Le bouche à oreille

le 27/31 octobre 2022,

le bouche à oreille..

Toujours cette douceur inattendue du temps : on est presque aux portes de l’hiver et l’on vit encore un été…les tomates continuent à rougir et les roses à fleurir…même si je ne m’en plains pas…je sais que c’est inquiétant pour le reste : le manque de pluie surtout…On verra ….

Jean 1 : 39-51

André, frère de Simon Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus.

Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit: Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ).

Et il le conduisit vers Jésus. Jésus, l’ayant regardé, dit: Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (ce qui signifie Pierre).

Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit: Suis-moi.

Philippe était de Bethsaïda, de la ville d’André et de Pierre.

Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit: Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph.

Nathanaël lui dit: Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? Philippe lui répondit: Viens, et vois.

Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui: Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude.

D’où me connais-tu? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit: Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu.

Nathanaël répondit et lui dit: Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël.

Jésus lui répondit: Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois; tu verras de plus grandes choses que celles-ci.

Et il lui dit: En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme.

Les disciples, une bande de copains ?

Je me rends compte tout d’un coup que tous ces hommes dont on nous parle étaient des jeunes….des adultes certes mais qui tournaient autour de la trentaine ( ce que je ne suis plus depuis un certain temps mais celui de l’âge du pharmacien qui m’a fait mon rappel de Covid ce matin et qui m’a semblé si jeune !)

Comment caractériser des trentenaires dont Jésus faisait partie ?

Des hommes pleins de fougue et de vigueur, se scandalisant facilement en écoutant les dernières rumeurs sur les faits ou méfaits des autorités romaines mais aussi les instances juives qui traitaient avec eux, cherchant encore à changer le monde, attendant certainement de voir se réaliser les promesses messianiques qui permettraient de renverser le pouvoir romain… prêts à apporter un coup de main au besoin…

L’effervescence politique et religieuse ne fait plus de doute maintenant dans cette Palestine du 1er siècle et les documents de la mer morte découverts dans des caves appartenant à cette secte juive qui vivait à Qmran en est un exemple : chacun scrutait les écritures pour essayer de discerner les signes du temps présent pour savoir comment vivre… se retirer dans le désert et s’organiser en communauté, préparer une révolution violente pour renverser le pouvoir, ou plutôt vivre selon des règles strictes de pureté dans un monde païen pour garder son identité religieuse intacte comme les pharisiens ? (Être juif à cette époque en Palestine, c’est un peu comme être palestinien aujourd’hui?), et bien entendu, il y avait aussi les indifférents, ceux qui avaient la tête sur le guidon et qui cherchaient à vivre le mieux possible sans se poser trop de questions…

En tout cas ce n’était pas le cas des disciples de Jean qui eux, ne devaient pas être satisfaits du statut quo et de la médiocrité pour demander un baptême de repentance, ils devaient avoir soif d’autre d’autre chose…

André, frère de Simon Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus.

Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit: Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ).

L’appel des disciples là est très différent de celui de l’évangile de Marc où on nous dit que c’est Jésus qui choisit ses disciples: « Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient un filet dans la mer; car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit: Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’homme »

Rien de tout cela ici…non seulement, ce sont les disciples qui décident de suivre Jésus mais en plus ce sont eux qui vont en chercher d’autres…On a les deux mêmes personnes nommées dans Marc mais on découvre que c’est André, ancien disciple de Jean, qui a parlé de Jésus à son frère Simon.

En fait, cet épisode donne à penser que celui de l’appel de Jésus à André et Simon des autres évangiles aurait pu être postérieur à celui de cette rencontre racontée ici. C’est parce que Jésus savait leur intérêt qu’il les a appelés et ça résout la question de comprendre comment il se fait que Simon et André aient répondus immédiatement à son appel si c’était la première fois qu’ils le voyaient.

L’épisode racontée ici rend plus plausible celle rapportée ailleurs : on n’a pas besoin de croire qu’il y avait quelque chose de magique dans le regard de Jésus pour expliquer la décision des personnes appelées à le suivre immédiatement, ni non plus en « la sainteté » innée de ces premiers disciples devenus apôtres que l’on affublera d’une belle auréole par la suite… Ils avaient eu l’occasion de se croiser avant.

l’un des deux

Cette expression semble-t-il a attiré la curiosité de beaucoup d’exégètes qui se sont demandés pour quoi l’autre n’était pas nommé et donc qui il était. La tradition pensait qu’il s’agissait de l’auteur de l’évangile, qui serait « le disciple bien-aimé » mentionné autre part dans l’évangile, mais il y en a beaucoup aujourd’hui qui remettent en cause cette interprétation…( je le signale mais franchement, moi ça ne m’intéresse pas particulièrement)

J’ai rencontré le Messie, le Christ.

Quelle affirmation ! On ne peut probablement pas comprendre tout ce que cela pouvait signifier de bonheur, d’enthousiasme, pour un juif de cette époque d’avoir rencontré « le Messie » ( le Christ est le mot grec). Ça renforce l’idée qu ‘il y avait une vraie attente dans les hommes de cette génération de voir ce moment enfin arriver.

Et il le conduisit vers Jésus. Jésus, l’ayant regardé, dit: Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (ce qui signifie Pierre).

Jésus reprend la main en donnant là Simon le nom de Céphas qui montre bien que l’on passe des disciples de Jean à ceux de celui qui est au maintenant au centre de cet évangile. Il n’y a pas d’explication ici de pourquoi Simon a été appelé Pierre, il semble donc que les lecteurs/auditeurs du texte, ne reconnaissait pas le nom Simon et que l’auteur voulait expliquer qu’il s’agissait de Pierre qu’eux connaissaient ( bon c’est une explication mais évidemment on ne sait pas si c’est vraiment le cas !.

 Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit: Suis-moi.

Philippe était de Bethsaïda, de la ville d’André et de Pierre.

Le cercle s’élargit et c’est maintenant de Philippe qu’il s’agit et on retrouve l’appel plus classique du Jésus qui prend l’initiative de l’appel à le suivre mais l’auteur note bien qu’il est de la même ville qu’André et Pierre et donc qu’ils ont pu très bien lui parler d’avoir rencontré Jésus, avant cette rencontre.

 Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit: Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph. Nathanaël lui dit: Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? Philippe lui répondit: Viens, et vois.

De nouveau on retrouve la même situation que celle mentionnée plus haut, mais cette fois-ci, c’est Philippe qui relaie l’information à une nouvelle personne Nathanaël. Il n’est pas ici question de Messie mais de Moïse et des prophètes qui sont devenus la référence pour comprendre qui est Jésus, ce que l’on avait mentionné plus haut dans le passage appelé « prologue ».

Pour quelqu’un comme Nathanaël qui doit bien connaître les écritures, la réaction est l’incrédulité : même si Philippe veut démontrer que Jésus est celui dont Moïse et les prophètes parlent, le fait qu’il vienne de Nazareth le disqualifie.

On ne sait pas si Jésus a entendu la conversation qui met sa crédibilité en doute et dénote une certaine hostilité mais il faut noter que dans la phrase qui suit, Jésus n’appelle pas Nathanaël à le suivre…

Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui: Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude.

D’où me connais-tu? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit: Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu.

Nathanaël répondit et lui dit: Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël.

À un Nathanaël récalcitrant et dubitatif, Jésus fait un compliment : il reconnaît un homme au cœur droit faisant partie,(certains le disent) de la descendance des lévites mais pas l’ombre d’un reproche. Quand Nathanaël se surprend que Jésus le connaisse aussi bien, Jésus lui en donne l’explication : il l’a vu avant même que Philippe ne l’appelle, ce qui semble confirmer que Jésus a bien entendu la remarque désobligeante qu’il a dit quand Philippe l’a invité à venir le rencontrer.

La réponse de Nathanaël est enthousiaste et finit par le convaincre mais il n’utilise pas le même terme qu’André : il l’appelle fils de Dieu ( appellation que l’on a déjà rencontrée) et en ajoute un autre roi d’Israël qui en dit long sur l’attente de ce jeune Israélite…

Jésus répond à son enthousiasme en termes énigmatiques pour nous mais bien adaptés à son interlocuteur qui en comprendrait la signification :

 Jésus lui répondit: Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois; tu verras de plus grandes choses que celles-ci.

Et il lui dit: En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme.

Pour quelqu’un comme Nathanaël connaisseur de la tradition juive, cette image évoquera sans doute l’histoire de l’échelle que Jacob a vu en songe dont voici un extrait dans le livre de la Genèse.

 Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle.

Et voici, l’Éternel se tenait au-dessus d’elle; et il dit: Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham, ton père, et le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité.

Cette promesse que fait Dieu à Jacob , c’est qu’il le bénira lui et sa postérité, alors qu’il n’aurait pas dû la recevoir car il n’était pas le fils aîné mais il avait utilisé d’un subterfuge pour que son père le désigne comme héritier de la promesse de Dieu. La signification de cette allusion, est d’affirmer que lui Jésus était l’accomplissement de la promesse que Dieu avait fait à Abraham que toutes les nations seraient bénies en sa postérité. Jésus-Christ est à la fois cette postérité et l’échelle qui permet d’accéder au royaume des cieux.

Il est saisissant de voir la manière dont Jésus entre en communication avec Nathanaël, reconnaissant ses qualités et respectant ses réticences, (« positive reinforcement »dirait-on pour parler de cette pédagogie) : pas de reproches, mais pas non plus d’appel à le suivre essayant de lui forcer la main avant qu’il ne soit prêt, parlant son langage et lui donnant des gages de son identité, et puis finalement lui confiant un message que peu auraient pu comprendre. On notera aussi qu’on ne reparlera plus de ce Nathanaël dans le reste de l’évangile…mais peu importe ! Cette rencontre nous suffit !

* * *

Viens et vois

Cet évangile me surprend encore…et me rend vivant ce groupe de disciples qui suivra Jésus et qui est loin des images qu’on se fait des « apôtres » qui deviendront plus tard des statues immobiles de personnages de pierre, sans âge, sans émotions, jouissant d’une autorité que l’on n’a pas le droit de remettre en cause, tellement loin de ces jeunes enthousiastes en quête de sens…

Il donne tout à coup un visage authentique à ce que l’on appelle d’une manière un peu gênée l’évangélisation, qui n’est autre qu’un André qui raconte à son frère, Simon qu’il a trouvé le Messie, et après un Philippe qui lui dit à un Nathanaël sceptique, qu’il a rencontré le Fils de Dieu…chacun à sa manière, avec ses propres mots, et des réactions diverses.

Viens et vois,

Tout est là…

Mais où peut-on inviter aujourd’hui les gens à venir pour qu’ils voient le Christ ? Dans les églises où les liturgies sont tellement incompréhensibles à quelqu’un qui est étranger à sa culture ? Dans des lieux où les cultes sont devenus des salles de spectacle ? Et surtout quand l’église enregistre scandale après scandale tant dans les abus sexuels que les détournements de fonds, que les compromissions politiques ? avec l’état de l’église chrétienne aujourd’hui, on ne sait plus trop où donner de la tête ( ou à quel saint se vouer diraient les autres)

Pourtant, on ne peut pas taire cette invitation et garder pour soi la joie et les bienfaits de cette rencontre qui donne tout le sens à notre existence.

