Du monothéisme, de Kanzo Uchumira, et de l’automne

Lundi 28 octobre 2019,

Magnifiques journées d’automne… dimanche particulièrement , impossible de décrire tellement c’était beau…ce n’était pas les arbres cette fois-ci mais les nuages au sommet des montagnes noires qui se découpaient à l’horizon…et les champs encore verts qui s’étalaient dans la plaine et quelques uns dorés ou les maïs n’étaient pas encore coupés, mais c’était ce contraste du noir des montagnes derrière ces nuages ventrus d’ une qualité et d’une densité particulière dont la forme se modifiait au gré du vent ( bon je sais je suis nulle pour les descriptions..) et prendre une photo n’aurait pas rendu..il aurait fallu une vidéo…et encore

On ne peut pas vraiment capturer la beauté et l’enfermer entre nos mains sans la détruire…il faut accepter l’éphémère de la beauté et de l’émotion qu’elle procure…mais on veut toujours essayer de thésauriser…thésauriser…et notre vie au fur et à mesurer qu’elle s’allonge se remplit de ses objets du passé qui sont censés contenir nos souvenirs…au moins, en tout cas, ils rappellent un passé heureux ….c’ est mieux que ce qui se passe dans notre tête ou notre coeur quand on thésaurise ou plutôt accumule, les déceptions, les regrets et qui eux sont dangereux car ils risquent de nous laisser nous noyer dans un océan d’eaux amères…

En tout cas, l’automne est éphémère, on sait que les arbres perdront leurs feuilles, et que ce sont les paysages austères qui nous attendent, gris bien souvent, pluvieux quelquefois, froids et humides tristes et longs sauf si la neige vient et transforme tout en un monde féerique pour au moins une journée, mais on n’en est pas encore là…

J’ai fait une overdose du Brexit (qui n’arrivera pas le jour de Halloween finalement) et surtout des informations concernant the “impeachment” et de l’arrogance de ce président qui se croit intouchable mais encore plus de tous ces laquais, de tous ces hommes politiques, prêts à faire n’importe quoi pour lui plaire…ils n’arriveront jamais à le déboulonner me semble-t-il alors qu’ il continue à insulter tout le monde et à mentir d’ une manière éhontée.et

* * *

Pour échapper au présent, je me tourne vers le passé et je trouve sur l’ Internet ce journal inattendu d’un japonais (Uchimira Kanzo 1861-1930) qui raconte sa conversion difficile au christianisme (1877) pour un auditoire anglophone auprès duquel il dénonce l’arrogance d’un certain type de mission et se fait un farouche défenseur de l’indépendance des églises japonaises envers les missions étrangères (essentiellement anglaises et américaines à l’époque mais aussi allemandes)! Un compte rendu sincère de ce jeune qui adhère au christianisme, plus ou moins forcé au début par des camarades chrétiens récemment convertis et qui peu à peu, au milieu des doutes et du spectacle désolant des querelles théologiques des différents mouvements du christianisme (comme aujourd’hui) décide de croire profondément en Jésus Christ.

(Il devient le fondateur du mouvement chrétien japonais Mukyoka qui signifie chrétien sans église…ou plutôt sans dénomination…Sa volonté d’inscrire le christianisme dans le contexte japonais, sa pratique d’ un christianisme social, son pacifisme, ses nombreux écrits, feront de lui une figure majeure dans le christianisme japonais d’avant la deuxième guerre mondiale)

Ce qui m’étonne en lisant son livre, c’est à quel point, ses réactions mais aussi sa manière de penser, me sont compréhensibles et comment il a su comprendre et adopter des formes de pensée qui a priori auraient dû lui être totalement étrangères: il discute des théories de l’époque comme de la théorie de l’évolution et des discussion qu’elles suscitent dans les milieux chrétiens ( plus ça change et plus c’est la même chose..) Si dans ce livre, il explique bien sa foi japonaise à la fois shintoïste et bouddhiste, qui bien entendu m’est étrangère, les émotions qu’il décrit, les critiques qu’il fait , son rejet de certaines manières de voir …. rejoignent les miennes..Cela m’étonne d’entendre un japonais d’il y a plus de 150 ans qui parle à coeur ouvert et fait des réflexions que j’aurais pu faire sachant que l’on présente les japonais impénétrables, incompréhensibles comme des extra terrestres….

