En chemin,

La photo est de la gare de Midi à Bruxelles

le 27 septembre, dans le train,

(Paris, Clermont Ferrand…)

Pour une fois, on n’a pas un train pourri…

et le train n’est pas bondé non plus…

pas de course effrénée pour l’attraper

mais quand même des escaliers à monter et à descendre

quand il a fallu changer de gare,

la galère d’être obligé de passer par Paris…

***

Le luxe retrouvé maintenant

d’avoir du temps pour soi,

C’est ce fossé là qui sépare la vie que je viens de quitter

de celle que je vais retrouver

Il y a des tas de fossés qui séparent les êtres humains,

Un de plus est entre ceux qui ont le temps,

de prendre le temps

et ceux qui ne l’ont pas…

* * *

Une inégalité de plus ? Les inégalités d’une certaine manière, sont au cœur de l’expérience humaine : comment les vivre au quotidien ?

Mais , peut-être que le mot inégalité est excessif : après tout, l’absence d’activité peut être aussi vue comme un manque à vivre pour les chômeurs longue durée, les jeunes qui peinent à trouver leur voie, les seniors que l’on ne sollicite plus : le temps est alors fait de moments vides qui n’en finissent pas de s’égrener les uns après les autres sans rime ni raison.

En réalité, l’isolement est bien plus un facteur d’inégalité que le manque de temps. L’absence de relation humaine crée la catégorie fâcheuse des laissés pour compte… Ces esseulés abandonnés au bord du chemin… le revers de la médaille de notre individualisme forcené !

* * *

Finalement, il me faut donc rectifier le tir

Avoir le temps de prendre le temps est un luxe

mais seulement quand il ne se conjugue pas avec

isolement…

Gâtée suis-je, moi

qui peux avoir l’un

sans avoir l’autre

Que puis-je faire d’autre alors

que de dire merci?

Sérénité ou supplique?

Dimanche 25 septembre 2022, Bruxelles…

En vrac

On est en ville, mais grâce à la pluie dans le jardin derrière la maison, la nature est généreuse, les buissons sont feuillus et les rosiers fleurissent…

Ici, évidemment l’automne est bien arrivé : de la pluie et de la fraîcheur le matin quand on conduit les enfants à l’école où la maternelle a presque autant de nationalités et de langues que les Nations Unies mais est certainement plus propice à construire la paix que les conférences des gouvernants avec leurs discours creux et grandiloquents…

Les enfants n’ont pas encore appris qui ils doivent détester et de qui ils doivent se méfier… pour l’instant, ils jouent les uns avec les autres, se poussant quelquefois, se disputant de temps en temps, mais sans rancœurs ancestrales, ni coups prémédités… Le vivre ensemble que leur enseigne la professeure ( je n’ai vu aucun homme) du moment, durera-t-il suffisamment longtemps pour impacter leur vie d’adulte quand on leur demandera de se battre contre leurs voisins ?

Dans ce quartier cossu, on voit quelques mendiants, qui, dans les grandes villes, semble-t-il se ressemblent tous : les femmes assises par terre, un foulard sur la tête, un gobelet devant elles. Ah si je pouvais parler leur langue et avoir une vraie conversation avec elles et arriver à les connaître : on se sent démuni devant elles et mettre une pièce dans leur gobelet semble tellement dérisoire !

Par contre les hommes avec leurs chiens qui s’installent devant la supérette, me font moins mal au cœur… ils ont l’air d’appartenir à un petit groupe dont les membres se relaient sans trop se disputer et discutent entre eux sur un coin de la place …

* * *

Dans ce pays de tradition catholique, aujourd’hui dimanche, des familles avec des enfants en bas âge, des officiants qui s’installent au fond de l’église plutôt que devant un autel, une offertoire où tous les enfants sont invités à participer une bougie à la main, des chaises et des tables de chaque côté de l’église où l’on peut s’installer tranquillement et observer, donne l’image d’un lieu ouvert accueillant, adapté au monde alentour.

Je m’étonne encore du contraste entre la ville et la campagne où c’est à la campagne que le christianisme se meurt, et c’est en ville que l’on peut trouver les lieux vivants d’une foi renouvelée.

Aujourd’hui, dimanche… jour du Seigneur dit-on, on a pu faire une vraie pause après une semaine vécue dans la frénésie…

* * *

Sérénité…

impossible de la vivre au quotidien ….

Tous les conseils et les stratégies qui sont enseignées par les différents gourous ne peuvent rien contre les demandes incessantes des uns et des autres….

Les petits comme les grands,

sans parler de celles du travail

indispensable pour faire marcher le monde dans lequel nous vivons, où il faut manger, se vêtir, se déplacer, se loger, communiquer, en un mot, construire la cité des hommes si temporaire soit-elle…

Il suffit d’un rien pour que notre coupe soit pleine, pour que la patience nous manque, pour que le découragement nous envahisse, pour que la colère monte…

et nous voilà emportés dans une course effrénée…

La sérénité, on se dit, c’est très bien pour ceux qui vivent seuls…

sans soucis sans responsabilités,

mais nous comment fait-on ?

