En marche!

Le 7 novembre, 2023, Auvergne

le temps est venu

de nous remettre en marche

la halte aura été longue,

si longue qu’on avait commencé à oublier

qu’il existait d’autres mondes

peuplés d’êtres vivants

aux destinées trop souvent tristes et tragiques

***

mais l’heure a sonné aujourd’hui

d’enlever les pieux de la tente ,

de la  plier et la ranger soigneusement

pour pouvoir une fois de plus

reprendre le chemin

***

Cette fois-ci, l’horizon est plus incertain,

on ne retrouvera pas ce qu’on avait laissé,

notre bateau a été endommagé

et n’a pas encore été réparé…

il faudra camper…

et vivre de l’hospitalité,

***

Ton bâton, ta houlette nous guideront

seule certitude dans ce voyage hasardeux

reconnaissants pour l’instant,

pour la grâce que tu nous a concédée

de nous avoir encore l’un l’autre

pour nous tenir de la main

dans ce périple incertain…

Tempêtes

Peinture: bateaux-dans-la-tempete-de-ivan-konstantinovich-

le 5 novembre 2023, Auvergne

Les actualités sont pleines d’images et de vidéo des tempêtes qui se sont abattues sur les côtes françaises, ces derniers jours, Ciaran et Domingos..

les arbres qui plient sous la force du vent

les vagues gigantesques qui assaillent les digues et éclatent, dans un nuage d’écume et un fracas assourdissant

les toits qui s’envolent

les passants imprudents qui essaient d’avancer à contre-vent

et le reporter solitaire qui s’époumone dans son micro avec la mer déchaînée derrière,

avant de courir se mettre à l’abri….

On repasse en boucle les plus impressionnantes de puissance et de beauté

on ne s’en fatigue pas…

on aime les sensations fortes, on aime se faire peur…

(au risque d’être emporté par notre folie, d’ailleurs …)

***

« les flots s’élèvent, Seigneur les flots élèvent leur voix, les flots élèvent leur fracas

plus que la voix des eaux profondes, des vagues superbes de la mer,

superbe est le Seigneur dans les hauteurs »

et que je fais marche arrière,et me mets à lire depuis le début

« le Seigneur est roi, il s’est vêtu de magnificence, et la Terre tient bon, inébranlable

dès l’origine ton trône tient bon , depuis toujours tu es »

je me dis que,

au-dessus de cette autre tempête bien plus meurtrière et destructrice qui souffle sur les terres où ton fils a vécu

et où notre bateau humain est en plein naufrage

ballotté dans tous les sens, courant à sa perte …

par notre faute à tous

Tu es toujours là solide et indéfectible

« ton trône tient bon, depuis toujours tu es »

et que tu as envoyé ton fils venu dans ce monde à la dérive, pas

« pour qu’il juge le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui »

Ça devrait être suffisant ,

me dis-je, donc

pour continuer à aller de l’avant

et à avancer

contre vents et marées

P.S: Tout le psaume 92, version AELF ( 93 pour LSG)

Le Seigneur est roi ; il s’est vêtu de magnificence, le Seigneur a revêtu sa force. Et la terre tient bon, inébranlable ;

dès l’origine ton trône tient bon, depuis toujours, tu es.

Les flots s’élèvent, Seigneur, les flots élèvent leur voix, les flots élèvent leur fracas.

Plus que la voix des eaux profondes, des vagues superbes de la mer, superbe est le Seigneur dans les hauteurs.

Tes volontés sont vraiment immuables : la sainteté emplit ta maison, Seigneur, pour la suite des temps.

Témoignage et humilité

Le 28 octobre, 2023, Auvergne

La guerre continue à faire rage sur les terres du Christ : les gens tombent comme des mouches. Vieillards, femmes et enfants, travailleurs humanitaires, journalistes, personne n’est épargné… Évidemment les deux camps se rejettent la faute et des images d’horreurs envahissent les réseaux sociaux : corps mutilés, blessés défigurés par la douleur, pleurs et colères des familles et plus c’est horrible plus ça plaît … Ces images sont aussi violentes que celles décrites sous la plume des prophètes de l’ancien testament…

Évangile de Jean (suite) 

