À suivre…

21 avril, 2022, Auvergne, jeudi après Pâques, fin de l’évangile de Marc

Marc 16 : 9-20

Le temps liturgique a rattrapé mon temps de lecture de l’évangile de Marc : le tombeau vide et l’annonce de la résurrection. Les exégètes s’accordent semble-t-il, (une fois n’est pas coutume) sur le fait que les versets de 9 à 20 auraient été ajoutés plus tard et ne feraient pas partie du texte écrit par Marc. La question reste de savoir pourquoi Marc aurait terminé son récit par la réaction des femmes et la mention qu’elles n’auraient rien raconté à personne et non pas par une apparition de Jésus. Toutes les hypothèses possibles ont été imaginées entre autres qu’il avait l’intention de la terminer mais n’en a vraiment pas eu le temps. Bien sûr on ne le saura jamais. Voilà donc ce texte :

Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine, apparut d’abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons.

Elle alla en porter la nouvelle à ceux qui avaient été avec lui, et qui s’affligeaient et pleuraient.

Quand ils entendirent qu’il vivait, et qu’elle l’avait vu, ils ne le crurent point.

Après cela, il apparut, sous une autre forme, à deux d’entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne.

Ils revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus.

Enfin, il apparut aux onze, pendant qu’ils étaient à table; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur coeur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité.

Puis il leur dit: Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création.

Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné.

Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues;

ils saisiront des serpents; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur feront point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris.

Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s’assit à la droite de Dieu.

Et ils s’en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les miracles qui l’accompagnaient.

C’est vraiment d’un épilogue ce dont il s’agit  qui commence par un résumé  de tout ce que l’on a appris sur ce qui s’est passé après la résurrection, des différentes apparitions de Jésus à commencer par celle à Marie Madeleine qui souligne l’incrédulité des disciples  … pour enchaîner sur les dernières directives de Jésus avant de disparaître une bonne fois pour toute, et terminer finalement par les débuts de la prédication des disciples.  Une tentative en un paragraphe d’apporter une conclusion au texte de Marc.

C’est comme s’ il y avait une pause dans le temps entre l’écriture de« Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » et ce qui suit «  Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine, apparut d’abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons » 

On passe maintenant à une autre étape. Marc a raconté la vie de Jésus en détail jusqu’à sa mort et nous a donné la première réaction à l’annonce de sa résurrection : il a rempli son cahier de charges, son travail est fini, c’est une autre histoire qui commence. Est-ce pour cela que Marc aurait fait une pause en prenant le temps de réfléchir pour savoir comment il allait terminer son évangile sans pouvoir le faire? Ou est-ce que les récits des apparitions étant multiples et bien connus, il ne voyait pas le besoin de s’y attarder ?

On retrouve quand même deux éléments qui assurent une continuité avec le texte précédent : les femmes qui ont reçu la primauté de la résurrection ( donnant l’identité de Marie Madeleine) et l’incrédulité des disciples hommes..

 Enfin, il apparut aux onze, pendant qu’ils étaient à table; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur coeur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité.

Les reproches de Jésus envers les disciples, sont en cohérence avec le Jésus que Marc a présenté tout au long de son évangile un Jésus qui n’avait pas peur de leur montrer leurs manquements et leur incapacité à le comprendre. On retrouve bien l’homme exigeant d’avant la résurrection et si l’on considère que le témoignage de Pierre d’une manière ou d’une autre est à l’origine de cet évangile, on peut être étonné qu’il n’y ait rien de dit sur les rencontres entre Jésus et Pierre, en particulier quand celui-ci lui demande par trois fois s’il l’aime…

Pudeur de Pierre ou rappel de sa honte, respect de l’évangéliste qui prend ses distances avec tout ce qui est un peu trop intime sur les personnes dont il parle ? On ne le saura jamais non plus. En tout cas, maintenant le message qui est donné est celui d’un autre moment de l’histoire qui commence quand l’église se met en marche et Jésus, celui en chair et en os que Marc nous a fait connaître passe à l’arrière plan… Implicitement la dernière phrase de cet évangile, nous dit de ne pas regarder en arrière et regretter ce Jésus mort mais qui maintenant est ressuscité. Il nous dit de nous mettre en marche. Il me rappelle ces paroles dans Actes :

Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel.

