Ingratitude

le 24 juillet, 2024, Auvergne

L’été se gâte…

la terre est sèche

le temps est lourd

les fleurs sont fanées

Il n’est pas encore temps de cueillir les mûres

et je me rends compte

tout à coup

que la nuit tombe beaucoup plus tôt

qu’avant

***

J’ai cessé de regarder et admirer le ciel

le paysage autour de moi s’est banalisé,

de temps en temps, je note quand même

les couchers de soleil

mais je m’y arrête à peine

l’émerveillement du début

a disparu

imperceptiblement

***

Pourquoi ?

***

Journées trop pleines ? ( n’exagérons rien)

Distraction ? Préoccupations ?

Peut-être plutôt, lassitude et ingratitude…

***

le soleil ne devrait pas se lever pour rien

ni pour personne

négliger de venir assister au spectacle

auquel je suis conviée jour après jour

est une faute inexcusable

Surtout que trop tôt, l’été partira

et je le regretterais

quand le froid reviendra…

***

Aide-moi

à prendre le temps de contempler

avec gratitude

le ciel, la lune et les étoiles

ouvrage de tes doigts

Toi

qui les fixas

et si généreusement

nous les dévoilas

(Psaume 8)

Réflexion

Photo prise le 16 juillet au large d’Hiroshima

Le 19 juillet, chez nous en Auvergne

( visite des uns des autres, avant et après un voyage à Bruxelles, échos de ceux qui sont au Japon avec 7 heures d’avance sur nous et des autres aux États Unis avec 6 heures de retard…et moi au milieu qui essaie de m’y retrouver…. Avec le départ de la dernière fournée, la maison retrouve son calme pour l’instant)

Jésus-Christ

mon point de repère

le nord de ma boussole

auquel je retourne après m’être dispersée

aux quatre coins de la vie

***

Toujours les mêmes interrogations

sur l’importance ou la nécessité

de telle ou telle activité

la question de savoir

si l’essentiel c’est le spirituel

quand le reste, le matériel,

ne serait qu’accessoire voire superflu,

la question de savoir

s’il faut miser uniquement sur l’Éternel

et laisser de côté, le temporel, le passager

l’éphémère

***

Toujours les mêmes interrogations

pour savoir si ma vie

est vraiment alignée

avec ce qui compte

et ne se perd pas dans le futile et l’inutile …

***

Au fur et à mesure que le temps passe

et que je sais que mes jours sont comptés

(même s’ils l’ont toujours été)

doivent-ils être pleins à craquer

jusqu’ au moment de mon dernier soupir ?

N’y -a-t’il d’autre repos légitime que le repos éternel ?

***

« Il y a un temps pour tout… »

disait un certain Salomon,

un roi très sage paraît-il

auteur supposé du livre Ecclésiaste

(mais qu’importe après tout )

Il en a fait toute une liste de ces différents moments de la vie…

 «  un temps pour naître, et un temps pour mourir […]  un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser […] un temps pour se taire, et un temps pour parler »

et de temps en temps, au milieu de ses considérations désabusées, il nous rappelle que c’est sous le regard de Dieu que se déroule notre vie…

 « mais que, si un homme mange et boit et jouit du bien-être au milieu de tout son travail, c’est là un don de Dieu »

J’accueille donc le don de Dieu du moment : celui de la pause et du repos…

(Après tout, Jésus, fils de David était bien un descendant de Salomon…Il aurait certainement approuvé !)

N.B Pour aller plus loin, une autre citation du même livre : « Voici ce que j’ai vu: c’est pour l’homme une chose bonne et belle de manger et de boire, et de jouir du bien-être au milieu de tout le travail qu’il fait sous le soleil, pendant le nombre des jours de vie que Dieu lui a donnés; car c’est là sa part. »

Du genre humain

peinture de Yves Perrin

le 13 juillet 2023, Bruxelles

Au spectacle

Le genre humain, quel spectacle étonnant : un amalgame insolite d’histoires toutes différentes, faites de drames et de joies quotidiens, de luttes et de triomphes, d’échecs et de déceptions, d’accueils et de rejets…Incompréhensible et fascinant quand on prend le temps de l’observer…de quoi se poser des questions…

C’est ce que me suis dit, l’autre jour, assise à une terrasse de café en mangeant des frites face à la Gare du Nord en attendant mon train pour aller à Bruxelles…

Qui sont-ils tous ces gens? Quelles circonstances de leur vie les a conduits à se retrouver dans ce lieu-ci à ce moment précis ?

