Hommage à Blaise Pascal

19 juin 2023, Auvergne, 2023 : région où Blaise Pascal est né il y a 400 ans,

Je ne peux pas laisser passer cette date sans le saluer, lui qui a été mon maître à penser quand j’étais en classe de terminale…et que je continue à considérer comme un génie !

À cause de mon admiration pour lui, je me suis obligée à livre ses œuvres complètes même si je ne comprenais rien à ses traités de physiques et de mathématiques… moi qui n’ai jamais brillé dans les matières scientifiques..

Par contre, j’ai lu avec un malin plaisir « Les Provinciales », ce long pamphlet contre les jésuites qui officiaient à la Cour de France et étaient des modèles d’hypocrisie. Il faut dire que j’étais particulièrement remontée contre eux à l’époque après qu’un jésuite aumônier d’une retraite à laquelle j’étais allé, avait exposé à mon grand scandale ce qu’il considérait être la mission de son ordre : atteindre les élites françaises pour influencer la politique du pays ! Donner la priorité aux riches, tout ce que Jésus n’enseignait pas…

Bref, j’ai voulu le lui faire savoir… mais comme c’était une retraite silencieuse, ce n’était pas évident de trouver un moyen de lui parler… Il a fallu attendre mon tour dans une petite salle où étaient d’autres jeunes filles qui voulaient lui demander conseil… sauf que moi, je n’y allais pas pour lui demander conseil … et qu’en plus, j’y étais avec une de mes meilleures amies qui était aussi scandalisée que moi…

Je ne crois pas que j’ai pu lui dire ce que je pensais, car on a dû chuchoter toutes les deux en attendant notre tour… et on s’est fait vertement rabrouées car on avait parlé…ce qui était interdit !

( en plus je me souviens d’une session où il nous avait accusées toutes de jeter le trouble chez les garçons avec certaines de nos comportements supposés séducteurs et qu’à cause de cela, ces pauvres garçons “pêchaient” et devaient aller se confesser et que lui entendait leur désarroi ….)
 

* * *

Revenons-en plutôt à Pascal lui qui lui mérite notre attention… et qui en cet anniversaire de sa naissance fait l’objet de nombreux articles et analyses… traité d’hérétique et exilé en son temps, le pape François vient d’écrire une lettre pour lui rendre hommage. ( un bon point de plus pour lui, mais faut dire qu’après qu’ils soient bien morts et enterrés et qu’ils ne remettent en cause plus personne, c’est facile de réhabiliter les gens)

Moi ce qui me plaît tellement chez lui, et en cela je trouve qu’il rejoint la pensée contemporaine , c’est cette contradiction, ce paradoxe qu’il voit dans l’être humain : sa grandeur et sa misère à la fois, sa capacité à une pensée profonde tout autant que sa futilité, mais aussi les limites de son raisonnement et ses faux-semblants. Voilà quelques unes de ces perles, mais il y en aurait bien d’autres…

Qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout.”

L’homme n’est ni ange ni bête et le malheur veut que, qui veut faire l’ange fait la bête

C’est une maladie naturelle à l’homme de croire qu’il possède la vérité.

* * *

La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpasse.

Il n’est pas certain que tout soit incertain.

* * *

Incompréhensible que Dieu soit, et incompréhensible qu’il ne soit pas. ”

Dieu. Les uns craignent de le perdre, les autres craignent de le trouver.”


Et peut-être cet aveu du croyant sincère qui comme Kierkegaard sait que la foi n’est pas une évidence et ne pas être démontrée par aucun raisonnement si brillant soit-il…

Le Christ sera toujours un mystère pour celui croit.

N.B. Pour ceux qui veulent lire le texte en entier : http://www.penseesdepascal.fr/

Les fleurs des champs

12 juin, Auvergne

les coquelicots sont revenus

alors qu’ils avaient presque

disparus,

il faut que je résiste

à l’envie de

les cueillir

sinon, ils vont

mourir

Coquelicots, bleuets, boutons d’or

fleurs des champs

la gloire du printemps

Je vous salue

Votre beauté éphémère

témoigne de la gratuité

de Celui

qui vous a

habillé

* * *

« Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi » Jésus dans l’évangile de Mathieu

En même temps, Jésus ne peut pas s’empêcher d’utiliser cette belle image, pour nous donner un sacré coup de semonce… Il n’en rate pas une !