Mais nous voilà retournés en arrière , dans cette période relativement calme pendant laquelle Jésus a vécu, avant la guerre civile qui s’ensuivra quelques 50 années plus tard et qui facilitera la conquête de la Judée et la prise de Jérusalem … racontée par Flavius Josephus ( aujourd’hui on remet en cause certaines de ses affirmations car il travaillait pour le compte du pouvoir romain)… avec son récit horrifiant du siège de Jérusalem et de la famine qui y régnait où les mères en seraient arrivées à manger la chair de leurs enfants…

( La barbarie ne date pas d’aujourd’hui ni non plus l’horreur de la guerre et le siège de la bande de Gaza aujourd’hui, renvoie facilement à celui de Jérusalem, même si les victimes ont changé de camp…)

On retrouve donc Jésus, cet individu peu connu à l’époque avec sa bande de disciples, pas particulièrement reluisante, qui casse tous les moules et défie les conventions de la société de son époque en parlant avec une femme en public, samaritaine de surcroît, mariée à différentes reprises et qui vit avec un homme qui n’est pas son mari ( mais ça les disciples ne le savaient pas)

Jean 4 : 27, 31-40

À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »[ . . .]

Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant : Rabbi, mange Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »

Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »

Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.

Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,

le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.

Il est bien vrai, le dicton : “L’un sème, l’autre moissonne.”

Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »

Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours.

Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui,

et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Aussi quand les Samaritains vinrent le trouver , ils le prièrent de rester auprès d’eux. Et il resta là deux jours.

*  *  *

À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »

Quand je lis cela, je ne peux m’empêcher de comparer leur réaction avec celle de la Samaritaine qui a interpellé Jésus pour sa conduite. Eux ne disent rien...  : il y avait une injonction rabbinique selon laquelle un homme ne devait pas parler avec une femme dans la rue même si c’était son épouse …. à cause des soupçons que l’on pourrait porter sur lui. La réaction des disciples souligne bien la transgression de Jésus mais elle montre aussi qu’ils voyaient déjà en lui, un maître ou un prophète pour ne pas oser ou vouloir le remettre en cause.

Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant : Rabbi, mange Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »

Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »

Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.

On voit de nouveau la sollicitude des disciples auprès de Jésus et de leur préoccupation toute naturelle pour lui. Mais à leur question, comme il l’a fait avec la Samaritaine, quand il lui a demandé de l’eau et offert de l’eau vive , Jésus, sans transition, bascule dans le symbolique en disant qu’il avait déjà mangé, changeant de registre sans prévenir…

La réaction naturelle des disciples est de penser que quelqu’un lui avait donné à manger, mais Jésus explique que c’est un sens spirituel qu’il donne au mot nourriture : Justifie-t-il après coup sa conversation avec la Samaritaine, en disant que c’est la Volonté de Dieu qu’il soit entré en conversation avec elle et c’est ce qui l’a rassasié répondant à leur interrogation à son sujet? ( S’il le fait, il ne semble pas que les disciples l’aient compris ou aient fait quelque commentaire que se soit dans ce sens)

Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,

le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.

Il est bien vrai, le dicton : “L’un sème, l’autre moissonne.”

Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »

Une autre digression !

Jésus change de direction et maintenant utilise une autre image, celle de la moisson et on se demande où il veut en venir… ( comme toujours on peut penser que ces paroles aient été prononcées à un autre moment et dans d’autres circonstances mais ont trouvé leur place ici au moment de la rédaction du texte)

Il est possible que… comme la Samaritaine a cru en sa parole et est allée annoncer la nouvelle dans son village, la moisson dont il parle soit ces Samaritains qui étaient prêts à recevoir le message comme la suite du texte le montre… les disciples bénéficiant du travail que Jésus avait initié en rompant un tabou en parlant avec cette femme… Ou veut-il plutôt leur enseigner que tout travail de récolte que les disciples pourront faire dans l’avenir, ne sera jamais de leur fait pour qu’ils ne puissent s’en attribuer la gloire ? ( Ça a été peine perdu, semble-t-il!)

Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours.

Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui,

et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »Aussi quand les Samaritains vinrent le trouver , ils le prièrent de rester auprès d’eux. Et il resta là deux jours.

