Gratitude

Le 18 mars 2024, la Virginie

Le printemps éclate de toute part…

et hier soir nous a été offert le spectacle d’un coucher de soleil flamboyant

(impossible de capter sur la caméra de mon smartphone l’intensité des rouges qui se déployaient au fur et à mesure : je suppose qu’avec une caméra professionnelle, il y aurait un meilleur rendu)

En m’extasiant sur sa beauté, je me suis souvenue de l’amour qu’avait le petit Prince pour les couchers de soleil :

« Ah! petit prince, j’ai compris, peu à peu, ainsi, ta petite vie mélancolique. Tu n’avais eu longtemps pour distraction que la douceur des couchers du soleil. J’ai appris ce détail nouveau, le quatrième jour au matin, quand tu m’as dit:
-J’aime bien les couchers de soleil. Allons voir un coucher de soleil…
-Mais il faut attendre…
-Attendre quoi?
-Attendre que le soleil se couche. »

Comme, je n’habite pas sur la planète du Petit Prince, non seulement je ne peux pas voir un coucher de soleil à n’importe quelle heure mais encore moins en commander un pour qu’il me soit livré sur le pas de ma porte au jour et à l’heure demandés par une de ces sociétés géantes et tentaculaires qui parcourent la planète pour satisfaire nos désirs les plus futiles…

Les couchers de soleil sont toujours un don gracieux du ciel à accueillir avec gratitude !

D’un autre côté…

(Après ce magnifique coucher de soleil, j’ai fait une descente aux enfers par l’intermédiaire de ce petit chef d’œuvre d’opéra deJake Heggie and Terrence McNally.  : « Dead man walking » présenté à la télévision https://operawire.com/metropolitan-opera-2023-24-review-dead-man-walking/)

mais ce sera pour un autre jour…

Éloge des arbres endormis

Éloge aux arbres endormis

le 6 mars, 2024

Moi qui en suis toujours à l’hiver, je n’ai pas vu l’arrivée du printemps…

j’attends toujours des chutes de neige qui ne viendront plus,

je prépare dans ma tête des plats réchauffants qui n’ont plus raison d’être,

je remarque à peine que les journées s’allongent au petit matin quand j’ouvre les yeux

et même quand je sors, je ne me rends pas compte, toute emmitouflée que je ne suis plus accueillie par un froid mordant…

Pire, je vois à peine les primevères qui se fraient un chemin parmi les feuilles mortes et les jonquilles qui ont commencé à fleurir…

et les oiseaux qui reviennent ?

Je ne les ai jamais vus partir…

J’ai perdu le rythme des saisons…

Que m’arrive-t-il ?

Heureusement, les feuilles des arbres ne sont pas encore au rendez-vous et leurs branches dénudées continuent à peupler le paysage …

J’ai le temps de me rattraper !

Immolation et Passion

Le 28 février, 2024, USA

« il s’est immolé »

Aux informations, le week-end dernier, cet ingénieur de l’armée de l’air américain s’est immolé par le feu devant l’ambassade d’Israël…C’était un acte qu’il a voulu public puisqu’il s’est filmé en chemin et a expliqué son geste, je le cite dans le texte “I will no longer be complicit in genocide [in Gaza]. I am about to engage in an extreme act of protest,” Quoique rapidement des pompiers soient venus éteindre le feu, il est mort quelques heures plus tard de ses blessures… Certains l’ont vu comme un héros, d’autres comme un malade mental, d’autres comme un extrémiste dangereux…

J’ai tout de suite été frappée, en français ( ce n’est pas le cas en anglais) comme la formule « s’est immolé » renvoyait à celle que l’on utilise pour décrire la mort de Jésus et la signification de cette mort, surtout en cette période liturgique de carême où l’on s’apprête à commémorer sa passion…

Mais en relisant les textes plus attentivement, je me suis rendue compte que les textes disaient (en français) a été immolé et non pas s’est immolé ce qui donne une idée très différente : ce n’est pas un acte volontaire de sa part comme serait celui d’un acte suicidaire, mais on l’a tué, ce sont ses ennemis qui l’ont crucifié, lui s’est laissé faire, il a mis en pratique d’une manière extrême l’enseignement qu’il a prêché lui-même dans le texte connu des béatitudes : « ne résistez pas au méchant ».

(« Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.[..] »)

Sa mort est le résultat de sa non-résistance à son arrestation qu’il a accepté parce que c’était ce que Dieu, qu’il appelle Père, attendait de lui…

Voici ses paroles :

« Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même; j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre: tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père »

Pourtant le langage théologique pour interpréter sa mort peut prêter à confusion tellement on insiste sur l’aspect rédempteur de la mort de Jésus et on passe sous silence les circonstances historiques concrètes et réelles et de sa mort… Il a été fait prisonnier et a été jugé et a été condamné à mort, on l’a obligé à porter sa croix , il y a été crucifié…il ne s’est pas immolé..

En fait si on veut parler de figure christique, la mort du dissident russe Alexeï Navalny serait plus proche de celle de Jésus, dans la mesure où il ne s’est pas soustrait à ses ennemis quand il a décidé de revenir en Russie, sachant qu’ils cherchaient à le tuer…

* * *

J’en reviens à ce jeune homme de 25 ans Aaron Bushnell, qui s’est immolé « in an extreme act of protest » parce-qu’il ne voulait pas être complice du génocide des palestiniens : il n’y a aucun doute sur la motivation altruiste et sacrificielle de son acte, caractéristique me semble-t-il d’un jeune anarchiste aux racines chrétiennes qui pourtant avait décidé de s’engager dans l’armée …

(mais comme il arrive très souvent ici, ceux qui décident de s’engager viennent de famille qui ont peu de moyens et le coût des études universitaires étant tellement élevés, ça leur permet d’obtenir de poursuivre des études gratuitement.)

En tout cas, il n’est pas le premier à le faire : l’immolation la plus connue a été celle de ce moine bouddhiste en 1963 pour protester contre la persécution des bouddhistes par le gouvernement du Sud du Vietnam… mais moi je connais au moins un cas d’un américain chrétien qui s’est suicidé pendant la guerre en Iraq se sentant profondément responsable des morts causées par les bombardements : selon ses proches il avait des problèmes de dépression et ne cherchait pas particulièrement à protester… ce qui n’était pas le cas semble-t-il pour ce jeune homme qui avait mûrement réfléchi.

* * *

J’en reviens à la passion de Jésus.. et à tous ceux qui parce-qu’ils ont décidé de le suivre, ont la conviction erronée qu’ils doivent l’imiter dans ces moindres faits et gestes ( le plus courant est le célibat mais le plus restrictif est le fait qu’il soi un homme  qui fait que seuls les hommes peuvent devenir prêtres selon l’église catholique) et on voit chaque année ces scènes horrifiques des gens qui se flagellent ou se font flageller et crucifier le vendredi saint…

Il n’y a rien de masochiste chez Jésus même pas dans sa passion , il n’a pas cherché à souffrir : la souffrance qu’il a subie est venue du fait que sa mission lui a valu d’être confronté aux forces du mal voire du malin (autant la dénonciation de l’hypocrisie des dirigeants religieux que l’expulsion des esprits mauvais). Il y a un niveau qui rend le sacrifice de Jésus unique, inimitable et finalement incompréhensible: il ne l’a pas cherché, il aurait pu l’éviter… En fait peut-être le plus incompréhensible est l’attitude du Père qui lui a demandé le sacrifice de sa vie et en même temps lui a donné le choix de le refuser…

Pour terminer…

d’un côté, je suis profondément touchée par le sacrifice de ce jeune homme qui s’est immolé pour tenter d’arrêter le massacre de milliers d’innocents et d’un autre, reconnaissante que celui de Jésus n’a pas été auto-infligé empêchant de créer une culture mortifère qui aurait encouragé les plus fragiles à en terminer avec leur vie. Même dans la mort, Jésus reste l’apologiste de la vie.

