Incertitudes…

Incertitudes…

mardi 21 mars, 2023, banlieue de la Virginie,

En vrac…

Le froid va et vient…

Hier c’était les Nations Unies à l’école primaire : Soudan, Éthiopie, Égypte, Liban, Pakistan, Japon et la planète foot étaient représentés par les expositions des élèves qui avec l’aide (ou sans) de leurs parents avaient préparé des posters pour le programme de ce soir là…mais il y en avait d’autres qui avaient choisi des animaux, chats, chiens ou d’autres un peu plus exotiques, il y avait même deux têtes enthousiastes qui avaient choisi de présenter …la philosophie ! Ça m’a un peu surpris…mais quand on a 9 ou 10 ans tout semble facile et compréhensible…

Bref, le lendemain matin à l’arrêt du car scolaire, il y avait tout un groupe de parents et d’élèves dont un seul représentait le traditionnel « américain blanc aux yeux clairs » comme dans les films d’antan ….ils apprendront les mêmes histoires, dans la même langue… et devront se plier aux mêmes règles de conduite, affichées un peu partout sur les murs ( le respect)… pour devenir un jour un groupe homogène indifférent aux diverses origines et pratiques religieuses ? Ou un groupe enrichi par son hétérogénéité ? Qui sait ? Qui dira l’importance de ces professeurs si décriés et méprisés aujourd’hui ?

Ça me fait chaud au cœur quand je vois ce mélange multiculturel et multicolore d’enfants qui rient et se bousculent et suis vraiment attristée en pensant à ceux qui voudraient que « chacun reste chez soi » dans un monde insipide , fade et homogène… et carrément horrifiée par cette histoire du « grand remplacement » qui a envahi certains milieux avec sa victimisation de ceux qui voient l’extinction de leur groupe « soit-disant ethniquement pur » comme une catastrophe…au 21ème siècle….ça craint !

Ma contribution au brassage des peuples ? Ces jours -ci c’est de reprendre l’avion pour traverser l’Atlantique et revoir ceux que j’ai quitté à un moment donné, et de le faire en plein milieu d’une grève générale… Qui descend dans la rue quand il y a des grèves ? En général pas la première génération d’émigrés qui essaie plutôt de se tenir à carreau…. C’est plutôt ceux qui sont vraiment intégrés qui le font car il faut savoir que l’on a des droits et oser les demander …

En tout cas, au début de ce voyage, je me retrouve de nouveau dans la case incertitude, ce qui est une des réalités fondamentales de la condition humaine, malgré tous nos efforts pour nous convaincre du contraire …

(La certitude, elle , nous vient d’ailleurs…)

Compassion

le 16 mars, 2023,

( décidément ce mois de mars nous offre des levers de soleil magnifiques: un de plus en ce jour le 17, pour fêter la Saint Patrick!)

j’ai découvert un nouveau mot : Compassion !

Le mot amour avec ses multiples significations

porte à confusion

et le mot charité a mauvaise réputation

quant au mot pitié…

il ne vaut même pas en parler !

***

Compassion il me semble

dénote un sentiment profond

sans connotation religieuse pour le discréditer

une émotion spontanée,

pas calculée, pas forcée

qui nous surprend

au détout du chemin

quand on s’y attend le moins

***

Mais bon, qui sait

le sens des mots va et vient,

et si un jour un homme politique corrompu

a la mauvaise idée de l’utiliser pour être élu

alors, il sera foutu… !

***

En tout cas pour moi qui la pratique,

l’intercession sans compassion,

ai-je réalisé

N’est rien d’autre que vaine répétition

une forme d’hypocrisie

qui ne dit pas son nom…

Du coup, je me dis que …. avant de prier …. ou d’apporter mon offrande à l’autel …je ferais bien de….

