Autres temps, autres mœurs

(photo Eglise St Julien, Brioude)

Quand les églises sont presque pleines….

Le 31 mai, 2022

le dimanche

Un voisin au style de vie pas très catho, mais au courant de tout, nous a encouragé à aller à l’église… il y a deux fanfares qui vont venir jouer nous a-t-il dit, il ne faut pas rater ça… moi, a-t-il ajouté j’en profiterai pour mettre un cierge pour demander de la pluie, le jardin est très sec en ce moment…

On y est allé, et effectivement toute une fanfare ou harmonie (le nom officiel) était installée sur le bas côté de l’église , en costume du pays avec chapeaux noirs, chemises blanches et gilets rouge écarlate, instruments de cuivre étincelants,

mais de quelle région ?

En fait… c’était des allemands ai-je vite découvert, en tournée dans la région, venus rendre visite à leurs homologues français…

Comment avaient-ils atterri ici et surtout à une messe : je me suis dit que ça devait être des bavarois réputés pour être très catholiques…

Bref, l’église s’est remplie peu à peu, avec une moyenne d’âge toujours au-dessus de 60 ans mais quand même un peu plus basse,

certains n’ont pas hésité à sortir leur portable pour enregistrer ou prendre des photos,

faut dire qu’ils jouaient bien…

( pas étonnant dirais-je, c’est ce qu’on attend d’un groupe allemand )

Le même vieux prêtre officiait la messe content certainement de voir son église si bien fréquentée mais sans illusion quant à la motivation des assistants,

et en bon stratège,

il s’est évertué à utiliser un langage simple, compréhensif expliquant à l’assemblée quand il fallait se lever ou s’asseoir et que signifiait chaque partie du déroulement de la messe…et a prêché un sermon où le mot amour était à l’honneur

Les femmes qui d’habitude organisent tout devaient être absentes, car il a fait appel depuis la chaire à des volontaires pour faire la quête et pour distribuer la communion…

Heureusement, il a trouvé preneur

( je ne me suis pas proposée)

* * *

L’atmosphère dans l’église était telle que je n’ai pas pu m’empêcher au retour de regarder quelques minutes du fameux sermon du curé de Cucugnan écrit par Alphonse Daudet et mis en scène par Marcel Pagnol et à ma grande surprise… dans cette version, le fameux curé admettait que si l’église était pleine ce jour là c’était parce qu’ils étaient venus écouter chanter le chœur des petits chanteurs d’Avignon …pas spécialement pour la messe…. Tout paraissait tellement similaire….que je me suis dit que rien n’avait changé….

sauf que… comme c’était en 1956 (date du film) et pas en 2022, le curé de l’époque qui n’avait pas sa langue dans sa poche a prononcé un célèbre sermon, où il parlait des affres du purgatoire et des flammes de l’enfer où il y avait vu en songe un grand nombre de ses paroissiens dont il a donné les noms et raconté la vie sans se gêner… le ton était celui de l’engueulade générale et tous les fidèles ( bon c’est une façon de parler) sont sortis la tête basse comme des écoliers penauds…

Autres temps, Autres mœurs…

Aujourd’hui, l’église et les curés n’ont plus ni la vigueur, ni l’ascendant, ni le pouvoir, ni l’arrogance… d’autrefois  : faudrait-il le regretter ?

Émerveillement

Le 19 mai 2022, Bruxelles,

Jean 1 : 1-4

Jean versus Marc

Je continue à traîner des pieds pour commencer cette étude  ( la preuve que je ne la reprends que maintenant le 28, de retour en Auvergne) : je ne sais pas par quel bout la prendre surtout que le début n’est pas un début en termes de récit biographique.

Il suffit de comparer les 4 premiers versets de Marc avec ceux de Jean.

Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu.

Selon ce qui est écrit dans Ésaïe, le prophète: Voici, j’envoie devant toi mon messager, Qui préparera ton chemin;

C’est la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers.

Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés.

Avec Marc, on entre de plein pied dans le temps historique, le temps de l’accomplissement d’une prophétie même pas avec Jésus d’ailleurs mais avec Jean qui le précède dans le temps…

Par contre, l’évangile de Jean, sort du temps de la Palestine du 1er siècle pour commencer par la Genèse, les origines, ce temps en dehors du temps, ou plutôt ce temps premier où le temps commence.

Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

Elle était au commencement avec Dieu.

Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.