Mais aussi ce qui m’étonne est comment il a pu non seulement rester chrétien mais devenir un évangéliste malgré l’hypocrisie et l’arrogance de certains aspects de l’entreprise missionnaire qu’il dénonce sans ambages d’ailleurs et le chemin qu’ il a dû parcourir pour comprendre et embrasser cette foi…mais lui affirme finalement que les enseignements du bouddhisme et de Confucius n’étaient pas si loins ni contradictoires que ceux de la foi chrétienne et qu’elle était un aboutissement de ces enseignements non pas une négation… (Je crois qu’ il se retournerait dans sa tombe aujourd’ hui s’il savait que ces mêmes étrangers maintenant se convertissent au bouddhisme, !) et que la découverte du monothéisme avait été une vraie libération pour lui de l’emprise de tant d’esprits avec chacun son temple auxquels il devait rendre hommage pour s’attirer leur faveur et éviter leur courroux…Ce n’est pas le Jésus qui chasse les démons qui le libère mais le Dieu qui existe en dehors et aussi au dessus de l’univers qui rend la nature un lieu de beauté dont on peut jouir sans arrière pensée car vidé de ses contraintes et de ses menaces…

Comme ces belles journées d’automne!

Le présent seule réalité qui tienne

Lundi 21 octobre 2019, de retour à la maison…

(Sur la route du retour, quand le ciel s’est éclairci, les arbres étaient de toutes les couleurs…)

Le mois d’ octobre s’achemine à grand pas vers sa fin….

Maintenant que je n’écris plus dans une perspective de vivre la foi au jour le jour, je me rends compte à quel point ça change ce que j’écris… et j’ai presque envie de dire ça le fausse: tout devient commentaire, réflexion, au lieu d’être un compte rendu fidèle de ce que l’ on peut ressentir au jour le jour de doute, de questions, de peur, de difficultés, d’obstacles etc…Après coup..les choses ne semblent pas les mêmes que celles que l’on a vécu…au lieu d’être résolus les événements sont en suspens, les options ouvertes ne pèsent pas du même poids et ne se révèlent pas d’ une manière aussi claire…

Il y a un monde de différence entre le présent seul lieu où l’on vit et le passé que l’ on raconte…plus on s’éloigne des événements plus on les transforme…non pas ce qui s’est passé…mais notre ressenti de ce qui s’est passé…notre sens de ce qui est réel et de qui ne l’est pas, de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas…on le raconte toujours du point de vue du présent dans lequel on vit, seule réalité immédiate qui soit à notre portée et ce aujourd’hui…dicte d’ une manière ou d’ une autre notre vision d’hier… Cette qualité particulière du présent ne peut jamais se récupérer…elle est perdue une bonne fois pour toute une fois que le présent se transforme en passé…

D’où le travail impossible de l’historien qui ne peut pas être fait sans une dose énorme d’ humilité, d’ où à titre personnel l’inutilité ou presque la vanité des j’aurais dû…auxquels on ajoute souvent “si j’avais su” mais voilà à ce moment là on ne savait pas…tout est là, on a donc agi ainsi parce-qu’ on ne savait pas…

Alors évidemment, aujourd’ hui on a beaucoup d’ objets matériels qui devraient nous permettre de recréer ou de revivre ce passé…les photos et les vidéos…mais les photos sont muettes sans les explications ou commentaires qui les accompagnent et les vidéo qui parlent sont partielles…et elles sont prises depuis l’oeil d’ une caméra…elles ne peuvent pas tout restituer…L’illusion de mieux voir, de mieux comprendre avec le recul du temps est en réalité un piège…

Heureusement, les évangiles contrairement à l’impression que le christianisme peut donner, ne nous demandent pas de vivre autrement que dans le présent en dépit de sa dimension eschatologique… C’est dans le présent vécu et pleinement assumé que se joue notre destin , veillez nous dit-on “car vous ne savez ni le jour ni l’heure”, C’est aussi dans le présent du doute et de l’incertitude qu’ on nous promet la force et le courage d’avancer.” demandez et vous recevrez, frappez et on vous ouvrira”

Ce n’est ni dans le futur hypothétique de rêves impossibles ou de cauchemars non avenus, ni non plus dans le passé réinventé des regrets inutiles ou des fausses excuses…que notre vie s’accomplit.