Viens et vois,

toi aussi…

Pour aller plus loin : (LONGENECKER, B. W. (1998). THE WILDERNESS AND REVOLUTIONARY FERMENT IN FIRST-CENTURY PALESTINE: A RESPONSE TO D.R. SCHWARTZ AND J. MARCUS. Journal for the Study of Judaism in the Persian, Hellenistic, and Roman Period, 29(3), 322–336. http://www.jstor.org/stable/24668534)

Dimanche: un jour pour se souvenir

Le 30 octobre 2022, Auvergne

Dimanche : jour où je m’oblige à ne pas penser à tout ce qui se passe de catastrophique dans le monde, et surtout pas à ces hommes forts et puissants qui triomphent en détruisant tout …

mais voilà que la lecture du jour m’y ramène par un chemin surprenant :

Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre.

Tous ces hommes qui semblent puissants, ils ne sont rien…

Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent.

Étonnante cette phrase et ce qu’elle dit : tu peux tout, effectivement , tu as tout le pouvoir sur tout ce qui se passe…mais tu attends qu’ils se convertissent…la fameuse histoire de la liberté humaine et le respect d’un Dieu qui n’oblige personne…

Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé.

C’est surtout la pensée exprimée dans la deuxième partie de cette phrase qui m’a fait sursauter et qui pourtant est une évidence

si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé,

Bien sûr ! Comment pourrait-on haïr sa création ? Normal que tu aimes comme nous, cette nature magnifique et que tu ne veux pas qu’elle soit détruite: les fleuves, les montagnes, le ciel étoilé, les oiseaux, les biches et les cerfs qui sortent des bois en cette saison et les feuilles rousses qui tombent des arbres ….

Tout à coup c’est tout le récit de la création qui revient avec cette phrase fétiche qui apparaît après chaque étape du développement de l’univers :

Dieu vit que cela était bon.

Et qui finit par la création de l’homme et de la femme

Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.

Et tout à la fin, au sixième jour, qui termine par cette phrase qui ne saurait être que celle d’un artiste qui admire son œuvre enfin réalisée :

 Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour.

* * *

On oublie… quand on regarde le monde autour de soi et que la seule chose dont on entend parler sont les guerres, les famines, le réchauffement climatique avec ses effets catastrophiques, l’arrogance des grands et leurs mensonges,…

On oublie dans ces temps que l’on dit apocalyptiques, que ce n’est pas l’être humain qui a créé l’univers avec ces milliards d’années d’existence, ce n’est pas lui qui le contrôle, et c’est encore moins un Dieu vengeur, imaginé par des esprits pervers et dévoyés,

alors, en ce dimanche,

pas besoin de faire l’autruche et de se mettre la tête dans le sable pour oublier ce qui se passe dans notre monde,

le dimanche n’est pas un jour pour oublier,

mais pour se souvenir

P.S La lecture du jour était extraite du livre de la Sagesse : 11,22-26.12,1-2.

Quand les cloches sonnent

Le 26 octobre 2022, Auvergne

Les cloches ont sonné hier en fin d’après-midi… on sait ce que ça veut dire, en ce 21ème siècle à l’heure de l’Internet, des réseaux sociaux, des drones et je ne sais quoi encore…dans le village, quand les cloches sonnent dans la petite église où l’on ne dit plus la messe le dimanche depuis belle lurette…c’est l’annonce de la mort d’un natif du village, qu’il y vive encore ou qu’il soit parti depuis longtemps…

Comme la porte de l’église était entre ouverte, je me suis glissée à l’intérieur espérant trouver quelqu’un qui puisse me renseigner… L’escalier en colimaçon qui montait était très sombre et j’ai attendu que celui qui sonnait les cloches redescende pour lui demander le nom de celui qui était décédé…

C’est votre voisin, s’est-il exclamé !

Mon voisin ?

* * *

L’après-midi était tellement chaude qu’on avait pris un café dehors avec des amis qui étaient venus déjeuner chez nous… et alors qu’on était habitué à la ronde des aide-soignants 3 fois par jour à heure fixe, il semblait en ce milieu d’après midi qu’il y avait un groupe de personnes bruyantes qui s’était réunies de l’autre côté du mur comme pour une réunion de famille… je me réjouissais à l’idée qu’ils étaient venus le voir.

Je n’ai vu que le visage angoissé de son ex derrière la vitre d’une voiture quand ils sont repartis…

Les cloches sonnent peut-être encore mais tout le monde se déplace en voiture : on n’a pas le temps de parler avec les gens qui passent…

* * *

Encore une fois, le mystère de la mort mais aussi de la vie humaine. Une vie comme une autre dans ce village où il avait grandi et où il vient de mourir. Une vie dont tout le monde connaissait les secrets et qui donnait l’impression d’être faite de bouts de ficelle plus ou moins bien raccordés entre eux, sans que l’on connaisse le fil conducteur, surtout pour moi qui ne l’avait jamais vraiment côtoyé : proche physiquement il n’existait que dans ma vision périphérique…

Toujours me revient cette ligne d’un psaume : qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui? Et le fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui?

Mais la suite me surprend tant elle ne semble pas caractériser l’homme qui vivait ici …

Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu, Et tu l’as couronné de gloire et de magnificence.

Couronné de gloire et de magnificence ?