Il y a tous ceux qui partent en voyage en ce temps de vacances avec des gros sacs à dos qu’ils portent à grand peine ou des valises énormes qu’ils font rouler bruyamment sur le pavé…

Il y a ceux qui marchent dans la rue pressés, allant on ne sait où avec pour tout bagage, un portable à la main parlant tout haut à un interlocuteur invisible…

Il y a ceux qui se promènent et conversent allègrement ou intensément avec leurs comparses du moment

* * *

Et l’on voit toutes les tenues possibles et imaginables : quelques complets avec ou sans cravate ( de moins en moins de cravate) , des boubous chatoyants, des djellabas et des hijabs qui n’étonnent plus au milieu des shorts et des jupes courtes avec des hauts minimalistes…

Et puis … de plus en plus de tatouages sur les bras, et les jambes et même sur le cou, assortis de boucles que l’on ne peut plus appeler, « boucles d’oreille » car elles apparaissent un peu partout …

Toutes les formes de visage et de couleurs de peau possibles et imaginables défilent devant moi d’une variété inégalée

sauf que tous ces gens se ressemblent un peu avec leur portable devenu objet universel, leur jean et leurs baskets, qui s’accommodent des djellabas, des boubous, des hijabs autant que des vestes et des chemises blanches…

Quelquefois, je peux entendre une bribe de conversation dans une langue que je reconnais…mais bien souvent, elle m’est étrangère : seuls les gestes et le ton me renseignent un peu et m’aident à imaginer le reste..

Immensité et diversité de cette marée humaine

Comment- est il possible qu’un jour, ils n’existeront plus, ils disparaîtront, ces millions et ces millions d’êtres humains qui vivent sur notre planète… ils ont l’air tellement vivants aujourd’hui tellement présents : ils occupent tout l’espace …tellement qu’on en oublie qu’il y a autre chose sur cette terre, comme des étoiles dans le ciel, des animaux dans les prés, des fleurs sur les talus, des forêts, des montagnes , des rivières, des cours d’eau, la mer…

Comment-est-il possible qu’ils puissent être une parenthèse dans l’histoire de l’univers, le résultat d’une mutation fortuite, incontrôlée, sans rime ni raison ?

Comment pourrait-on le croire ?

Pourtant, toutes les explications sont décevantes, elles s’arrêtent toujours au seuil de notre capacité de compréhension : elles ne peuvent rendre compte de cette réalité inouïe qu’est le spectacle fascinant du genre humain…

Même un Dieu créateur ?

Incompréhensible que Dieu soit, et incompréhensible qu’il ne soit pas. ”

Sacré Pascal… tu as de ces formules !

Échec et apostasie?

12 juillet, 2023 Bruxelles,

Le temps s’est rafraîchi grâce à la pluie nocturne, la chaleur n’est plus si étouffante…

Un certain Justin, philosophe et martyr (100/160) après Jésus-Christ, s’est complètement planté quand il a écrit :

« Lorsque l’Esprit prophétique annonce l’avenir, voici comment il parle : « Une loi sortira de Sion et une parole, le Verbe du Seigneur, de Jérusalem ; il jugera parmi les nations et il convaincra une grande multitude. Les nations feront de leurs épées des fers de charrues, et de leurs lances des faucilles ; ils n’apprendront plus à faire la guerre » (Is 2,3-4). Ces paroles se sont réalisées de façon convaincante. »

Vraiment ? 2000 ans plus tard… elles ne se sont toujours pas réalisées….Monsieur Justin, comment cela se fait-il ?