Vivre pleinement ce qu’il y a devant nous chaque jour…

Sans prétentions, sans retenue mais aussi sans inquiétude…

(Et ce soir c’est me laisser prendre par le sommeil qui m’envahit…en cette fin de journée de retour de voyage)

Switching languages is changing identity

October 15, 2019, Virginia

Switching languages is changing identity

First, the date…the month has to come first…then I have to adjust the dictionary or the spell checker…a real pain sometimes…then something has to happen in my brain…

When I taught French and Spanish classes back to back and had hardly 5 minutes between one and the other…I felt like I wanted to change clothes in between…I was not the same person when I was speaking French as when I was speaking Spanish (let alone English) and actually my students did not see me the same way either… It was interesting…

When I taught Intermediate Spanish which I did as an adjunct, since I did it all in Spanish (it actually was easier for me, a native French speaker rather than adding English in the mix) they assumed I was a “latina” and therefore I did not receive as much respect…Some students would argue with me about the correct way to write a or say a sentence assuming they knew better than I…Since I did not speak English during classes, some might have thought that I did not know English, was uneducated and was hired because I spoke Spanish and not because I knew how to teach…(ok..may be I am exaggerating a little bit…and it is not fair to the very good and nice students I had but…they were some indeed)

When I taught French, it was a different story…French is more sophisticated and French people don’t come to the US to work picking apples or because they think that American cuisine is so much better…I definitely got more respect …and being true to my French identity whenever anybody questioned my knowledge about the French language … I had a fit…( I am exxagerating again, of course)

But having to communicate in different languages on a daily basis, made me realise how much who you are depends on how people look at you…and how switching languages is having to switch world view and use a whole different array of settings in your mind in order to communicate with the person you are talking to so you can be heard and understood… Even when you write a journal,a typ e of text where self expression is at its core, you always have in mind who you are writing for… but it only becomes evident when you are bilingual or trilingual; only when you express yourself in one language can you keep the illusion that you are writing for yourself and don’t care who you are writing for..

Anyway it makes me smile when I read about writers who only wrote for themselves (I argue that they did it at least for their alter ego)

Well, I think I lost the thread of my original thinking..oh I remember now, I decided to write an entry in English rather than in French today…as I am trying this new webbsite and figuring out how it works…

(Enough for today…I still have to run the spell checker in English and a few other things…It is lunch time and I need to get ready to teach…)

 

 

 

Espérance malgré tout

 

Le 14 octobre, 2019…la Virginie

Les nuits sont fraîches: on a allumé le poêle…les arbres commencent seulement à changer mais ils ne sont pas revêtus encore de leurs couleur éclatantes…le vert continue à dominer…cette semaine avec les nuits fraîches ils devraient vraiment changer, j’attends avec impatience …quoique le paysage orné d’arbres feuillus et de champs encore verts surtout dans cette région vallonnée continue à m’enchanter…pas de raison de ne pas en profiter et de ne pas s’en mettre plein la vue…

(Un chipmunk qu’est-ce que c’est en français? Il en a beaucoup dans le jardin…je trouve le mot tamia en français que je ne connaissais pas..ils sont tout petit et ressemblent un peu à des écureuils sauf que la queue n’est pas du tout la même)
Aujourd’ hui est jour férié: ” Columbus day” jour de la découverte de l’Amérique (el dia de la raza déjà mentionné) dont la date du 12 est reporté le lundi suivant… c’est un jour férié pour l’Etat fédéral mais il est reconnu dans l’État de la Virginie…. Belle journée ensoleillée après la brume matinale matinale le ciel est lumineux…

Ouf, je trouve un article dans le New York times qui fustige la grossièreté de Trump mais aussi le silence du parti républicain et liders religieux (blancs) là-dessus. https://www.nytimes.com/2019/10/13/opinion/trump-republicans.html ..Un article bienvenu mais écrit par un Afro-américain, montrant encore le racisme latent qui existe derrière les discours politiques des églises qui constitue un véritable scandale…car les institutions religieuses (évêque catholiques, organisation evangelitques) auraient dû monter au créneau pour dénoncer l’insulte…mais c’est le silence radar….

Aujourd’ hui c’était le faux discours de la reine d’ Angleterre avec toute sa pompe (faux car ce n’est qu’ un acte protocolaire le discours étant écrit par le chef du gouvernement britannique) mais qui ne peut pas cacher le désordre et le spectacle désolant d’ une démocratie en plein naufrage sujette à tous les aléas des courants populistes du jour … Pompe et circonstances, tout ce que l’on aime des britanniques mais qui cette fois-ci a l’air si futile….

Malgré tout,

Espérance est le mot du jour…

Plusieurs commentaires en ligne mettent ce mort à l’ honneur qui pourtant n’a pas grand chose à voir avec les textes d’évangile du jour, mais le message est tellement beau et encourageant en ce lundi matin que je le recopie ici…


“Gardons-nous de perdre tout espoir, mais évitons également de céder trop facilement à la nonchalance. (…) Le désespoir empêche celui qui est tombé de se relever, et la nonchalance fait chuter celui qui est debout. (…) Si la présomption nous précipite du haut des cieux, le désespoir nous précipite dans l’abîme infini du mal, alors qu’il suffit d’un peu d’espoir pour nous en arracher. (…) ” ( Saint Chrysostome)

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