En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

Pas de mention d’un nom, d’un personnage historique, mais une réalité transcendantale hors du temps et de l’espace qui n’est pas décrite comme un être humain ou même divin ( ni mâle ni femelle…) mais associée au Dieu de la Genèse, le Dieu créateur, comme un attribut ou une émanation , du Dieu de la Torah : rien d’anthropomorphique là dedans, on n’est dans un autre langage, dans un autre type de discours, celui de la méditation, de la réflexion, celui du langage philosophique mais surtout pas celui du récit…

( bien des choses ont été écrites sur ce mot grec « logos » qui est traduit comme le Verbe ou la Parole en français, et je ne m’aventurerai pas à présenter une hypothèse sur son sens. C’est d’ailleurs la nature de ce prologue qui fait qu’on a toujours donné une date tardive à cet évangile sauf que maintenant après la découvertes des manuscrits de Qmran, on a découvert que le symbolisme et la terminologie utilisés dans ce prologue se retrouvaient dans certains des textes de cette secte juive contemporaine de Jésus et que ce prologue/épilogue ne supposait pas nécessairement un héllénisme d’une pensée plus tardive)

En tout cas, c’est une déclaration de foi qui commence le texte, plutôt un épilogue qu’un prologue dans le sens que c’est plus une conclusion qu’un introduction qui a été écrite : on n’est pas au début du ministère de Jésus mais à la fin après qu’il ait été ressuscité ( ce à quoi, ses disciples ne s’attendaient pas vraiment) après que Jean se soit rendu compte de la plénitude de « qui il était ». C’est un récit de l’après résurrection, c’est à la lumière de cet événement que cet évangile a été écrit… contrairement à celui de Marc où l’on découvre peu à peu un Jésus qu’on ne connaît pas et qu’on ne comprend pas vraiment à l’image des disciples dont la réaction est la perplexité.

Ce qui me fait penser à ce qui se passe quand on écrit une thèse…on ne peut écrire l’introduction qu’après l’avoir terminée ce qui fait que l’introduction est toujours trompeuse dans le sens qu’elle fait croire que l’on ne sait pas où l’on va, alors qu’au contraire, on sait ce que l’on va démontrer et comment on va le faire…elle ne représente pas le temps réel ni même le temps de la rédaction du texte car elle est écrite après coup, et on la modifie au fur et à mesure que l’on avance dans sa recherche car elle doit faire pendant à la conclusion et l’introduire : le fait qu’elle apparaît en premier est du domaine du faux semblant…

Je me rends compte à quel point la démarche de ces deux évangélistes est dissimilaire ! Avant même que l’on passe au récit de la vie de Jésus, Jean donne la clef de son identité et de sa mission et c’est ça probablement qui me déroute…C’est vraiment un évangile singulier…

Le Verbe/la Parole

Toujours est-il que ce prologue est un vrai texte littéraire et philosophique ce qui nous renvoie à un auteur qui fait montre de dons extraordinaires, car même en le lisant dans une traduction, il est magnifique… (on a vraiment l’impression qu’il s’est éclaté quand il a écrit ce texte!)

Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.… En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.…

(les traductions catholiques utilisent le mot verbe plutôt que parole, qui est lui aussi un mot riche de sens)

C’est dans un cas comme celui-là que je regrette de ne pas pouvoir lire le texte en grec ( qui semble toujours être considérée comme la langue originelle même s’il y a eu d’autres hypothèses) sachant qu’une traduction littérale n’aiderait pas car une langue n’est pas faite de mots mis à la suite les uns des autres…

La parole

C’est un mot dont j’ai découvert la valeur quand je suis allée vivre en Afrique de l’Est et que j’ai étudié la littérature africaine : la parole créatrice, la parole toute puissante, qui une fois qu’elle est prononcée a une vie indépendante de la personne qui la prononce… Moi qui avait adhéré à un mode de pensée où l’écrit était roi où il était considéré la valeur ultime et où le livre était un objet culte…Ce qui n’était pas écrit n’avait pas de valeur, n’était pas fiable, voire n’existait pas … D’où ce mépris instinctif pour les littératures orales et ( donc africaines) et cette conception de l’évolution humaine où l’on marquait l’entrée dans l’Histoire avec un grand H avec l’écrit et toute civilisation qui n’avait pas d’écrit était reléguée à la préhistoire…( ce que l’on enseigne encore dans les écoles en France). Évidemment, ça nous permettait de nous situer tout en haut de l’échelle des civilisations…( on n’est pas bête….).

Or l’écrit appartient aux privilégiés et leur permet d’exercer un pouvoir, sur ceux qui n’y ont pas accès. On n’y pense pas aujourd’hui quelques 500 ans après Gutenberg qui avec l’invention de la presse a ouvert l’accès aux textes écrits au plus grand nombre même si ça n’a pas été immédiat. Ce n’est pas par hasard que Jésus se soit écharpé avec les scribes de son époque et qu’eux ce soient sentis menacés par son pouvoir : l’autorité qu’il avait ne lui venait pas de son expertise du livre mais de son pouvoir de guérir et de la force de ses paroles…

On ne peut pas comprendre la diffusion et la composition des évangiles sans en prendre conscience : il est normal qu’il n’y ait pas de textes importants écrits qui soient contemporains de la vie de Jésus et donc historiques dans le sens étroit du terme. C’est pourquoi les épîtres de Paul sont exceptionnelles justement parce que Paul faisait partie, contrairement à Jésus et ses disciples à une caste très privilégiée de l’époque comme il le dit lui-même d’ailleurs. La nécessité d’évangiles écrits pour diffuser le message de Jésus et raconter sa vie n’a pas pu venir tout de suite mais heureusement pour nous, elle s’est fait sentir assez vite.