Des meubles et des vivants

le 24 février, 2014, USA

Sauver les meubles…

Cette expression me revient à l’esprit alors que je regarde ma chambre à coucher retrouvée…

ces îlots du passé

rescapés du déversement des eaux usées

je n’y croyais pas y être attachés

mais leur familiarité est réconfortante.


Sauver les meubles…

Je ne me souviens plus de la dernière fois que j’ai entendu cette expression mais il doit y avoir bien longtemps…car il me semble qu’aujourd’hui, on n’a plus de meubles… on met ses vêtements dans des placards ou des dressings….

En tout cas plus d’armoires ni de commodes, d’ailleurs on peut en acheter par dizaines pour une bouchée de pain aux ventes aux enchères par ici, après le décès du dernier survivant de ces grandes maisons de campagne où plus personne ne veut vivre…

* * *

Au milieu des décombres des villes bombardées, on voit ici et là des objets familiers que les survivants ramassent pour essayer de sauver un peu de leur vécu avant de s’acheminer vers des destinations inconnues.

Ces clichés des survivants au milieu des ruines cherchant à retrouver des objets perdus, on les connaît tous : ils ont de nouveau envahi nos écrans, il y a deux ans avec la guerre en Ukraine et ils se sont multipliés par dix depuis les bombardements de la bande de Gaza …. Le film « Jeux Interdits » qui avait rendu célèbre des histoires d’enfants pris au piège de la guerre et de la mort an’a rien perdu de son actualité

alors…

On peut se réjouir d’avoir sauvé les meubles…

Mais pour ceux qui n’ont pas pu sauver les vivants ….

bien maigre consolation !

Carême, Jonas et Alexeï

le 15 février, 2023, chez nous

Le carême a commencé hier et il tombe bien ce carême…

Car il y a de quoi prendre le deuil, se couvrir la tête de cendres ( pas qu’un petit peu sur le front), s’habiller de sacs de jute et faire un jeûne de 40 jours…

(comme l’a fait le peuple de Ninive en entendant Jonas leur annoncer qu’ils devaient se repentir de leurs actions, sinon ils périraient…)

et aujourd’hui, c’est l’humanité toute entière, qui a besoin de se repentir

(pas quelques grand-mères cathos qui se privent de chocolat, ou quelques autres quidams zélés qui cessent de s’adonner à une activité pas très cool pour redonner de l’éclat à leur petit âme souillée…)

à commencer par…

tous ceux qui ordonnent et participent à cette guerre en Israël déclenchée par le Hamas et qui s’est transformée en un massacre des palestiniens de la bande de Gaza d’une ampleur jamais imaginée,

tous ceux avides de gain qui s’en foutent que la planète se réchauffe et …récupèrent des millions pour l’exploitation du pétrole et autres ressources du sous-sol de notre planète…

tous ces PDG de l’industrie agro-alimentaire qui empoisonnent toute la chaîne de la nourriture avec leurs pesticides et leurs produits de consommation qui conduisent à l’obésité…

Tous ceux qui échappent à la justice avec leur armée d’avocats payés à prix d’or…

et les hommes politiques ? Il ne vaut mieux même pas en parler !

Le carême, c’est pas pour les petits qui grignotent sur leurs maigres revenus tout au long de l’année

le carême c’est pour les grands!

*   *   *

Dans l’histoire de Jonas, c’est le roi qui a pris la décision du repentir collectif pour les violences commises…on ne dit pas son nom…sauf qu’il était roi….
 « Les gens de Ninive crurent à Dieu, ils publièrent un jeûne, et se revêtirent de sacs, depuis les plus grands jusqu’aux plus petits. La chose parvint au roi de Ninive; il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d’un sac, et s’assit sur la cendre. Et il fit faire dans Ninive cette publication, […] ; Que les hommes et les bêtes, les bœufs et les brebis, ne goûtent de rien, ne paissent point, et ne boivent point d’eau! ( même les animaux..intéressant! ) Que les hommes et les bêtes soient couverts de sacs, qu’ils crient à Dieu avec force, et qu’ils reviennent tous de leur mauvaise voie et des actes de violence dont leurs mains sont coupables!

