Paradis pour les uns et pour les autres?

Le 9 août, 2024, Palomino

Je suis sortie de mon île paradisiaque…

En fait ce n’est pas vraiment une île, plutôt un îlot,

découpé et aménagé au milieu d’une nature sauvage et quelquefois hostile pour accommoder les touristes qui viennent y passer quelques jours de dépaysement dans le confort, loin de leur vie réelle..

mais aussi bien loin est cet îlot de la vie de ceux qui habitent alentour et qui les servent et pour lesquels, le lieu n’a rien d’un paradis…

L’une d’entre elle ce matin boitait alors qu’elle s’affairait à préparer le petit déjeuner des hôtes (dont moi bien sûr)…Elle s’était faite mordre par un de ces chiens errants affamés que l’on rencontre dès que l’on s’aventure en dehors du périmètre de la propriété hôtelière : elle était venue en moto et un chien qui courait derrière est arrivé à la mordre…

Une autre m’a raconté comme elle pleurait tous les soirs quand elle rentrait du travail au début car elle se sentait humiliée par la manière dont elle était traitée par les clients de l’hôtel qui la regardaient de haut et se plaignaient…

( mais plus maintenant, ça lui était devenu indifférent, elle savait sourire et dire oui monsieur ou madame, je suis désolée de m’être trompé, je le ferai certainement etc. comme le lui avait expliqué le manager qui semblait très compréhensif et avait la gentillesse de la prévenir quand il y avait des clients particulièrement difficiles… En tout cas, elle m’a assuré que dans l’hôtel d’à côté où venaient des gens beaucoup plus riches qu’ici de la alta sociedad, ils étaient vraiment beaucoup plus désagréables… )

Il y a aussi toute une armée d’hommes qui nettoient les grandes feuilles de palmier, tombées un peu partout après les orages et aussi la piscine face à la mer, car si la mer est magnifique, elle est dangereuse et il ne faut pas s’y aventurer très loin…

et pour finir, il y a les indispensables gardiens de nuit … mais selon eux, le lieu n’est pas vraiment dangereux car il est suffisamment éloigné de la ville la plus proche…

* * *

Ce qui m’a étonné c’est quand quelqu’un m’a dit (mais je n’ai pas vérifié) que 80 % des habitants de la ville maintenant, avec le boum touristiques était des étrangers , surtout des français mais aussi des italiens qui sont venus s’installer et ont ouvert des commerces et des hôtels depuis que la région est pacifiée…alors d’un côté , disait-il c’était bien car la présence des étrangers faisait qu’il y avait une forte présence de la police nationale et grâce à ça on était en sécurité…mais le côté négatif est que tout était devenu hors de prix, les denrées mais surtout le logement (le même fléau que dans bp d’autres lieux touristiques) et les salaires offerts dans l’industrie touristique n’étaient pas suffisants…même s’ils ont permis de retenir une partie de la population, leur désir est de partir dans des grandes villes où ils auront un niveau de vie meilleur.

* * *

J’ai donc quitté le périmètre sécurisé de l’hôtel et on m’avait dit qu’en longeant la plage pendant plus d’un kilomètre on pouvait trouver un chemin qui conduisait à la ville…

Au début c’était une succession de propriétés hôtelières semblables à celle où je me trouvais, c’est-a-dire pas d’immeubles, des petites cabanes en toit de feuilles de palmier réparties sur un grand terrain avec des installations en bois, qui au moins ne déteignaient pas avec le paysage… et des chaises longues installées au bord de la plage… (pour certaines il y avait un panneau sur un arbre disant, propriété privée, mais je n’en ai vu qu’une qui avait un grillage pour empêcher que l’on passe par leur terrain…)