Jours décousus

mercredi 15 mars 2023 USA

Jours décousus,

il y a eu dimanche, inattendu

ce lever de soleil spectaculaire

au premier jour du changement d’horaire

à peine le temps de le regarder

et il avait disparu

* * *

la veille il y avait eu

cet épisode horripilant

de la disparition, en un seul clic

de tout un document

dans le trou noir insondable du cyberespace

où flottent irrécupérables

des millions de mots perdus

il y a eu aussi

le retour de l’hiver avec

quelques flocons de neige sur les arbres

au milieu de ce printemps précoce,

fondus aussi vite qu’ils étaient venus..

* * *

Et puis,

il y a eu aussi

cet homme dont le visage s’est décomposé…

avant d’éclater en sanglots

quand on lui a posé une simple question,

sur son enfance perdue

( simplement pour connaître ses antécédents médicaux… mais ce sont tous les maux attachés à la pauvreté qui ont refait surface : travail exténuant dans les champs, faim, morts précoces à la tâche de grands-parents qui l’avaient élevés)

et cette femme

accompagnée d’un enfant adulte

qui grognait plus qu’il ne parlait …

courageuse, digne,

(bien habillée elle, mais peu importe, la souffrance reste la même)

décidée à l’accompagner coûte que coûte

pour qu’il puisse avoir un avenir

malgré tout

( sans compter les alertes inquiétantes que j’ai reçues de proches qui habitent loin )

* * *

Mais il y a eu bien heureusement une fête d’anniversaire

simple et joyeuse,

comme je les aime

dans un cercle familial restreint

un verre de champagne à la main

* * *

Alors, au milieu de tout ça

moi qui essaie de faire des valises

( une seule maintenant étant donné les tarifs des compagnies aériennes)

En m’obligeant à ne pas penser au lendemain

devenu tellement incertain….

Je me prends à fredonner tous les couplets de ce chant :

« tu es là au coeur de nos vies et c’est toi qui nous fait vivre »

Dont la rengaine de l’ultime verset

bien vivant ô Jésus Christ

me permet de ne pas perdre pied…

PS: le texte du chant: https://www.chantonseneglise.fr/voir-texte/862

Confiance

le 8 mars 2023, USA

 

J’émerge…. 

 

Le diagnostic est tombé comme un couperet:  l’annonce d’une maladie chronique (et incurable) apparaît toujours comme une sentence de mort… 

au premier abord…

 et puis on reprend son souffle, 

on sort la tête de l’eau… 

de toutes façons la mort arrive toujours

 en fin de parcours 

et pour nous

le parcours a déjà été long… 

 

 Autour de nous,

 Les cerisiers sont en fleurs , 

(même si on annonce une gelée) 

et la beauté de cette planète

 sans cesse renouvelée

 est gage de Son existence  

et de Sa bienveillance,

 pour chacun de nous 

 

 « Le secours me vient de l’Éternel, Qui a fait les cieux et la terre » (ps 121)  

Prière et spectacle

le 1er mars 2023, USA

prière et spectacle

« Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »

Les photos et aujourd’hui les vidéos de gens qui prient et qui s’attardent sur les visages des fidèles me gênent énormément ( sans parler de ceux qui se donnent carrément en spectacle !) D’abord ils ont l’air débile.. ensuite, ça me semble une invasion de leur vie privée.

Dès que l’on dirige une caméra sur quelqu’un qui prie ça devient un spectacle, celui qui est derrière la caméra et celui qui la visualise, deviennent automatiquement par la nature des choses des spectateurs… qui peuvent imperceptiblement se transformer en voyeurs…

A l’heure qu’il est, la prière des noirs américains et de leur chorales est devenu le spectacle à la mode en Europe ( parait-il qu’il va y avoir une chorale gospel au couronnement du roi d’Angleterre !)…et même au Japon… L’apprécier donne l’illusion aux personnes qui le voient, qu’elles font partie de ces bons blancs qui condamnent le racisme et apprécient la culture afro-américaine…quand ils sont tout à fait à coté de la plaque… si on n’entre pas dans la danse, si on ne participe pas au culte, si on ne voit que l’expression d’une culture et qu’on y trouve uniquement un plaisir esthétique, on est rien d’autre qu’un spectateur friand d’exotisme et de sensations fortes.

