussions où l’on essaie de satisfaire son ego en voulant à tout prix convaincre à coup d’arguments plus ou moins valides son adversaire plutôt que de l aider à découvrir qui est Dieu ?

Jésus démontre que débattre, ce qu’il ne refuse pas de faire, est un art que lui manie avec brio parce qu’il ne met pas son ego au centre… Il va détourner ses interlocuteurs et ceux qui l’écoutent des discussions inutiles dans lequel on veut l’engager en les recentrant sur l’essentiel :

Dieu n’est pas Dieu des morts, mais des vivants.

Vous êtes grandement dans l’erreur. !

À ça, il n’y a rien à ajouter !

Béatitudes (suite)

Le 8 juin 2021, Auvergne,

Maître nous savons que tu ne juges pas selon les apparences…

Même les détracteurs de Jésus lui reconnaissaient cette qualité, cité dans l’évangile de Marc quand les scribes sont venus le flatter pour mieux le piéger après…

Ce qui me fait me rendre compte encore combien, moi je juge selon les apparences…

A quel point mon regard sur les autres est encore entaché du milieu dans lequel j’ai été élevée,

La manière dont les gens s’habillent, dont ils se tiennent à table, s’ils sont beaux ou s’ils sont moches, s’ils sont trop gros ou trop maigres, la manière dont ils s’expriment, l’accent qu’ils ont ou qu’ils n’ont pas, le vocabulaire qu’ils utilisent et les idées qu’ils professent, leurs connaissances, leur réussite universitaire, professionnelle ou même familiale … et bien d’autres choses encore…

Bref,

Tout, sauf ce qui compte vraiment…

Il faut constamment revenir aux béatitudes, pour se remettre les pendules à l’heure,

Ça sert à ça aussi les béatitudes….

Heureux les pauvres en esprit,
car le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
Heureux les affligés,
car ils seront consolés.
Heureux les affamés et assoiffés de la justice,

car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde
Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux les persécutés pour la justice,
car le Royaume des Cieux est à eux.

Se souvenir de ce qui compte vraiment sans oublier la fin :


Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie de toutes manières à cause de moi.
Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux.

On a du pain sur la planche !

Béatitudes, vraiment?

7 juin, 2021, Auvergne

( Il fait frais et humide, on a rallumé le feu!)

Aujourd’hui, lundi 7 juin, la lecture du jour est un des plus beaux textes de l’évangile, on l’a appelé la carta magna du christianisme. Un texte de bénédiction qui nous inclut tous ou plutôt qui inclut toutes les personnes de bonne volonté, tous les « justes », un beau terme que les juifs ont donné à tous ceux qui avaient sauvé la vie de membres de leurs familles au temps de la Shoah, dont beaucoup ont payé de leur vie et de celles de leurs proches pour leurs actions héroïques.

Les traductions varient et on peut en préférer une plus qu’une autre mais c’est avec grand plaisir qu’on les relit car qui ne trouve pas dans une béatitude, un réconfort, un baume, une consolation, un encouragement pour poursuivre ce que nous savons tous est bien et bon. Ce texte qui met en exergue ce qu’il y a de plus noble dans l’être humain nous rappelle en même temps que le Dieu qui existe, lui aussi est du côté du bien, de la justice et de la paix et que si l’Histoire est entre ses mains, oeuvrer et désirer la justice c’est être du bon côté de l’histoire…

Heureux les pauvres en esprit,

car le Royaume des Cieux est à eux.

Heureux les doux,

car ils recevront la terre en héritage.

Heureux les affligés,

car ils seront consolés.

Heureux les affamés et assoiffés de la justice,

car ils seront rassasiés.

Heureux les miséricordieux,

car ils obtiendront miséricorde.

Heureux les cœurs purs,

car ils verront Dieu.

Heureux les artisans de paix,

car ils seront appelés fils de Dieu.