* * *

Du début jusqu’à la fin, dans cette lecture de Marc, j’ai rencontré un Jésus en chair et en os, au caractère bien trempé, au pas résolu, ne refusant pas la confrontation, loin, très loin des images pieuses, un Jésus brut, qui n’avait pas encore acquis de dimension mythologique, qui n’avait pas encore été examiné à la loupe pour se mouler ou se conformer à des présupposés théologiques, philosophiques ou idéologiques qui ont transformé son image et qui maintenant après plus de deux millénaires de christianisme lui collent à la peau et faussent notre regard.

Même si le récit de Marc garde ses distances avec lui et peut-être à cause de cela, il m’a fait valoir que Jésus avait bien existé, qu’il n’était pas une invention de disciples en quête de reconnaissance ou encore moins arborant un désir inavoué de conquête mais de quelqu’un de bien réel. Il m’a permis de rencontrer, même si la formule semble excessive ou inappropriée (dans le contexte des débats des exégètes) un Jésus véritablement historique.

Et ce Jésus historique force l’admiration par ses qualité humaines, sa critique virulente des autorités religieuses et de leur hypocrisie, son intransigeance dans les principes qu’il énonce, son autorité sans excuse, sa capacité à ne pas juger selon les apparences qui le conduit à donner en exemple autant un centurion romain qu’une femme dépensière, et qui nous surprend pour sa compassion et son étonnant intérêt pour les petits enfants…

Mais à la fin de ce récit, ce Jésus qui ne sort pas vraiment du cadre de son époque, ressuscite… et tout à coup, tout bascule : ce qui au cours de ce récit en faisait un être au-dessus du commun, que l’on admirait pour ses pouvoirs de guérisseurs et d’exorciste, éventuellement capable de calmer une tempête et même de nourrir une foule affamée, prend une toute autre dimension. D’autres moments dans le récit sur lesquels, l’auteur ne s’appesantit pas, comme celui de son baptême où une voix venant du ciel le désigne comme le fils bien aimé, ou encore quand il est transfiguré en haut de la montagne, ont besoin qu’on s’y attarde et nous font réfléchir. Comme les disciples, on est étonné de découvrir que la prédiction de son arrestation et de son exécution viennent à se réaliser et encore plus de sa résurrection. D’une certaine manière, on croyait le connaître, on croyait pouvoir le cerner mais il nous échappait.

Maintenant, il nous faudra tout relire…

En fait, je me rends compte que c’est ce qui s’est passé dans l’histoire du christianisme : le Jésus ressuscité a totalement éclipsé le Jésus vivant et prêchant de la Palestine du premier siècle… et ce Jésus là qui passe à travers les murs, qui apparaît et disparaît, décrit comme un espèce de fantôme mort-vivant, est tellement fascinant qu’on en oublie celui terre à terre qui tient la dragée haute à ses adversaires mais finit par se faire flageller et se faire exécuter.

C’est vrai que la résurrection ça change tout… mais comment tenir en même temps les deux bouts : si on lâche l’un, l’autre bat de l’aile…

À la fin de cette lecture, je ne peux qu’exprimer ma gratitude pour l’auteur, l’évangéliste Marc, à propos duquel on continue à s’interroger mais qui n’a pas essayé de falsifier ce Jésus dont on lui a parlé, dont on lui a raconté les faits et gestes ( et qu’il a peut-être aperçu lui-même ? ), et qui a fait de son mieux pour rapporter fidèlement ce qu’il avait entendu dire sur lui , qu’il ait ou non compris l’importance et la valeur de tout ce qui lui avait été transmis. Je le remercie pour son travail assidu, pour sa volonté de s’effacer devant son sujet pour mieux nous le montrer, pour avoir répondu si humblement à la tâche qui lui avait été demandée, à l’appel qui lui était parvenu de la part de Dieu dans des circonstances qui ont pu être quelquefois difficiles, sans se douter que 2000 ans après on continuerait à examiner chaque mot, chaque lettre de ce qu’il avait écrit pour mieux comprendre ce Jésus Christ, fils de Dieu qui quoique bien réel, semble toujours aussi insaisissable…

Que faire d’autre sinon de reprendre ma route avec lui,

À suivre

Et après, quoi?