C’est quand j’ai pris le chemin pour aller vers la ville, qu’au fur et à mesure que je m’éloignais de la mer, disparaissaient les hôtels qui promettaient un repos extatique à leurs futurs hôtes ( avec massage et expérience spirituelle garantie ) j’ai pu trouver les maisons en bois et en tôle des habitants de la région, de chaque côté d’une route en terre pleine d’ornières.. où tout le monde circulait en moto, transportant toute sorte de marchandises…( La moto ici est vraiment reine… elle s’est même faite taxi…)

Ce n’était donc plus le paradis… mais la vie difficile à la limite de la pauvreté où c’est la débrouillardise qui prime, car à défaut de véritable emploi, les gens se livrent à des dizaines de petits métiers dont certains s’exercent sur la voie publique (ventes de nourriture réparation de chaussures etc.) pour améliorer le quotidien,

Cette Colombie là, je l’ai bien connue, celle du tourisme par contre, je la découvre à peine…

* * *

la Nature à l’état sauvage,

c’est vrai qu’elle est belle quand on a le loisir de la contempler !

(les oiseaux aussi sont magnifiques ici!)

Mais la nature à l’état brut n’est pas si paradisiaque que ça … quand on doit se battre avec elle pour assurer son pain quotidien

ou tout simplement survivre…

(j’entends le tonnerre gronder au loin)

c’est probablement ce que doivent penser, en ce moment , ceux qui marchent péniblement piqués par des nuées d’ insectes dans la Guajira pour arriver à la ciudad perdida?

Je retiens mon souffle et me demande comment ils vont…

(et bien sûr, je prie)

Lâcher prise

le 8 juillet, 2024 Palomino,

Ils sont partis hier,

Évidemment il n’y a pas de connexion internet ni autre moyen de communication…

Donc,  je ne peux rien savoir : je ne peux qu’imaginer et c’est ça le danger… car comme j’ai tendance à avoir une imagination galopante.. c’est pas gagné…

surtout qu’hier il y a eu un gros orage qui venait de la zone où ils ont commencé leur parcours… avec des pluies torrentielles…

Facile de les imaginer, marchant sous la pluie difficilement, petits et grands ( particulièrement le plus petit et le plus âgé) dégoulinant de partout, les pieds et le visage rougi et boursouflé par les piqûres de moustiques…

De quoi flipper !

* * *

Ensemble

Au moins, je sais qu’ils sont tous ensemble, et c’est ça leur force

climbing together 4 peace (http://blogging4peace.org/ )… c’est leur devise

Ensemble, on peut tout faire, quand on s’entraide et qu’on décide qu’on ne va laisser personne derrière, du plus petit au plus grand…

Tout le contraire du monde dans lequel on vit, où les mieux lotis laissent les autres en bas de l’échelle se débrouiller tout seul, pour monter eux toujours plus haut et arriver les premiers..

ou pire… se servent de ceux qui sont en bas comme marche pied, et leur montent dessus impunément pour arriver au sommet…

se félicitant après de leur exploit …

Et nous, on les applaudit comme si ils étaient des individus hors-pair qui ont réussi tout seul, par leurs propres forces et leur propre intelligence et on en fait des héros…

La paix elle, elle ne peut pas se construire sans les laisser-pour-compte, sans les plus petits ou les plus grands en âge,

sans faire justice à tous pourrait-on dire…

(En tout cas la paix ou le shalom dont nous parlent les écritures juives et chrétiennes même si elle est bien mise à mal aujourd’hui )

* * *

Lâcher prise

c’est aussi accepter que je ne contrôle ni la vie, ni le destin des autres, particulièrement de ceux qui me sont les plus chers,

que je sois ou non connectée avec eux

Lâcher prise,

c’est une fois de plus

Faire le choix de la foi

et aujourd’hui,

c’est tout ce qui me reste !

( mais ça le fera)

En route!

le 7 août 2024 Palomino, Colombie

Ils sont partis.