* * *

C’est plutôt, le cri, la prière, la supplique

qui nous accompagne au quotidien,

pas la sérénité,

vertu d’un monde aseptisé,

éloigné du monde des vivants

et si on la perd mille fois au cours de la journée

Peu importe, après tout

car c’est la confiance qui nous porte,

celle en Celui

dont les bras sont pour toujours

déployés sur la croix…

Enough is enough

le 19 septembre 2022, Bruxelles

Funérailles

J’ai envie de le dire un peu dans toutes les langues que j’utilise : « enough is enough » « n’en jetez plus la cour est pleine » « ya basta ! »

Bon, même si je trouve que la reine Élisabeth avait de vraies qualités, ça commence à vraiment me gêner qu’on en fasse tant…tant d’hommages, d’honneur et de pompe pour une simple personne humaine…ça devient indécent…ça frise l’idolâtrie…

(surtout cette couronne perchée sur son tombeau…quel symbole…car après tout ce n’est qu’un cadavre au-dessous, alors une couronne si précieuse soit-elle, perchée sur un cadavre, quelle ironie ! Un vrai symbole de la dérision du pouvoir! Ce qui me vient à l’esprit c’est la formule tirée du livre de la Genèse « tu es poussière et tu reviendras poussière »)

Et comme en plus la reine était cheffe de l’église anglicane, il y a tout un volet religieux…qui me met encore plus mal à l’aise : Jésus, s’il n’était pas ressuscité se retournerait dans sa tombe… ! Alors on dit la pompe de Rome avec le pape et les cardinaux mais l’église anglicane là, elle lui fait vraiment concurrence…qui est le plus éloigné de la simplicité du Jésus crucifié dont le corps a été ramassé à la va-vite à la tombée de la nuit sans qu’on ait le temps de lui donner une vraie sépulture ( bon, d’accord, il a été ressuscité mais ce n’était même pas sous le feu des caméras) ? Je crois qu’ils sont à égalité : là-dessus, l’un ne vaut pas mieux que l’autre !

D’un côté ça coûte, de l’autre ça rapporte aussi… certainement il y aura des gens qui feront des comptes et calculeront combien ça a coûté mais ce sera plus difficile d’évaluer ce que ça aura rapporté.

À l’heure où j’écris la procession continue vers je ne sais où … mais demain tout sera fini!

Ouf ! On va enfin pouvoir passer à autre chose…

Nostalgie

le 13 septembre 2022, dans le train…

Petits bonheurs,

la gare à moitié désaffectée…

où il n’y a plus ni garde-barrière, ni guichet…

mais quand même,

un abri et un vrai panneau lumineux..

où on entend encore le passage à niveau sonner

annonçant l’arrivée du train,

dans ce lieu oublié

* * *

Le bruit des roues sur les rails

le balancement des wagons

ce rythme rassurant qui berce,

au fur et à mesure que le train avance,

* * *

Champs, arbres, vaches et chevaux,

villages perchés en haut des collines,

qui défilent à toute vitesse derrière les vitres,

indifférents,

à notre passage…

* * *

le sifflet du train à l’approche d’un village,

l’obscurité soudaine d’un tunnel,

le ralentissement à l’annonce des gares

tout m’est familier…

tout me replonge dans un passé révolu

* * *

Même si … le train ce n’est pas toujours la panacée : les toilettes sales.. les bousculades les jours de grands départs, les grèves inattendues, les contrôleurs aimables comme des portes de prison, et par les temps qui courent un site internet qui fonctionne à moitié sans mentionner l’impossibilité d’avoir une personne en chair et en os au téléphone ou même aux guichets qui eux ont presque totalement disparu… bref…ce n’est pas toujours que du bonheur…

* * *

Aujourd’hui pourtant, mardi 13 ( jour de malheur en Colombie, ce n’est pas le vendredi 13 comme ici), est un jour faste : ça doit être parce qu’au bout du voyage à Bruxelles m’attendent deux petits enfants colombiens (entre autres nationalités), qui se font une fête de me revoir…,

comme quoi…

Le bonheur, ça tient à des petits… rien !

Madame se meurt! Madame est morte!

Le 9 septembre 2022, Auvergne

Madame se meurt ! Madame est morte !

Ces exclamations, non, ne concernent pas la mort d’Élizabeth II, contrairement à ce qu’on pourrait penser, car la date n’est pas le 8 septembre 2022 , mais le 21 juin 1670…. Une autre grande de ce monde s’éteignait, mais contrairement à cette souveraine âgée de 96 ans dont la mort etait préparée depuis longtemps…celle-ci aussi membre d’une famille royale, Henriette d’Angleterre ( une autre britannique) femme du duc d’Orleans, frère du roi, n’avait que 26 ans !