Le 20 avril 2022, Auvergne

Temps gris et morose…

Pâques est venu ….et après ?

Sur le calendrier liturgique, est écrit, lundi de Pâques, mardi après Pâques, 1er dimanche après Pâques…

Mais qu’est-ce qui ça change vraiment au quotidien ?

Aujourd’hui, il fait gris, la guerre en Ukraine continue, les élections présidentielles qui s’annoncent ont l’air tout aussi inquiétantes et le cahier de charges de notre vie est toujours plein à craquer, avec ses factures à payer, ses frictions journalières avec nos proches, ses préoccupations de toutes sortes pour le lendemain…

Et alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant que la récréation est finie ?

* * *

On nous raconte aujourd’hui l’histoire de deux personnes en chemin, attristées par la mort de Jésus qui rencontrent ce voyageur qui les accompagne et les console en leur expliquant le sens de cette mort…

On connaît bien sûr la suite de l’histoire…ce voyageur, c’était le Jésus ressuscité qui marchait avec eux…

Le Jésus ressuscité, discret, tellement discret qu’on risque de ne pas remarquer sa présence… marche avec nous, il est à nos côtés, c’est aussi simple que ça…

Mais on ne s’attendait pas à ça,

On aurait certainement préféré un Jésus lumineux, brillant de lumière qui nous fraye le chemin et le déblaie de tous ses obstacles au fur et à mesure que l’on avance… un Jésus magique, super héros… comme dans les films à grand spectacle, un Jésus chevauchant sur un beau cheval blanc…

Pas ce compagnon de route, anonyme, à nos côtés

* * *

On s’est trompé sur toute la ligne…

Et on se trompe encore, même après la résurrection…

Le Jésus ressuscité, on le voudrait autrement,

Mais nous voilà renvoyés à nos pénates,

Avec une différence quand même,

Le Jésus ressuscité,

vit

à nos côtés…

* * *

Luc 24 : 29-32

« Mais ils le pressèrent, en disant: Reste avec nous, car le soir approche, le jour est sur son déclin. Et il entra, pour rester avec eux. Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent; mais il disparut de devant eux. Et ils se dirent l’un à l’autre: Notre coeur ne brûlait-il pas au dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures? »

L’invraisemblable

Dimanche 17 avril, Pâques, Auvergne

Belle journée ensoleillée

La résurrection…

Chaque fois que je relis le récit de la résurrection, surtout le texte lapidaire de Marc,

je remarque à quel point cette résurrection ne fait pas dans le spectaculaire… elle est tellement loin des Te Deum solennels d’intronisation…

Comme elle est discrète ! Comme elle se fait loin du regard des hommes ( littéralement) ! Nul témoin de ce moment précis, seulement après…

et même après

Pas de triomphalisme, pas de revanche,

Pas de manifestation auprès des grand prêtres pour leur reprocher leur incrédulité,

Ni auprès de Pilate pour lui reprocher sa lâcheté,

Ni auprès du peuple pour leur reprocher d’avoir demandé la libération de Barrabas,

pas de manifestation non plus,

Auprès des gardes qui l’ont flagellé, qui se sont moqués de lui, qui lui ont craché dessus, pour leur faire honte…

« Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » nous dit Pierre

Seulement à ses amis, à ses proches

en commençant par les femmes…

même à Pierre qui l’avait renié trois fois…

C’est Dieu qui a choisi ceux qui ont bu et mangé avec lui après la Résurrection, qui les a triés sur le volet, selon ses critères à Lui pas les nôtres, dans ce cercle d’intimes qui l’ont suivi cahin-caha

et qui nous oblige à croire en la parole de ces femmes et hommes lointains, vivant à une autre époque,

Rustres certains, de mauvaise réputation pour d’autres, lâches pour la grande majorité, mais des gens qui avaient bien les pieds sur terre… sans qu’on compte aucun illuminé dans la liste semble-t-il…

Et c’est sur la foi de cette poignée de témoins que tout repose, sur cette base d’hommes et de femmes fragiles, imparfaits, inconstants, bornés quelquefois,

que s’est bâtit, cet immense édifice qu’est l’église qui dure maintenant depuis des siècles pour continuer à annoncer cette nouvelle…

C’est fou quand on y pense…

que c’est sur la foi de gens comme eux

(et comme nous ? )

ni pires, ni meilleurs, ni plus malins…

que tout a reposé

(et que tout repose encore?)