Un groupe de randonneurs pas vraiment comme les autres dont le pus jeune a 5 ans et le plus âgé 80…

Périple plutôt que randonnée qui va les conduire à la ciudad perdida , site archéologique colombien d’une ancienne cité du peuple tayrona ( datant de l’an 800 à peu près) qui termine par une montée de plus de 1000 marches..

une marche difficile à l’intérieur des terres (accompagnés assurément d’une nuée de moustiques)

mais bien encadrée et réglementée par l’Institut national colombien d’archéologie avec l’aide de la population locale ( les descendants du peuple tayrona qui forment diverses tribus qui y habitent encore) dans lequel on ne pénètre qu’avec des permis émis par les autorités gouvernementales.

( ce qui est tout à fait normal sinon ça serait catastrophique si on laissait les agences de tourisme s’emparer du site dans le but unique de s’enrichir … le lieu d’ailleurs est devenu touristique et fréquentable depuis la pacification du pays et parait-il très prisé par la population européenne, française en particulier)

*  *  *

marcher pour prier pour la paix…

c’est le désir de celui qui malgré ses difficultés à marcher à l’âge de 80 ans, continue à vouloir promouvoir, cette paix si élusive après une vie passée dans des lieux où régnaient la violence,

Inquiet est-il  de voir toutes ces guerres qui continuent à détruire ce monde paradisiaque que Dieu a créé et où les êtres humains dont il l’a peuplé, semblent vouloir continuer à s’entre-tuer …

marcher, pour faire passer une dernière fois à quelques-uns de la génération suivante, ce message de paix qui est au centre de l’évangile de Jésus…

Qui sait s’il arrivera au bout du chemin, ( je ne le sais pas moi-même ni lui non plus )

Mais peu importe, après tout…

le message ne lui appartient pas,

il appartient au Jésus déjà ressuscité

et donc,

il ne mourra jamais…

Escale au paradis

le 5 août, Colombie, Palomino, Guajira

On est arrivé au Paradis

C’est ce que je me suis dit quand je suis sortie du petit bungalow où on a dormi hier soir après un long voyage de 24 heures, ( deux pays, trois avions, et deux heures de route)

Je me suis demandée hier à un moment donné où on allait, quand à la tombée de la nuit on traversait ces villages, où de chaque côté de la route, il y avait des magasins éclairés, épiceries où l’on trouvait de tout (ferretería disaient certains) des stands vendant quelques produits comestibles aux routiers de passage mais aussi des restaurants rudimentaires avec des chaises et tables dehors et où on pouvait entendre souvent de la musique à fond au son de laquelle un ou deux couples dansaient ( veredas est le mot en espagnol qu’on utilise pour qualifier ces villages).

Pourtant, dire que j’étais dépaysé n’était pas le cas, car ces lieux avec leurs sons et leurs odeurs et surtout le parler et l’allure des gens, c’était bien la Colombie où j’avais vécu pendant longtemps et j’étais contente de me retrouver.

Le décor, car ça a l’air bien d’être un décor quand tout paraît irréel, avec les palmiers à noix de coco, la mer, la plage, les buissons en fleurs, les cris des oiseaux tropicaux, m’a donné le sentiment d’être arrivée dans un monde de rêve, un paysage de carte postale comme on en voit dans les films où à la télévision.

Alors quand je pense à tout ce qu’il y a eu avant de moments d’incertitude, d’angoisses à demie exprimées, de motivation confuse dans la planification de ce voyage organisé en dehors de toutes les normes, je me dis que le parcours pour arriver au paradis est semé d’embûches . On ne peut pas faire l’expérience extraordinaire de la beauté d’un autre monde si on ne prend pas le risque de partir dans l’inconnu et d’oser rêver.

N’est-ce pas ce qu’on appelle faire le pari de la foi ?

(Après-demain, une autre aventure, celle-là plus périlleuse commencera mais aujourd’hui en attendant, on fait une escale au paradis)

Paris, les Jeux olympiques?