Evidemment, il n’y avait pas les réseaux sociaux et l’internet ni même la radio et la télévision et si l’imprimerie avait été inventée depuis deux siècles, le quotidien de masse n’existait pas … mais il y avait d’autres moyens de communication et la nouvelle de son décès s’est répandu comme une trainée de poudre dans le tout Paris de l’époque et a occupé les esprits, si l’on en croit le sieur Bossuet dans sa fameuse « oraison funèbre ».

 « Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d’un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l’image de la mort. Le Roi, la Reine, Monsieur, toute la Cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l’accomplissement de cette parole du prophète : Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple de douleur et d’étonnement »

(Comme vous voyez, plus ça change, plus c’est la même chose)

Mais évidemment, ce que ne mentionnera pas Bossuet, est qu’il y aura bien des rumeurs qui se répandront autour de sa mort, surtout que dans son cas, n’ayant pas fait le vœu de chasteté ( ni de fidélité semble-t-il car elle était mariée) durant sa courte vie, certains soupçonnèrent qu’elle ait pu être empoisonnée…comme quoi , les familles royales et leur progéniture ont toujours défrayé la chronique et suscité une fascination et une curiosité jamais assouvie.

En tous cas, comme aujourd’hui, les grands de ce monde avaient leur aumônier attitré, dont le rôle était censé  les conseiller ou plutôt  les absoudre de toutes les fautes qu’ils commettaient pour les rassurer qu’ils iraient quand même au paradis… s’ils donnaient un pécule conséquent à l’église…. (rien à voir avec le Jean Baptiste que l’on est en train d’étudier qui s’est fait coupé la tête à cause de son franc parler selon les textes des évangiles, et au moins mis   à mort selon l’historien juif Flavius Josèphe).

Bossuet faisait donc partie de cette caste ecclésiastique privilégiée et fortunée dénoncée dans les écrits de Blaise Pascal ( Les Provinciales, 1656) qui lui ne s’est pas fait assassiner mais a connu l’exil ( il est quand même mort jeune à 39 ans)

Bref…c’est Bossuet qui a donc prononcé ce fameux sermon, ou « Oraison funèbre » exemple nous disait-on d’une éloquence admirable, quand on l’étudiait en cours de littérature du XVII ème siècle ( je me demande si maintenant avec l’obsession pour la laicité on l’étudie encore) où il s’exclamait : Madame se meurt Madame est morte !

Alors pour la reine d’Angleterre, Elizabeth II, il n’y aura pas de Bossuet mais l’évêque de Canterbury dont on scrutera tous les aspects de l’homélie le jour des funérailles ( je n’aimerais pas être à sa place et devoir préparer un sermon qui sera entendu par probablement des millions de personnes…mais après tout, il ne crève pas la faim et est payé pour ça) et en tout cas, même si elle n’était pas une sainte , ( ça n’existe pas dans l’église anglicane, de toutes façons. ) on peut quand même dire qu’elle a donné un témoignage exceptionnel tout au long de sa vie ( on la disait très croyante) où le terme de « service public » voulait dire quelque chose.

Il faut donc s’attendre à ce que le blitz médiatique continue et que les hommages à cette reine décédée se repaissent  dans le superlatif et l’hyperbole. Mais en plus si elle, n’a pas été l’objet de scandale, ce n’est pas le cas de sa progéniture, en commençant pas son fils et sa belle fille le nouveau roi Charles III et reine Camilla dont on connaît les amours adultères, et comme aux funérailles toute la famille est conviée les tabloïds ( les magazines people dit-on en bon français avec l’accent) britanniques mais aussi du monde entier auront de quoi s’en donner à cœur joie et auront matière à remplir leurs colonnes et alimenter leurs comptes Twitter et autres pour les semaines et mois à venir… Pas besoin de regarder des émissions de télé réalité ni de voir des téléfilms tous les ingrédients sont là dans un genre où les funérailles sont toujours des scènes où l’on atteint une sorte de paroxysme dans le déroulement de l’histoire…

Mais éloignons nous de tout ce fracas médiatique

Et revenons à Bossuet ou même avant Bossuet, à cette époque bénie et incomprise du Moyen âge ( que j’affectionne particulièrement), où la mort des grands était vue différemment si l’on en croit les nombreuses gravures et peintures représentées dans les églises…comme celles de la danse macabre où même le pape est dépouillé de ses atours dans l’image qui illustre cette chronique. (Une des dix-sept gravures sur bois de la « Danse macabre du cloître des Saints-Innocents » à Paris. Publiées en 1485 par deux éditeurs parisiens, Guyot Marchant et Verard, elles furent diffusées dans toute l’Europe )

Le peuple qui lui, avait trimé toute sa vie, avait tendance à se réjouir quand les grands mouraient car eux avaient eu plutôt tendance à les opprimer, en se disant…maintenant ils vont avoir leur dû car devant la mort on est tous égaux. C’était donc une leçon d’égalité qui était prêchée au moment de leurs morts.