Peut-être parce que les arguments que vous utilisez pour le prouver ont une faille fondamentale….

« Douze hommes sont partis de Jérusalem pour parcourir le monde. C’était des hommes simples et qui ne savaient pas parler. Mais par la puissance de Dieu, ils ont annoncé à tous les hommes qu’ils étaient envoyés par le Christ pour enseigner à tous la parole de Dieu. Et nous, qui autrefois ne savions que nous entre-tuer, non seulement nous ne combattons plus nos ennemis, mais, pour ne pas mentir ni tromper nos juges, nous confessons le Christ avec joie et nous mourons martyrs. (…)

Cette faille serait- elle due à ce que depuis …

Ces hommes qui disent être chrétiens continuent à «  (s’) entre-tuer, à combattre (leurs) ennemis » mais aussi, à «  mentir  et tromper  ( leurs) juges, » et ne  confessent plus « le Christ avec joie » et surtout peut-être « ne meurent plus martyrs. (…) ?

Et appellent martyrs aujourd’hui, les combattants qui sont tombés sur le champ de bataille… les armes à la main bien sûr! ?

N’est-ce pas la raison pour laquelle les orthodoxes de la Russie et ceux de l’Ukraine continuent à s’entre-tuer ?

Et serait-ce pour cela que 2000 ans après, pour cacher cet échec et cette apostasie, on a changé le temps et le mode de la réalisation de cette prophétie en affirmant que ce n’est qu’après le retour de Jésus qu’elle s’accomplira ?

Allez vous y retrouvez…

(Pour aller, plus loin… l’extrait de Justin cité ici vient du commentaire de l’évangile au quotidien du 11 juillet 2023 https://levangileauquotidien.org/FR/gospel)

Été

9 juillet à l’aube en Auvergne

le 11 juillet, 2023, Bruxelles

Imperceptiblement d’abord,

inéluctablement ensuite

mais presque avec entêtement

l’été a pris la place du printemps,

***

la chaleur s’ est installée

la sécheresse aussi

les champs ont viré à l’ocre

Les roses rouges ont perdu leur pétales

mais d’autres attendent en bouton

de fleurir à leur tour

***

Malgré des émeutes des derniers jours,

et la guerre qui continue là bas,

malgré le flot continu d’actualités alarmantes

cet entêtement

d’une nature qui perdure

jour après jour,

indifférente

semble-t-il

au tumulte de ses habitants

est rassurante…

Mais jusques à quand ?

***

« En ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ;les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.

Moments attendus ou/et redoutés ?

Selon

“Alors on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées avec une grande puissance et avec gloire.… » (évangile de Marc)

En attendant,

Veillons et vivons

Jean et Jésus: les faux rivaux

La photo n’est pas en terre de Judée…mais on peut s’y faire baptiser!

le 6 juillet 2023, Auvergne

je ne cesse de devoir changer la date de l’entrée de ce blog, tellement je peine à entrer dans cet évangile…surtout je continue à avoir des difficultés à trier dans les commentaires que je peux lire …

Jean 3 : 22-30

Après cela, Jésus, accompagné de ses disciples, se rendit dans la terre de Judée; et là il demeurait avec eux, et il baptisait.

Jean aussi baptisait à Énon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau; et on y venait pour être baptisé.

Car Jean n’avait pas encore été mis en prison.

 Or, il s’éleva de la part des disciples de Jean une dispute avec un Juif touchant la purification.

Ils vinrent trouver Jean, et lui dirent: Rabbi, celui qui était avec toi au delà du Jourdain, et à qui tu as rendu témoignage, voici, il baptise, et tous vont à lui.

Jean répondit: Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel.

Vous-mêmes m’êtes témoins que j’ai dit: Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui.

Celui à qui appartient l’épouse, c’est l’époux; mais l’ami de l’époux, qui se tient là et qui l’entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l’époux: aussi cette joie, qui est la mienne, est parfaite.

Il faut qu’il croisse, et que je diminue.

* * *

Jésus le Baptiste ?