Totalement fou, totalement incompréhensible, totalement invraisemblable !

Aussi invraisemblable que la résurrection elle-même !

( bon j’exagère peut-être)

N.B : lecture du jour, à la messe : Livre des Actes : 10 : 37 etc.

Et nous ( c’est Pierre qui parle) nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice,

Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester,

non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts.

Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts.

Le silence du samedi

Samedi Saint : le samedi de tous les silences…

Que peut-on dire après un Vendredi Saint ? Après la souffrance, la déception et les questionnements d’un jour comme celui-là ?

Après que ce que l’on craignait le plus au cours de ces journées tragiques devienne la réalité d’une condamnation sans appel et d’une exécution humiliante…

Après que toute une série de circonstances adverses s’enchaînent pour arriver à cette dégringolade insoutenable…

Que peut-on faire de plus sinon se taire ,

en attendant la suite,

ou plutôt, en n’attendant plus de suite…

Car la mort, on le sait bien, c’est le point final.

Face à la mort, prendre le temps nécessaire du silence,

sans sombrer dans le désespoir…

Tout est là….

Sans sombrer dans le désespoir !

C’est facile aujourd’hui

quand on est le lendemain et que l’on connaît la suite…

Mais pourtant,

chaque fois que le tragique entre dans nos vies

on se retrouve là, au bord du précipice,

prêts à sombrer…

On oublie,

On oublie que le silence désespéré d’un samedi quelconque

est devenu le silence prometteur du Samedi Saint…

Alors, Vive le Samedi Saint !

Une semaine incontournable

le 12 avril 2022, Auvergne,

La semaine Sainte tombe toujours bien, ou plutôt à pic quand on en a besoin…

En 2019, les parisiens mais non seulement eux, tous les amoureux de la beauté des cathédrales ont vu Notre Dame brûler…bon ce n’était qu’un bâtiment et il n’y a pas eu de morts à déplorer mais c’était un moment impressionnant, où le monde entier a vu cette flèche qui s’élevait si fièrement au dessus de la cathédrale s’affaisser en un instant dans un nuage de flamme et de fumée… Une cathédrale qui brûle une tragédie ? Un rappel à l’ordre de l’église en ce début de Semaine Sainte ? Un témoignage pour les nations ? Les analyses n’ont pas manqué et moi aussi j’y ai apporté ma pierre…

https://simone-blog.org/2019/04/renaitre-grace-au-feu-qui-purifie.html

En 2020, on était en plein milieu de la pandémie quand les gens tombaient comme des mouches, les hôpitaux étaient pleins à craquer et le monde du progrès technologique et scientifique était désemparé.  Nos voitures avaient cessé de circuler, nos avions de voler, et nous tous étions terrés dans nos maisons…. (en relisant, je me rends compte qu’il y avait aussi un million de réfugiés Syriens qui se pressaient aux portes de l’Europe qui leur avait fermé les frontières)

https://simone-blog.org/2020/04/la-semaine-sainte-a-quoi-bon.html

En 2021, rebelote : la pandémie que l’on croyait terminée est revenue et cette fois-ci c’est la polémique sur les vaccins qui nous agitent mais aussi la guerre en Éthiopie qui apporte son lot de morts et de blessés…

Et puis maintenant, semaine sainte, 2022, c’est l’Ukraine qui brûle et les images de tout un peuple en souffrance…