Interlude

le 1 août, Paris 2024, jeux olympiques

( j’ai mis jeux olympiques car c’est vrai, ce sont les jeux olympiques mais on ne l’aurait pas vraiment cru ou plutôt remarqué à l’arrivée à la gare de Bercy : pas de panneaux géants, pas d’annonces tonitruantes et pas de foule…un jour ordinaire de vacances d’été avec beaucoup de jeunes au sac à dos…)

Comme par hasard, on est arrivé pas une journée de canicule ce qui m’a causé quelques frayeurs quand je me suis retrouvée dans un métro étouffant et bruyant avec deux personnes vulnérables s’accrochant à leurs bagages ( j’aurais dû insister qu’il fallait commander un Uber…ces méchants qui enlèvent les clients aux taxis parisiens dont la réputation , que je ne qualifierai pas, car tout le monde la connaît bien, est appréciée dans le monde entier )

et aujourd’hui, 2 août je suis retournée dans le ventre de la bête ( mais pas en métro) en raccompagnant notre visiteur de juillet à l’aéroport CDG, que j’ai trouvé plus calme que prévu, peut-être parce que personne ne faisait grève car quand c’est le cas, il règne le chaos le plus complet.

( j’ai quand même pété les plombs en espagnol au retour dans un RER bondé où trois types d’Amérique Latine éméchés harcelaient une voyageuse qui, elle ne comprenait pas l’espagnol.. et j’ai joué au rôle de la vieille femme indignée en leur disant qu’ils ne faisaient pas honneur à leur pays d’origine en se comportant comme des goujats !…Je dois avouer que je n’étais pas mécontente du petit effet de surprise que j’ai créé… je crois qu’ils s’en rappelleront!)

Ce soir, il fait toujours chaud…et la rue en bas de l’appartement est calme comme dans le Paris habituel de l’ été quand il est déserté par tous ses habitants partis en vacances…

je reprends mon souffle,

sans penser au challenge ( comme on dit en français maintenant) qui m’attend dans les jours qui suivent…

PS : c’est quand même les jeux olympiques à Paris : du balcon on a entendu une grande clameur, celle des fans qui saluaient la victoire d’une équipe française et avec son portable, mon amie a connecté pour retrouver l’épreuve qui venait de s’achever…

et les sédentaires alors?

Et les sédentaires ?

Le 31 juillet 2024, Auvergne,

La sécheresse est au détour du chemin après ces quelques journées de canicule et de soleil intense pourtant tant attendues,

je remarque déjà quelques touffes d’herbe jaunie..

Alors si personne n’arrose pendant qu’on sera parti et que le ciel décide de ne pas envoyer des pluies rafraîchissantes, quand on reviendra ( si Dieu nous prête vie ! ), on risque de retrouver une terre desséchée sans herbe, ni fleurs, ni légumes …

C’est là que je me suis dit : c’est bien beau le nomadisme à la Abraham mais il faut bien que quelqu’un reste pour arroser les plantes…

On sait bien que dans beaucoup de pays, en période de sécheresse, c’est la guerre entre les cultivateurs et les nomades, ces derniers ne trouvant pas assez d’herbe pour nourrir leurs animaux, s’aventurent sur les terres cultivées des pauvres sédentaires que leurs animaux détruisent en piétinant…

En essayant de trouver un héros, qui serait un pendant sédentaire à l’Abraham nomade que l’on trouve dans la bible, je dois avouer qu’aucun nom ne m’est venu à l’esprit…. on a des bergers à foison dont le roi David est le plus connu, mais des cultivateurs à proprement parler, on n’en trouve pas des masses… j’ai même lu quelque part que Caïn représentait le clan des cultivateurs et Abel celui des bergers mais comme non seulement son offrande n’a pas été reçue par Dieu et que par jalousie il a tué son frère Abel, ce n’est pas très porteur comme exemple…

(Faut dire que de savoir pourquoi Dieu avait reçu le sacrifice d’Abel et pas celui de Caïn , est une question que je me suis posée… et de toute évidence, je ne suis pas la seule à l’avoir faite car le thème a suscité bp d’hypothèses … sans jamais arriver à aucune explication satisfaisante, selon mon opinion …)

À vrai dire, l’histoire du peuple d’Israël, n’a jamais été très sédentaire : si la terre promise y est un thème constant, il n’en a pas profité pendant longtemps, et l’exil comme la traversée du désert occupent de longues pages dans le récit de leur histoire mouvementée..