Qui ne voudrait pas être, pauvre en esprit, qui ne voudrait pas avoir le coeur pur, être artisan de paix, qui ne voudrait pas être passionnés de justice, ou miséricordieux pour recevoir tous ces bénéfices : le Royaume des cieux, la terre en héritage, voir Dieu, être appelé de ce beau mot de « fils de Dieu » sans mentionner de pouvoir être consolé quand on pleure et qu’on est affligé. N’importe qui est prêt à recevoir cet enseignement, à faire sienne ces valeurs nobles, à vouloir écouter et suivre quelqu’un comme Jésus…

SAUF QUE, SAUF QUE….

Après ça se gâte…d’ailleurs souvent on ne va pas jusqu’au bout du texte, on préfère s’arrêter en chemin…après la liste des récompenses/bénéfices que l’on reçoit, le texte prend une toute autre tournure

Heureux les persécutés pour la justice,

car le Royaume des Cieux est à eux.

Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie de toutes manières à cause de moi.

Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux.

Ces dernières déclarations, on pourrait s’en passer (d’ailleurs on s’arrête souvent avant la fin car il y a tellement à dire sur ce qui précède que l’on peut esquiver les dernières béatitudes ). Tout à coup, l’idée de bénédiction prend un virage radical…on a plus envie du tout d’être béni ! Tout à coup, ce fameux évangile de la prospérité ne colle plus, on ne peut plus faire du racolage en promettant aux nouveaux prosélytes toutes sortes de bonnes choses pour les encourager à joindre le mouvement…et ce n’est plus sur terre qu’on nous promet des bénédictions, c’est dans l’au-delà…

Heureusement, Jésus n’est pas venu seulement pour les chrétiens confortables et repus que nous sommes souvent, gâtés et jamais contents, en voulant toujours plus, il est venu pour les autres aussi, ceux qui sont persécutés, pour ces justes qui dans les époques sombres de Shoa qu’elles soient juives ou chrétiennes souffrent à cause de leur engagement et de leur foi….(et puis pour nous aussi qui ne savons pas quand viendra notre tour de marcher dans l’ombre de la mort)

Heureusement, Jésus lui ne nous ment pas et ne nous fait pas de fausses promesses mais nous prévient que le suivre  encourt des risques et peut-être dangereux ….

Heureusement!

Mais quand même «  être dans la joie et l’allégresse », quand on nous insulte et on nous calomnie, c’est beaucoup demander !

Je préfère moi aussi méditer sur le début !

Je suis le Messie

le 20 avril 2021, la Virginie

Marc 11: 1-11

( Alors qu’on s’apprête de nouveau à retourner en France je n’y comprends rien avec ce qui se passe avec le coronavirus là-bas …ça n’en finira jamais cette histoire…)

Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem, et qu’ils furent près de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne des oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples,

en leur disant: Allez au village qui est devant vous; dès que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est encore assis; détachez-le, et amenez-le.

Si quelqu’un vous dit: Pourquoi faites-vous cela? répondez: Le Seigneur en a besoin. Et à l’instant il le laissera venir ici.

les disciples, étant allés, trouvèrent l’ânon attaché dehors près d’une porte, au contour du chemin, et ils le détachèrent.

Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent: Que faites-vous? pourquoi détachez-vous cet ânon?

Ils répondirent comme Jésus l’avait dit. Et on les laissa aller.

Ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et Jésus s’assit dessus.

Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d’autres des branches qu’ils coupèrent dans les champs.

Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père! Hosanna dans les lieux très hauts!

Jésus entra à Jérusalem, dans le temple. Quand il eut tout considéré, comme il était déjà tard, il s’en alla à Béthanie avec les douze.

Un épisode bien connu, avec tous les titres qu’on lui a donné, l’entrée triomphale à Jérusalem et qui est devenu, dans la liturgie « le dimanche des rameaux », tellement connu qu’il a été l’occasion de nombreuses représentations qui suscitent dans notre esprit des images multiples qui risquent d’obscurcir le texte…La rançon de la gloire : le rite qui fait revivre des milliers de fois un événement basé sur une réalité historique, le transforme en autre chose, lui donnant une dimension mythique allégorique qui finit par nous faire douter de son authenticité.