*   *   *

Souffrance des êtres humains victimes de la guerre et de l’injustice, mort d’innocents emportés par la folie meurtrière des puissants, cruauté qui s’étale devant nos yeux, entre ceux qui sont fascinés par le spectacle et ceux qui veulent détourner la tête, entre ceux qui veulent se laver les mains pour se disculper, et ceux qui trahissent les leurs pour sauver leur vie, l’histoire de la crucifixion et de la passion est toujours d’actualité, elle revient incessamment même si les acteurs changent de visage, de contrée et de religion.. On aimerait bien pouvoir sauter à pied joints au-dessus et en arriver tout de suite à la résurrection…

Mais si Jésus n’avait pas percé le ciel de ce cri déchirant au moment de sa mort… on n’aurait que des platitudes à offrir à ceux qui souffrent…

Si au dernier moment un groupe d’hommes armés et résolus étaient venus lui sauver la vie et le descendre de la croix pour que justice soit faite, on croirait que miraculeusement la justice triomphe toujours et l’injustice est punie instantanément…

Si ça avait été un autre que Jésus qui avait été condamné on penserait que les victimes finalement ont toujours quelque chose à se reprocher et méritent le sort qui leur est échu…

En un mot, on n’aurait que des réponses toutes faites et bien ficelées au problème du mal… comme les avaient eues ces hommes pieux et certainement sincères qui ont essayé de consoler Job de tous ses malheurs…

https://simone-blog.org/2022/02/paroxysme-le-cri.html


*  *   *

Heureusement que la semaine sainte ne dure qu’une semaine et que le carême qui la prépare que 40 jours, car ce n’est pas agréable de patauger dans la souffrance et la culpabilité, mais s’il y en a qui ont besoin de s’en souvenir, c’est bien nous les chrétiens qui voudraient nous désolidariser du monde qui nous entoure nous croyant un cercle privilégié qui ne pourrait pas être atteint par les maux qui frappent le reste de l’humanité …

Célébrer la résurrection sans passer par la passion, ce serait s’interdire de croire quand on se trouve au milieu des ténèbres qu’elles ne pourront jamais nous engloutir… Et de cette foi-là, tenace et obstinée, on aura toujours besoin !

Le grand saut en arrière

Le 9 avril 2022, Auvergne,

Surréaliste,

C’est le mot qui me vient à l’esprit… ce parallèle troublant entre la fiction et le réel…

Hier soir, je voyais cet épisode à la télévision, de l’acteur comique devenu président, un peu perdu dans son rôle inespéré où  il se retrouve d’un jour à l’autre à la tête de la nation…naïf et bon enfant, jeté au milieu d’un monde corrompu, découvrant les privilèges inespérés des hommes d’État. Tout à coup, tous ses problèmes sont résolus : sa dette est miraculeusement payée, ses amendes sont annulées et les plaintes contre lui retirées. On le voit entouré de sa famille et de ses amis qui profitant de l’aubaine revendiquent leur lien avec lui pour promettre des postes aux différents ministères du gouvernement, aux plus incompétents de leurs proches. Un programme de télévision drôle, enjoué mais qui ne manque pas au passage de faire une critique acerbe des hommes au pouvoir…

Sauf que,

Cet acteur président, est devenu dans le monde réel, président : son visage poupon est maintenant ferme et résolu, son costume cravate a été troqué pour un gilet pare balle et un uniforme militaire car au lieu d’un scénario à la vaudeville il se trouve à la tête d’un pays qui vit sous les bombardements ….

Destin inouï, contraste entre ces deux Zelensky… métamorphose incompréhensible…on ne sait plus où donner de la tête, quand fiction et réalité se croisent, quand elles sont à la fois si proches et si éloignées.

Mais plus que lui, personne et personnage, c’est avant tout l’inconcevable, l’inimaginable, l’impensable de ces images de destruction, de ruines, de morts, de cortèges de femmes et enfants réfugiés, hagards, apeurés, qui ont remplacé celles d’un scénario d’un pays moderne, avec ses grandes avenues, ses immeubles, ses magasins où les habitants vivent un quotidien sans histoires ou plutôt fait d’histoires simples, de petits plaisirs mais aussi d’agacements et de frustrations journalières

En l’espace d’un mois à peine, presque sans crier gare, tout un pays a basculé… on a reculé de plus de 75 ans et ces images que l’on croyait révolues, ces scènes d’un passé épouvantail que l’on voyait dans ces nombreux documentaires sur la deuxième guerre mondiale, les voilà revenues : ce sont les mêmes !