(par contre si on chante dans une de ces chorales, il me semble que là on peut difficilement rester en dehors, on est obligé d’entrer dedans)

* * *

La prière n’est pas à voir ,

c’est un territoire sacré entre le je et le Tu

( Ich Und Du Martin Buber)

un lieu d’intimité profonde

( même si le je je peut devenir le nous, d’un peuple uni par la foi)

On ne sait rien de cette relation intime entre père et fils où l’on nous dit uniquement que Jésus s’éloignait pour prier

( sauf au moment de la passion)

Le modèle de la prière,

de celui qui se cache le visage pour prier

qui ne veut pas qu’on le voie

me touche profondément…

* * *

Jésus savait bien que la prière pouvait devenir spectacle comme tout autre geste religieux d’ailleurs, d’où cet avertissement sévère,

« Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. »

Aujourd’hui ce n’est pas au coin des rues, c’est devant les caméras ! ( je n’ai jamais vu des selfies où des gens se prenaient en photo pendant qu’ils priaient mais ça ne m’étonnerait pas que ça existe!)

Le carême : un temps choisi où prière et spectacle ne font pas bon ménage

( qu’on se le dise!)

Carême?

 

Jeudi 23 février : Le jour après le mercredi des cendres

Hier, j’étais bien partie pour le carême…

Le matin, je me suis sentie inspirée par le

« Souviens-toi que tu es poussière et que tu redeviendras poussière… »

Il y a tellement à méditer là-dessus : si tous les matins on commençait notre journée avec cette pensée, on jetterai un regard totalement différent sur notre journée…

peut-être devrais-je commencer chaque journée avec cette pensée de ces 40 jours de carême, me suis-je dit ?

Mais voilà, le temps n’a pas coopéré !

Hier soir on a eu un coucher de soleil magnifique,, un de ces couchers de soleil qui nous laissent pantois, qui a embrasé tout le ciel de rose, de bleu en plus des oranges habituels…

Devant une telle beauté, on reste béat….et le « souviens-toi que tu es poussière et redeviendra poussière » a semblé tout à coup complètement à côté de la plaque

Comment peut-on penser à la vanité des choses, à notre fin prochaine, à notre disparation inévitable de cette terre devant un tel spectacle !

Et en plus, aujourd’hui le thermomètre est monté jusqu’à 25 ! Comment peut-on faire carême quand le printemps éclate de partout…

J’ai plutôt envie de réciter ces lignes magnifiques du psaume qui célèbre la beauté du ciel et la gloire de Dieu :

« Les cieux racontent la gloire de Dieu, Et l’étendue manifeste l’oeuvre de ses mains. Le jour en instruit un autre jour, La nuit en donne connaissance à une autre nuit.… »

Alors pour l’instant, pour le carême, c’est raté !

Il faudra que je repense la chose…

 

Mardi gras

le 21 février, 2023, USA

Mardi gras…déjà !

Il est temps de sortir de mon hibernation, surtout que les fleurs apparaissent de partout : on ne sait plus ou donner de la tête, et les oiseaux font un vacarme du tonnerre !

Mardi gras

Quel nom et quelle histoire derrière ce nom qui est devenu « le carvanal » , terme moins rattaché à ses racines chrétiennes et qui est lié surtout à la perspective de voyages touristiques et de spectacles exotiques de femmes qui dansent à moitié nues, pour racoler ceux qui ont les moyens de se payer les offres alléchantes de l’industrie du tourisme qui utilise les grands moyens après les années de vaches maigres du Covid  !

Il faut bien vivre et faire vivre !