J’ai été étonnée de découvrir que dans la tradition juive c’était la tradition orale qui primait dans la transmission et que pendant longtemps, il y avait cette idée que ce qui était sacré ne devait pas s’écrire…c’est pour ça que les textes de la Thora ont été écrits tardivement.

« Ce corpus d’interprétations orales ne devait pas quitter ce statut d’oralité. Il y avait dans la littérature ancienne un certain interdit d’écriture afin de ne pas donner au verbe humain, à l’intellect humain le même statut que celui de la Tora écrite, censée provenir du Ciel. Un passage talmudique concernant ce point est absolument clair : ce qui t’a été transmis par oral tu n’as pas le droit de le transmettre par écrit : ma shé nimsar lékha be al péh, eynekha rashaï le mossro bikhtav

https://frblogs.timesofisrael.com/la-place-et-le-role-de-la-tradition-orale-dans-le-judaisme/

Certains parlent du christianisme, comme de la religion du livre au même titre que l’Islam ou même que le Judaïsme…en fait ce n’est pas le cas… c’est une religion de la Parole, du Verbe, l’écrit n’étant qu’un moyen de transmission mais pas un objet en soi, un objet fétiche auquel on donnerait un statut au-dessus de ce qu’il devrait être  ( ce qu’il est malheureusement devenu pour certains avec la formule Sola Scriptura qui cherchait à dévaloriser les écrits de la tradition) : ce n’est toujours qu’un compte rendu dont le référent est hors du texte, indépendant de la lettre qui le représente, et c’est pour cela que Paul dit que « la lettre tue et l’esprit vivifie »

Dans ce sens, tout ce temps que l’on passe sur l’étude de la rédaction des textes de l’évangile, apparaît comme hors sujet et superflu, un luxe accordé à un petit groupe de spécialistes : c’est leur authenticité qui compte, leur ancrage dans le réel, tout le reste n’est que bavardage…et cette authenticité, il me semble, a été suffisamment démontrée. Mais pourtant cette base de données est périodiquement remise en cause et si on ne sait pas lire entre les lignes, les nouvelles thèses peuvent jeter quelquefois une ombre sur le témoignage écrit de ces pages quand ils prêtent à leurs auteurs anonymes (ou pas) des intentions qui mettent en doute leur intégrité et font d’eux des ignoramus ou des charlatans, en un mot…. des faux témoins. Alors évidemment ça, ce serait très grave… (les faux témoins étaient dans la loi juive passible de la peine de mort !)

La parole, la lumière, la vie : une trilogie magnifique

En tout cas….pour ce prologue, comme c’est une déclaration de foi, il n’y a rien à prouver : on y adhère ou on n’y adhère pas… et comme beaucoup l’ont noté, il faut le mettre en parallèle avec l’ouverture de la Genèse :

AU COMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre.

La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux.

Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut.

On ne peut que s’émerveiller et goûter à la beauté de ces déclarations mais pas les prouver car aucun ne nous n’était là…

Le grand saut

Il faut faire un saut dans l’inconnu des origines, dans l’incompréhensible magnificence et immensité de l’univers,

Un saut qui étrangement nous demande de descendre aussi au plus profond de notre être,

un saut,

qu’on pourrait appeler tout simplement,

le saut de la foi…

Et l’évangile de Jean nous demande de le faire…au début

Coup de gueule

le 26 mai, 2022, Auvergne

( l’ascension.. on se presse dans les gares en France pour partir quelques jours)

Mais ce qui occupe mes pensées au premier plan, c’est ce massacre d’enfants dans une école du Texas…j’essaie de l’ignorer, de me dire que ce n’est pas étonnant, que c’est seulement un massacre de plus dans une liste qui ne cesse de s’allonger jour après jour,

et qui s’ajoute au massacre motivé par la haine raciale de l’autre jour que j’ai voulu aussi ignorer, par un jeune de 18 ans dans un super marché, adepte de théories racistes comme celle du grand remplacement…

l’éloignement géographique des événements m’aide à prendre mes distances, mais ce matin je me suis sentie rattrapée..

* * *

Ce qui gronde au fond de moi, c’est la colère, contre les églises qui défendent le droit de porter des armes,

Ça me rend malade…

Surtout que je les connais ces « chrétiens » qui mettent sur le même plan le droit d’assemblée religieuse de celui du port des armes… Véritable sacrilège, blasphème même!

Ça me rend malade de penser que ces gens qui font partie de mon entourage ont été manipulés par les discours et les slogans des lobby d’armes, relayés à la radio, à la télévision et sur les réseaux sociaux, par des hommes et des femmes qui s’affichent comme chrétiens…

comment peuvent-ils être aveuglés à ce point ?

On leur a parlé,

on a essayé de leur faire comprendre,

on n’a pas voulu les lâcher…

Tout a été en vain semble-t-il

et maintenant, y-a-t-il quelque chose d’autre que l’on puisse encore faire ?

* * *

Comme je me suis mise à l’évangile de Jean, ce sont ces paroles qui me viennent à l’esprit :

« La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue [ . . .] Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue.…

Les siens, ces chrétiens qui se revendiquent disciples de Jésus et qui ne peuvent pas et ne veulent pas voir ?

ou encore

« Et ce jugement c’est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées;… »

On est aveuglé car on préfère les ténèbres à la lumière…on ne veut pas que ce à quoi on est tellement attaché soit dénoncé….