Comment est-ce possible ?

Comment en est-on encore là ?

On peut mettre tout sur les épaules de Poutine bien sûr, mais comment un seul homme peut-il causer tant de destruction, transformer en quelques semaines, la vie de quelques millions de personnes en un enfer ? ( même si on sait bien qu’il faut toujours des exécutants) C’est la question qui revient à chaque conflit, à chaque guerre, à chaque massacre, à chaque tuerie d’ampleur …

Qui est responsable ?

La folie de la guerre…

Chaque fois, les experts du moment nous offrent des analyses diverses et variées : on donne les notes et on répartit les bons et les mauvais points, on forme des hypothèses et surtout on est plein d’idées a posteriori sur ce qu’on aurait pu faire pour éviter que la guerre n’advienne…

La question, elle devient surtout maintenant, comment l’arrêter ; commencer une guerre, c’est tellement facile mais l’arrêter c’est une autre histoire : il y a tellement de morts à venger…

Alors comment concilier paix et justice ?

* * *

Surréaliste,

On est bien le 9 avril 2022, on n’est pas en 40, et pourtant aujourd’hui l’Ukraine brûle. Et la semaine qui s’annonce, est une semaine pas comme les autres, ou peut-être une semaine trop comme tant d’autres, la semaine Sainte, la semaine de tous les chemins de croix…

Heureusement, au bout du compte, il y aura la grande fête des peuples orthodoxes russes et ukrainiens (mais aussi de toute la chrétienté ! ) celle de la résurrection où l’on se salue en se disant : il est ressuscité, et on répond, oui, il est vraiment ressuscité !

Je prie de tout mon cœur avec des milliers d’autres, je n’en doute pas, qu’en ce jour ils puissent se saluer en disant : la paix est revenue, oui la paix est vraiment revenue.

N.B . La Pâque orthodoxe est le 24 avril, une semaine après la nôtre…ce qui leur donne plus de temps pour faire la paix!

Décalage

3 avril 2022, Auvergne, France

Ça y est, on a traversé, l’Atlantique mais la neige et le froid ont traversé avec nous. Ils sont arrivés un ou deux jours plus tard : ils ont dû faire escale en route mais qui sait où ?

La neige qui est tombée à Paris était aussi imprévue qu’à Washington, la preuve, impossible de trouver des gants dans les magasins…On avait sorti la collection de printemps ont dit les vendeuses, plus de gants aux rayons, (mais des jolis pulls chauds à – 50 %! La tentation ! )

Le problème c’est qu’on était dans un beau quartier et que là, pas de bazar où l’on peut trouver tout ce que l’on veut à bas prix comme une paire de gants à 3 ou 4 euros, probablement faits en Chine…

Alors ici, en Auvergne, c’était carrément l’hiver avec de la neige, du verglas même que tous les cars de la SNCF avaient été annulés par décret de la préfecture…et des températures au-dessous de 0 pendant la nuit.

Bref…

Mais on est là, avec un bon feu dans le poêle, des vieux pulls bien chauds et des double paires de chaussettes en attendant que la maison se réchauffe. On a surtout été accueilli par des voisins bienveillants qui nous ont donné du pain frais et une brique de potage à faire réchauffer…en plus de venir nous chercher..

Pas vraiment de connexion Internet pour l’instant mais une boîte aux lettres pleine à craquer avec du courrier à trier… On a quand même pu informer tout le monde qu’on était bien arrivé…et rassurer enfants et amis.

Bien entendu, je me souviens de cette époque révolue (depuis longtemps) ou une minute de téléphone d’un pays à un autre coûtait les yeux de la tête et où il fallait attendre des semaines pour avoir des nouvelles par courrier. Et pourtant, on en mourrait pas !

C’est l’aînée qui parle ( le mot que l’on utilise aujourd’hui pour parler des vieux et ne vexer personne!)