Et pour en attester, car à une époque où le peuple n’avait pas accès à l’écrit, les gens s’exprimaient à travers les chansons, citons celle du roi Dagobert, qui fait encore rire les enfants et dont le premier couplet commence ainsi :

C’est le roi Dagobet qui a mis sa culotte à l’envers,

et le bon st Éloi oui dit O mon roi, votre Majesté est mal culotté,

C’est vrai lui dit le roi

Qu’on me la remette a l’endroit….

Mais si ce n’est que le premier couplet que l’on connaît, les derniers en valent la peine car ils font eux preuve d’une théologie chrétienne bien éloignée de celles des aumôniers des cours royales:

Le bon roi Dagobert
Craignait d´aller en enfer
Le grand Saint Eloi lui dit :
“O mon Roi, Je crois bien, ma foi
Que vous irez tout droit”
“C´est vrai, lui dit le roi,
Ne veux-tu pas prier pour moi?”


Quand Dagobert mourut
Le Diable aussitôt accourut.
Le grand Saint Eloi lui dit :
“O mon Roi, Satan va passer
Faut vous confesser”
“Hélas!, lui dit le roi,
Ne pourrais-tu mourir pour moi?”

Eh bien non ! Il ne peut pas !

La morale de l’histoire ?

C’est pas « devant la mort, on est tous égaux » car les conditions dans lesquelles on meurt varient énormément selon sa position sociale et ses moyens financiers, mais « après la mort on est tous égaux » et quels que soient les hommages de discours grandiloquents et dithyrambiques qui sont et seront prononcés pour rendre hommage à la reine Elizabeth seul Dieu peut la juger avec équité…

Une consolation ?

Peut-être !

L’occasion, dans cette folie médiatique de la surenchère, de garder un regard plus serein sur la mort de cette reine.

“il nous faut raison garder” dirait on ne sait plus qui…

N.B. Pour lire tout le texte de l’Oraison funèbre de Bossuet, voilà un lien : https://fr.m.wikisource.org/wiki/Oraisons_fun%C3%A8bres_(Bossuet)/Henriette_Anne_d%E2%80%99Angleterre,_Duchesse_d%E2%80%99Orl%C3%A9ans

Jean, le témoin énigmatique

Du 24 août au 8 septembre, 2022

Digression

Décidément, j’ai du mal à avancer avec cet évangile : c’est le personnage de « Jean le Baptiste » qui me fait buter maintenant et la question que soulèvent des exégètes/chercheurs aujourd’hui : Jean Baptiste (ou le baptiseur) a-t-il reconnu Jésus comme Celui dont il préparait la venue et les paroles qu’on lui attribue dans le texte de cet évangile sont-elles vraiment de lui et n’auraient-elles pas été mises dans sa bouche délibérément pour faire taire la polémique qui aurait continué  à exister entre ses disciples et ceux de Jésus ?

Évidemment, on devrait dire humblement qu’on ne peut pas le savoir…ce qui fait problème ici, n’est pas particulièrement la méfiance des exégètes envers un Jésus trop exalté et donc trop divin ( ce qui est quand même sous-jacent) c’est le fait qu’effectivement, on a dans l’évangile de Mathieu, un passage où  le Jean emprisonné , se met à douter que Jésus soit « celui qu’il attendait :

 Jean, qui avait entendu parler dans sa prison des oeuvres du Christ, envoya ses disciples pour lui dire : Es-tu celui qui vient ou devons-nous en attendre un autre ? Jésus leur répondit : Allez, rapportez à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent ; les lépreux sont rendus purs, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et l’évangile est annoncé aux pauvres ; et bienheureux quiconque ne sera pas scandalisé à mon sujet » (Matt. 11 : 2-6)

Selon donc certains, Jean n’aurait pas pu faire les affirmations sur l’identité de Jésus qui sont faites dans les échanges rapportés dans le texte de Jean….et quelque temps après douter…

A titre personnel , il me semble que cette question vient de personnes qui n’ont jamais été emprisonnées… et ne comprennent pas que quand on est dans un cachot , on peut être en proie à toute sorte de doutes du genre, « Dieu pourquoi m’as tu abandonné » et remettre en cause le sens de ce qu’on a cru comprendre, ou entendre dire… surtout quand ce sont des expériences extra -sensorielles,  comme celle d’entendre une voix  venue du ciel au moment où Jésus a été baptisé… leur souvenir peut perdre de leur réalité : le concret et le réel, maintenant c’est uniquement ce cachot malodorant où l’on se trouve confiné…. Tout le reste semble bien loin et irréel.

Mais aussi, c’est oublier que la figure messianique que Jean avait comme celle de tous les disciples d’ailleurs, était de quelqu’un qui reviendrait rétablir Israël sur son trône . Son emprisonnement dans ce cachot était la preuve que ce jour n’était pas venu et que Jésus ne semblait pas l’homme providence, futur roi des Juifs qui pourrait renverser le pouvoir romain. Le scandale de Jésus est justement qu’il n’a pas répondu aux attentes des gens qui l’entouraient.