Les mots ne collent pas à cette vie cabossée,

Et non plus à tellement d’autres qui paraissent si insignifiantes

Couronné de gloire et de magnificence

Comment se fait-il qu’elles finissent par être abîmées

terminant dans la tristesse et la désespérance…

(Qu’est-ce qui nous arrive à nous les humains ? Pourquoi troquons-nous cette couronne de gloire pour un bonnet d’âne et une peau de bête, est-ce pour pouvoir hurler avec la meute ?)

* * *

Les volets sont fermés maintenant

la mort est aussi mystérieuse que la vie quoique l’on croie…

deux d’entre nous qui l’avaient frôlée avaient raconté en cet après-midi ensoleillée

ces moments où elle s’était approchée

menaçante et terrorisante

puis avait reculé…

vaincue tout à coup

par un pouvoir plus fort qu’elle

la prière ont-ils dit..

* * *

Mais tout n’est pas fini : il y a encore l’enterrement… et ce jour là la cloche sonnera encore et ce sont les vivants qui se presseront,

peu ou nombreux,

mais certainement comme toujours, bruyants

aux abords de l’église du village

qui, elle, impassible et tranquille

verra encore se presser,

avant de se recueillir un instant

des générations de tous “ces couronnés de gloire et de magnificence

qui un jour ou l’autre disparaîtront pour toujours ?

* * *

Ça, c’est difficile à croire quand même…

Pas envie de…

le 20 octobre, 2022,

Pas envie de…

Pas envie de passer ce coup de téléphone,

et d’entendre une voix automatique énoncer la liste des options,

et me rendre compte au dernier moment que je n’ai justement pas le numéro X que je dois taper…

Pas envie de répondre à ce mail vieux de presqu’un mois et avoir à rédiger même un court paragraphe pour donner les informations demandées,

Pas envie de chercher mon mot de passe pour accéder au site untel ou même de cocher la case, « mot de passe oublié » et devoir faire un nouveau parcours du combattant pour le changer…

Pas envie de trier mes papiers et de les mettre dans le bon casier pour ne pas avoir à les chercher…

Surtout pas envie de ranger !

En fait pas envie de faire

quoique ce soit

de cette liste inscrite à mon ordre du jour !

***

Par contre,

Envie de traîner et traîner

en regardant bêtement,

des sites d’informations pour relire les mêmes grands titres du jour, ou feuilleter les mêmes rubriques en ligne de choses que je n’achèterai jamais…

Envie de me laisser conduire par l’ennui et l’inachevé

papillonnant ici et là sans jamais

me poser

***

En réalité

Le drame, c’est ça

ce manque de désir

qui m’empêche de sortir

de cette léthargie qui s’étire à n’en plus finir…

***

il faudrait me secouer

pour ne pas regretter

d’avoir gâché ce temps inespéré!

***

Mais voilà impossible de m’imposer

quelque obligation que ce soit

entêtée que je suis…

Faudra -t-il attendre jusqu’à demain ?

***

Au moins ces quelques lignes

écrites à la hâte

pour me désentraver…

Souvenir d’une rencontre fugace

Le 16 0ctobre, Auvergne. 2022

(les journées d’automne sont d’une douceur et d’une beauté incomparable…le réchauffement climatique serait-il un génie bienfaisant?)

Jean 1 : 35-39

Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples; et, ayant regardé Jésus qui passait, il dit: Voilà l’Agneau de Dieu.Les deux disciples l’entendirent prononcer ces paroles, et ils suivirent Jésus. Jésus se retourna, et voyant qu’ils le suivaient, il leur dit: Que cherchez-vous? Ils lui répondirent: Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeures-tu? Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était environ la dixième heure

De nouveau leurs chemins se croisent

Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples;

Le lendemain, qu’il faudrait plutôt comprendre comme un autre jour et une autre rencontre, il est mentionné particulièrement que Jean était accompagné de deux de ces disciples, un détail qui en dit long sur la popularité de Jean mais aussi son statut : il avait des gens qui l’écoutaient, le respectaient, le suivaient, il avait des « followers » comme sur facebook ou TikTok où je ne sais quelle autre application. L’indication de lieu « encore là » donne aussi l’idée que c’était un lieu public où les gens venaient échanger et écouter ceux qui étaient considérés comme des « maîtres », des rabbis, des connaisseurs de la loi…mais pas un lieu fermé comme une synagogue ou la maison d’un particulier

et, ayant regardé Jésus qui passait, il dit: Voilà l’Agneau de Dieu.

Ils se sont croisés mais ils ne se sont pas adressés la parole, en tout cas Jésus ne s’est pas arrêté pour le saluer… cependant Jean en le voyant lui redonne son nom d’Agneau de Dieu déjà utilisé, sans plus ( j’aime l’interprétation qui dit que c’était plutôt le mot serviteur qu’il faut comprendre, il rend la scène plus plausible) Et cette fois-ci, il se passe quelque chose de nouveau, et d’inattendu après que Jean ait vu Jésus et l’ait nommé « agneau de Dieu » , ses disciples le quittent pour suivre Jésus.

Les deux disciples l’entendirent prononcer ces paroles, et ils suivirent Jésus.

Pourquoi ont-ils suivi Jésus : pour en savoir plus sur qui il était mais avec l’intention de retourner auprès de Jean et de lui raconter ce qu’ils ont découvert ? Et qu’est-ce que Jean a ressenti quand il les a vus partir ? On ne nous donne aucune indication de sa réaction.

En tout cas, on voit que Jésus ne leur a pas demandé de le suivre et ce n’est qu’en se retournant qu’il se rend compte qu’il est suivi…

Jésus se retourna, et voyant qu’ils le suivaient, il leur dit: Que cherchez-vous? Ils lui répondirent: Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeures-tu?

Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était environ la dixième heure.

La réponse des disciples n’est pas philosofique, elle est pratique : ils ne disent pas qu’ils cherchent la vérité ou qu’ils veulent connaître son identité, mais qu’ils veulent savoir où il habite… comme quand on rencontre quelqu’un d’intéressant et qu’on lui demande son numéro de téléphone ou son adresse mail pour rester en contact. Ils veulent en savoir plus…Je note aussi que l’auteur ne dit pas qu’ils ont définitivement quitté Jean et sont devenus disciples de Jésus mais que ce jour là, ils sont restés avec lui.

S’il n’y a pas d’indication de lieu, il y a une indication de temps ou plus précisément du moment de cette rencontre. La personne qui a transmise cette information, se souvient de quelle heure il était… quand on raconte un souvenir, il y a pour une raison ou une autre des détails dont on se rappelle et on ne sait pas pourquoi…( dans les enquêtes policières, on voit souvent la question de l’heure qui est posée pour déterminer le moment du crime…) . Certains y voient un sens symbolique…pas moi, une indication que ce sont des anciens disciples de Jean Baptiste qui sont à la source de cette information…

* * *

Après un prologue qui nous a éloigné du réel et du quotidien et nous a transporté hors du temps et de l’espace, dans des considérations théologiques et philosophiques, on a cette scène de rencontre fugace entre deux personnes, Jean le Baptiste et Jésus qui dans sa brièveté est d’une précision et d’un réalisme saisissants.

Jean Baptiste est avec ses disciples dans un lieu public (peu importe où) et Jésus passe par là. Quand il le voit, il le désigne comme étant quelqu’un qui est un homme de Dieu mais en utilisant une formule un peu inattendue, (en tout cas dans le texte) « agneau de Dieu ». Rien ne dit que Jésus, lui, ait vu Jean Baptiste mais en tout cas, il ne semble pas s’arrêter jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il y a des hommes qui le suivent… et c’est à ce moment qu’il s’adresse à eux et que ces disciples de Jean ont l’opportunité d’expliquer leur démarche. C’est bien donc du point de vue de ces disciples que cette anecdote nous est racontée. Elle démontre en tout cas une grande indépendance de leur part qui ne voient pas dans leur attachement à Jean, une loyauté qui leur empêcherait d’aller connaître quelqu’un d’autre ( contrairement aux gourous d’aujourd’hui, car en général ce serait un manque à gagner..)

Après cela, Jean Baptiste disparaîtra complètement du radar de cet évangéliste, mais cette anecdote, nous le présente bien réel quand il était, on a envie de dire, encore en activité. Comme toujours on aimerait en savoir plus car il n’en reste pas moins élusif en même temps que fascinant, quelqu’un que j’aimerais avoir connu en chair et en os ( même s’il ne semblait pas être particulièrement le défenseur des femmes… faut dire que quand on sait que sa mort a été causée par l’une d’entre elles ou plutôt deux, devenues les représentantes types des femmes perverses séductrices des faibles hommes…) mais cette courte scène que je peux visualiser me rend cet évangile vivant…. comme un moment furtif du passé conservé tel quel, arrivé jusqu’à nous après deux mille ans.

De quoi me réconcilier avec un texte qui me paraissait trop dogmatique au début…

Ainsi va la vie…

Photo : Éxecution de collaborateurs à la fin de la deuxième guerre mondiale

Le 11 octobre, 2022, Auvergne

En vrac,

Bientôt, je retraverserai l’Atlantique…

Pendant ces mois qui viennent de passer, j’ai lu mais sans m’y attarder les nombreux sujets qui occupent l’actualité et ce n’est pas réjouissant : le même langage outrancier pour parler des polémiques sur l’avortement, les armes à feu, l’immigration etc…mais des polémiques il y en a toujours, ce qui est différent cette fois-ci est que  c’est le socle démocratique de ce pays qui semble être remis en cause et ça c’est vraiment inquiétant… On s’était imaginé après chaque découverte d’escroquerie ou d’abus de pouvoir ou plutôt même de négligence grossière, que Trump serait mis hors d’état de nuire, mais c’est comme ‘hydre de la mythologie grecque’ chaque fois qu’on lui coupe une tête elle repousse. … Qui sera cet Hercule, cet héros qui pourra y mettre fin ? Liz Cheney semble s’y être cassé les dents ? Mais elle n’a peut-être pas dit son dernier mot…

La grandeur et la faiblesse du système démocratique c’est que la majorité fait la loi… et si cette majorité (celle qui est autorisée à voter) veut une autocratie qui impose ses valeurs, qu’est-ce qu’on peut faire ? Et quand ce désir d’autocratie est présenté sous les vêtements de la théocratie, c’est pire encore et c’est surtout ça qui me désole…l’instrumentalisation de la foi chrétienne qui fonctionne à fond…

En réalité cette volonté de la majorité est un peu une illusion car en fait ce sont des groupes de pression minoritaires (bien financés) qui influencent le vote de la majorité : les mouvements de masse sont rarement spontanés et pour qu’ils puissent aboutir, il faut à un moment donné qu’il y ait des liders qui puissent les diriger, les canaliser et les organiser. En tout cas, je me demande si un jour, on verra la naissance d’un troisième parti aux États Unis : difficile dans un pays aussi grand fait de 50 Etats où il faudrait créer des structures qui puissent s’ancrer dans des réalités locales de chacun d’entre eux…

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Évidemment et malheureusement comme prévu, la vengeance du prince humilié ne s’est pas faite attendre : des missiles ont frappé les grandes cités de l’Ukraine… la guerre continue de plus belle..