Après cela, Jésus, accompagné de ses disciples, se rendit dans la terre de Judée; et là il demeurait avec eux, et il baptisait.

On sort du discours théologique pour se retrouver sur celui du récit qui est un terrain plus ferme et concret mais c’est la première fois que j’entends dire que Jésus baptisait, …. ce n’est pas vraiment étonnant car aucun autre évangile ne le mentionne ( j’ai dû le lire avant mais sans y prêter attention parce que le fait est qu’on n’en parle jamais).

Encore une fois ce récit se singularise dans la mesure où il raconte des épisodes qui lui sont uniques et dont il est difficile de tracer l’origine mais qui ont fait que certains exégètes comme Marguerat attribuent à cet évangile une date plus ancienne ( c’est-à dire plus près de la vie de Jésus) que celle donnée traditionnellement. Certains commentateurs pensent que ce n’est pas Jésus lui-même qui baptisait mais ses disciples car un Jésus qui baptise ne coïncide pas avec l’image convenue que l’on se fait de lui et que l’on dessine à partir d’autres textes. Pourtant un Jésus qui baptise le rend beaucoup plus plausible et concret, beaucoup mieux inséré dans son temps.

Jean aussi baptisait à Énon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau; et on y venait pour être baptisé.

Car Jean n’avait pas encore été mis en prison.

Voilà donc que Jean Le baptiste refait son apparition : contrairement à Jésus, il est précisé le lieu où il baptisait (qui est difficile à identifier avec exactitude aujourd’hui, on en donne plusieurs possibilités, mais on ne considère pas que ce soit un lieu fictif !) Si le lieu nous est donné, est-ce pour insister qu’il n’était pas le même endroit que celui où Jésus baptisait ou qu’il était connu des lecteurs/auditeurs du texte auxquels il s’adressait ?

En tout cas, le texte lui-même explique le choix de ce lieu qui correspond à la pratique d’un baptême par immersion ( au moins partielle) nécessitant une certaine profondeur. Il y a bien entendu une indication de temps évidente ( que Jean Baptiste n’était pas encore en prison… puisqu’il baptisait) qui renvoie au fait que ce qui est raconté, se serait passé au début du ministère de Jésus…

Jésus et Jean des rivaux ? Jalousie quand tu nous tiens…

Or, il s’éleva de la part des disciples de Jean une dispute avec un Juif touchant la purification.

Ils vinrent trouver Jean, et lui dirent: Rabbi, celui qui était avec toi au delà du Jourdain, et à qui tu as rendu témoignage, voici, il baptise, et tous vont à lui.

La scène maintenant ne paraît que trop familière, pour moi qui ai fréquenté de nombreuses communautés chrétiennes …

Tout d’abord les discussions sur des points de pratique religieuse et sur leur signification sont légion. Le thème de la purification était évidemment un thème central dans la pratique religieuse du judaïsme de l’époque et particulièrement des pharisiens qui étaient attachés à définir ce qui était impur et ce qui ne l’était pas (la polémique a été remplacée par celle sur ce qui est péché et ce qui ne l’est pas dans le christianisme…) d’où l’importance du baptême comme rite de purification…

Ensuite elles sont toujours accompagnées sur celles de savoir qui est qui ou qui est le plus grand car les disputes entre différentes chapelles, sont rarement basées sur des questions théologiques, elles cachent souvent derrière des conflits de personnes, soit des rivalités entre hommes forts..( comme entre Poutine et Prigojine…. ) Et l’insinuation des disciples de Jean, est évidente : en bons défenseurs de la légitimité de leur groupe, ils considèrent que ce n’est pas juste que certains de leur membres les aient quitté pour suivre Jésus, surtout quand Jean n’avait pas rabaissé Jésus mais « lui avait rendu témoignage ». Jésus était à leurs yeux un rival, au sens fort du terme…( André Girard aurait parlé de rival mimétique) et la désertion de leur groupe pour le rejoindre était vue comme une trahison. Rien de plus naturel, finalement !

Mais Jean, contrairement à ce qui arrive souvent, ne mord pas à l’hameçon !