Mardi gras donc, dernier jour avant le début du carême (pendant lequel, à l’époque de la chrétienté triomphante en Europe on ne devait plus manger de la viande dégoulinante de graisse, sacrifice pour les nobles mais pas les membres de la classe paysanne qui faisait maigre tous les jours) et qui grâce aux musulmans qui eux ont le Ramadan mais aussi grâce à la mode des régimes détox qui prônent le jeûne , a fait son grand retour… (je devrais aussi mentionner les végans et végétariens et ceux qui considèrent comme criminels ou irresponsables la consommation de viande animale)

Ce n’est pas plus mal même s’ il a fallu le vider de son contenu religio-chrétien ce fameux carême pour qu’il redevienne fréquentable…et qu’on trouve des vertus à une pratique autrefois décriée, considérée comme une preuve tangible s’il en était besoin, de l’emprise malsaine de l’église sur la population qu’elle empêchait de jouir…( c’est la même chose pour la popularité aujourd’hui des pèlerinages prisés par les adeptes de longues marches d’endurance, de méditation au milieu d’une nature redevenue souveraine exempts du motif de pénitence qui leur était attaché)

Le carême tombe toujours bien pour moi, suffisamment longtemps après que mes bonnes résolutions de la nouvelle année aient commencé à s’étioler et que j’aie besoin de me reprendre en main.

Mais aujourd’hui, c’est encore mardi gras … et je peux un jour de plus continuer à perdre mon temps dans des activités futiles, à me laisser aller à mes envies du moment, à oublier mes obligations envers mon prochain (proche ou lointain), sans avoir en sourdine ce sentiment désagréable de culpabilité ( à cause de ce fameux péché d’omission avec lequel on en finit jamais …)

Demain, oui je me remettrai à…. ( je n’ai pas encore décidé ce que je ferai ou arrêterai de faire).

Aujourd’hui par contre,

C’est mardi gras !

Alors, j’en profite !

Détresse

Toute la misère du monde…

Le 16 février, 2023, USA

C’est cette retenue, ce regard éteint mais vigilant, ces non-dits,

cette manière évasive de répondre aux questions qu’on lui faisait,

cette peur d’en dire trop de personne aux abois,

il fallait avancer à petits pas pour ne pas l’alarmer…

* * *

Il y en a qui vous racontent toute une litanie de leurs malheurs, et s’arrêtent à peine pour reprendre leur souffle

ceux-là je les connais bien, ce sont les professionnels de la mendicité,

non pas qu’ils n’aient pas souffert mais au moins ils ont appris comment survivre

en faisant jouer le levier de la la pitié,

le pire est derrière eux en général…

mais elle, elle ne l’avait pas encore appris

en tout cas pas ici, dans ce pays où elle avait atterri

on se demandait comment…( et on craignait le pire)

mais comment savoir…

* * *

Finalement, elle a lâché le morceau

( ou tout au moins un des morceaux…)

et on a pu l’aider…

* * *

On croit qu’on s’habitue avec tous les interviews à la TV des victimes de catastrophes en tout genre où le reporter insiste lourdement pour que la personne exprime avec le plus de détails possibles sa douleur, sa détresse … et pour que nous le spectateur avide de sensations fortes puisse se répandre en ses faux bons sentiments qu’est la pitié , pour apaiser notre conscience. (On connaît tous la souffrance spectacle présentée par les ONG, bien orchestrée pour nous faire mettre la main au porte feuille…)

* * *

Mais ce matin, ce n’était pas de l’autre coté de l’ écran, c’était juste là devant moi, sans que je m’y attende, sans rien pour me protéger de sa souffrance à elle. Et même si ce n’était pas la première fois que je me retrouvais face à face avec une personne en détresse, elle m’a atteint directement sans que j’aie eu le temps de l’éviter: on ne s’habitue jamais à la souffrance d’autrui !

Seigneur, prends pitié de ta fille en détresse !

St Valentin

Mardi 14 février, USA,

St Valentin : ici pas la fête des amoureux mais la fête à tout le monde, l’occasion de se dire aux uns et aux autres qu’on s’aime bien et de s’offrir des chocolats en forme de coeur … bon marché et pas particulièrement bons ! ( presque impossible de trouver des chocolats de bonne qualité ici, même ceux qui sont supposés venir de Belgique ou de Suisse qui portent le nom d’une grande marque mais dont les ingrédients ont été modifiés pour le marché américain)

Le printemps qui va et qui vient : les crocus qui sortent de terre, disparaissent quand il y a une gelée et réapparaissent au jour suivant . Je désespère maintenant d’avoir une belle chute de neige mais on ne sait jamais!