* * *

Les belles journées d’automne sont une joie et je m’émerveille…et aussi je m’étonne que je n’avais jamais remarqué la beauté de la nature autour de moi, surtout celle du ciel et de la nuit étoilée…Sur quelle planète est-ce que je vivais avant ? Était-ce parce que j’avais le nez sur le guidon, ou que je vivais au milieu des grandes villes, fascinée ( aveuglée?) par les lumières artificielles, les faits et gestes des êtres humains, y compris moi-même… mais aussi parce que j’avais le nez dans les livres ? Maintenant, jour après jour, je remarque que la beauté de la nature est une constante et si elle est éphémère, comme les herbes des champs qui aujourd’hui sont là et demain seront fauchées, elle se renouvelle … elle donne toujours à voir….

* * *

Je dois avouer quand même, que c’est toujours un immense plaisir de lire un texte bien écrit…en quelque langue que ce soit. Un article bien ficelé, bien informé, bien recherché, sans formules emporte-pièce, j’ai envie de dire, écrit en toute humilité, par goût du métier, ( je viens de recevoir le dernier numéro du journal en anglais « the Atlantic »)ç’est un vrai délice que de le lire)

En même temps, m’attend sur mon bureau, un roman que j’appréhende de commencer à lire parce que je sais qu’il va me replonger dans un monde que j’ai quitté et j’ai peur qu’il me fasse revivre un passé révolu. Chaque fois que j’ai dû partir d’un pays, je ne me suis pas autorisée à m’épancher sur le fait que je ne reverrai peut-être plus jamais ces personnes avec lesquelles j’avais tant partagé. L’adage partir c’est mourir un peu est une réalité que j’ai vécu de nombreuses fois et dont j’ai essayé de minimiser l’impact en me concentrant sur le présent…Le roman d’Abdourahman Waberi que j’ai acheté avec enthousisame, Dis moi pour qui j’existe ( parce que je sais qu’il est un bon écrivain) et qui se déroule à Djibouti attendra encore…

* * *

De nouveau la guerre mais ça m’a fait froid dans le dos de voir des soldats ukrainiens faire la chasse aux collaborateurs russes dans les territoires libérés et d’entendre l’homme interrogé se défendre qu’il n’avait pas eu le choix…

Une des phases les plus horribles de la guerre : vengeance du vainqueur…mort au vaincu !

C’est dans des situations comme celle-là que l’exhortation de Jésus de bénir ses ennemis prend tout son sens : seul moyen d’arrêter la spirale de violence…

* * *

Aujourd’hui, mercredi, nouvelle journée, nouvelles joies, nouveaux défis et pour y faire face, me reviennent ces quelques lignes tirées du chant de Felix Sylvain :

« tu es là au coeur de nos vies et c’est toi qui nous fais vivre»

Réveillez-moi après…

Le 7 octobre, 2022, Auvergne

Réveillez-moi quand la guerre est finie…

C’est vraiment cela que je ressens…

Ici, les journées sont magnifiques, l’atmosphère est paisible : quand on pousse le pas de la porte, ni cris, ni appels au secours, une ou deux personnes qui promènent leurs chiens, quelques voitures qui passent et en ce mois d’octobre, le dernier de moissons et de travail aux champs, des tracteurs et quelquefois des gros engins agricoles circulent lentement pour ne pas heurter les murs des maisons car ils ont du mal à passer dans la rue trop étroite…

Il y a certainement des drames qui se jouent dans les maisons voisines et j’en connais quelques uns, mais rien qui ne bouscule ou mette sens dessus-dessous le quotidien du village…

* * *

Les images de la libération des territoires repris par les armées ukrainiennes n’étaient pas réjouissantes : ruines, cadavres… quelques personnes âgées à moitié soulagées à l’idée que les combats puissent cesser… rien de triomphant, pas de liesse des habitants…

Évidemment, je dois l’avouer, je suis contente que les russes se prennent une raclée…mais le prix en est tellement élevé ! Je ne peux pas honnêtement m’en réjouir… Quand on commence à se tirer dessus les cadavres s’accumulent et les cadavres se ressemblent tous  : russes, ukrainiens, combattants, non-combattants, hommes, femmes, enfants, peu importe leurs identités particulières, leurs convictions politiques, leur religion, tout s’efface quand on finit par ne plus rien être d’autre que des corps morts qui ont été bien vivants et ne le seront plus jamais encore…

Et puis les victoires d’un jour sont dangereuses surtout quand elles sont trop vite célébrées : il faut toujours que l’autre prenne sa revanche et que l’on soit Poutine ou un autre, on n’aime pas se faire humilier, il faut que l’on continue à montrer qu’on est le plus fort, alors… une armée en déroute est souvent plus dangereuse qu’une armée triomphante : on se souvient bien de tous ceux qui ont été fusillés, gazés, brûlés vifs dans des hangars ou même dans des églises juste à la fin de la deuxième guerre mondiale, juste au moment où les forces alliées disaient qu’elles étaient en train de gagner…

Un jour ou l’autre, il faudra qu’ils s’assoient à la table des négociations ( à moins de faire sauter la planète)…mais après combien de cadavres ? On fait toujours une estimation des morts car on ne les connaît jamais tous…

* * *

Toi, qui es Dieu, et qui le sait, comment peux-tu nous laisser nous tuer comme cela, pourquoi n’arrêtes-tu pas les carnages… cette liberté que tu nous a donnée pourquoi devient-elle si néfaste, si meurtrière…pourquoi ? Chaque fois qu’on finit par faire la paix, la génération suivante oublie que la défaite que l’on veut venger ou la victoire que l’on continue à célébrer a coûté trop cher…