Jean répondit: Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel.

Vous-mêmes m’êtes témoins que j’ai dit: Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui.

Il réitère ce qu’il a dit quand il a rencontré Jésus ( raconté dans le premier chapitre du texte) en clarifiant bien que sa vocation à lui, est différente de celle de Jésus car il n’a pas reçu la même mandat du ciel : il n’y a donc pas de rivalité possible. On est sur un autre plan.

Celui à qui appartient l’épouse, c’est l’époux; mais l’ami de l’époux, qui se tient là et qui l’entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l’époux: aussi cette joie, qui est la mienne, est parfaite.

Et il renchérit en utilisant le motif de l’ami de l’époux,exprimant sa totale satisfaction ( joie parfaite) de sa position de « second ».

( L’image n’est pas totalement étrangère à la tradition juive : Jérusalem est comparée à une épouse dans sa relation avec Dieu. « Pour l’amour de Sion je ne me tairai point, Pour l’amour de Jérusalem je ne prendrai point de repos, Jusqu’à ce que son salut paraisse, comme l’aurore, [ . . .] On ne te nommera plus délaissée, […] Mais on t’appellera mon plaisir en elle, Et l’on appellera ta terre épouse; Car l’Eternel met son plaisir en toi, Et ta terre aura un époux.Comme un jeune homme s’unit à une vierge, Ainsi tes fils s’uniront à toi; Et comme la fiancée fait la joie de son fiancé, Ainsi tu feras la joie de ton Dieu.… Ésaïe 62 ” c’est assez érotique finalement!)

 Il faut qu’il croisse, et que je diminue.

Dans cette dernière phrase, on a une très belle formule qui sied très bien au style d’un homme qui vit retiré dans le désert, s’habille avec des peaux de chameau et mange des insectes : tout le contraire de ceux qui cherchent la gloire, et qui se sentent pas menacé par quelqu’un qui serait plus populaire qu’eux…ou qui auraient plus de followers sur leur compte facebook..

* * *

Ce que j’en retiens…

J’ai vraiment été intéressée de découvrir que Jésus ait pu baptiser, car après son discours un peu hermétique à Nicodème , il était agréable de se retrouver sur un terrain plus solide, celui du récit plutôt que du discours. Aussi le fait de savoir que Jésus ait pu baptiser, pour moi qui n’essaie pas de lire cet évangile en voulant à tout prix le faire concorder avec les autres, est un plus et ne pose pas problème, au contraire, cela rend Jésus plus abordable, plus terrestre, plus dans l’air du temps, en tout cas de ce temps là .

Cependant , je dois avouer que, même si je ne mets pas en doute l’épisode des disciples de Jean se plaignant du fait que beaucoup d’entre eux suivaient Jésus, le style des propos imputés à Jean me laissent un peu sceptique : ils sont trop similaires à ceux de Jésus quand il parle de lui-même dans son dialogue avec Nicodème ou de l’évangéliste quand il les rapporte… Certains d’ailleurs pensent qu’ils sont plus de ceux de l’évangéliste écrits pour éteindre la polémique avec des communautés de disciples de Jean Baptiste, qui continuaient à exister longtemps après la mort et la résurrection de Jésus… je ne sais si c’est le cas, mais je ne vois pas ici une invention de toute pièce dans le sens que je crois qu’elles reflètent l’attitude de Jean envers Jésus même s’il ne s’est peut-être pas exprimé en ces termes exacts .

En tout cas, Jean Baptiste, de nouveau ressort grandi de l’épisode peut-être plus même que Jésus quoique ça n’ait pas été l’intention de l’auteur. Et c’est donc juste que Jean Baptiste soit encore aujourd’hui considéré comme un exemple d’abnégation et d’humilité dont Jésus lui-même avait d’ailleurs vanté la grandeur (ce qui n’empêchait pas Le Baptiste d’être virulent quand il dénonçait les fautes de ses contemporains : l’un n’exclut pas l’autre ni non plus que ses certitudes sur l’identité de Jésus de ce moment-là, aient pu devenir des doutes après son emprisonnement…c’est difficile de garder le moral quand on est enfermé dans un cachot et on attend d’être exécuté…)