Accepter de Le croire… ou pas

Le 5 juin, 2023 , Auvergne

Jean : 11-17

En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu; et vous ne recevez pas notre témoignage.

Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes?

Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel.

Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé,

 afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.

Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

* * *

Un texte déroutant

(Quand on lit l’évangile de Marc, on a l’impression que l’on peut suivre mieux les échanges de Jésus avec ses interlocuteurs car il nous est donné des détails sur les circonstances des rencontres qui aident à nous éclairer. Ce n’est pas le cas ici où l’on en est encore au début du ministère de Jésus (ou tout du moins au début de l’évangile) et c’est la première fois que Jésus entame un dialogue avec une personnalité qui appartient au Sanhédrin alors qu’on ne sait pas encore qu’il a été l’objet d’attaques de leur part. Il faut donc que j’abandonne toute recherche de chronologie dans cet évangile et me rappeler qu’il a été écrit à la lumière du Christ ressuscité et donc son intention n’est pas de nous faire un récit de ses faits et gestes dans l’ordre mais de nous dire et nous montrer qui il était)

En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu; et vous ne recevez pas notre témoignage.

 Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes?

Du dialogue du début, on passe au monologue où l’on ne voit pas à première vue de quoi il s’agit vraiment car Jésus ne cherche pas à répondre à une question mais à exposer une vérité, une certitude : en vérité en vérité, une manière de dire, ce que je vous dis est vrai, je vous le jure, je ne suis pas un menteur …

Il continue aussi à faire des reproches à Nicodème mais il le fait ‘au pluriel’ indiquant qu’il prend à partie non seulement Nicodème mais tout le groupe qu’il représente… Il réfute ainsi, sans le dire explicitement, les arguments qui cherchent à remettre en cause son autorité et son droit à parler et interpréter les écritures.

D’autre part on se demande ce que ce « nous » représente dans ce passage : un nous de majesté, un nous qui introduit une idée générale comme un on en français ? ( mes recherches là dessus n’ont donné que des possibilités) . Quelque soit le cas, il fustige ceux qui ne veulent pas le croire et « il témoigne de ce qu’il a vu » mais sans dire ce qu’il a vu ni de quel témoignage il s’agit... Le contexte immédiat du texte, ne nous permet pas de savoir à quoi, il se réfère car Nicodème a exprimé son incompréhension sans toutefois récusé son témoignage … Il faut penser en tous les cas qu’à ce niveau là Nicodème comprend les reproches qui lui sont faits à lui et au groupe auquel il appartient, mais on n’a pas sa réaction…

Jésus continue donc …

Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel.

Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé,

Il y a maintenant une explication des bases de l’autorité de Jésus.. même s’il parle de lui-même à la troisième personne. Jésus décline son identité en se donnant le titre de « fils de l’homme » ( pas de fils de Dieu) , mais en affirmant qu’ il est descendu du ciel, et cette déclaration à de quoi nous laisser pantois ( en tout cas ma réaction) . Évidemment c’est une formule à laquelle nous sommes habitués avec le credo des apôtres, mais qui lui a été élaboré bien plus tard… (Mais même avec une date de rédaction tardive pour cet évangile, on ne peut pas dire qu’elle viendrait du credo qui été rédigé aux environs de 200 ans après Jésus-Christ). Ici il n’y a pas à proprement parler d’affirmation de divinité mais on en est proche ( comme dans le prologue) et il n’y a pas de réaction à cette affirmation de la part de Nicodème comme celle de blasphème qui aurait pu être le cas.. Est-ce qu’il a fait cette déclaration au moment de cette rencontre avec Nicodème où a-t-elle était faite plus tard mais citée ici… .impossible de le savoir.

 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé,

 afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.

En tout cas, Jésus continue à utiliser des formules cryptiques mais dont certaines sont déchiffrables pour un juif quand il fait allusion à un épisode bien connu de l’Ancien Testament du serpent et de Moïse. Comme rappel voilà l’histoire  racontée dans le livre de Nombres : les Israélites qui étaient dans le désert après leur fuite de l’Égypte où ils étaient esclaves, furent mordus par des serpents venimeux en punition pour leur attitude rebelle. Beaucoup d’entre eux en moururent… Mais après qu’ils eurent reconnu leurs fautes, Dieu permit qu’ils soient guéris de la manière suivante :

L’Éternel dit à Moïse: Fais-toi un serpent brûlant, et place-le sur une perche; quiconque aura été mordu, et le regardera, conservera la vie.