Les recherches que l’on a pu faire sur cette époque est qu’effectivement, les attentes étaient multiples et on était toujours à l’affût de la manifestation du Messie. D’ailleurs, il faut reconnaître que les figures messianiques et leurs caractéristiques sont éparses et diverses dans les écrits des prophètes. Il n’y a pas un seul passage où il y ait un portrait bien défini et précis qui permettrait de l’identifier facilement à première vue…, comme une auréole autour de la tête ou une tunique blanche, une barbe et un regard lumineux et perçant ( on ne lui donne plus des yeux bleus au moins maintenant) comme on nous le montre dans des images pieuses ou même dans les films ! Personne a l’époque n’aurait pu imaginer que cet homme insignifiant de Nazareth serait connu 2000 ans après surtout considérant qu’il avait terminé exécuté sur une croix…

Finalement, en ce qui me concerne, la valeur des évangiles et ce qui accroît leur marque d’authenticité, c’est que ceux qui les ont rédigés et compilés n’ont pas essayé de les « harmoniser », c’est à dire de les modifier pour qu’ils concordent en tout afin qu’ils passent un test d’uniformité. Derrière la rédaction de ces textes, il y a les témoignages de différentes personnes qui non seulement n’ont pas toutes vues la même chose, mais aussi ceux de différentes communautés qui ont choisi de garder et de rapporter telle ou telle information car elle était la plus crédible mais aussi la plus pertinente pour eux.

Le « réel historique » n’est pas une masse homogène et lisse de faits multiples faciles à reconstituer surtout quand il s’agit de personnes qui comme Jésus ont suscité d’un côté une foi inconditionnelle et d’un autre un rejet et un soupçon systématique… On oublie la complexité du présent, le passé raconté simplifie toujours les options en donnant une illusion de clarté et d’inévitabilité…

Me voilà partie dans des digressions qui m’éloignent du texte lui-même, mais je ne peux l’aborder sérieusement sans examiner les polémiques qu’il suscite encore aujourd’hui. Même si je ne crois pas à une transcription mot à mot de ce que Jésus ou Jean aient pu dire, (qui n’aurait pas de sens d’ailleurs car ils ne se sont pas exprimés dans les langues dans lesquelles ces textes ont été écrit), ce serait jeter une suspicion infondée sur ceux qui sont à l’origine de ces lignes que de ne pas leur reconnaître un socle historique : ce n’était pas des charlatans…Il faut leur reconnaître un minimum de bonne foi et faire descendre d’un cran notre arrogance de gens du 2ème millénaire.

Bref, passons aux choses sérieuses

* * *

Jean : Qui es-tu ? Jean 1:19-28

Voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des Lévites, pour lui demander: Toi, qui es-tu?

Il déclara, et ne le nia point, il déclara qu’il n’était pas le Christ.

Et ils lui demandèrent: Quoi donc? es-tu Élie? Et il dit: Je ne le suis point. Es-tu le prophète? Et il répondit: Non.

Ils lui dirent alors: Qui es-tu? afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même?

Moi, dit-il, je suis la voix de celui qui crie dans le désert: Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit Ésaïe, le prophète.

Ceux qui avaient été envoyés étaient des pharisiens.

Ils lui firent encore cette question: Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es pas le Christ, ni Élie, ni le prophète?

 Jean leur répondit: Moi, je baptise d’eau, mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi;

je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers.

Ces choses se passèrent à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.

(Jean, présenté comme le témoin crédible et respecté a été mentionné au début de cet évangile au milieu de réflexions profondes sur la nature de Jésus/le logos/lumière etc. .. maintenant que le récit de son histoire commence, c’est Jean comme dans l’évangile de Marc dont on parle en premier.)

Sur la scène apparaissent les hautes autorités religieuses de l’époque qui ont entendu parler de Jean et qui font leur enquête, ce qui est leur responsabilité. Toutes les informations que l’on a sur cette époque est justement que proliféraient ( des dizaines plutôt que des centaines) de prédicateurs/rabbins de toutes sortes qui annonçaient l’avènement d’événements politico-religieux ( les deux étaient liés) comme le rétablissement d’Israël et aussi se disaient être le Messie qui présiderait à ce rétablissement. L’atmosphère était volatile dans ce territoire occupé et ils étaient soucieux quand quelqu’un qui se revendiquait des écritures devenait populaire étant donné le risque qu’il prenne la tête d’une révolte qui serait réprimée dans le sang. Ils feront la même chose quand ce sera au tour de Jésus d’être sur le devant de la scène.

Voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des Lévites, pour lui demander: Toi, qui es-tu?

Il déclara, et ne le nia point, il déclara qu’il n’était pas le Christ.

La première question qui lui est posée est celle qui est naturellement la plus importante pour des autorités religieuses qui se préoccupaient de l’avenir d’Israel : es-tu le Messie. On est étonné qu’il n’y ait pas de caractère polémique dans la question comme avec les échanges avec Jésus : la question est claire autant que la réponse : Jean n’élabore pas et ne cherche pas à créer l’ambiguité, ce n’est pas son style.