Le drame, c’est qu’il y a peu de liders chrétiens aujourd’hui qui aient le calibre d’un Jean Baptiste : beaucoup cherchent avant tout à ce que leurs disciples chantent leurs louanges (et seulement la leur car tous les autres sont indignes de confiance) , empêchant leur auditoire de s’attacher réellement à Jésus et de découvrir son vrai visage …et quand ils se cassent la figure, ce qui arrive souvent quand ils deviennent populaires c’est catastrophique…Les réseaux sociaux regorgent d’exemples plus qu’édifiants….

Il faut qu’Il croisse, et que je diminue 

Devise incontournable pour la personne qui annonce l’évangile. Jésus ne peut pas croître aux yeux du croyant si le prédicateur ne cherche pas à diminuer : il y a là une impossibilité totale…( on ne peut pas avoir deux maîtres)

Dimanche

le 27/06/ 2023, Auvergne

Recueillement

Une chapelle en pierre en haut de la montagne , ça fait rêver…

mais ça existe,

on y était dimanche avec 4 ou 5 fidèles,

et un prêtre

venu d’une ville alentour,

***

Il y avait de beaux bouquets de fleurs partout

bleu, rouge, vert, jaune,

fleurs des jardins, fleurs des champs,

ni trop petits,ni trop grands

juste ce qu’il fallait

pour donner un air de fête

à ce lieu dénudé

***

Qui les avait faits me suis-je demandé

en regardant la petite assemblée ?

***

Beauté, dépouillement,

simplicité

Présence discrète

de Dieu

que l’on pouvait presque toucher

avec les yeux…

P.S. J’avais envie de prendre une photo, mais je ne l’ai pas fait pour ne pas perturber le lieu…

Entre la peste et le choléra

Le 26 juin 2023,

Entre la peste et le choléra,

On a tous suivi , en tout cas moi la première, les événements de samedi, l’avancée de troupes rebelles dirigée par Prigojin… en route vers Moscou….

Entre les deux mon cœur balance…. 

On ne savait si se réjouir de cet affrontement entre deux hommes forts et puissants, sanguinaires autant l’un que l’autre, l’un s’en vantant ouvertement sur les réseaux sociaux, l’autre plus intelligent couvrant ses crimes du langage archi rabâché mais toujours efficace de la grandeur de la nation en péril pour commanditer une guerre meurtrière contre ses voisins…

(On ne compte plus le nombre de morts mais on avance celui de 220 000 depuis le début de la guerre dans l’armée régulière, et de 25 000 chez les mercenaires dont le contingent était de 50 000 sans mentionner ceux tués dans les troupes et les civils ukrainiens)

On retenait son souffle en les voyant mener ce bras de fer sans savoir qui l’on voulait en sortir vainqueur ..

Mais finalement après insultes et menaces de part et d’autre, un marché a été conclu et le rebelle a fait demi-tour, tout en étant ovationné comme un héros au moment de quitter la ville dont il s’était emparé sans coup férir…

Qui sait ce qui s’est passé : quel accord secret on-t-ils négocié ? On n’en connaît que la version officielle

L’effet de surprise était total…

Après coup, évidemment tous les experts ont dit qu’ils l’avaient venu venir, que l’affrontement était devenu inévitable…que etc.… et ces mêmes experts n’en finissent pas aujourd’hui de commenter les événements et d’en analyser les conséquences…

n’empêche que,

ils ne savaient quand ou comment ça allait terminer…le dénouement était imprévisible dans ce combat de coqs irascibles et féroces ( même si ce n’est pas vraiment terminé…)

* * *

Pour moi, qui vit pourtant bien loin de ces événements, ça a été comme un coup de semonce, un rappel tonitruant de l’imprévisibilité du monde dans lequel on vit…

Mais ce rappel a été salutaire parce- que je m’étais laissé convaincre que les puissants étaient indéboulonnables et que leur pouvoir maléfique était indestructible

J’avais oublié qu’après tout comme le dit le psaume :

« lL’Éternel se moque du méchant car il voit son jour qui arrive.