Ça fait des millénaires qu’on se pose la question, qu’on Te pose la question et la réponse ?… Le fameux Job, on pourrait bien l’appeler notre ancêtre dans le questionnement, contrairement à Abraham qui est notre père dans la foi, a longuement exprimé tout ce que l’on continue à ressentir mais la réponse qu’il a eu, n’en était pas vraiment une… même le cri de Jésus sur la croix avant de mourir, n’a pas reçu de réponse audible…

Il faudra se contenter des bribes de réponse que Tu nous a donnés : que Tu écoutes le cri de ceux qui souffrent, que tu soutiens les efforts des Justes, que tu désavoues les sanguinaires et les arrogants, que les puissants ne règnent pas à jamais, que ça sert à quelque chose de continuer à marcher dans tes voies…pour le reste…il faudra attendre

* * *

Aujourd’hui, je suis loin du front,

(en réalité, loin de tous les fronts dans ce coin de campagne paisible…)

Réveillez-moi quand la guerre sera finie…

Mais quand cette guerre sera finie, il y en aura une autre… et une autre… et une autre…

Je ne peux pas dormir le reste de ma vie…

* * *

Pour l’instant, je suis aux arrières,

à moi d’assurer le ravitaillement,

ou de panser les blessures

de ceux qui sont sur le front ?

mais de les oublier et de dormir en attendant…

Ça je n’en ai pas le droit !

* * *

« veillez et priez »

Rencontre et révélation

le 15 septembre 2022/ 6 octobre 2022

( j’ai délaissé, Jean, Jésus et le Baptiste au bord du chemin… occupations pressentes du présent obligeant …mais m’y revoilà)

Rencontre et révélation

Jean : 1, 29-34

Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.

C’est celui dont j’ai dit: Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi.

Je ne le connaissais pas, mais c’est afin qu’il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d’eau.

Jean rendit ce témoignage: J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et s’arrêter sur lui.

Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit.

Et j’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu.

L’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde,

C’est cette première expression qui attire mon attention. Les catholiques reconnaîtront bien la formule qui est récitée et est répétée trois fois ( trinité oblige) juste avant le moment de l’eucharistie…mais bien avant qu’elle fasse partie d’une liturgie dominicale, bien encadrée, elle apparaît donc dans la bouche de Jean le Baptiste, un prophète juif du 1er siècle, auquel elle est attribuée, c’est-à-dire bien avant que la notion de dogme existe et qu’aucun des dogmes de l’église chrétienne n’aient été établis…

La question donc que je me pose, est de savoir d’où, dans la tradition juive cette image puisse venir… quels antécédents bibliques pouvait-elle avoir et pour quoi l’appliquer à Jésus ? Les réponses qui ont été données à ce sujet sont diverses. Certaines tournent autour de la Pâque juive, cette commémoration de la libération du peuple juif de l’esclavage égyptien : un agneau devait être sacrifié et son sang étalé sur le linteau de leur porte la veille de leur départ d’Égypte afin que l’ange du Seigneur épargne leur fils.

 «Parlez à toute l’assemblée d’Israël, et dites: Le dixième jour de ce mois, on prendra un agneau pour chaque famille, un agneau pour chaque maison [ . . .] Ce sera un agneau sans défaut, mâle, âgé d’un an; vous pourrez prendre un agneau ou un chevreau. On prendra de son sang, et on en mettra sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte des maisons où on le mangera. [. . .] Quand vous le mangerez, vous aurez vos reins ceints, vos souliers aux pieds, et votre bâton à la main; et vous le mangerez à la hâte. C’est la Pâque de l’Éternel.Cette nuit-là, je passerai dans le pays d’Égypte, et je frapperai tous les premiers-nés du pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’aux animaux, et j’exercerai des jugements contre tous les dieux de l’Égypte. Je suis l’Éternel. Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n’y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d’Égypte. » (Extrait du livre de l’Exode)

sauf que, elle ne satisfait pas tout le monde car quand cette rencontre s’est passée, Jésus n’avait été ni fait prisonnier, ni été crucifié, ni sacrifié, ni immolé et donc que Jean le Baptiste le présente comme un agneau pascal qui enlève les péchés du monde semble..anachronique : ce n’est en tout cas pas du tout l’image que l’on se faisait du Messie à l’époque, qui était celle plutôt d’un roi triomphant. L’idée de Jésus- Christ, le messie, agneau de Dieu n’est venu que plus tard, avec les chrétiens.

Comment donc comprendre cette affirmation ? Le plus facile est bien entendu de dire que cette appellation ne vient pas de Jean Le Baptiste mais elle vient de de la communauté johannique à l’origine de la création de ce texte, qui après la mort de Jésus, l’a inséré dans cette scène. Solution de facilité? Une autre hypothèse que j’ai trouvé intéressante est que le mot « agneau » ne soit pas approprié comme traduction et comme choix du sens du mot grec utilisé qui viendrait de l’araméen et qui dans cette langue indiquerait un serviteur, un jeune homme ( je ne suis pas experte sur la question)…. Dans ce cas dire de Jésus qu’il viendra sauver les êtres humains du péché n’est pas si étonnant pour quelqu’un comme Jean le Baptiste qui prêchait la repentance. En d’autres termes que la mort de Jésus n’avait pas eu besoin d’avoir lieu pour que Jean utilise cette formule…(ROBERTS, J. H. (1968). The lamb of God. Neotestamentica, 2, 41–56. http://www.jstor.org/stable/43047704)

Toujours est-il que pour moi,dans la suite de cette rencontre, la répétition de la phrase « je ne le connaissais pas » suggère autre chose : un moment de révélation que Le Baptiste a eu quand il a vu Jésus :

Je ne le connaissais pas, mais c’est afin qu’il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d’eau.[…] Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit.