Un événement à contre-courant ?

Autre épisode qui arrive sans crier gare sauf, la localisation : on était en marche vers Jérusalem où Jésus a annoncé qu’il serait fait prisonnier et qu’il mourrait, ce qui est encore difficile à croire, et finalement maintenant, on est arrivé dans ce lieu fatidique.

Il y a peu d’événements dans le récit de Mark où l’on voit Jésus prendre l’initiative de « faire quelque chose » de précis. S’il est évident qu’il se sait et se veut en mission, qu’il décide où il veut aller, et qu’il est en général celui qui dicte sa volonté à ses disciples qui le suivent, on le voit souvent interrompu et approché par la foule qui le presse et dont il essaie quelquefois de s’échapper. Le récit est une série de rencontres et d’échanges à la fois avec des personnes demandeuses et des personnes qui le remettent en cause. C’est à l’occasion de ces rencontres bien souvent qu’il n’a pas sollicitées qu’il prodigue ses enseignements aux disciples et à la foule qui le suit de près ou de loin.

Dans cet épisode, on voit Jésus prendre une initiative qui semble ne pas être en cohérence avec ce qu’il enseigne : il veut entrer dans Jérusalem, pas à pied, mais assis sur un ânon, nous dit-on. Il y a une véritable mise en scène de sa part : il a tout prévu, il a déjà demandé à quelqu’un de lui prêter l’animal sur lequel il va s’asseoir et il donne l’ordre à deux de ses disciples d’aller le chercher.

Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem, et qu’ils furent près de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne des oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples,

en leur disant: Allez au village qui est devant vous; dès que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est encore assis; détachez-le, et amenez-le.

Si quelqu’un vous dit: Pourquoi faites-vous cela? répondez: Le Seigneur en a besoin. Et à l’instant il le laissera venir ici.

Cette partie de l’histoire s’inscrit bien dans les coutumes de l’époque : on pouvait emprunter un animal de somme pour transporter des biens ou des personnes et promettre à son propriétaire de le lui rendre après l’avoir utilisé, ce qui était réglementé dans les lois juives. L’emprunt pouvait être fait gratuitement ou il pouvait y avoir paiement mais en tout cas l’emprunteur était responsable de l’animal pendant son utilisation et devait dédommager le propriétaire au cas où il soit blessé..

Il n’y a pas de suggestion que l’emprunt soit motivé pour une raison pratique. Aucun indice de la part de l’évangéliste, sur le pourquoi de cet emprunt, sauf qu’aussitôt que l’animal lui est apporté, les disciples jettent leur manteau pour que Jésus s’assoie. Certainement un geste pour honorer Jésus et tout à coup la foule dont la présence n’est pas mentionnée auparavant, fait son apparition et forme un cortège autour de lui en l’acclamant.

Ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et Jésus s’assit dessus.

Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d’autres des branches qu’ils coupèrent dans les champs.

Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père! Hosanna dans les lieux très hauts!

C’est une vraie procession qui est décrite, une procession où Jésus se laisse acclamer comme futur roi sans que l’on sache pourquoi. Autant pour moi, les autres scènes rapportées étaient plausibles où semblaient découler naturellement de leur contexte culturel et religieux, autant ici, j’ai du mal à le situer surtout étant donné ce qu’on a vu de la personnalité de Jésus, de ses enseignements et de l’annonce de sa mort infâme.

C’est peut-être pour ça que l’on a ajouté ou imaginé tant d’interprétations différentes à cette scène, la plus traditionnelle étant celle de l’accomplissement d’une prophétie de l’ancien testament qui est d’ailleurs mentionnée dans les autres évangiles ;  « Sois transportée d’allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d’une ânesse » . Il me semble que, Jésus roi des juifs, fils de David est un concept totalement nouveau dans cet évangile à part, le cri qu’on vient juste d’entendre de l’aveugle Bartimée.