Aujourd’hui, quel gouvernant décrétera jeûne et repentance pour son pays , lequel dénoncera les fautes commises par sa nation au lieu de souffler sur les flammes du patriotisme en faisant des migrants ou toute autre population les boucs émissaires ?

* * *

Maintenant on est le 16… La mort du dissident Alexeï Navalny vient d’être annoncée… Son carême à lui avait commencé de puis longtemps, jeûne, enfermement, sévices de toute sorte , c’est dur et dangereux d’être prophète…

(aujourd’hui déjà le 19 et son corps n’a toujours pas fait son apparition…)
 

* * *

Je viens de relire de nouveau l’histoire de Jonas… en fait ce n’est pas le roi qui a pris l’initiative du jeûne, c’est le peuple… le roi n’a fait que suivre le chemin qu’ils avaient tracé!

Donc…, je ne peux pas moi dire qu’il n’y a que les grands qui doivent faire carême: il va falloir que je m’y mette!

Des lieux de vie

le 8 février 2024, chez nous, en Virginie

De nouveau, j’apprivoise ce lieu que je n’ai pas occupé depuis presque un an…

Dedans, je retrouve l’âtre avec le poêle à bois contre un mur en briques flanqué d’étagères remplies de livres et de magazines empilés…. Tous à moitié lus ou tout au moins feuilletés…

Dehors, je retrouve l’arbre dénudé que l’on voit au travers de la fenêtre sans même avoir besoin de sortir et les oiseaux qui viennent picorer au milieu des feuilles mortes accumulées depuis l’automne et jamais ramassées…

(J’ai même vu un cardinal, l’emblème de la Virginie, virevolter au fond du jardin)

je recommence à faire des allers et retours avec des brouettées pleines de bûches pour alimenter le feu

(et à réarranger dehors les gros bacs à poubelle qu’il faudra nous-même apporter à la déchetterie…)

mais surtout,

je trie, je jette, j’essaie de me débarrasser du superflu… de tous ces objets accumulés et gardés au cas où…

* * *

Je m’étonne encore de ce besoin que l’on a de ces lieux de vie aménagés à notre image pour nous sentir bien…

je m’étonne de l’attachement que l’on y porte comme s’ils pouvaient emmagasiner notre vécu et le garder intact entre leurs murs …

comme s’ils avaient une âme momifiée, inentamée par le temps ,

mais que notre présence réveille de son engourdissement..

*  *  *

Pourtant,

On nous répète à satiété que nos maisons terrestres ne sont que des lieux de passage et que notre vraie demeure n’est pas ici,

(affirmation réconfortante quand tout s’écroule autour de soi et que la permanence de l’éphémère a un goût tellement amer qu’elle devient cauchemardesque)

mais ça n’empêche que…

le lieu où l’on pose ses valises, importe,

et me voilà donc toute occupée à y refaire mon nid pour m’y réinstaller jusqu’au printemps…

* * *

En réalité entre ces deux lieux ,

l’un concret, palpable mais temporaire, l’autre abstrait, lointain mais éternel

il y en a un autre …

toujours là, toujours en attente…

celui du silence intérieur,

où je peux retrouver calme et sérénité,

lieu privilégié

où le bon Pasteur

m’invite à me reposer..

De l’importance des guérisseurs

le 1er février 2024

Qui dira la douleur et le désespoir d’un parent qui voit son enfant malade ?