L’homo faber

L’adaptation de l’être humain continue à m’étonner mais surtout sa capacité à inventer des objets technologiques dont après on ne plus plus se passer. Mais qu’on peste ou non contre ce nouveau monde du progrès technologique, en l’occurrence du numérique on s’illusionne si on croit que c’était mieux avant…

Ça me fait toujours un peu sourire, ces expériences où les gens sont censés vivre comme des primitifs pour une semaine ou deux… On a oublié les galères de devoir laver son linge à la main, de faire des kilomètres pour puiser de l’eau au puits, de passer des heures à ramasser du bois pour se chauffer et préparer les repas, de sortir dans le froid pour aller aux toilettes ( j’y pense à cause de la neige d’aujourd’hui) etc…etc… Même ceux qui veulent vivre le plus écologiquement possible renoncent rarement à l’eau courante ou à l’électricité.

J’ai oublié de dire que les galères que j’ai citées en exemple, étaient celles des gens pauvres : les autres avaient toute une armée de servantes ou de serviteurs pour les faire pour eux…

En tout cas ces quelques réflexions d’aujourd’hui, sont inscrites à la date du 3 avril, et ça fait bizarre de penser que quand quelqu’un les lira, le 3 sera passé depuis belle lurette ( bon pas vraiment) et qu’elles ne seront donc plus d’actualités…, comme les lettres que l’on écrivait autrefois…

Qu’est-ce que ça change dans nos rapports humains de savoir que ce que j’écris aujourd’hui ne sera lu que demain ou après-demain ? Quand le temps du moment de celui qui écrit perd de son immédiateté pour devenir le passé de celui qui le lit ? Ou n’est-ce pas plutôt que ce qui est devenu le passé, devient au moment de sa lecture, un nouveau présent où se retrouvent à la fois lecteur et locuteur ?

L’immédiateté du moment que je vis, est que le soir est arrivé et qu’avec le décalage horaire, je sens la fatigue m’envahir…

Alors mes réflexions sur la communication immédiate ou différée s’arrêteront là…

Abraham, père du voyage

le 29 mars 2022 , banlieue de Washington…quelques heures avant le départ..

il fait toujours froid ici…la Covid explose de nouveau en France la vague de froid qui est descendue ici nous attendra là bas… l’Ukraine brûle…finalement la situation idéale pour partir…

Au moins, cette fois-ci je n’ai pas une otite, ou une grippe intestinale, et surtout je n’ai pas d’enfants en bas âge qui risquent de pleurer et même de se mettre à hurler sous le regard désapprobateur des passagers qui pensent que les parents d’aujourd’hui sont incapables de contrôler leurs enfants….Si c’était eux…

Je pourrais faire, si j’en avais le temps, une rétrospective de tous nos voyages internationaux et de toutes les mésaventures qui y sont attachées, entre les queues interminables pour passer la sécurité, les vols retardés qui vous font rater votre correspondance, les nuits et journées entières passées dans un aéroport, les valises perdues ou endommagées, les discussions sans fin pour obtenir une chambre d’hôtel pour la nuit…. sans mentionner, le passage aux frontières où vous êtes considéré tout à coup comme suspect pour une raison inconnue…

Bref, comme diraient certains, il vaudrait mieux rester chez soi…

Mais tout est là : où est ce fameux « chez soi » ?

* * *

Finalement tout est la faute d’Abraham et du buisson ardent… il n’aurait pas dû quitter son « chez soi » pour aller ailleurs, il n’aurait pas dû écouter la voix d’un Inconnu, il n’aurait pas dû partir à l’aventure…

Alors bien entendu je ne me prends pas pour Abraham, mais je me revendique quand même de sa famille : on nous rabâche suffisamment dans tous les sermons qu’il est notre père dans la foi !

Alors, Abraham, le nomade, père dans la foi, en ce jour de voyage, je pars confiante ( ou presque) comme toi… sous le regard de l’Éternel !

Aujourd’hui et demain

le 28 mars 2022, banlieue de Washington,

Quelquefois c’est le texte qui commande la photo mais cette fois-ci, c’est la photo qui commande le texte ! Impossible de laisser passer inaperçu ces cerisiers en fleurs sans leur rendre hommage !