 Ceux qui avaient été envoyés étaient des pharisiens

Ils lui firent encore cette question: Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es pas le Christ, ni Élie, ni le prophète?

La seconde, donc vient des pharisiens qui n’étaient pas mentionnés plus haut. ( certains pensent qu’il s’agit de deux occasions différentes regroupées ici, mais peu importe). Plus pointilleux, plus curieux, ils ne veulent pas s’en tenir là….et lui demandent s’il était Elie. Pourquoi Élie parce que c’était lui qui devait annoncer la venue du Seigneur ou du jour du Seigneur selon les interprétations de la prophétie de Malachie…( ils ne croyaient pas nécessairement que le prophète Élie allait revenir…mais c’était au sens figuratif)

« Voici, j’enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l’alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l’Eternel des armées. Qui pourra soutenir le jour de sa venue? Qui restera debout quand il paraîtra? Car il sera comme le feu du fondeur, Comme la potasse des foulons. Il s’assiéra, fondra et purifiera l’argent; Il purifiera les fils de Lévi, Il les épurera comme on épure l’or et l’argent, (3 : 1-3) »

« Voici, je vous enverrai Elie, le prophète, Avant que le jour de l’Eternel arrive, Ce jour grand et redoutable. 4:5 »

(quelque soit la date de l’écriture de cet évangile, il reste incontestable que l’échange entre Jean et ses interlocuteurs ici, représente bien ce que l’on peut s’attendre de la compréhension qu’avaient les contemporains de Jésus et de Jean, des écritures juives. Leur langage, et leur utilisation du passage de Malachie, montre que de part et d’autre, il y avait une compréhension commune de ce passage au point, où il ne semblait pas nécessaire de préciser qu’ils s’en référaient à Malachie.  )

Ils lui dirent alors: Qui es-tu? afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même?

Moi, dit-il, je suis la voix de celui qui crie dans le désert: Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit Ésaïe, le prophète.

Cette fois-ci, Jean cite un prophète et on continue à reconnaître un échange entre personnes bien versées dans la foi juive et ses écritures. Voilà une citation plus longue pour nous qui sommes plutôt des ignoramus dans ce domaine…

Une voix crie: Préparez au désert le chemin de l’Eternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit exhaussée, Que toute montagne et toute colline soient abaissées! Que les coteaux se changent en plaines, Et les défilés étroits en vallons! Alors la gloire de l’Eternel sera révélée, Et au même instant toute chair la verra; Car la bouche de l’Eternel a parlé.

Toute la question pour nous aujourd’hui est de savoir comment Jean et les pharisiens interprétaient cette révélation : si elle était messianique ou eschatologique (parlant de la fin des temps) car le fait propre des textes prophétiques c’est d’être écrits dans un langage imagé et symbolique qui suppose une interprétation pour savoir comment ils s’appliquent à une situation historique précise.

 Jean leur répondit: Moi, je baptise d’eau, mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi;

je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers.

Ces choses se passèrent à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.

Jean donc ne leur répond pas de qui il s’agit : il ne nomme pas Jésus, par prudence ? Pour le protéger ? Parce qu’il ne sait pas encore que ce serait Jésus qui viendrait après lui car ça ne lui avait été révélé qu’au moment de son baptême ? Il annonce sa venue «après » lui mais en même temps il dit qu’il est déjà là , ce qui laisse penser qu’au moment de cet échange, Jésus ne se serait pas encore manifesté… Il ne dit pas non plus si lui, il le connaît, mais  il affirme sa prééminence : l’expression digne de délier les courroies de ces chaussures est bien connue de ses interlocuteurs pour ne pas avoir besoin d’explication. On pourrait parler de modestie de Jean mais le mot ne colle pas dans le sens qu’il s’exprime plutôt en énonçant une vérité dont il est convaincu .

En tout cas, il peut répondre de lui-même en expliquant quel baptême il pratique : « d’eau » dit-il, donc un baptême de purification et de repentance et non pas d’initiation dans un groupe ou une secte particulière.

Le passage se termine avec une indication de lieu, ce qui l’ancre dans le réel et sert à lui donner sa validité de témoignage véridique. Comme, on veut toujours se poser des questions, ce qui reste de savoir c’est quand cet échange s’est passé : avant le baptême de Jésus qui est relaté dans la suite du texte ? On ne le sait pas. Certains pensent que c’étaient les anciens disciples de Jean qui ont fait connaître cette anecdote particulière, étant donné que certains d’entre eux comme on va le voir après l’ont quitté pour devenir disciples de Jésus.

* * *

Jean, l’ascète…, qui étant un peu de la même extirpe que Jésus, ne se laisse pas non plus impressionner par les autorités religieuses de son époque et en ce sens est dans la grande tradition des prophètes ( les vrais) qui ne s’inclinent pas devant le pouvoir quel qu’il soit. C’est riche de cette tradition de courage que le peuple juif va concevoir cette catégorie appelée « les justes » pour exprimer leur reconnaissance à ceux et celles qui sont venus au secours de leur peuple à une de ses heures les plus sombres de leur histoire : la Shoa.