* * *

Mais ce serait leur donner trop de pouvoir et d’importance que de ne pas parler des autres nombreux qui s’opposent au lobby des armes : quand nous, on a envie de baisser les bras et on se dit à quoi bon, d’autres prennent la relève et continuent à marcher….

Et de toutes façons, prêcher dans le désert, n’est-ce pas l’activité phare du prophète ?

Il faut donc continuer…ne pas se taire, ne pas se résigner…

P.S. Ce qui m’énerve maintenant c’est de voir que les médias français se sont emparés de l’événement et nous bassinent avec leurs interprétations et leurs analyses d’experts qui croient tout savoir mais ne comprennent rien…

Voyage au pays de la douleur

le 23 mai 2022, de retour chez nous

La douleur,

Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait un séjour dans son territoire…

On oublie vite,

la force avec laquelle elle nous attaque,

et toutes les stratégies futiles

que l’on essaie de mettre en place,

pour y faire face,

d’abord l’ignorer,

et faire semblant,

de ne pas la remarquer,

en respirant profondément

mais peu à peu,

l’étau se resserre

et on se retrouve pris au piège

dans ce monde effrayant

où rien d’autre n’existe

que sa présence insoutenable

qui envahit

notre corps tout entier…

* * *

Ah les médicaments !

Quand demande le patient à l’infirmière de nuit,

pourrez-vous me faire une autre piqûre ?

Quand pourrez-vous me donner

un autre comprimé?

Il faut encore attendre un peu répond-elle

Attendre ? Mais je n’en peux plus d’attendre

* * *

Les statistiques sont effrayantes,

du nombre de morts par overdose

de ses médicaments que l’on a donné

( ou qu’ils se sont donnés)

trop généreusement

à ces patients

qui vivaient dans la douleur.

*   *   *

Je m’étonne toujours de remarquer

que malgré les avancées incroyables des sciences médicales,

on n’a toujours pas éliminé,

la douleur

et que n’importe quelle intervention médicale,

n’est jamais vraiment,

indolore…

La douleur, nous explique-t-on parfois

pour nous réconforter

est une bonne chose pour notre corps,

les maladies les plus dangereuses,

parait-il

sont les maladies silencieuses…

Alors, il y a aussi bien évidemment,

ceux qui en rajoutent et nous disent

que la douleur ça nous fait du bien

car soit-disant

ça nous rapprocherait de Dieu…

* * *

Bref…

Pour certains, le séjour est temporaire,

pour d’autres

permanent

Et auprès de ceux-là,

Seigneur,

Manifeste toi,

Délivre-les du mal …

et délivre-nous de l’oubli,

de l’ingratitude,

et de l’indifférence

quand,

après y avoir séjourné quelque temps

nous avons quitté ce territoire effrayant…

De l’inégalité et des autocars…

Image: peinture de Frida Kahlo, 1929, the bus

Le 17 mai, Bruxelles, Belgique

À deux pas du siège de la commission européenne, hommes en chemise blanche cravate, femmes en chemise blanche aussi ou plutôt on devrait dire chemisier blanc et jupe noire, avec autour du cou leur sésame, cette étiquette plastifiée avec son QR qui leur permet d’ouvrir des portes que d’autres ne peuvent pas franchir. Même les femmes qui portent le hijab et qui se trouvent dans les lieux, ne ressemblent pas à leurs consœurs de banlieue tant leur tenue est soignée et leur allure dégage l’assurance de celles qui ont accès au milieu privilégié des organisations internationales.

Tout autour cafés et restaurants propres et avenants où s’affairent serveurs et serveuses qui viennent d’autres quartiers où l’on court toute la journée après les transports en commun pour arriver à temps au travail, après avoir déposé les enfants que l’on récupérera le soir après une longue journée de travail avant de s’affairer aux tâches ménagères ( surtout pour les femmes). Mais on court surtout après l’argent qui n’est jamais suffisant pour payer toutes les factures à la fin du mois.

Dans l’autocar pour arriver à Bruxelles, c’était cet autre monde qui se pressait : vêtements relax et hétéroclites, smart phone à la main, (devenu maintenant l’objet indispensable, le sésame qui permet de laisser ouvertes les dernières portes pour assurer sa survie) sac à dos rabougri, quelques grosses valises qu’on met soi-même dans la soute à bagage. La moyenne d’âge était jeune et si les langues parlées étaient diverses, elles étaient loin d’être toutes européennes… On s’arrête un temps limité sur une aire d’autoroute pour aller aux toilettes ( celles de l’autocar n’ayant pas été vidangées), pour recharger son téléphone, (les prises de recharge ne fonctionnant pas) et pour acheter un sandwich ou deux sous papier cellophane… on n’est pas dans un Thalys

*  *  *

Chaque fois, je m’étonne de ces lieux publics qui sont tellement typés comme les gens qui les fréquentent, comme les gares routières qui ne ressemblent d’aucune manière à leurs consœurs du niveau supérieur, celles des trains et où on a toujours l’impression de se retrouver dans un coupe gorge où il faut s’accrocher à son sac… mais aussi où votre compagnon de route partagera volontiers avec vous, son portable si le vôtre ne fonctionne plus et ses réserves de victuailles si vous n’avez pas pensé ou eu le temps d’en faire avant de partir. La solidarité y est toujours de mise.