L’impie a tiré son épée, il a tendu son arc pour abattre le pauvre et le faible, pour tuer l’homme droit.

Mais l’épée lui entrera dans le cœur, et son arc se brisera.[ …]

Car le bras de l’impie sera brisé, mais l’Éternel soutient les justes […] »

Le jour viendra tôt ou tard où n’aura pas à choisir entre la peste et le choléra,

Telle est sa promesse, telle est aussi notre espérance…

Qui est jugé?

le 20 juin, 2023, Auvergne… l’été est arrivé…

Jean 3 : 18-21

Celui qui croit en Lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu

 Et ce jugement c’est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises.

 Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées;

mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en Dieu.

* * *

On passe maintenant du non-jugement, d’un Dieu qui en Jésus-Christ vient sauver mais non pas juger, à une parole plus dure et plus difficile à comprendre, celle du jugement.

Celui qui croit en Lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu

Jésus donc instruit Nicodème, un membre du Sanhédrin qui fait partie des hautes autorités juives de l’époque sur le jugement, cependant, au lieu de prononcer un jugement sur la base des manquements à la Loi donnée à Moïse, comme il est courant dans la tradition prophétique, le jugement se centre sur la question de qui est Jésus. Et si on continue à penser que Jésus parle de lui-même à la troisième personne, il ne se donne pas seulement le titre de fils de l’homme, mais de fils de Dieu, et qui plus est de « fils unique de Dieu ». Pourtant, pas de réaction ni d’interruption de la part de Nicodème…

Jésus continue en expliquant

Et ce jugement c’est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.

On n’a pas d’explication sur les titres que Jésus s’est donné, mais sur les raisons de ce jugement et là il reprend la terminologie du prologue de l’évangile, ( discours théologique s’il en est un) du motif de la lumière et des ténèbres pour parler de lui et de la réaction de ceux qui le rejettent. Mais il peut être intéressant de noter qu’il ne dit pas que le rejet vient « des siens » soit d’un groupe particulier, cette fois est utilisé un terme général qui désigne l’être humain. Cependant, étant donné la situation contextuelle, il s’adresse bien aux personnes qui sont présentes autour de lui …

L’autre aspect intéressant, est que le jugement n’est pas présenté comme un décret divin, externe à la personne, mais qu’ il est intrinsèque « ils ont préféré » suppose un choix, une décision consciente. Ce n’est pas Dieu qui les condamne, ce sont eux qui le font.

Jésus continue à développer son argumentation

Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées;

Il affirme une réalité qui apparaît comme une évidence : le fait que quand on fait le mal, on ne veut pas que ce soit révélé, on le fait dans le secret : une réalité dont on est tous conscients, c’est pour cela que l’on impose le silence à ceux qui pourraient dévoiler nos agissements pervers ou corrompus. On ne peut penser qu’à tous ces cas de pédophilie dans l’église mais aussi ailleurs…Me viennent à l’esprit deux ouvrages assez récents en français, la familia  grande de Caroline Kouchneret Le Bouddhisme : la loi du silence de Elodie Emery et Wandrille Lanos … Je ne parle même pas de tous les actes de tortures et de corruption…que les lançeurs d’alerte dénoncent et dont ils paient les lourdes conséquences par la prison et la mort par assassinat.

mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en Dieu.

Et ce discours de Jésus termine avec une note positive décrivant ceux qui n’ont pas peur de la vérité car ils ne pratiquent pas le mal, mais c’est quand même une fin un peu abrupte où Nicodème disparaît totalement et le récit de cette rencontre passe au deuxième plan : elle est prétexte pour que Jésus expose des idées qui ont une portée universelle et qui encore aujourd’hui nous laissent pour plus d’un motif le souffle coupé avec aussi beaucoup d’interrogations.