On peut donc espérer de lui d’avoir un franc parler et de dire ce qu’il pensait : ses réponses sont succinctes et il n’essaie pas de flatter ou de conforter les idées de ceux qui l’interrogent. Tout le monde le savait et c’est pour cela qu’il était un témoin si important. Si la retransmission de ses paroles ne saurait être du mot à mot, il semble difficile de penser qu’on lui aurait fait tenir des propos envers Jésus contraire à ses convictions.

Quant à savoir, quels étaient ses états d’âme ? Ça c’est une autre histoire : l’anecdote qui suit ce passage nous le montre s’exprimant de nouveau publiquement en présence de Jésus mais on n’aura pas d’anecdote rapportée où les deux se seraient parlés en privé, ni où Jean se serait exprimé avec ses disciples loin du regards des foules. La seule information sur ses états d’âme et c’est déjà beaucoup, est quand il était en prison et qu’il a eu des doutes sur l’identité de Jésus.

Dans notre monde contemporain où les limites entre vie privée et vie publique sont brouillées et où avec les réseaux sociaux nos idoles étalent leurs états d’âme et racontent les moindre détails de leur vie quotidienne, avec les évangiles, évidemment on reste sur sa faim. Alors on scrute le moindre détail le moindre mot pour essayer de savoir ce que les rédacteurs de l’époque n’ont pas vu l’intérêt de raconter et de rapporter.

Jean, ce personnage fascinant, est réduit à son rôle de témoin : tant pis pour nous !

N.B Pour aller plus loin :

van der Merwe, D. G. (1999). The historical and theological significance of John the Baptist as he is portrayed in John 1. Neotestamentica, 33(2), 267–292. http://www.jstor.org/stable/43070280

Amphoux, C.-B. (2017). L’IDENTITÉ ET LA FONCTION DE JEAN LE TÉMOIN (JN 1, 6). Revue Des Sciences Philosophiques et Théologiques, 101(1), 31–48. http://www.jstor.org/stable/44630270

Hughes, J. H. (1972). John the Baptist: The forerunner of God Himself. Novum Testamentum, 14(3), 191–218. https://doi.org/10.2307/1560229

50 ans et plus

le 30 août 2022, Auvergne,

Hier,

50 ans et plus…, de vie commune,

faite de moments intenses et d’autres à moitié vides…

de moments de certitudes

et de doutes,

de moments de confiance

et de méfiance

de moments de communion

et d’incompréhension

***

50 ans et plus,

qu’on a marché ensemble,

quelquefois

l’un à coté de l’autre,

d’autres

l’un devant l’autre,

et d’autres encore

l’un traînant derrière l’autre…

***

50 ans et plus

pendant lesquels, on a beaucoup bourlingué (comme on dit),

où il aurait suffit d’un rien

pour que la mort nous fauche en chemin,

tellement la route était dangereuse

et le parcours incertain…

***

et aujourd’hui je m’étonne

que l’on soit encore en vie,

paisiblement

assis

l’un à côté de l’autre…

***

Pour cette grâce que tu nous a donné,

À Toi Jésus,

qui a marché à côté de nous,

ensemble et séparés,

Un grand Merci !

Fourmi ou cigale?

dimanche 28 août, 2022, Auvergne

C’est le temps des mûres, des derniers apéros dehors…de la rentrée des classes..

Pas encore le moment de craindre le froid

ni de se blottir à l’intérieur,

et d’alimenter le poêle à bois

Encore le temps d’être cigale ou papillon

sans souci du lendemain

l’hiver est encore loin…

***

La cigale, pourtant,

on le sait bien,

« …ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue »

Alors que la fourmi elle,

qui ne baissa pas les bras,

un seul instant

Ne manqua de rien….

Mais cette fourmi donnée en exemple

à cause de sa prévoyance,

n’était pas particulièrement

bienveillante….

Quand la cigale affamée, vint lui demander de l’aide au milieu de l’hiver…

La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.

– Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.

Et voilà ! Vlan ! Prends ça en pleine figure !

Et cette fable originellement d’Ésope, réécrite en français par le sieur La Fontaine,

était enseignée à tous les enfants de l’école,

pour qu’ils apprennent quoi ?

Pas à être généreux en tout cas…

Alors, tant pis, pour la Fontaine,

tant pis pour les leçons de l’école laïque et gratuite…

En cette magnifique journée de beau temps

moi je préfère l’insouciance de la cigale

et la confiance à la prévoyance…

Et pour me donner raison,

Je citerai plutôt :

« C’est pourquoi je vous dis…Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu’eux […]  Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. »

En plus, aujourd’hui, c’est dimanche !