L’épisode avec la Samaritaine et le séjour de Jésus en Samarie terminent avec cette déclaration étonnante du succès de Jésus auprès des samaritains ( contrairement d’avec les juifs)  : il n’en sera plus question dans le reste de l’évangile et cette fameuse Samaritaine disparaîtra du récit pour rester désignée pour la postérité par son appartenance religieuse et ethnique, sans nom propre, mais objet de nombreux tableaux…qui eux retiendront, son « immoralité » supposée et en feront une séductrice…

Ce que j’en retiens

Je suis frappée par cette rencontre car elle aborde toutes les questions d’identité, à savoir le genre, l’ethnicité et la religion qui sont des sujets brûlants d’actualité . Jésus en abordant cette femme et en entamant une discussion politico-religieuse avec elle a transgressé les interdits de son époque, pas par des discours sur le respect d’autrui, mais par un dialogue où il a respecté son interlocutrice sans toutefois nier son altérité ni l’existence des divergences entre leurs deux peuples. Il est vraiment ici un exemple à suivre et à imiter et nous donne une feuille de route fort utile dans cette époque anti-immigrant, anti-étranger, anti-non chrétien ( particulièrement musulman) qui est souvent défendue par des hommes politiques conservateurs ( surtout aux États Unis) qui se disent chrétiens ou qui disent défendre la civilisation chrétienne.

La deuxième chose qui me frappe, c’est de nouveau ce langage à double sens qu’il utilise pour expliquer des vérité spirituelles : simple, mais parce que imagé et métaphorique, inépuisable de sens. L’eau de vie qui étanchera notre soif pour toujours, la nourriture qui satisfait nos désirs profonds et finalement la moisson des gens prêts à recevoir son message, parlent à chacun de nous et nous ouvrent des perspectives nouvelles et inattendues.

La dernière métaphore, celle de la moisson me touche particulièrement car elle met en valeur le travail en équipe : Jésus explique clairement que la conversion d’une personne n’est pas le fait d’un disciple particulièrement convaincant, brillant ou même super saint mais le résultat d’un travail fait en amont par quelqu’un d’autre dont on oublie l’importance. On vit à une époque, du culte de la personnalité, surtout dans les milieux chrétiens où beaucoup se vantent du « succès » qu’ils ont, démontré par le nombre de leur followers, ou la taille de leur église, et l’on ferait bien de prendre note de ce que dit Jésus là-dessus.

Et finalement la dernière remarque… les Samaritains du village disant  Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Personne ne convertit personne, personne ne convainc personne, c’est seulement quand on rencontre Jésus, que l’on est (ou pas) convaincu que c’est lui « le Sauveur du monde. » Encore faut-il qu’il y ait quelqu’un, enthousiaste comme la Samaritaine, qui témoigne de sa foi et montre le chemin où on peut le rencontrer.

P.S Ça serait bien quand même si on pouvait convaincre tous ces dirigeants qui vivent sur ces terres où a vécu le Christ, Prince de la Paix, de le croire et de le suivre… en aimant leurs ennemis…au lieu de… on n’en serait pas là!

Retrouvailles

Derrière chez moi

Le 24 octobre 2024, Auvergne

Le vent souffle

les nuages filent à tout allure ,

ils se poussent sans s’attendre

les feuilles tourbillonnent,

c’est vraiment l’automne…

***

Mais voilà que les rosiers ont refleuri

pas une rose attardée, mais deux ou trois,

avec des boutons qui attendent leur tour

et les tomates…

que dire des tomates ?

Elles continuent à mûrir et à rougir,

les voilà prêtes à cueillir…

C’est vraiment

du grand n’importe quoi!

***

Au moins,

j’ai retrouvé la campagne au même endroit

toute aussi paisible et tranquille

avec son ciel qui m’enchante toujours autant

et ses montagnes à l’horizon,

en toile de fond

***

il a plu,

les moutons sont revenus

ils broutent derrière la maison,

un tracteur passe lentement

les chiens aboient de temps en temps

la vie dans le village continue,

comme avant..

.***

Peu importe pour l’instant,

ces quelques dérèglements

Pas de bombardement,

à l’horizon…

Éloge du vendredi

Vendredi 20 octobre, Bruxelles

Il pleut, il fait gris,

Ça tombe bien, c’est vendredi…

Traditionnellement, jour du poisson…

( mais derrière cette habitude, jeûne et abstinence, revu à la baisse par l’église catholique, par contre toujours pratiqué chez les Orthodoxes )

* * *

vendredi aussi,

jour de deuil et de tristesse

en commémoration

de la passion et mort de Jésus,

et cette semaine,

des frères et sœurs de Jésus qui ont vécu la passion et connu la mort

il y en a légion…

* * *

vendredi,

jeûne et abstinence des bombardements et des cris de haine ?