Moïse fit un serpent d’airain, et le plaça sur une perche; et quiconque avait été mordu par un serpent, et regardait le serpent d’airain, conservait la vie.

Jésus donc introduit un parallèle entre lui et cet épisode : veut-il dire que le serpent le représente dans la mesure où il est celui qui est envoyé par Dieu pour guérir et pardonner ? Et la perche sur laquelle il est mis est une préfiguration de la croix comme certains l’ont interprété ? Il est difficile pour nous de savoir après tant de siècles de commentaires ce qu’a voulu dire Jésus et ce qu’ont compris ceux qui l’entouraient à ce moment là surtout quand il n’avait pas encore été crucifié et bien entendu ce qu’a voulu dire l’évangéliste qui l’a rapporté après la crucifixion….

( l’erreur que nous faisons nous souvent, quand nous lisons des textes à portée symbolique comme les paraboles par exemple c’est de vouloir que chaque détail ou chaque mot de l’histoire utilisée ait une correspondance dans la réalité concrète. Or ce n’est pas le cas : le but de ce type de discours c’est le sens général qui doit être compris intuitivement plutôt que logiquement)

En tout cas cet épisode de l’Ancien Testament est éclairci par ce qui suit, où là Jésus fait une déclaration étonnante…

Le Dieu que Jésus connaît

On arrive à cette déclaration bien connue qui n’en est pas moins saisissante par sa clarté et par son sens, une des plus belles déclarations sur la nature de Dieu qui une fois pour toutes détruit l’image de Dieu, père fouettard…

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.

Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Si on continue à penser à cet épisode de Moïse et du serpent raconté dans la bible où Dieu punit les Israélites pour leur rébellion… Jésus semble vouloir clarifier avant tout que Dieu n’agit jamais par haine de son peuple, ni celle « du monde » mais qu’il agit par amour. Les intentions de Dieu pour l’être humain ne sont jamais ni perverses ni mauvaises comme pouvaient l’être souvent celles des autres dieux que les peuples autour d’eux révéraient.

C’est une affirmation énorme …. mais qui n’est pas nouvelle pour les juifs car on la trouve souvent dans les psaumes et les écrits des prophètes… ( ex : L’Éternel est miséricordieux et compatissant. Lent à la colère et plein de bonté. Il est bon envers tous…ps. 145 : 8 et 9) Ce qui frappe ici c’est qu’elle est exprimée sous forme de vérité universelle qui s’étend à tous les peuples et que Jésus a insisté avant sur le fait qu’il sait de quoi il parle :

« En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons [. . .]et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu; [ . . .] Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel »

On peut mais encore plus on devrait donc le croire quand il affirme que Dieu aime le monde et que sa mission à lui et de le faire savoir et de le démontrer parce qu’il est « descendu du ciel ». Est-ce qu’il le dit pour se démarquer clairement de celle de Jean Baptiste qui lui a été envoyé pour juger et appeler à la repentance, comme beaucoup d’autres prophètes avant lui ? En tout cas, Jésus énonce que sa mission est celle de Sauveur avec un S majuscule plutôt que celle de prophète .

On en a envie d’en rester là et de ne pas aller plus loin tellement cette déclaration donne à penser… mais il faudra bien continuer… En tout cas, ce sera pour une prochaine fois…

* * *

Rien n’est simple dans cet évangile, rien n’est évident…et les études qui ont été faites sont tellement nombreuses et tellement empreintes de théologie qu’il est difficile de séparer ce que Jésus a voulu dire de ce que celui qui l’analyse ou même le traduit veut nous faire croire… tant de siècles nous séparent d’un texte archi commenté… car ce qui a commencé comme un simple dialogue entre Jésus et Nicodème se transforme en un discours rempli d’affirmations déroutantes de Jésus sur qui il est (comme le fait qu’il soit descendu du ciel) et sur qui est Dieu

Moi, ici ce que je veux retenir, c’est sur qui est Dieu… Même si l’ affirmation sur la bonté et l’amour de Dieu envers le monde nous est souvent répétée dans de nombreux textes du judaïsme, on a le droit d’en douter car on en a d’autres où il est surtout question de punition. Également quand on voit le spectacle de guerre, d’injustice, de cruauté qui se déploie tous les jours , on pourrait imaginer un Dieu qui a les mêmes défauts et les mêmes mauvaises intentions que l’être humain ce qui est d’ailleurs le cas dans de nombreuses mythologies. Encore pire quand les prédicateurs chrétiens qui fourmillent sur les médias renforcent l’image d’un Dieu vengeur et cruel qui se réjouirait de la souffrance des uns et des autres car ils le mériteraient bien, la déclaration de Jésus sur l’amour de Dieu pour le monde est une révélation majeure !