(J’ai été rappelé à cette réalité hier quand j’ai vu l’empressement d’un des miens quand son fils a dû être transporté à l’hôpital…même si finalement ce n’était pas si grave)

Je pense à l’affolement mais aussi au coût… ici ou ailleurs ( mais particulièrement ici où les soins médicaux sont à prix d’or voire inaccessibles pour beaucoup)… même si sur le moment on ne veut pas y penser pas… on est prêt à se ruiner pour obtenir le remède, le médecin, l’opération chirurgicale, qui lui sauvera la vie… on se dit que tant pis on verra plus tard…

d’où le pouvoir des charlatans et des guérisseurs qui abondent sur les réseaux sociaux et offrent des cures miracles à tous les maux…

( et bien sûr, ce n’est jamais gratuit)

et finalement

d’où aussi…

me suis-je dit

le pourquoi de la popularité de Jésus en son temps et de la pression de ces foules autour de lui qui ne lui laissaient pas une seule minute de repos…. après que le bouche à oreille ait fait connaître ses pouvoirs de guérisseur …

« Sa renommée se répandit dans toute la Syrie, et on lui amenait tous ceux qui souffraient de maladies et de douleurs de divers genres, des démoniaques, des lunatiques, des paralytiques; et il les guérissait. Une grande foule le suivit, de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et d’au delà du Jourdain. »

Quoi de plus immédiat, de plus vital, de plus universel, encore aujourd’hui que ce besoin de trouver quelqu’un qui puisse nous  guérir de nos nombreuses maladies ?

Ces histoires de miracles de guérison qui ont fait grincer des dents les rationalistes de tout bord, depuis le siècle des lumières, apparaissent sous un autre jour que celui d’un enjeu théologique sur la nature divine de Jésus et dénoncent les théories qui font de la souffrance un bien spirituel désirable… …

Dans la réalité quotidienne, pour le commun des mortels, la maladie n’est pas un bien, mais un mal dont on cherche à se libérer par tous les moyens…

Compassion est le maître mot ici,

celle de Jésus bien sûr,

et si preuve quelconque il y a

c’est que compassion est le maître mot aussi

du Père dont il se revendique être le Fils…

Moving…

le 29 janvier 2024,

Je suis un peu déboussolée

Ce lieu provisoire m’était devenu familier : de l’étrangeté il était passé à la normalité…

En l’espace de quelques semaines, l’inaccoutumé est devenu l’habituel, la nouveauté s’est effacée pour faire place à l’usuel.

je ne suis plus obligée de pauser pour me repérer, je connais les contours de l’espace dans lequel je suis, les distances sont mesurables et mesurées, mon regard ne se heurte plus aux lignes qui délimitent mon champ d’horizon .

Maintenant, il me faut retourner à ce qui était le quotidien, plein à craquer d’un vécu délaissé, d’un passé oublié dans toute sa complexité…

Déménager, emménager, je l’ai fait tellement de fois ; j’en connais les difficultés mais aussi l’opportunité incroyable de se réinventer et de recommencer  !

Mais réemménager ?

Comment retourner sans marcher à reculons, comment revenir sans me réinstaller dans un passé révolu ?

Accompagne mes pas !

* * *

Guide my feet, Lord… avec les paroles

La neige: le rendez-vous manqué

le 17 janvier 2024, La Virginie,

La neige tant attendue est venue pour réjouir les petits et les grands, spécialement les petits quand les écoles sont obligées de fermer…

Par contre les grands ?

Cette fois-ci, moi je ne l’ai pas attendue avec impatience ni reçue avec émerveillement comme les petits quand elle est arrivée au petit matin , étant dans une chambre sans fenêtre, n’étant pas à la campagne et n’ayant pas de poêle à bois auprès duquel pouvoir se réchauffer, sécurité contre les coupures d’électricité …

mais je l’ai reçue comme les grands… surtout parce-que j’appréhendais toutes les complications et dangers que la neige représente étant donné qu’ on devait reprendre la route ( on aurait pu attendre…mais …)

Pour apprécier la neige à sa juste mesure, il faut accepter de s’arrêter…

On a donc repris la route et le paysage était magnifique mais j’étais plus préoccupée par les plaques de verglas qui pouvaient se présenter que par la beauté des arbres croulant sous la neige … même si ce n’était pas moi qui conduisais…

( heureusement, une fois de plus, après un voyage tendu, on est arrivé à bon port…)

Aujourd’hui on a le droit à un soleil éclatant !