On en revient à l’énigme Jésus, avec ses titres différents, ses identités multiples, un maître qui d’une part enseigne à ses disciples à être serviteur, qu’il faut donner sa vie pour les autres mais qui d’autre part se met en situation pour être acclamé par la foule …

En tout cas, il me semble naturel de penser que ce moment d’enthousiasme des foules (programmé orchestré ou encouragé par Jésus) a nécessairement inquiété les chefs religieux qui ont vu la possibilité d’un soulèvement politico-religieux autour de lui qui mettrait en péril à la fois leur pouvoir mais aussi  l’équilibre précaire de compromis qu’ils avaient établis avec le pouvoir romain. Jésus dans cet épisode apparaît être un agent provocateur face aux autorités, dans ce temps de fête à Jérusalem, où l’on venait de partout et la ville était pleine à craquer…

Pourquoi cette provocation ? Pourquoi se payer cette entrée triomphale à Jérusalem ( même si ce n’était qu’un ânon) sachant les conséquences possibles de son acte ? Pour se faire plaisir attiré lui aussi par l’adulation de la foule ou volonté de provoquer cette arrestation le plus vite possible ?

On ne le sait pas… (et c’est un peu rageant…)

Je suis le Messie légitime

Pas de réponse psychologique, seule, un réponse théologique est possible et on ne peut pas ici éviter de l’aborder : la seule « explication plausible » nous renvoie à la question de l’identité de Jésus en faisant appel à des attributs qui relèvent de sa « divinité » de sa qualité de « sauveur de l’humanité » , de « Messie » mais aussi de « Fils ». Cette entrée à Jérusalem nous oblige à le penser comme quelqu’un qui se savait faire partie d’un dessein précis, d’une mission qui lui aurait été donnée par le Père, dont il était pleinement conscient et qu’il faisait par obéissance….

Le Jésus de Marc commence à ressembler au Jésus de la foi chrétienne dans le sens qu’on l’entend encore aujourd’hui. Il cesse ici d’être ce prédicateur juif itinérant quelconque, avec des prétentions de prophète, il assume son identité de fils de David, de « Messie », de roi légitime : significatif que le texte note que la procession termine au temple, le cœur de la vie religieuse juive. Alors qu’il ne dit pas un mot, il se déclare visiblement et clairement, le Messie du peuple juif sans que le texte ne le relève…( ce pourquoi on devrait lui être gré peut-être, lui permettant ainsi d’être simplement un témoin de l’authenticité de l’épisode.) L’évangéliste ne tire pas de conclusion de l’événement, ni ne nous donne la réaction des disciples qui avaient participé à la liesse de la foule, la seule remarque est que comme il se faisait tard, Jésus sort de la ville et retourne dans le lieu où il demeurait…

Mais comment ne pas penser aux disciples et ne pas imaginer leur perplexité ? Jésus leur a annoncé qu’il serait fait prisonnier et livré aux autorités… et voilà que c’est Jésus, le Messie traditionnel, roi des Juifs, comme ils se le sont toujours imaginé qu’ils voient défiler sous leurs yeux et qui semble prêt à prendre le pouvoir. Que croire, ou qui croire ( ne serait-ce qu’un mauvais rêve cette annonce…ou une vérité qu’il ne faut pas prendre littéralement) ? En tout cas pour l’instant, ce Jésus-là, ce Messie acclamé leur convient très bien.

* * *

A vrai dire, cet épisode ne m’inspire pas particulièrement…il m’est plus facile d’imaginer un Jésus rejeté qu’un Jésus acclamé…je ne sais pas ce que ce passage dit sur l’identité et le caractère de Jésus, mais ça en dit long en tout cas sur le caractère de celle qui le lit et le commente…..