C’est en ce Dieu là, dans cette déclaration étonnante  d’un Être « qui a tant aimé le monde »  qu’il a envoyé son fils « non pas pour juger mais pour sauver » et que Jésus assure connaître intimement…. que je crois !

Mais ça reste bien un acte de foi!

Pour aller plus loin : Reynolds, B. E. (2007). THE TESTIMONY OF JESUS AND THE SPIRIT: THE “WE” OF JOHN 3:11 IN ITS LITERARY CONTEXT. Neotestamentica, 41(1), 157–172. http://www.jstor.org/stable/43048621

Suggit, J. N. (1980). NICODEMUS — THE TRUE JEW. Neotestamentica, 14, 90–110. http://www.jstor.org/stable/43047809

Prière: pater noster

le 6 juin, Auvergne 2023

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel…

Ça veut dire que….

la terre importe, pas que le ciel,

qu’œuvrer pour la paix et la justice ici-bas

n’est pas en attendant que…

mais maintenant…

* * *

Ça veut dire que …

demander le bien-être des êtres qui y vivent

n’est pas optionnel

n’est pas…

une préoccupation secondaire

un ajout de dernière minute,

une note en bas de page

où l’essentiel serait relégué

à

l’après

* * *

La terre importe,

son existence n’est pas insignifiante

sa beauté n’est pas frivole

son soin n’est pas anodin

et nous qui y vivons

tout passagers que nous sommes

devons nous atteler à la tâche

pour qu’elle soit aussi belle,

que le ciel.

* * *

Que ton règne arrive

Ton règne de paix, d’harmonie, de félicité,

de beauté

Qu’il devienne réalité

sur la terre comme au ciel!

Philosophie et foi chrétienne

le 1er juin, 2023, Auvergne

Décidément, ce Benoît XVI, pape émérite décédé, unique à plus d’un titre dans l’histoire de l’église catholique, était loin d’être un imbécile …

( terme que je ne devrais pas utiliser ! Je me suis fait gronder par ma petite fille de 7 ans qui étudie à l’école en français maintenant et m’a dit que c’était un gros mot, quand je lui ai dit excédée : arrête de faire l’imbécile! )

Je viens de lire ce commentaire qu’il a fait sur un certain Justin, martyre au deuxième siècle, grand amoureux de la philosophie grecque, et tout à coup je comprends cette alliance entre la philosophie grecque et le christianisme qui a conduit à ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui le christianisme occidental et même la pensée occidentale inclus celle dite laïque…

Révélation fascinante pour moi qui a toujours voulu plaider la cause d’un christianisme débarrassé de ses racines européennes et de l’affirmation que l’on rencontre partout, du christianisme comme une religion « occidentale » alors qu’elle est née au Moyen orient et s’est développée sur le sol africain  autant que européen ( soit romain) à son origine… et qui par surcroît n’est pas du tout l’invention de Paul, comme on se plaît à le répéter dans certains cercles…

Justin relu par Benoît XVI

Bref, voilà ce que m’a révélé la lecture de ces quelques extraits de ce texte de Benoît XVI sur la pensée de Justin…pardon St Justin…après tout il était martyre..

Dans celles-ci, Justin entend illustrer avant tout le projet divin de la création et du salut qui s’accomplit en Jésus Christ, le Logos, c’est-à-dire le Verbe éternel, la raison éternelle, la Raison créatrice.

Donc ce fameux passage sur le Logos de l’évangile de Jean, n’est pas interprété comme parole créatrice mais comme « Raison créatrice » avec un R majuscule ! Intéressant !

Chaque homme, en tant que créature rationnelle, participe au Logos, porte en lui le “germe” et peut accueillir les lumières de la vérité. Ainsi, le même Logos, qui s’est révélé comme dans une figure prophétique aux juifs dans la Loi antique, s’est manifesté partiellement, comme dans des “germes de vérité”, également dans la philosophie grecque.