C’est étonnant comme les moyens financiers se manifestent à tous les niveaux : de nos codes vestimentaires à nos lieux de fréquentation qui vont du super-marché ou de la supérette à l’arrêt d’autobus, en passant par les parcs et les lieux de loisirs. La précarité financière continue à diviser les gens en catégories étanches où l’on se croise, on se côtoie quelquefois même, mais où le vivre ensemble, cette formule tant prisée, n’existe pas  : dans la pratique c’est chacun chez soi ou plutôt chacun avec ses semblables… On parle beaucoup d’appartenance ethnique mais notre place sur l’échelle de la richesse crée des communautés de parentés moins visibles mais tout aussi importantes que celles de la culture d’origine.

L’être humain : cet animal si complexe et si incompréhensible, capable du meilleur comme du pire qui se croit quelquefois si spirituel qu’il ne veut pas reconnaître que ces modes de vie et de pensées sont liées aux réalités matérielles dans lesquelles il se trouve.

   *   *   *

Je continue à penser à cette phrase : ” donne-nous notre pain de chaque jour”  dans la prière enseignée par Jésus que l’on spiritualise quand on ne vit pas dans la précarité .et dont on ne comprend pas l’immédiateté, l’ancrage dans le réel si la recherche du pain quotidien ( celui qu’on a besoin de manger pour survivre et pas celui des besoins émotionnels) ne fait partie de notre préoccupation journalière.

(On nous dit que Jésus était pauvre, mais je n’aime pas ce mot pauvre car il est condescendent et met les gens dans dans la catégorie de ceux « qu’il faut aider ». Jésus n’appartenait pas à un milieu misérable…mais certainement à un monde où la précarité était de mise.)

Moralité ? Je dois avouer que le voyage en autocar ayant été plus difficile que ce à quoi je m’attendais, je reviendrai en train…une manière d’assumer une des réalités concrètes de ma vie présente…que je ne suis plus aussi jeune que je ne l’étais…

C’est fou quand même

Le 11 mai, 2022, Auvergne

(le printemps, c’est toujours aussi magnifique!)

Ce matin, je me réveille avec ce mot : transmettre,

Transmettre

le souci premier du disciple,

le maître parle, le maître vit,

le maître montre, le maître explique,

le maître réprouve quelquefois,

approuve dans d’autres,

mais le disciple lui écoute,

observe, pose des questions,

et transmet.

* * *

Une amie juive, une fois m’avait fait la remarque : pourquoi Jésus n’a-t-il pas écrit, les prophètes eux l’ont fait et grâce à ça, on sait ce qu’ils ont voulu dire,

mais Jésus, lui il n’a pas laissé de traces écrites de ses pensées,

comment peut-on savoir ce qu’il a voulu dire vraiment ?

( question sans réponse….est-il mort trop tôt et n’aurait-il pas eu le loisir de le faire tranquillement en s’isolant du monde pour un temps? On parle de l’humilité de Jésus mais on ne sait pas ce que ça veut dire… ça doit signifier sans doute ne pas prendre le temps d’écrire ses idées à soi …)

* * *

Jésus n’a rien écrit, il n’est l’auteur d’aucun évangile,

tout repose sur l’intégrité de ceux qui ont rapporté ses paroles, ses faits et gestes,

tout repose sur la droiture de leur cœur, leur volonté de ne rien falsifier, leur refus de chercher une gloire quelconque dans la rédaction de leur œuvre

on ne les connaît pas vraiment ces écrivains, on n’est même pas sûrs de qui ils étaient et surtout on ne sait comment ils ont rédigé leur texte, quelle a été la genèse de leur écriture,

Qui ont-ils consulté ? Avec qui ont-ils parlé ? Qui ont-ils cru et qui ont-il mis en doute ? Et surtout qu’est-ce qui s’est passé dans leur tête quand ils écrivaient ? Quelqu’un leur a-t-il demandé de le faire ?

Ont-ils beaucoup prié chaque fois qu’ils ont pris la plume ? ( bon ce n’était pas une plume!) Ont- ils écrit tout d’une traite, ou se sont-ils relus et corrigés des dizaines de fois ?

Tant de questions que l’on se pose et auxquelles, on ne peut pas répondre malgré toutes les recherches que l’on peut faire,

C’est dingue quand même !

C’est dingue d’être obligé de s’appuyer sur le témoignage des autres, sur des personnes que l’on ne connaît pas, et d’être obligés de leur faire confiance…

C’est fou !