Finalement, le cultivateur dont on nous parle souvent, c’est Dieu lui-même qui semble priser particulièrement la culture de la vigne (allégoriquement parlant bien entendu) et se plaint souvent qu’elles ne donnent pas le fruit que l’on pourrait attendre d’elle ( la vigne représentant le peuple d’Israël) étant donné tous les soins qu’il lui prodigue..

Il faudra chercher ailleurs pour trouver des héros du sédentarisme… ou peut-être se rappeler des phrases célèbres du livre d’Ecclésiaste…

« Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel : un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher.[…] Un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter. »

Il doit y avoir un temps pour rester et un temps pour partir aussi…

Et comme la valise est bouclée et la maison rangée ( enfin à peu près), demain ce doit être le temps de partir,

alors ne vaut-il mieux pas arrêter de se poser tant de questions et aller se coucher ? …





















































Quand Abraham tombe à pic!

le 28 juillet 2024, Auvergne

Abraham qui revient sur le tapis

Le pasteur de service, ( en été on s’attend que ce soit une personne qui le remplace) qui était une vraie pasteure en réalité, (je veux dire une femme du métier ) nous a ressorti l’histoire bien connue d’Abraham qui quitte le pays de ses ancêtres, pour aller vers l’inconnu car il a cru à la promesse d’un Dieu qui n’était pourtant pas celui de ses pères ( on révérait la lune dans le lieu où il vivait)

La foi un cheminement, qui nous demande de sortir des sentiers battus pour aller vers un avenir que nous ne connaissons pas mais où Dieu nous assure que nous serons bénis… ce qui n’empêche pas, a-t-elle bien précisé qu’il y ait des moments difficiles sur le parcours…

Un saut dans l’inconnu, c’est exactement ce que nous nous apprêtons à faire cette semaine avec tous les imprévus que les voyages supposent qui nous conduira jusqu’en Colombie ( même si c’est un pays qui ne nous est pas inconnu) après un passage obligatoire par Paris … pour suivre un projet fou…

(Et évidemment, le passage par Paris, ne me réjouit pas particulièrement à cette époque où les jeux olympiques battent leur plein et où éviter la capitale semble être la moindre des précautions …)

Mais dans cette famille où l’on est d’un peu partout, il y en a qui partaient dès ce soir pour retrouver des parents qui n étaient plus très jeunes et dont les jours étaient comptés… Les revoir une dernière fois peut-être pour certains…ce n’est certainement pas du luxe…

* * *

Abraham l’ancêtre,

le père des croyants, (des trois monothéismes nous a rappelée la pasteure)

Descendants d’Abraham …

C’est pour ça qu’on a la bougeote ?

* * *

Poussés ou appelés peu importe,

le Dieu qui s’est manifeste est tout le contraire des dieux confinés à un seul lieu, à un seul peuple, à une seule nation, à un seul souverain,

toute la terre est son royaume

et le nôtre aussi !

Alors marchons !

P.S: pour plus de détails sur l’aventure colombienne, en anglais..