Alors je retrouve ici la définition de l’être humain comme « une créature rationnelle » tellement utilisée particulièrement pour mépriser, les africains qui eux soit-disant n’étaient très rationnels… Justin, selon Benoît XVI, va très loin et met la philosophie grecque sur le même plan que la révélation de l’Ancien Testament :

Et il dit que ces deux réalités, l’Ancien Testament et la philosophie grecque, sont comme les deux voies qui mènent au Christ, au Logos. Voilà pourquoi la philosophie grecque ne peut s’opposer à la vérité évangélique, et les chrétiens peuvent  y  puiser  avec  confiance, comme à un bien propre.

La compatibilité de la philosophie grecque avec le christianisme énoncée ici est fondamentale car elle a fait que l’interprétation du christianisme a emprunté les catégories de pensée de celle-ci pour se dire pendant les siècles à venir et de plus, a élevé « la raison » au statut de preuve et de moyen valide pour trouver la vérité « chrétienne » (ce que je ne savais pas, mais qui m’aide à comprendre la manière dont les dogmes ont été construits particulièrement celui de la Trinité). Il explique aussi comment la pensée juive a été reléguée au deuxième plan car elle n’était plus nécessaire pour expliquer le « mystère de la foi en Jésus Christ » ou même de son identité.

En y pensant, d’un côté je peux reconnaître que cette affirmation a favorisé l’étude et le raisonnement philosophique comme l’atteste la création des centres d’études académiques comme l’ont été les grandes universités du Moyen âge (avec toutes leurs limites bien entendu.) Dans ce sens les idées de Justin ont été une chance pour le christianisme car elles n’ont ni frustrées ni interdites les études philosophiques quand l’église a exercé son autorité sur la vie culturelle en Europe. ( Il est dommage qu’il n’y ait pas eu de grand texte similaire sur la connaissance scientifique qui ait empêché que l’église s’oppose si souvent à ses découvertes et ses déclarations)

Par contre, elle a voué aux gémonies la pensée dite « païenne » qui relevait du mythe et de la coutume, y n’y a trouvé aucune valeur de vérité la considérant comme démoniaque. Il faut dire que Justin comme d’autres ont été condamnés à mort pour refuser de sacrifier aux divinités païennes même si c’était plus un test de leur loyauté envers le pouvoir politique impérial plutôt qu’une caution de ces divinités… mais de la part de Justin, son élévation de la pensée grecque pourrait aussi venir d’une attitude qui reflétait la mentalité de l’élite romaine envers une pensée venant des peuples « barbares » considérés comme inférieurs.

« Dans l’ensemble, la figure et l’œuvre de Justin marquent le choix décidé de l’Eglise antique pour la philosophie, la raison, plutôt que pour la religion des païens. […] Ils estimaient qu’elle était une idolâtrie, au risque d’être taxés d'”impiété” et d'”athéisme » Justin en particulier, notamment dans sa première Apologie, conduisit une critique implacable à l’égard de la religion païenne et de ses mythes, qu’il considérait comme des “fausses routes” diaboliques sur le chemin de la vérité »

Voilà qui m’éclaire…

et je ne peux m’empêcher d’y voir l’attitude de mépris toujours de mise au 19ème siècle des anthropologues européens qui, quand ils sont partis à la découverte du monde, ont vu dans la pensée mythique des peuples, une absence de raison qui attestait de leur infériorité, car opposée à la pensée raisonnable. Elle m’aide à comprendre aujourd’hui encore la difficulté de l’église à discerner les chemins de vérité dans des cultures qui ne sont pas issues de la pensée européenne occidentale…

Paul versus Justin

Pourtant, Paul, ( l’apôtre) n’a pas du tout laissé entendre ni encore moins prôné ce genre de conception de la vérité chrétienne.

« Frères alors que les juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les nations païennes mais puissance de Dieu, sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, car la folie de Dieu est plus sage que les hommes. » ( 1 Corinthiens : 21-25)

Pas d’apologie ici de la raison, qu’elle soit la Raison Créatrice avec une majuscule ou pas…il faut dire aussi que le prologue à l’évangile de Jean n’avait pas été écrit non plus…

(Évidemment, le contexte était différent : le but de Justin était de défendre la religion chrétienne naissante, auprès de ceux qui y voyaient une secte dangereuse, cannibale et irrationnelle).