Et les actualités qui ne changent pas : il y a toujours la guerre en Ukraine prête à s’intensifier avec le printemps qui arrive, ce tremblement de terre meurtrier en Turquie et en Syrie, aggravé par la perversité humaine : des riches qui veulent devenir encore plus riches et construisent des immeubles avec des matériaux bon marché qui s’écroulent au moindre tremblement de terre, un dictateur sanglant empêchant des millions de personnes de recevoir l’aide internationale, une tuerie de plus aux États Unis dans une université… et on pourrait citer bien d’autres choses comme la répression en Iran, la guerre au Yemen, la persécution religieuse et les missiles en Corée du Nord etc. etc.

Vus d’ici, évidemment, les grèves, les manifestations et les débats à l’assemblée contre la réforme des retraites en France, semblent bien inoffensives ( même si ça ne l’est pas)

Quel spectacle étonnant nous offre cette planète qui nous a été confiée, il y a bien longtemps ( je n’entrerai pas dans les débats sur quand l’être humain ou homo sapiens comme on disait à une époque… a apparu sur terre ça change tout le temps..) On ne peut pas dire quelque soit les croyances que l’on peut avoir là-dessus, qu’on ait fait un bon travail et encore moins que notre planète soit devenue un paradis… ou même qu’on soit vraiment un animal supérieur devenu plus intelligent, plus solidaire, plus compréhensif, plus tolérant, moins cruel etc, etc.…au cours de tous ces millénaires. ou millions d’années…

Alors qu’est-ce qu’il nous reste ? Le cynisme, l’indifférence ou la colère permanente ? Chacun dira…mais personne n’est jamais neutre : ce sont nous convictions profondes qu’on les admette ou pas qui guident nos attitudes, nos actions et nos réactions.

Moi j’ai choisi un camp, un mode de croire et de vivre bien particulier, sans m’en excuser ni non plus m’en vanter et que j’essaie cachin-caha de vivre au jour le jour…. et comme aujourd’hui c’est la Saint Valentin, quoi de mieux que de citer les paroles d’un homme qui n’est pas particulièrement connu pour avoir été un grand amoureux mais qui a pondu cette déclaration étonnante ( sous l’effet de l’Esprit Saint sans aucun doute) :

« Oui, j’en suis sûr, rien ne pourra nous séparer de l’amour que Dieu nous a montré dans le Christ Jésus, notre Seigneur. Ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les esprits, ni le présent, ni l’avenir, ni tous ceux qui ont un pouvoir, ni les forces d’en haut, ni les forces d’en bas, ni toutes les choses créées, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu ! »

( Paul, dans la lettre qu’il écrit aux Romains à une époque où personne n’avait encore entendu parler de la St Valentin ni manger des chocolats au goût écœurant )

Ça au moins c’est encourageant !

La colère de Jésus

le 9 février 2023, USA,

On est en 2023 ! Entre les fêtes et le COVID…pas de temps de continuer à réfléchir sur ces lignes…mais en même temps, ça reflète ce qui s’est probablement passé pour la rédaction des évangiles : ils n’ont certainement pas été écrits tout d’une traite. Des bribes ont été écrites ici et là, avec de nombreuses interruptions, maladie peut-être, persécution certainement, déplacements pour prendre la fuite, ou au contraire pour aller rendre visite à des nouveaux convertis… et que sais-je encore, on peut tout imaginer, pour l’histoire de ces bouts de parchemins, confiés en catastrophe par l’un ou l’autre, retrouvés après la mort de leurs rédacteurs….Tellement d’hypothèses possibles que l’on ne pourra jamais corroborer mais qui font l’objet d’études d’érudits enthousiastes et imaginatifs…

En tout cas, nouvelle surprise de cet évangile, après l’histoire de Cana qui n’est rapportée nulle part ailleurs, on se retrouve devant un épisode que l’on connaît bien mais qui apparaît au début de la vie publique de Jésus et pas juste avant sa condamnation à mort comme dans les autres évangiles.