.http://blogging4peace.org/archives/151

Vœux pour les vacanciers de passage

Le 25 juillet 2024, Auvergne

On est au milieu de l’été

les roses qui s’étaient fanées recommencent à former des boutons,

la salade verte, elle, qui a monté, est inutilisable‘

par contre les tomates commencent à rougir…

et dans les champs,  les premières moissons sont récoltées

***

le soleil qui chauffe à plein temps

sèche en moins de deux le linge des visiteurs repartis

la maison reprend son aspect familier de tranquillité

après les tablées pleines d’adolescents affamés

installés dans le jardin du devant

avec les quelques adultes affairés,

à la préparation (et répartition) de repas pantagruéliques

***

Cousins tous ( et une seule cousine) de pays qui vont d’Amérique à l’Asie ( même si certains manquaient à l’appel)

aux croyances et habitudes contrastées

s’accueillant les uns les autres sans se poser de questions

partageant jeux ( vidéos… mais pas que..) et conversations

( et dévorant aussi tous le St Nectaire fermier avec le même enthousiasme!)

* * *

Moments de grâce, de bonheur et de paix

dans un monde où les dirigeants de leurs pays ou de leur appartenance ethnique et religieuse ne perdent jamais une occasion de s’étriper…

Puissent-ils continuer à grandir en se souvenant, que cette fraternité qu’ils ont vécu en famille, doit s’étendre à la famille humaine toute entière…

Toi qui étais là au milieu de nous

Garde-les tous dans ton amour et dans ta paix !

C’est les vacances?

avec un beau coucher de soleil comme celui-là, on doit quand même être en vacances…

Le 19 juillet, 2024, Auvergne

Même en vacances, l’actualité ne nous laisse pas de répit…

L’attentat raté de Donald Trump occupe les Unes mondiales, et le roi de la com se retrouve au centre du monde, une fois de plus…

(pourtant un jeune, blanc par surcroît, qui s’empare d’un fusil acheté par son père pour tirer sur une foule, aux États Unis, c’est devenu tellement banal que ça ne faisait plus la Une depuis longtemps)

Pendant ce temps là son grand rival, Biden l’octogénaire entêté et incontournable dit-on, attrape le Covid et malgré tout s’accroche à une candidature  de plus en plus problématique

Quant à la France, plus ça change et plus c’est la même chose… ceux à droite qui ont poussé des cris d’orfraies contre les macronistes, se sont alliés à eux pour réélire au perchoir, une de leur partisans

( impossible de laisser passer un député communiste près du peuple, susceptible de préconiser des augmentations d’impôts pour les plus favorisés)

et pour couronner la semaine, on découvre que l’abbé Pierre, la dernière grande icône catholique française, (personnage préféré des français, répétait-on avec fierté pendant des années dans les milieux cathos) tout prêtre qu’il était, aurait eu des pulsions sexuelles plus qu’ incontrôlées…

sauf que cette fois-ci, après un ras-le bol de scandales à répétition, c’est la levée de bouclier pour défendre l’abbé en question, mort depuis belle lurette, il faut bien le dire, qui conduit à un déchaînement du discours anti-féministe dans certains cercles de la cathosphère et dont font les frais ces pauvres femmes qui ont osé raconter leurs déboires…

( dans le cas de l’abbé Pierre, ce n’était pas de la pédophilie, mais le fait d’un homme célibataire, ayant fait le vœu de chasteté qui est à la base du problème…idolâtré et considéré comme un saint, on voit facilement comme il aurait pu faire, ce qu’on appelle pudiquement des écarts de conduite, ce qui d’ailleurs se savait de son vivant mais ne se disait pas)

Faudrait-il rappeler à tout un chacun, particulièrement, les cathos du dimanche (mais aussi les évangéliques qui encensent des hommes politiques à la morale plus que douteuse) et même aux laïcs de tout bord, ces lignes répétées jour après jour, semaine après semaine, année après année, dans l’ordinaire de la messe

Car Toi seul es saint,
Toi Seul es Seigneur,
Toi Seul es le Très-Haut : Jésus-Christ….

Alors d’où nous vient cette manie de distribuer des prix de sainteté à tout bout de champ ?

D’où nous vient cette précipitation à nous agenouiller devant de simples mortels si populaires et beaux parleurs soient-ils ?