La neige avec le ciel bleu et des températures au-dessous de 0, on ne peut pas désirer mieux pour avoir des paysages d’une beauté époustouflante…

* * *

L’être humain et la nature !

Soit on n’en voit pas la beauté, tellement on est concentré sur des tâches humaines qui s’avèrent être d’une importance contestable…

soit…on veut se l’approprier et alors on crée ces lieux de loisirs comme les stations de ski que seuls les nantis peuvent fréquenter tellement les prix sont inabordables pour le commun des mortels…

et peut- être le pire…

quand la neige n’est pas au rendez-vous et refuse de se plier à nos emplois du temps et nos désirs, on invente ces engins gargantuesques, dévoreurs d’eau et d’électricité pour créer de la neige artificielle contribuant entre autre, à ce que la vraie neige, celle-là, disparaisse de plus en plus…de nos montagnes !

* * *

Pauvre planète !

Occupée par des locataires insensés qui en plus s’en croient les propriétaires !

« La terre et ses richesses appartiennent à l’Éternel. ( paraît-il ) L’univers est à lui avec ceux qui l’habitent… C’est lui qui a fondé la terre sur les mers, qui l’a établie fermement au-dessus des cours d’eau » Psaume 24…

Paroles à méditer

Prière et chagrin au féminin

Mercredi 10 janvier 2023, USA

(mais pas chez moi, je n’ai toujours pas retrouvé mes pénates et continue à vivre dans le provisoire)

Réflexions sur l’histoire d’Ana…

Même si d’un certain point de vue, la bible peut-être considérée comme un texte patriarcal ( écrit, lu et commenté par des hommes presque exclusivement, pendant très longtemps..) qui a souvent été utilisé pour soumettre la femme, il y a ici et là, même dans la Torah/ancien testament des textes qui déconstruisent ce schéma…

L’histoire d’Ana me frappe, alors que je la relis ( je cite tout le texte à la fin du blog) …car elle met en exergue la douleur profonde de cette femme et l’intensité de sa prière qui est née de cette douleur, causée par sa condition féminine d’infériorité.

Cette douleur est décrite comme venant de deux sentiments : amertume et humiliation… Son désir d’avoir des enfants n’est pas présenté comme étant son amour pour les enfants, mais parce que sa stérilité, dans une société patriarcale, faisait d’elle une femme méprisée et dédaignée…

Si on lit toute l’histoire, on se rend compte que comme c’est une histoire ancrée dans le réel culturel et historique et pas un traité de philosophie ou de théologie sur les relations hommes et femmes… on ne peut pas pour autant mettre les uns et les autres dans des catégories figées et étanches où les hommes seraient exclusivement méchants et dominateurs et les femmes victimes et ingénues…

On apprend au début de l’histoire, que comme beaucoup d’autres à cette époque, son mari, était polygame… en effet il avait une autre femme qui elle, par contre, lui avait donné beaucoup d’enfants…. et c’est elle qui passait son temps à humilier Ana car elle n’en avait pas !

« Sa rivale lui prodiguait les mortifications, pour la porter à s’irriter de ce que l’Éternel l’avait rendue stérile. »

( avait-il pris une autre femme parce que justement sa première était stérile…certains connaissent l’histoire d’Abraham qui coucha avec sa servante car Sara, sa femme ne pouvant pas enfanter, cette dernière se mit à lui tenir la dragée haute même si elle avait le statut de servante. En tout cas, ayant vécu dans des société polygames.. je peux facilement imaginer le scénario)

Mais ce qui peut paraître surprenant aussi, est qu’il nous est dit que son mari, Elkana l’aimait beaucoup…

«  Le jour où Elkana offrait son sacrifice, il donnait des portions à Peninna, sa femme, et à tous les fils et à toutes les filles qu’il avait d’elle.