Jean 2 : 12-17

Après cela, il descendit à Capernaüm, avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n’y demeurèrent que peu de jours.

 La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem.

Il trouva dans le temple les vendeurs de boeufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis.

Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les boeufs; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables;

et il dit aux vendeurs de pigeons: Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.

 Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit: Le zèle de ta maison me dévore.

* * *

Après cela, il descendit à Capernaüm, avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n’y demeurèrent que peu de jours.

La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem.

Comme il vient d’être mentionné que Jésus était avec sa mère et ses disciples au repas de mariage à Cana, on les retrouve tout naturellement ensemble dans une ville proche , où certains pensent que vivaient des membres de la famille de Marie. Restèrent-ils là pour se reposer avant le voyage à Jérusalem qui prendrait, étant donné les distances ( 128 km) plusieurs jours ?

Toujours est-il que contrairement aux autres évangiles où l’unique fois qu’on parle de la Pâque c’est juste avant que Jésus soit arrêté et crucifié, ici, cette fête est mentionnée alors qu’on est au début du récit. A priori, comme les juifs célébraient la Pâque tous les ans, il ne serait pas anormal qu’on en parle plus d’une fois mais ce qui est surprenant, c’est que l’épisode qui y est raconté est semblable à celui relaté dans l’évangile de Marc à la fin.(Marc 11 : 15-17)

(Évidemment, cela a fait l’objet d’énormément de discussions et d’hypothèses : historiquement parlant quand cet épisode s’est-il vraiment passé ? Est-ce Jean qui a raison de le mettre au début ou Marc de le mettre à la fin ? Il est bon de toujours se rappeler, que la chronologie « exacte » du déroulement des faits et gestes de Jésus n’était pas une priorité pour ceux qui les ont rapportés et écrits mais c’est plutôt une obsession contemporaine de gens comme nous qui ont accès à une technologie moderne qui permet d’enregistrer discours et paroles et de les retransmettre tels quels, avec la date, le lieu et même l’heure )

Il trouva dans le temple les vendeurs de boeufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis.

 Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les boeufs; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables;

et il dit aux vendeurs de pigeons: Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.

Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit: Le zèle de ta maison me dévore.

On arrive directement au temple : aucun contexte n’est donné aucune explication, les agissements de Jésus arrivent sans crier gare. On ne l’a pas encore entendu prêcher ni guérir des malades ni chasser les démons : on ne l’a pas vu non plus entrer dans des polémiques doctrinales sur la loi et les prophètes avec les pharisiens, les scribes ou les hautes autorités religieuses. Cet accès de colère est complètement inattendu…mais il n’est pas gratuit pour Jésus qui le justifie :

Il dit aux vendeurs de pigeons: Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.

La raison en est très simple : on a profané un lieu sacré en y faisant des transactions douteuses. Ce qui est notable c’est que Jésus parle de ce lieu comme la « maison de mon Père » et revendique ainsi son identité de fils. C’est la première fois qu’il le fait : il avait été appelé fils de Dieu dans le prologue du texte et de nouveau identifié comme tel par Jean, mais aussi par Nathanaël. On ne devrait donc pas être surpris de le voir parler ainsi, sauf qu’il ne le fait pas dans le cadre d’une déclaration où il déclinerait son identité, mais d’une manière presque naturelle, qui irait de soi. Ce qui est mis en valeur est sa relation avec Dieu qu’il appelle père ( sans se dire fils) et témoigne d’une relation intime, privilégiée et….passionnelle.

L’étonnement des disciples devant ses agissements n’est pas notée en tant que telle mais sous entendue dans la manière où il est fait référence à un texte de l’ancien testament pour arriver à justifier après coup les actes de Jésus . On a souvent cité le psaume 69 comme étant à l’origine de cette allusion mais d’autres textes qui expriment le même genre de sentiments pourraient l’être aussi.