Serait-ce parce-qu’ils flattent nos egos meurtris assoiffés de reconnaissance mais aussi d’admiration béate  ?

Entre ceux qui recherchent un messie politique et les autres un père spirituel terrestre tout puissant,ma foi, on est bien mal loti !

Bonnes vacances quand même !





































Un pique-nique pas comme les autres

le 10 juillet 2024, Auvergne

On est finalement en été avec de la chaleur et des orages… mais aussi en période de vacances ce qui signifie, que les maisons se remplissent de visiteurs, y compris la nôtre. Difficile pour moi de prendre du temps pour me concentrer et réfléchir… ce qui n’est pas plus mal… et comme je dois assurer l’intendance pour donner à manger à ceux qui viennent, cette histoire de la multiplication des pains tombe à pic !

Intro

Avec ce nouveau chapitre ( découpage artificiel bien entendu) je me retrouve sur un terrain plus facile à appréhender après toutes ces considérations théologiques à la mode judaïque sur l’identité de Jésus…

Évidemment, comme c’est un miracle dont il s’agit, on ne peut pas vraiment dire que l’on s’aventure sur un sol tellement ferme mais cette histoire de la multiplication des pains est tellement connue, étant donné les nombreuses œuvres artistiques qu’elle a suscités, que je n’ai pas l’impression de me retrouver en terra incognita..

Comme pour tous les phénomènes surnaturels, toute la question de l’historicité du récit, qui revient toujours à se demander si ce Jésus a vraiment fait un miracle ou si c’est un Jésus imaginé, rêvé, reconstruit avec les yeux de la foi qui l’aurait fait, elle a été abordé par beaucoup et aboutit à des conclusions différentes selon la théologie des Écritures de leurs auteurs. Tout le monde s’accorde au moins sur le fait que les rédacteurs et les rapporteurs directs ou indirects de l’événement croyaient en son authenticité… En tout cas, cette même histoire est rapporté dans les autres évangiles et ce qui est donc intéressant, c’est de savoir en quoi cette version est différente de celle de Marc, par exemple à laquelle je me suis intéressée

Jean 6 : 2-15

Après cela, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade. Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades. Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples. Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche. Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. » Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. »

Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture. À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »  Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

Un récit comme les autres

Après cela, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade.Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades. Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples. Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.

Comme à l’accoutumée le texte nous indique avec assez de précision où l’événement va se dérouler mais le quand est assez flou. Après cela permet simplement de passer d’un thème à un autre et le marqueur temporel, à savoir la mention de la proximité de la Pâque, le situe dans son contexte historique d’une société qui vit au rythme des fêtes religieuses. (On note une explication de ce qu’est la Pâque qui rappelle que le texte est adressé à des lecteurs/auditeurs, qui ne seraient pas tous juifs et donc ne sauraient pas de quoi il s’agit…) La scène décrite avec la mer de Galilée, la montagne et une foule qui suivait Jésus à cause de ses dons de guérisseur, nous est devenue familière : rien donc, en tout cas qui le distingue de ce qu’on a déjà vu et entendu.

Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. »

Si on compare ce texte avec celui des autres évangiles, on a beaucoup moins de détails sur cet événement mais on a un commentaire du rédacteur qui explique la question de Jésus en anticipant la suite que l’on ne connaît pas encore : le miracle que Jésus va faire, alors que les disciples ne le savent pas. C’est aussi la connaissance surnaturelle de Jésus qui y est soulignée.

Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.

Ce que je remarque, dans la suite de ce récit c’est qu’il est assez sobre : il ne se focalise pas sur l’acte magique/miraculeux de Jésus en lui-même, prit les pains et après avoir rendu grâce) mais sur les directives pragmatiques qui sont données et qui permettent tout naturellement que tous les gens présents puissent manger à leur faim, comme si ça allait de soi .

Jésus le maître de l’anti-gaspillage

Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. » Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.