Mais Paul est encore plus surprenant quand il admet que les païens peuvent avoir la loi de Dieu dans leur cœur, au même titre que les juifs qui eux l’ont eu sur des tablettes

« quand les païens qui n’ont pas la loi font naturellement ce que prescrit la loi, ils sont eux qui n’ont point la loi, une loi pour eux-mêmes. Ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leurs cœurs, leur conscience en rendant témoignage et leurs pensées s’accusant ou se défendant tour à tout » Romains 2 : 12-15

Paul, montre bien qu’il n’était pas un philosophe grec comme Justin mais que sa pensée était bien judaïque… quant à Benoît XVI, il montre lui, son appartenance à la grande tradition de la philosophie et théologie européenne où les allemands se sont si souvent illustrés…

* * *

Cette lecture de Justin mais encore plus du commentaire et de l’explication si claire de Benoît XVI lève pour moi le voile sur le pourquoi et le comment, cette fameuse pensée occidentale tellement décriée par les uns et défendue avec acharnement par les autres, est devenue si prépondérante et a permis la venue du règne de la Raison qui s’est développée par la suite au détriment de la foi en Dieu. Mais en même temps elle permet aussi de montrer qu’elle n’est pas Révélation et donc essentielle et nécessaire au message de l’évangile qui est bien au-delà des catégories philosophiques et culturelles dans lequel on voudrait l’enfermer, comme le montre bien les affirmations de l’apôtre Paul.

C’est pourquoi la pensée post-moderne, relativiste etc… ( il y a beaucoup d’autres termes pour dénoter les courants actuels) qui a détrôné la Raison (créatrice ou pas) et qui a du même coup dénoncé la domination de la culture européenne dite chrétienne, n’est pas du tout un danger pour l’avenir du christianisme ( pour l’hégémonie européenne, si, mais les deux ne sont pas liés), contrairement à ce que l’on peut lire sur tous ces sites qui se lamentent et s’affolent de la perte de l’influence de la culture chrétienne( française ici) et veulent opérer un retour à une culture et une société débarrassée de tous ses apports « non européens » : on comprend tous ce que ça veut dire…

Je salue donc Paul qui affirme :

« nous nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les nations païennes mais puissance de Dieu, sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, car la folie de Dieu est plus sage que les hommes. »

On est tous renvoyés dos à dos par une telle déclaration…

N.B Pour aller plus loin : le texte complet de Benoît XVI sur le sujet https://levangileauquotidien.org/FR/display-saint/2d08615a-9967-4104-8f2c-23a65e43180f

Ode au pain de campagne

samedi 27 mai 2023, Auvergne

J’ai craqué…

pas pour un belle robe, encore moins pour un beau bijou, et pas du tout pour des nouvelles chaussures…

mais quand elle est passé avec sa camionnette pour faire sa tournée de pain en klaxonnant après s’être arrêtée dans la seule rue principale du village juste devant chez moi,

et que j’ai vu ce beau pain de campagne avec sa belle croûte dorée…

même si je n’en avais pas besoin,

en tout cas pas tant

je n’ai pas pu résister…

***

Qu’il est beau et qu’il est bon ce pain

avec ses grandes tranches et sa mie fondante,

rien à voir avec les baguettes des villes,

riquiqui et rabougries

qui durcissent en 24 heures chrono…

***

Ce pain lui il tient la route, et durera bien une semaine

sans rassir vraiment

jusqu’à la prochaine tournée

***

En plus, si je veux me justifier

Il me suffit de réciter

cette supplique élémentaire

de la plus simple des prières

« donne nous aujourd’hui notre pain de chaque jour »

alors pourquoi ne pas craquer ?

( et maintenant j’en ai plein, de ce pain quotidien ! )

Grâce

le 25 mai, de retour chez nous, Auvergne

Comment expliquer ?

Ces moments où l’on est tendu à l’extrême comme l’élastique qui est prêt à lâcher et à nous péter dans les doigts…

Il n’y a rien de pire que cela.

Cette sensation horrible que c’est notre moi

qui va se péter en mille morceaux..

* * *

Comment expliquer après

Qu’on ait tenu malgré tout

en s’accrochant de toutes ses forces,

et que finalement

la fin de monde redoutée

se soit éloignée..

et qu’on se retrouve tout entier

sur ses deux pieds.