Chiche !

Il faudrait réinstituer le vendredi

pour pleurer les morts et sauver les vivants…

Daily writing prompt
When you think of the word “successful,” who’s the first person that comes to mind and why?

Je n’aime pas le mot réussite, pas plus que le mot en anglais successful: il reflète les valeurs d’une société qui ne voit que l’apparence et qui est synonyme de privilège , conformisme et richesse… Qu’est-ce que ça veut dire réussite scolaire, financière, familiale, voire personnelle? Qui est-ce qui décide? Comment peut-on mesurer la vie d’un autre être humain?

Vivre, aimer et être aimé, est ce qui me vient à l’esprit

C’est quoi la vérité?

Le 19 octobre, 2023, Bruxelles

Comme chacun le sait, en temps de guerre, la première victime, c’est la vérité : tout le monde ment et particulièrement les dirigeants …

et nous, alors, les citoyens lambda éloignés du front que pouvons nous croire?

En réalité on croit, ce qui nous arrange…

Disait un certain sieur Roland Barthes…

« Je constate que je suis atteint ( parfois même défait) plus facilement par les rumeurs que les nouvelles, car les nouvelles mobilisent immédiatement une raison qui les discute, tandis que les rumeurs me touchent dans cette zone plus basse de mon corps où s’agitent la bile et la peur » ( et j’ajouterai la haine)

En gros ce qui nous arrange, c’est ce qui nourrit notre soif insatiable d’indignation, de scandales, de condamnation des actes d’autrui  etc.. etc…

* * *

Qui a tiré la roquette sur cet hôpital à Gaza qui a fait plus de 300 morts ( les chiffres varient) ?

Si on est pro-Israël, on va croire ceux qui disent que c’est le Hamas, si on est pro-Palestinien, on va croire ceux qui disent que c’est Israël… les deux en sont capables ( de rater un tir ou au contraire de le cibler mais surtout de mentir) … comme c’est la guerre, tout est permis.!

Ceux qui sont morts, par contre, n’ont pas d’opinion…

* * *

Et nous qui sommes vivants, qui croire, quel camp choisir,?

On peut choisir celui qui attise la haine,

en affirmant nous, qui ne pouvons pas savoir, que c’est sûrement celui-ci ou celui-là et rediffuser à l’infini ces images horribles des victimes…sur nos réseaux sociaux …

Ce même sieur Roland Barthes rappelait: « ce que la photographie reproduit à l’infini n’a lieu qu’une fois... »

ou on peut rejoindre celui qui cherche à apaiser les esprits

et ça on sait tous comment le faire… pas besoin de mode d’emploi…

* * *

Pas si évidente, la fameuse prière de cet illuminé , ami des animaux et écolo avant l’heure, un certain Francisco d’Assisi

Fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.

Et la vérité, c’est quoi  alors?

Dire haut et fort que tuer des civils et bombarder des hôpitaux est un crime inacceptable et inexcusable…., en temps de guerre ou pas !

La réalité hors du texte: lecture et interprétation

le 18 octobre, 2023 Bruxelles

Il n’y a que le texte que l’on lit et celui ou celle qui le lise qui comptent.

C’est en gros et en forme raccourcie ce que disent les théories littéraires des dernières décennies : le sujet disparaît, l’auteur disparaît, ce qui reste ce sont ces mots écrits qu’un lecteur déchiffre au fur et à mesure, interprète et reconstruit selon ses propres critères et sa propre expérience. Une fois écrit l’œuvre échappe à son auteur : ce qu’il a voulu écrire importe peu, ce qu’il a écrit est ce qui compte et c’est exclusivement cela qui doit être l’objet de notre analyse littéraire. Tout ce qui existe en dehors du texte est peu ou pas pertinent.