Je n’ai pas pu m’empêcher de mettre ce titre, même si je sais que c’est facile et que l’intention du texte est d’insister sur l’ampleur du miracle…pas sur l’importance de ne rien jeter…mais c’était trop tentant ! Je note, qu’il y avait des restes de pain, mais pas de poisson…ce qui est le cas souvent dans les grands repas.

La réaction du public

À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »

En fait dans tout ce récit, moi ce qui m’intéresse le plus, c’est la réaction de l’assistance. On n’est plus devant les spécialistes de la loi, les scribes et les pharisiens, mais devant des gens curieux qui n’ont rien d’autre à faire que de suivre un prédicateur itinérant pour le voir guérir des malades ou demander de se faire guérir soi-même, et auxquels Jésus sans crier gare, décide de donner à manger ! Eh bien sûr ce sont eux qui reconnaissent que Jésus est le Messie, alors que l’on vient de nous donner tout un discours théologique compliqué qu’il a prononcé devant les maitres de la loi pour prouver qu’il était vraiment envoyé de Dieu : pas besoin de grand discours, on a mangé à notre faim, pas besoin de nous poser de questions sur la légitimité ou pas de ce « signe ».

Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

Avant tout c’est cette dernière phrase qui m’interpelle : le peuple veut faire de lui leur chef politique, soit ici leur roi mais Jésus refuse…

Ce que j’en retiens

( comme on vient d’avoir des élections en France qui resteront dans les annales…)

D’abord l’enthousiasme de la foule, du peuple, ce groupe de personnes que les élites méprisent toujours en disant qu’ils ne savent pas voter, qu’ils ne savent pas choisir leurs dirigeants, qu’ils sont naïfs, crédules, qu’ils sont incapables de se projeter dans le long terme, qu’ils veulent des solutions immédiates, qu’ils aiment le spectaculaire et l’extraordinaire etc.… qu’ils sont prêts à suivre le premier venu tant qu’ils leur promettent de leur remplir les poches ou l’estomac… ( sauf que Jésus ici n’a rien promis, il a actuellement pourvu)

Eh bien oui, la foule qui suivait Jésus elle était comme ça : ni plus ni moins

Et pourtant elle a fait mieux que les élites : elle a reconnu qui était Jésus tellement et si bien qu’elle a voulu en faire son roi, (son dictateur, son despote ?.)

Mais finalement ce n’est pas elle qui sort grandie de cette épisode ( même s’il faudrait rappeler aux antisémites que la foule qui a reconnu Jésus comme le Messie, était juive!) c’est encore Jésus.

Jésus l’incorruptible

Son attitude tellement exemplaire, tellement différente des grands de ce monde qui ne veulent pas descendre du trône sur lequel ils sont un jour montés…

Cette capacité à résister à la tentation du pouvoir… qu’on lui offrait sur un plateau… cette tentation si dangereuse, si destructrice, qui fait perdre la tête à tant d’êtres humains et les conduit à tous les coups bas, tous les compromis, (et tous les meurtres… ) tentation véritablement satanique que Jésus a dû confronter dans ce face à face qui nous est raconté dans les autres évangiles ( ça vaut la peine de le relire : Mathieu 4 : 1-11)

Tentation qui atteindra certainement son paroxysme quand il sera arrêté, jugé, torturé et finalement mis à mort,

Résister

à la popularité, au désir d’être adulé, reconnu, encensé

Qui à travers l’histoire a été capable de résister aux chants de toutes ces sirènes…? Quel homme religieux a refusé le pouvoir temporel/politique quand on le lui a offert ? Ceux qui ont succombé se comptent par milliers!

* * *

La prière que Jésus a enseigné à ses disciples est toujours d’actualité :

Ne nous laisse pas entrer en tentation mais délivre nous du malin… sous quelque forme qu’il soit

NB: ma réaction à la multiplication des pains quand j’ai lu le texte de Marc https://simone-blog.org/2020/08/donnez-leur-vous-memes-a-manger.html