* * *

Que ce soit l’évangile de Marc ou celui de Jean, il nous faut faire confiance à ces ancêtres lointains (qui n’en sont pas vraiment) ces inconnus, d’un autre temps, d’un autre lieu, d’une autre langue, d’une autre religion même, pour essayer de savoir qui était ce Jésus dont ils nous parlent… car Il est trop tard maintenant pour faire une enquête : on ne peut qu’espérer que leurs contemporains l’aient faite sérieusement pour donner crédence à ce qui a été écrit…

Comment arriver à la conviction qu’ils n’ont pas menti, qu’ils n’ont pas inventé, qu’ils n’ont pas essayé de nous tromper ?

C’est énorme quand même de penser que croire en Jésus Christ, c’est croire aussi en l’intégrité de ceux qui ont cru en lui…

* * *

Dieu seul peut apposer son sceau à nos textes sacrés

Il peut seul en être la garantie

Mais Dieu nous oblige à faire confiance à d’autres

à d’autres comme nous pour transmettre

ses vérités, sa volonté,

La confiance qu’il a mise en nous, c’est fou quand même !

Des églises vides ou presque…

le 9 mai 2022, Auvergne

L’église était vide,

ou presque,

En tout cas, plus vide que ce dont je me souvenais la dernière fois que j’y ai été,

Les même personnes aux cheveux gris ou au faux châtain-roux…

Mais quand même, une jeune femme avec un enfant dans une poussette et deux fillettes…sans homme pour l’accompagner…

On s’est mis à attendre tranquillement un prêtre qui n’arrivait pas…

* * *

Autrefois, il y a bien longtemps semble-t-il, cette grande église dans un bourg de campagne avait dû être pleine à craquer le dimanche,

avec enfants et femmes endimanchés mais aussi quelques hommes, des forts gaillards certainement qui s’asseyaient de préférence au fond pour sortir le plus tôt possible à la fin de la messe rejoindre le bar, toujours là sur la place…où quelques clients étaient assis aux tables…

Sincères ou pas, croyants par conviction ou par habitude, présents pour se faire voir ou se faire élire, on se retrouvait là le dimanche et on y fêtait nombreux, baptêmes, mariages, premières communions et quelques enterrements même, tout étant l’occasion de se retrouver autour d’un repas copieux après avoir échangé à la sortie de l’église les dernières nouvelles avec les habitants des environs…

C’était vivant !

Maintenant ce sont surtout des enterrements….

* * *

Toujours pas de prêtre en vue…

Faut dire qu’il a plus de 85 ans et qu’il assure encore les messes dans d’autres églises de la région alors qui sait…

Dans la salle d’attente du cabinet médical, où l’on peut s’informer de tout ce qui se passe dans le village, deux femmes discutaient de son état de santé et remarquaient qu’il n’était plus lui-même depuis son dernier accident de voiture…

Faut dire que quand il s’agit de quelqu’un de plus de 85 ans, on ne peut pas s’attendre à ce qu’il ne perde pas ses billes de temps en temps …

* * *

Les fillettes commençaient à s’impatienter. Pour s’occuper, elles sont allées allumer des cierges sous le regard vigilant de leur maman qui s’est mise à bercer l’enfant dans la poussette qui avait commencé à se réveiller

Trois femmes, un peu plus jeunes que la moyenne, qui avaient l’air d’être chargées de préparer « quelque chose » sont entrées en conciliabule… mais je savais bien qu’elles ne pourraient pas assurer une messe…c’était après tout des femmes, et les messes ne peuvent pas se dire sans un prêtre homme…donc….

On a continué à attendre

* * *

Dehors, on pouvait maintenant entendre la fanfare…

Pourquoi la fanfare ?

Ah c’est vrai, aujourd’hui on célébrait la fin de la deuxième guerre mondiale…même que demain parait-il, Poutine allait faire un grand défilé militaire pour faire valoir le sacrifice du peuple russe pour lutter contre le régime nazi…

(un sacrifice réel d’ailleurs avec des millions de morts …mais comme on le sait tous, le peuple russe a continué à souffrir d’oppression sous l’ère Staline et puis communiste et en plus maintenant de nouveau a été envoyé pour se faire tuer dans une guerre décrétée par un autre dirigeant tyrannique et avide de grandeur… contre un peuple dont il est le cousin germain…)

Alors armistice, pour combien de temps encore ?

* * *

J’ai bien envie d’aller dehors et voir ce qui s’y passe : ça a l’air plus vivant qu’entre ces murs…

D’abord, c’est la marseillaise et ensuite l’hymne européen qu’ils sont en train de jouer, l’hymne à la joie de Beethoven comme on l’appelle quelquefois, bien entraînant sans doute…

Il y a dû avoir un discours du maire et il semble qu’aujourd’hui on a l’intelligence suffisante dans ces allocutions pour ne plus exalter un nationalisme à outrance mais déplorer les nombreuses morts civils et célébrer la paix… surtout qu’aujourd’hui avec l’Ukraine, c’est pas gagné

* * *

Faut- il partir ?

Je vois une des dames se diriger vers la sacristie, allumer les cierges sur l’autel , serait-il arrivé maintenant ? Tout le monde ( enfin c’est une façon de parler) est encore là et a décidé de rester… on s’est déplacé quand même, on ne va pas revenir bredouille !