* * *

Ce que je retiens

Après cette révélation extraordinaire de l’amour de Dieu pour l’être humain et de la mission de salut de Jésus, je suis frappée que le jugement sur les personnes qui « ne croient pas au nom du Fils Unique de Dieu » nesoit pas un jugement externe, un acte de Dieu, mais vienne d’eux-mêmes. Jésus, en tant que lumière joue le rôle de révélateur de ce qu’il y a de caché dans l’être humain, caché finalement volontairement car on sait dans notre for intérieur qu’il y a une zone d’ombre qui s’y blottit… On a peur du regard de vérité qui pourrait être posé dessus.

Les réseaux sociaux en sont une illustration parfaite : on se permet de tenir des propos haineux qui reflètent notre part d’ombre car on est caché derrière un pseudo… et on se permet de regarder des sites pornographiques car on croit pouvoir en effacer les traces (ce qui d’ailleurs n’est pas possible). Résultats : ces escrocs qui pullulent sur le Net et menacent d’exposer « vos fréquentations secrètes » à vos proches si vous ne les payez pas…

D’autre part une des raisons du succès des fakenews et sites complotistes vient du fait que l’on préfère croire le pire sur nos ennemis imaginaires que le réel, car il nourrit en nous un appétit insatiable de se scandaliser du mal fait par autrui surtout si cet autrui ne nous ressemble pas. Du même coup il nous permet de nous aveugler sur le mal qui existe en nous et nous rassure sur notre appartenance par contraste à la catégorie de « gens bien et sensés »

Cependant, il y a une phrase sur laquelle je m’interroge : comment appliquer ou comprendre aujourd’hui cette déclaration de Jésus : « celui qui ne croit pas en moi … est déjà jugé » ? Surtout que certains commentaires ont permis à des prédicateurs zélés de vouer aux feux de l’enfer toute une partie de l’humanité…comme si c’était nous qui décidions…

On comprend que face au Jésus qui existait en chair et en os, il y a deux mille ans, le refus ou l’acceptation de ce qu’il disait et faisait était révélateur de ce qu’ils avaient dans le cœur…ça c’est compréhensible, mais deux mille ans après, maintenant que Jésus n’est plus présent en chair et en os, comment savoir qui le rejetterait et qui l’accepterai : bien malin celui qui pourrait répondre à la question…

(Je me suis à un moment donné posée moi-même la question : aurais- je fait partie des disciples qui suivaient Jésus si j’avais vécu à l’époque…je ne me la pose plus car je me rends compte à quel point la question est ridicule, car je ne serais pas qui je suis aujourd’hui… avec mon idiosyncrasiedu 21ème siècle … je ne penserai ni parlerai en français, entre autre, comment imaginer un moi qui ne sois pas moi ? On se crée ce genre de fantasme quand on essaie d’imaginer que pendant les époques de génocides, on aurait été des héros plutôt que des salauds … on aurait sauvé des juifs plutôt que de les livreron peut toujours rêver…les choix ne se font que dans le présent)


Mais la question reste entière de qui rejette Jésus aujourd’hui, car n’est-ce pas à travers des chrétiens qu’ils ont une chance de le connaître? Cette fameuse église, bourrée de scandales et d’hypocrisie où l’on ne sait plus où donner de la tête ? Et que rejettent les gens, le Jésus de ceux qui disent en être les représentants y en donnent une image tellement déformée qu’elle empêche de voir celle présentée dans l’évangile de Jean ? Comment peut-on être confronté à Jésus aujourd’hui comme l’ont été les juifs de son époque ?

Ce n’est pas évident du tout… à moins qu’on ne croie qu’il est ressuscité et donc encore vivant aujourd’hui . Comme toujours, avec ces déclarations rapportées par l’évangéliste Jean, on est obligé de faire le saut de la foi. Et pour ceux qui ne veulent pas le faire il y a cette citation un peu décapante de Pascal dont c’était c’était l’anniversaire des 400 ans de la naissance hier,

Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire.”

Et pour les autres qui croient, cette autre qui ne les permet pas de s’enorgueillir de leur choix :

« Pour celui qui croit, Jésus est toujours un mystère »