« Je suis devenu un étranger pour mes frères, Un inconnu pour les fils de ma mère. Car le zèle de ta maison me dévore, Et les outrages de ceux qui t’insultent tombent sur moi. Je verse des larmes et je jeûne, Et c’est ce qui m’attire l’opprobre

Ce qui est mis en relief ici est le côté prophétique de Jésus, son « zèle » , qui apparaît tout à fait dans la lignée des prophètes du judaïsme, et dans celle plus immédiate d’un Jean le Baptiste dont on vient longuement de parler, et dont le rôle est de dénoncer les fautes de ses contemporains pour qu’ils reviennent à une foi plus sincère plus réelle, plus pure…

* * *

Cet épisode a fait couler beaucoup d’encre car un Jésus qui se met en colère et chasse violemment des gens du temple, ça ne cadre pas avec l’image du Jésus tolérant, bienveillant et insipide qui ne dérange personne. D’un autre côté, cet épisode est régulièrement utilisé par de nombreux amateurs exégètes pour peindre un Jésus qui ne condamnerait pas la violence leur permettant de justifier leur propre violence au nom de la foi chrétienne ou de toute autre cause qui les concerne.

Ce qu’on peut dire en tout cas c’est que ses disciples n’ont jamais vu dans cet épisode une justification de quelque acte violent que ce soit : les épîtres sont claires là-dessus et font écho aux enseignements du message d’amour et de pardon de Jésus et aucun des disciples n’a recouru aux armes pour se défendre ou pour propager la foi en Jésus ( beaucoup sont morts martyres) et personne ne l’a fait pendant au moins les deux premiers siècles. Malheureusement ça viendra après, et cette histoire-là on la connaît tous ! Mais historiquement parlant , on ne peut donc en aucun cas interpréter cet épisode dans le sens d’un appel aux armes ou d’une justification quelconque de la violence.

( c’est affolant de faire un tour sur la toile et de voir la myriade d’articles quand on pose la question Jésus était-il violent, qui répondent en cherchant à prouver que le message de Jésus n’est pas un message de non violence…)

Pour moi cet épisode, cité ici au début, met en valeur un aspect du caractère de Jésus qu’on a tendance à oublier et qui est souvent noyé dans le reste du récit  : sa véhémence de prophète, son indignation de Juste qui dénonce avec virulence tout ce qui salit l’image de Dieu, un Dieu qu’il appelle Père. Son geste d’humeur dénonce une bonne fois pour toutes, ( on aurait souhaité) cette alliance infâme entre l’argent et la religion. Car on le sait très bien encore aujourd’hui, tout est bon pour tirer profit de la ferveur des croyants qui veulent s’acquitter de leurs obligations : les lieux de pèlerinage, les abords des églises, synagogues, (mosquées, temples hindous et autres) grouillent de marchands qui sont prêts à profiter de cette manne que sont tous ces fidèles.

L’instrumentalisation du religieux pour faire des gains illicites est bien connu et encore plus répandue que jamais avec la prolifération des sites internets qui font des appels aux dons ou facilite l’achat « d’eau bénite » aux propriétés curatives , garantie d’origine…( Il y eut une époque où c’était la vente des reliques qui faisait fureur…et on se trucidait même pour les obtenir)

La colère de Jésus est bienvenue et dénonce sans ambages tous les trafics possibles et imaginables autour de lieux saints qui prolifèrent encore aujourd’hui…. Mais on préfère regarder ailleurs et se perdre dans de vaines polémiques….

Pour aller plus loin : Murphy-O’Connor, J. (2000). JESUS AND THE MONEY CHANGERS (MARK 11:15-17; JOHN 2:13-17). Revue Biblique (1946-), 107(1), 42–55. http://www.jstor.org/stable/44089472. Le texte est en anglais mais voilà le synopsis en français :

L’intervention de Jésus contre les changeurs s’inspirait du programme de Jean-Baptiste : une réforme religieuse urgente et radicale, parce que la fréquence et la nature monétaire de la taxe du temple constituait une grave offense pour certains Juifs observants. Les paroles prononcées au temple, si elles sont authentiques, datent de bien plus tard quand la perception qu’eut Jésus de son rôle dans l’accomplissement du plan de salut se fut modifiée.