Je sais en tout cas qu’un monsieur âgé qui vit dans l’ehpad à quelques mètres de là partira pour être sûr de ne pas rater le repas servi à 11 heures et demie…il part systématiquement avant la fin même quand la messe commence à l’heure…

* * *

Finalement,

le prêtre arrive par la porte principale,

tout aussi frêle et menu qu’avant

 il explique en se dirigeant vers l’autel, que sa voiture s’est endommagée quand il a percuté une autre voiture en faisant marche arrière pour sortir du parking , quelqu’un avait dû le ramener…

Je me demande s’il va tenir le coup…

* * *

Il met les vêtements liturgiques, les trois femmes s’affairent, et il annonce au micro après s’être excusé une nouvelle fois, d’une voix étonnement ferme

« aujourd’hui 4ème dimanche après Pâques, nous continuons à célébrer le Christ ressuscité »

L’annonce fondamentale, est faite: la proclamation du Christ ressuscité

* * *

Faut-il regretter le passé, se laisser envahir par la nostalgie de ce qui n’est plus, de cette époque révolue ici en tout cas, où le christianisme paraissait, si pimpant, si allègre, si puissant?

(On sait pourtant que ce temps là si joyeux, était aussi un temps de compromissions, de corruption, d’alliances honteuses ,un temps où Jésus aurait pu interpeller les dirigeants de l’église comme il l’a fait des autorités religieuses de son époque pour les traiter d’hypocrites….)

Certainement quand on regarde en arrière, et que l’on voit les affres par lesquelles les églises ont passé, il y a eu des moments de triomphe et de grandeur, des vrais motifs de joie et de réjouissance, mais il y a eu aussi des moments de persécutions féroces où il semblait que pas un seul disciple de Jésus ne resterait debout …

et peut-être pire encore des moments de trahison où l’église participait aux crimes qu’elle devait dénoncer, aux mensonges qu’elle devait démasquer où elle avait cessé d’annoncer quoi que soit de bon au peuple et était juste bonne à être foulée aux pieds comme le sel qui avait perdu de sa saveur…selon la formule de Jésus lui-même

* * *

Souvent au cours des siècles et des siècles de péripéties d’une histoire mouvementée, la transmission du message n’a plus tenu qu’à un fil,

Comme celui de la foi d’un vieux prêtre têtu,

et d’un petit groupe de femmes patientes et résolues,

(toujours ces femmes dont on se plaint mais qui n’ont pas eu peur de s’approcher d’un Jésus agonisant sur une croix, et qui pour cela ont été les premières à être les témoins de la résurrection…)

* * *

L’église était presque vide soit,

mais c’est grâce à ces anonymes qui étaient là en ce jour,

‘Et à tous ceux qui sont venus avant eux,

Que la nouvelle du Jésus ressuscité en Palestine est arrivé jusqu’ ici,

dans cette église presque vide,

et dans tous les là-bas du monde entier

Tous ces anonymes

qui font partie d’une foule immense de témoins comme le disait le texte du jour :

« Moi, Jean, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main [. . .] Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux.Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »

Livre de l’Apocalypse 7,9.14b-17.

Etude à reculons de l’évangile de Jean

Samedi 7 mai 2022, Auvergne,

Voilà, j’ai bien fini ma lecture et redécouverte de Jésus dans l’évangile de Marc. Le parcours en a valu la peine car il m’a permis de jeter un regard sur le Jésus qui a foulé la terre de Palestine il y a deux mille ans : il me l’a rendu réel, vivant, authentique pour ne pas dire historique. Surtout, ce que j’ai apprécié c’est que l’auteur qui nous le présente, le tient à bout de bras : il respecte son intimité et ne nous permet de nous approcher de lui véritablement qu’une seule fois dans le jardin de Gethsemani… Pour le reste, ses faits et gestes, ses échanges avec les gens qu’il rencontre, nous montrent qui il est sans que lui, Jésus ne nous le dise directement  : il est totalement décentré presque indifférent à la question de son identité tellement il est absorbé par sa mission … c’est à nous de le découvrir en le suivant, au pas de course quelquefois… On ne se sent pas obligé de le faire entrer dans un carcan théologique ou philosophique, face à lui, on est totalement libre de se positionner.

Mais voilà, on ne peut pas ignorer qu’il y a un autre regard, plus intime celui-là, qui est celui de l’évangile de Jean et ce serait malhonnête de ma part de refuser de l’étudier même si a priori, je n’en ai pas beaucoup envie… Il y eut une époque où on le disait écrit plus tardif et donc moins historique ( il semble que certains ces dernières années ont remis en cause cette opinion) et présentant un Jésus régurgité, celui que l’on voit sur les images pieuses, avec un coeur rouge sanguinolent plaqué sur la poitrine ou dans sa version d’objet kitsch que l’on trouve dans la devanture de certaines boutiques.

En fait, je ne sais pas pourquoi mais c’est cette image qu’évoque pour moi l’évangile de Jean, une image d’un être dont les pieds frôlent à peine la terre et qui n’existe pas dans le monde rêche et rugueux dans lequel on vit et on doit se débattre. Je crains que l’évangile de Jean ne me fasse  perdre de vue le Jésus que Marc nous fait voir et qui lui par contre s’inscrit parfaitement dans une expérience de vie humaine.