 Mais il donnait à Anne une portion double; car il aimait Anne, que l’Éternel avait rendue stérile. »

Il semblerait donc que son autre femme était avant tout « une pondeuse » mais qu’il ne l’aimait pas plus pour autant… ce qu’elle devait savoir…et par conséquent… dans cette rivalité entre épouses, ces enfants étaient sa revanche…

(Rien de nouveau sous le soleil : cette guerre des femmes qui aiment ou veulent le même homme, qu’elle soit livrée entre épouses légitimes ou illégitimes, compagnes ou amantes…)

* * *

Mais revenons-en à Ana…qui prie avec ferveur et intensité pour sa dignité de femme même si la maternité ne devrait pas être le moyen de l’acquérir, diraient les féministes d’aujourd’hui…

La réaction du prophète Élie face à cette femme désespérée est une réaction du coup, tout à fait machiste : il interprète sa manière de prier, expression de ses sentiments intenses comme un signe d’ébriété…

( la folie des femmes a souvent été utilisée comme un argument pour les enfermer et les obliger à rentrer dans les rangs quand leur comportement remettait en cause les normes sociales de la bienséance féminine… on pense à Camille Claudel..)

Ana est une femme que d’autres diraient excessive dans son désir d’enfant mais en tout cas, elle n’a pas de complexe à s’épancher devant Dieu qu’elle croit suffisamment compréhensif pour l’écouter et elle n’a pas peur non plus de se défendre de l’accusation portée contre elle par Élie qui veut la chasser…

« Ne prends pas ta servante pour une femme pervertie, car c’est l’excès de ma douleur et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’à présent.

Élie reprit la parole, et dit: Va en paix, et que le Dieu d’Israël exauce la prière que tu lui as adressée! »

La parole d’Élie cette fois-ci n’est plus guidée par ses propres préjugés, elle est parole de Dieu qui ne l’a ni rejetée, ni condamnée pour sa pétition désespérée de femme humiliée…

Peu importe la requête finalement, excessive ou pas, la question n’est pas là, l’histoire d’Ana est pour nous les femmes dont les émotions fortes sont souvent mal vues, une affirmation de la valeur d’une identité dite « féminine » quelle qu’en soit les contours, dévalorisée souvent et moquée tant par les hommes que les femmes…

Merci Ana et merci aussi Élie qui a su recevoir et transmettre le message d’approbation d’Ana

* * *

Voici le texte en entier qui se trouve dans le livre de Samuel :

En ces jours-là, Anne se leva, après qu’ils eurent mangé et bu à Silo. Le prêtre Élie était assis sur son siège, à l’entrée du sanctuaire du Seigneur. Anne, pleine d’amertume, se mit à prier le Seigneur
et pleura abondamment. Elle fit un vœu en disant : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. »

    Tandis qu’elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Élie observait sa bouche. Anne parlait dans son cœur :seules ses lèvres remuaient, et l’on n’entendait pas sa voix. Éli pensa qu’elle était ivre et lui dit : « Combien de temps vas-tu rester ivre ? Cuve donc ton vin ! »  Anne répondit : « Non, mon seigneur, je ne suis qu’une femme affligée, je n’ai bu ni vin ni boisson forte ; j’épanche mon âme devant le Seigneur. Ne prends pas ta servante pour une vaurienne : c’est l’excès de mon chagrin et de mon dépit qui m’a fait prier aussi longtemps. »
    Éli lui répondit :
« Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »
  Anne dit alors :« Que ta servante trouve grâce devant toi ! » Elle s’en alla, elle se mit à manger,
et son visage n’était plus le même.[ . . .]


Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle.
    Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle, « Je l’ai demandé au Seigneur. »