Évidemment, les théories sont plus complexes et plus nuancées surtout sur la question du lecteur ( qui peut être virtuel ou réel) et elles évoluent… mais elles sont souvent l’objet de conférences et d’analyses où les auteurs pour impressionner leur auditoire ou leur lectorat ( quelquefois leurs étudiants) abusent de formules choc telles que « la mort de l’auteur » (Roland Barthes) et la toute puissance du lecteur ( prônée par Umberto Eco ) et utilisent un vocabulaire recherché, obscur pour peaufiner leur effet.

Toujours est- il qu’ils ont eu quand même raison de faire valoir la valeur de l’objet littéraire indépendamment de toute autre réalité et ces théories ont permis d’éclairer les œuvres et de renouveler leur sens. Mettre aussi en valeur l’importance du lecteur dans l’interprétation d’une œuvre vaut la peine d’être étudiée et permet d’insister sur le caractère subjectif des interprétations… Surtout quand on étudie un livre comme la bible qui étant un livre sacré n’est jamais abordé d’une manière neutre …. comme on le voit en ce moment…

* * *

C’est pourquoi justement,

que ce livre qui habituellement pour moi est un livre refuge, ne l’est plus du tout.. car alors que se déchaînent les événements au Moyen Orient, je me rends compte que les livres et particulièrement celui-là ont un socle… un socle géographique, territorial, une réalité historique qui existe en dehors du texte et qui nous oblige à réinterpréter et à nous positionner par rapport à lui. Il cesse d’être de la littérature…

J’aimerais lire et méditer ses mots pour m’éloigner de cette guerre terrible mais il m’y ramène constamment car c’est là que ça se passe, dans cette terre, et les personnes dont on parle et qui s’entre-tuent occupent ses pages…je ne peux pas les ignorer. Particulièrement, la violence qui y est exprimée et décrite n’est pas anodine, pas plus d’ailleurs que les revendications territoriales qui y sont faites.

Je ne peux lire le récit de la vie de Jésus sans l’imaginer autre part qu’en Palestine et à Jérusalem en plein milieu de ce lieu devenu un champ de guerre…

* * *

Heureusement, ô combien heureusement ! il est venu pour rectifier les interprétations guerrières de Dieu de ces écritures par celui d’un Père « qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes »

Heureusement ô combien heureusement, il nous a donné ce discours extraordinaire qui témoigne d’un Dieu qui approuve et bénis « les doux, car ils recevront la terre en héritage. . . ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. . . les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. . . les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu »

Pas les combattants qui eux tuent au nom d’une divinité qui n’est pas le Dieu de Jésus et donc, pas non plus celui d’Abraham…Aucun combattant ne peut se revendiquer fils du Dieu d’Abraham!

Et finalement heureusement ô combien heureusement, (ou peut être malheureusement, si on veut justifier ses actes,) il a banni la haine même envers les ennemis « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent »

 Car il faut le dire quand il dit « vous » il ne s’adresse pas qu’à son peuple car tous les peuples enseignent de haïr ses ennemis en temps de guerre, sinon comment pourraient-ils les tuer !

Et puis il a aussi prôné le pardon coûte que coûte…

* * *

Difficile à entendre quand on nous tire des rockets qui détruisent nos maisons et tuent nos enfants.. On préfère se boucher les oreilles et ne pas entendre toutes ces paroles rapportées  dans l’évangile de Mathieu https://www.aelf.org/bible/Mt/5

Mais qui suis-je moi pour les juger ?

Moi qui vis dans un pays en paix…

Refus de la peur?

le 17 octobre, 2023 , Bruxelles,

7 heures: ce matin je me lève en voyant cette nouvelle sur mon smartphone : attentat terroriste à Bruxelles hier soir, l’auteur n’a pas encore été appréhendé, il a tué avec une arme de guerre, niveau maximum d’alerte à Bruxelles (4) , ne sortez pas disent certains.

On prépare quand même les enfants pour aller à l’école : les écoles flamandes sont fermées mais pas les écoles francophones, les autorités assurent qu’il ne devrait pas y avoir de problème et que tout le monde serait vigilant…

Ma fille hésite… finalement les conduit…la rue est presque déserte quand elle sort…

Tu es sûre que tu devrais les emmener ?