* * *

N.B le poème de la Fontaine tout entier :

La Cigale et la Fourmi

Jean de La Fontaine

La Cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût, foi d’animal,
Intérêt et principal.  »
La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
– Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.

Et maintenant la citation de Jésus dans l’évangile de Mathieu…(6 : 25….34)


« Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu’eux ? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent ;

cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux […] Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. »

Entre beaucoup et rien

le 22 août, 2022, Auvergne

En fouillant dans mes archives…

Qu’est ce qu’une vie humaine ?

On n’en finira jamais de se poser la question,

C’est à la fois beaucoup et rien du tout

***

Beaucoup

Des milliers ou plutôt des millions d’instants pleins à craquer,

d’émotions, de sensations, de réflexions

de paroles dites et de paroles tues,

d’expériences profondément vécues,

où l’on se sent exister si fort,

dans ce corps qui est le nôtre

qu’on se croit au centre de l’univers,

autour duquel tout le reste vit et s’agite…

Et pourtant le rien

en même temps

nous poursuit sans cesse

et défait à chaque instant qui s’écoule

le moment précédent…

***

Comment se fait-il que l’on puisse se souvenir

de ce qui s’est passé hier,

et qui pourtant a disparu

comme si c’était encore présent  aujourd’hui ?

Comment se fait-il

que puisse exister en nous le passé, le présent et l’à venir …

Dans ce corps bien vivant qui d’un moment à l’autre,

peut redevenir poussière

sans que rien ne change dans l’univers ?

***

Ce n’est pas Dieu qui est un mystère,

Dieu, il est compréhensible qu’il soit ….

incompréhensible

c’est l’être humain,

moi, nous,

qui posons problème,

tous ces « moi »

qui peuplent notre planète depuis des millénaires

et qui sont chacun pleins à craquer

mais qui pourtant peuvent disparaître

en un claquement de doigts

***

Je continue à m’étonner,

vraiment m’étonner

de ce contraste entre d’un côté

ce plein à craquer

et de l’autre,

ce vide total

ce trou béant,

ce néant définitif…

***

Quid alors de l’immortalité ?

Impossible d’évoquer la condition humaine sans parler d’immortalité,

sans envisager la pérennité de toute vie humaine

comme une évidence à la fois incontournable

et improuvable

entre le beaucoup d’aujourd’hui

et le rien du tout.

De demain

***

Chimère ou évidence ?

Étonnement ou émerveillement?

Entre les deux,

Foi peut-être

tout simplement !

***

A voir ton ciel, dis le poète en s’adressant à Dieu, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas,

qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?

Psaume 8 : 4-5

La magie des saisons

le 17 août 2022, Auvergne

la magie des saisons,

On m’a expliqué il y a très longtemps pourquoi, il y avait des saisons… et j’ai de vagues souvenirs de ces explications scolaires ( j’étais nulle en géographie et je le suis encore) : la terre tourne, on est plus ou moins proche du soleil et plus ou moins loin de l’Équateur…alors, après l’été vient l’automne où les feuilles changent de couleur avant de tomber parce que les arbres doivent se préparer pour le froid etc, etc., je ne sais plus trop bien…mais sûrement, il y avait eu une longue explication , bien argumentée avec croquis, photos et cartes à l’appui…

Eteffectivement, j’ai bien constaté qu’il y avait des pays où j’ai vécu où il n’y avait pas de saisons, sauf la saison des pluies … et c’était déroutant  mais peut-être plus déroutant encore, il y en a eu où elles étaient bien au nombre de 4 mais elles étaient à l’envers ( pour moi, pour les habitants elles étaient à l’endroit)… pourtant, le corps et l’esprit s’habituent peu à peu à un autre rythme, à un autre passage du temps et ce qui semblait étrange voire exotique au début, devient la norme.

N’empêche que

Ce passage tellement soudain de la chaleur sèche et brûlante de vendredi dernier à la fraîcheur humide de lundi, après une nuit de tonnerre et d’éclairs m’a surpris…

Comment est-il possible, me suis-je demandée que le changement ait été si brusque, si total, si apparemment inéluctable…

Sans qu’on n’ait rien fait ?

Car ce n’était pas un changement dans le paysage que j’ai noté : tout était au même endroit, les fleurs, les feuilles, les arbres, les fruits….les champs étaient toujours aussi brûlés même si maintenant il y avait quelques pousses vertes qui sortaient de terre

C’était quelque chose de plus subtil dans l’atmosphère qui avait changé…

Alors, je me suis rendue compte que les journées avaient bien rétrécies…que la clarté du jour qui me réveillait le matin arrivait plus tard et que le soir, la nuit était tombée plus tôt quand je fermais les volets…

Toute préoccupée par l’activité des êtres humains, leurs guerres et querelles sans fin, mais aussi toute occupée par les tâches quotidiennes pour prendre soin des amis et proches de passage,

je ne l’avais pas vu venir l’automne…

Et je m’étonne,

ou surtout je m’émerveille

que ce soit toujours Toi,

Dieu

le Roi

de l’univers…