Mais bien sûr, je sais que l’impression globale que j’ai de cet évangile est fausse et que je dois la corriger : je ne peux pas faire l’impasse sur un texte qui a une si grande valeur ne serait-ce que littéraire et a nourri la foi de tellement de croyants. Il faut que je le lise et l’étudie plus à fond pour me débarrasser de toutes ses fausses images et ses représentations pieuses qui y sont attachées, de toutes ces théologies et ces constructions humaines qui ont servi de base à un mysticisme de mauvais aloi et à des polémiques sans fin… ou carrément à un gnosticisme qui a trouvé dans ce texte un bois suffisamment abondant pour alimenter son feu et qui aujourd’hui trouve un regain d’intérêt : du new age, à l’orientalisme, aux sciences ésotériques, sans oublier la franc-maçonnerie…

Il faut que j’essaie d’effacer de ma mémoire et de mon expérience ce Jésus mielleux qui conduit à des extases mystiques, avec lequel on échange des regards langoureux et un vocabulaire amoureux qui est intimement mêlé pour moi à celui dont parle toutes ces femmes « saintes et vierges » ( les deux étant toujours étroitement liés) isolées du monde que l’on nous donnait en exemple mais que je ne voulais surtout pas imiter….

Bref, me voilà donc au seuil d’une nouvelle étude, après avoir essayé d’analyser le mieux possible les « raisons » ( qui sont tout sauf raisonnables) de mes réticences et mes préjugés que j’expose ici… Qui vivra verra…

Une nouvelle aventure, en tout cas !

Sortie de nuage

le 4 mai 2022, Auvergne,

Quelquefois,

je ne sais pas pourquoi,

J’ai l’impression de naviguer dans un épais brouillard

Tout est pesant,

Avancer est difficile,

Chaque pas est un effort,

autour de moi l’atmosphère est lourde,

il me faut baisser la tête, rentrer les épaules,

ignorer la fatigue

ignorer les doutes

ne penser à rien d’autre que la tâche à accomplir

ne regarder ni à droite, ni à gauche,

et surtout pas en arrière…

C’est comme si

je me trouvais prise

dans le nuage gris

d’un mauvais génie

*  *   *

Et puis tout à coup,

le nuage passe,

et je peux voir la clarté de l’atmosphère

la beauté des collines qui se profilent à l’horizon,

les couleurs éclatantes des prés, jaunes et verts

les multiples fleurs qui poussent de partout…

Tout à coup,

je peux entendre le chant des oiseaux,

Tout à coup,

je peux relever la tête,

et m’émerveiller…

*   *   *

Pour ces journées inattendues de légèreté et de clarté,

Merci, mille fois merci !

L’unique certitude

le 2 mai, 2022, Auvergne, il fait beau,

Jésus continue à marcher à nos côtés…

En vrac,

L’élection présidentielle est venue… les résultats ont été ce qui avait été anticipé mais pas ce que certains espéraient et que d’autres, comme moi craignaient… après l’élection de Trump aux États Unis, on savait que tout était possible… on retrouve donc un semblant de normalité.

La guerre en Ukraine continue… on n’est plus choqué par les morts, les blessés, les torturés et les nombreux réfugiés mais heureusement pour les ukrainiens, la solidarité ne semble pas faiblir…

Les vendeurs d’armes se frottent les mains : ce sont toujours les grands gagnants…

Hier c’était le 1er mai… défilés un peu partout dans les grandes villes, avec malheureusement des casseurs qui font des leurs ( mais calme plat aux États Unis où le premier mai, journée de revendication des travailleurs a été bannie et est devenu « labor day » qui n’a rien à voir)

Fête du muguet : ici pas de muguet mais des iris qui sont prêts à fleurir et le beau temps a accompagné autour du four à bois, un échange de graines entre gens du village, avec buvette, pain et pizza cuits sur place,

Départ des mes visiteurs venus de la grande ville, qui m’ont rappelé une autre vie, celle avec des enfants pleins de vie, faite de luttes quotidiennes pour les mères qui essaient le mieux possible de les élever et de pourvoir à leurs besoins matériels, et qui continuent à être celles qui portent le fardeau le plus lourd même quand elles ne sont pas seules…

Il semble que féminisme ou pas, libération ou pas, progrès technologique ou pas le monde ne change pas beaucoup et les clivages entre celles qui ont les moyens, et celles qui ne les ont pas continuent à peser lourd dans la balance…

Les enfants eux grandissent, tant bien que mal, pour toujours marqués par ces adultes que nous sommes, nous les mères ( et aussi les pères) et qui avons du mal quelquefois à gérer nos propres frustrations, nos déceptions et nos illusions perdues,

(Ces enfants qu’on nous a donnés et qui nous appellent toujours à nous dépasser… que l’on puisse le faire ou non)

* * *

Qu’aujourd’hui soit un moment de lutte ou de joie inattendue,

De réussite ou d’échec…

d’abondance ou de précarité,

De guerre ou de paix

Jésus qui continue à marcher à nos côtés…

en ce nouveau mois de mai

Est notre unique certitude