Mais survivront-ils à cette gelée inattendue ? Le thermomètre tout à coup est descendu au-dessous de 0… et j’ai dû emprunter un manteau pour sortir

Vivre un jour à la fois, pas un moment de plus,

Célébrer un moment à la fois, sans demander la suite,

Je suis ici aujourd’hui et demain ?

Devrais être au-dessus de l’Atlantique …

mais qui sait, entre ce soir et demain, il y a un fossé infranchissable…

Pourquoi essayer de le franchir ?

Demain viendra bien tout seul,

Avec ou sans les fleurs de cerisier….

Premier jour du printemps

Le 21 mars, 2022, La Virginie

Officiellement, c’est maintenant le printemps!

Même si le thermomètre est descendu à zéro hier soir, je salue ce premier jour de printemps avec les jonquilles qui fleurissent de partout et le soleil qui brille… de quoi chanter ou réciter un de ces nombreux psaumes qui célèbrent la beauté de la création…

En réalité non... en relisant plusieurs de ces psaumes, je remarque qu’ils ne commencent pas par exalter la beauté du monde comme le feraient aujourd’hui nos contemporains, qui utilisent le mot « Nature » comme si celle-ci était une réalité autonome, auto génératrice qu’il faudrait vénérer car c’est elle qui est à la source de la vie de notre planète…

Mais ils commencent toujours par louer Dieu qui en est l’auteur.

En voici quelques exemples:

Les cieux racontent la gloire de Dieu,

Et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains.

Le jour en instruit un autre jour,

La nuit en donne connaissance à une autre nuit…

Même si le reste du psaume compare le parcours du soleil à celui d’un époux qui se lève le matin et se couche au soir

Et le soleil, semblable à un époux qui sort de sa chambre, S’élance dans la carrière avec la joie d’un héros;

Il se lève à une extrémité des cieux, Et achève sa course à l’autre extrémité: Rien ne se dérobe à sa chaleur (Psaume 19)

(Ce n’est pas le Dieu soleil que vénéraient beaucoup de peuples comme le Japon par exemple…)

Et puis il y a l’émerveillement et aussi le respect devant les forces de la Nature mais c’est toujours devant Dieu que l’on se prosterne

Rendez à l’Éternel gloire pour son nom! Prosternez-vous devant l’Éternel avec des ornements sacrés!

La voix de l’Éternel retentit sur les eaux, Le Dieu de gloire fait gronder le tonnerre; L’Éternel est sur les grandes eaux.

La voix de l’Éternel est puissante, La voix de l’Éternel est majestueuse. (Psaume 29)

Et finalement, (mais il y en aurait beaucoup d’autres) il y a ce long psaume 1O4 que Philippe Loiseau, appelle le psaume écologique par excellence (http://sanctuaire-behuard.fr/files/2020/10/6-les-psaumes-de-la-creation-1.pdf)

Il faudrait le citer tout en entier mais en voilà quelques extraits

Bénis l’éternel, mon âme!

Éternel, mon Dieu, tu es infiniment grand, tu es revêtu de splendeur et de magnificence [. . .]

Et suit alors une vision allégorique et poétique du Dieu créateur de l’univers qui

décrit le cycle de l’eau qui abreuve les animaux et les êtres humains leur permettant de vivre….

Il conduit les sources vers des torrents qui parcourent les montagnes.

Tous les animaux sauvages y boivent, les ânes y étanchent leur soif.

Les oiseaux du ciel nichent sur leurs rives et chantent dans les feuillages.

Du haut de sa demeure, Dieu arrose les montagnes. La terre est rassasiée du fruit de ton travail.

Il fait pousser l’herbe pour le bétail et les plantes pour les besoins de l’homme afin que la terre produise de la nourriture:

le vin qui réjouit le cœur de l’homme et fait plus que l’huile resplendir son visage, et le pain qui fortifie le cœur de l’homme.

Moralité, il faut que je revoie ma copie pour ce premier jour de printemps :

Je te salue ô Éternel en ce premier jour du printemps , qui proclame ta bonté, ta magnificence et ta souveraineté…

( et bien d’autres choses encore!)