* * *

Je me souviens alors qu’on avait vécu à Medellín et puis à Bogotá pendant des nombreuses années quand il y avait des attentats toutes les semaines.. .quelquefois ciblés par la mafia ou par les groupes de guérilleros ou même simplement des criminels de droit commun mais on risquait toujours de se retrouver au mauvais moment, au mauvais endroit…( une ou deux fois, on a été ciblé particulièrement)

Je me souviens aussi que chaque semaine, dans notre petit groupe de prière, nous et les autres, rendions grâce pour avoir échappé de justesse à une fusillade qui s’était déroulée devant nos yeux, à une arme pointée contre la tempe, ou à une bombe qui venait d’exploser…

C’est bizarre mais ensemble, on n’avait pas peur…

La mort rôdait partout, on ne se croyait pas invulnérable, on connaissait des victimes que l’on pleurait ensemble, mais on avait accepté que oui, la mort était toujours un possible à n’importe quel moment.. et qu’aucune arme, qu’aucun garde-corps, qu’aucun policier ou membre des forces armées n’aurait pu nous protéger

( Ministres, parlementaires, juges surtout protégés par des gardes du corps, des escortes policières impressionnantes, tombaient comme des mouches. J’ai été convaincue plus que jamais que les armes ne protégeaient personne et que la non-violence était la seule alternative raisonnable)

il avait fallu à un moment donné faire le grand saut ( et c’est un saut qui donne le vertige)  celui de la foi pour continuer à vivre… on ne peut pas vivre la peur au ventre.

On y a vécu pendant plus d’une dizaine d’années… Et on ne sait pas pourquoi, nous tous avons été épargnés…

Mais d’autres pas…

(Évidemment, il y a eu des séquelles… des traumatismes que l’on porte tous, chacun de nous, tout au fond …)

* * *

10 heures… l’alerte est passée, celui qui a commis le crime a été « neutralisé » ( je déteste cette expression, elle cache toujours une action meurtrière des forces de l’ordre..)

Soulagement pour l’instant mais jusqu’à quand ?

La peur, elle est utile pour faire face à un danger imminent comme éviter le bolide qui fonce vers vous …

mais il y a une autre peur, celle qui s’installe sournoisement au plus profond de nous-même et qui ne nous lâche plus…

celle-là, il faut la chasser à tout prix

* * *

Tu as appris quoi , au cours de religion, avait-t-elle demandé hier à sa fille de 8 ans … Qu’on est jamais seul a-t-elle répondu, Jésus est toujours avec nous !

Leçon qui tombe à pic par les temps qui courent !

« Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde »

« Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde »

Pour connaître mieux le contexte de ces citations: https://saintebible.com/matthew/28-20.htm https://saintebible.com/john/16-33.htm

Le jour d’après: dona nobis pacem

https://www.youtube.com/watch?v=7ncchJcMMBU

Cette voix magnifique, ce sont toutes les voix des mères de tous les peuples ravagés par la guerre qui s’élèvent vers le ciel..

le 16 octobre 2023, Bruxelles

Misere nobis, aie pitié de nous!

mais aussi

Dona nobis pacem, donne nous la paix!

C’est la prière qui s’est élevée de toutes parts dans les églises du monde entier, hier dimanche,

Aujourd’hui, lundi, même si les bombes continuent à tomber et les bottes des soldats à résonner, les voix pour la paix se font de plus en plus nombreuses,

La première flambée de haine passée, le temps est à pleurer et à enterrer les morts…


*   *   *

en France

On pleure de nouveau un attentat terroriste contre un enseignant qui a donné sa vie pour protéger ses étudiants… et on lui rend hommage

*   *   *

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux »  lit-on dans ce livre écrit par les ancêtres de ce pays mis à feu et à sang

un temps pour tuer, et un temps pour guérir […]

 un temps pour pleurer, et un temps pour rire;

un temps pour se lamenter, et un temps pour danser [. . .]

un temps pour la guerre, et un temps pour la paix [. . .]

*   *   *

On est encore loin du temps pour rire ou pour danser ou même pour la paix….

Mais il viendra,

Si on s’y met tous !

(en France aussi, les fans de rugby déplorent la défaite et élimination par un point seulement de leur équipe de la coupe du monde, une déception rassurante en réalité, preuve que la vie continue avec son lot quotidien de petites et grandes déceptions)

PS : le texte cité vient du livre de l’ecclésiaste dans la Bible ch:3