* * *

La Grâce, Ta grâce,

quoi d’autre

qui nous porte

on ne sait comment

dans ces moments périlleux

venus

d’on ne sait où…

Poser mes valises

Bruxelles, 19 mai, 2023

Presque la fin de la semaine et je n’ai pas encore posé mes valises

ne serait-ce qu’un instant,

Mais c’est toujours comme ça quand je voyage,

je n’en prends pas le temps,

*   *   *

le manège tourne, tourne,

il y a la pêche aux canards,

et les incontournables stands de tir

l’odeur des beignets est partout dans l’air

et la musique risque de vous assourdir

*   *  *

fête foraine ou je ne sais comment on l’appelle ici,

mais elles se ressemblent toutes,

les mêmes enfants, les mêmes parents

les mêmes gens du voyage

l’air fatigué mais bienveillant…

*   *   *

Ça c’était hier,

les autres jours c’était la cour d’école,

des enfants encore et aussi des parents,

et puis des personnes âgées qui dans la rue

avancent avec difficulté.

*  *  *

Évidemment, il y a plein de magasins,

avec des produits alléchants et scintillants

Acheter, acheter disent-ils,

ce n’est pas cher

vous verrez bien après

si vous pouvez payer…

*   *   *

Rien de cela au milieu des prés verdoyants,

À peine une ou deux personnes rencontrée en chemin

Bien loin  semble-t-il de  ce monde étrange

grouillant d’êtres humains affairés et pressés

qui  existent pourtant  bel et bien

sur une même et unique planète.

*   *   *

Qui sommes nous ? que faisons nous ? où allons nous ?

Quid de notre terre commune ?

l’énigme reste entière

et à moins de poser mes,valises quelques instants

pour écouter la Voix qui murmure

au plus profond de moi

je perdrai pied

indubitablement…

Marcher

le 12/05/23, Auvergne,

J’ai décroché ?

Les fusillades à répétition dans les lieux publics aux États Unis avec leur lot de victimes ne me touchent plus, pas non plus le refus des hommes politiques de voter des lois pour la restriction de la vente des armes à feu, sous des prétextes révoltants, qui avaient l’habitude de me mettre dans des colères noires…

Les poursuites judiciaires en termes d’escroquerie mais aussi d’agressions sexuelles de Trump, ne me font plus rêver… qu’il perde son ascendant et sa popularité ( mais qu’ il soit susceptible d’être réélu, ça je ne veux même pas y penser!) et qu’il disparaisse de la scène médiatique

Les morts qui s’accumulent en Ukraine et les déclarations intempestives des dirigeants de Moscou ( pas que Poutine) qui continuent à régner malgré tous les boycott possibles et imaginables… sans parler de l’industrie des armes qui bat son plein…ne m’empêchent pas de dormir

Chaque fois que les puissants de ce monde rebondissent et arrivent à éviter de payer les conséquences de leurs actes, je suis profondément déçue…. Ce qui fait que je me tourne vers ses séries policières à deux sous où le coupable termine toujours par être appréhendé et justice est faite en l’espace d’une demie heure ou une heure et demie grand maximum …

Car par contre dans le monde réel…. la justice tarde… c’est le moins qu’on puisse dire…

Serai-je arrivée à une certaine sagesse qui me rende indifférente aux informations qui nous assaillent de partout et dont les choix sont uniquement faits à des fins commerciaux… ?

Indifférence, lassitude, découragement, ?

En fait, c’est plutôt un manque de foi, qui ne dit pas son nom.. .

Malgré tous les rappels qui ont été faits à travers les siècles que Dieu  « aime la justice, et hais la méchanceté » ( psaume 45…) mais aussi qu’il fera justice, et qu’un jour ou l’autre les grands seront renversés… « Laisse la colère, abandonne la fureur; Ne t’irrite pas, ce serait mal faire. Car les méchants seront retranchés » (ps 37)

j’ai du mal à y croire et a continué à espérer et même à prier…

Pourtant, il est vrai que tous ceux qui luttent encore pour la paix et la justice ne font que rarement la Une des journaux…. et cependant ils forment une armée d’invisibles et d’anonymes non négligeables qui continuent à lutter envers et contre tout…

alors,

colère peut-être mais indifférence certainement pas,

il me faut reprendre le chemin de l’espérance avec eux

et marcher …