Il a en quelque sorte prophétisé sur qui était Jésus, sans en vraiment comprendre tout le sens. Tout à coup, il a reçu une compréhension particulière (comme dans les BD où l’on voit une ampoule qui s’allume au-dessus de la tête de la personne qui fait une découverte….) Dans ce sens Jean le Baptiste se retrouve dans la lignée de la tradition prophétique de l’ancien testament : les prophètes pouvaient annoncer des choses en termes symboliques qui ne s’étaient pas encore passées et qui ne pourront être interprétés qu’après les faits. On peut penser même à un épisode célèbre en ce qui concerne le choix des personnes, celui du fameux futur roi David que Dieu a demandé au prophète Samuel de consacrer pour remplacer le roi Saul qui lui avait désobéi alors que rien ne semblait le vouer à devenir le choisi de Dieu :

Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là. »
Alors Samuel dit à Jessé : « N’as-tu pas d’autres garçons ? » Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. » Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé. »
Jessé le fit donc venir : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau.

Le Seigneur dit alors : « Lève-toi, donne-lui l’onction : c’est lui ! »
Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là.

(Samuel, le précurseur de Jean Baptiste ? Pourquoi pas!)

Ce même genre de révélation sur Jésus se retrouve dans l’évangile de Luc où l’on nous raconte qu’au moment de la présentation de Jésus au temple le vieillard Siméon reconnaît que l’enfant devant lui sera le Messie. ( Luc 2 : 25:32)

Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était sur lui. Il avait été divinement averti par le Saint-Esprit qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint au temple, poussé par l’Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu’ordonnait la loi,… il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit: Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut,…

L’idée donc que l’expression utilisée par Jean n’ait pas pu être de lui, ne tient que si on l’analyse avec une explication uniquement scientifique ( au sens le plus étroit du terme), et que l’on oublie qu’il faut la comprendre dans le contexte du judaïsme ambiant. Mais passons…

« le Fils de Dieu »

Également, on entend Jean nommer Jésus comme « le fils de Dieu » une expression qui est devenue lourde de sens ( tout le poids d’un dogme) alors qu’elle ne l’était pas particulièrement quand Jean l’a utilisée. Pour nous qui la lisons aujourd’hui, elle est parasitée par la formule du credo de Nicée (325-381) qui est d’ailleurs une expansion du prologue de Jean :

« Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu,lumière, née de la lumière,vrai Dieu, né du vrai Dieu.Engendré non pas créé,consubstantiel au Père et par lui tout a été fait. »

Si on appose tout cela, à la simple expression du Baptiste qui nomme Jésus, fils de Dieu, au lieu de l’accepter telle quelle, on fait presque un contre sens : on lui donne une valeur qu’il ne lui a pas donné, c’est vraiment nous qui extrapolons : c’est le poids du dogme qui est venu après qui nous empêche de voir que l’exclamation de Jean est tout à fait à sa place, dans cette scène qui se déroule au 1er siècle.

* * *

Ces moments de révélation, à l’aune d’une rencontre, on les a connus tous d’une manière ou d’une autre. En termes humains, on parle de coup de foudre quand on rencontre une personne de laquelle on se dit : c’est elle ( paraît-il car moi je n’ai pas eu de coup de foudre…). En tout cas ce qu’on appelle la conversion, c’est cela : entendre parler de Jésus et s’exclamer « c’est Lui que j’attendais et que nous attendons tous: il est cette vérité et cette lumière qui nous paraissaient si élusives !” On ne sait pas exactement comment on arrive à cette conviction car à ce moment-là, elle s’impose comme une évidence!

Et pourtant comme le Baptiste on peut avoir aussi plus tard au milieu des difficultés et des épreuves, des doutes quand on se demande si on n’a pas exagéré ou rêvé et on commence à remettre en cause ce moment de révélation, ce « euréka » que l’on a vécu qui était à la fois tellement fort et insensé.…

Cette scène, je la comprends un peu mieux maintenant : peu importe si Le Baptiste a utilisé un mot qui voulait dire agneau ou serviteur, peu importe si les mots qui nous sont rapportés ne sont pas mot pour mot ce qu’il a dit, ce que j’en retiens c’est que pour lui, cette rencontre avec Jésus a été un moment de révélation, d’illumination… Et toute l’histoire de Jésus est racontée par des hommes et des femmes qui ont eu, en rencontrant Jésus, des moments comme celui-là…C’est ça le témoignage de l’évangile ou devrait-on dire de l’église même si ce mot est aussi parasité !

Répit

le 4 octobre, 2022, Auvergne

On avait allumé le feu,

et sorti les pulls des placards

on s’était remis

à enfiler des chaussettes le soir,

avant de se blottir sous les draps,

***

on était retourné aux tasses de chocolat chaud,

et aux bols de soupe

pour se réchauffer

les doigts engourdis

***

Mais voilà

Le froid est reparti

et le linge a pu sécher dehors

sous la chaleur retrouvée

d’un soleil radieux…

***

Répit qui nous est accordé

avant l’inévitable avancée de l’hiver,

car les ombres ne trompent pas,

elles sont allongées sous ce soleil d’automne,

et le froid reviendra bientôt

pour s’installer une bonne fois pour toute.

***

Mais en attendant

C’est toujours un jour de gagné…

De quoi célébrer !