l’arrière-saison

le 5 septembre 2025, Auvergne

(on est parti en été on est revenu en automne)

l’arrière-saison

c’est comme un deuxième printemps

les roses ont refleuri

l’herbe verte qui semblaient disparue

a commencé à repousser

on ne craint plus la chaleur oppressante du milieu de la journée

ni les insectes bourdonnant pénétrant dans la maison ..

Même si les feuilles des arbres commencent à rougir

ça ne sent pas encore l’hiver 

pas besoin d’allumer le poêle ni de sortir les pulls chauds

* * *

par contre,

je me rends compte

que les oiseaux sont devenus silencieux

ils ne virevoltent plus en piaillant dans ma cour autour de leur nid

seraient- ils déjà partis ?

* * *

PS : hier soir le thermomètre est descendu au-dessous des 10 degrés…

ils ne s’y sont pas trompés, les oiseaux

quand ils ont décidé de partir,

ils ont bien eu raison

cette arrière saison…

ce n’est pas un second printemps, mais un prélude à l’hiver qui vient

Alors en attendant,

Profitons de la douceur de ses dernières journées ensoleillées

avant de nous emmitoufler….

Moments de grâce

Le 29 août 2025, Bruxelles

Moments de grâce 

Ça n’avait pourtant pas très bien commencé quand on est arrivé et l’idée d’avoir à gérer toute une semaine des enfants ( le plus jeune étant un peu turbulent)  au moment de la rentrée des classes n’était pas particulièrement rassurant….

Tout semblait devoir être une série d’obstacles à  surmonter:  l’arrivée à l’heure à l’école, la préparation des cartables avec de la nourriture appropriée incluse, et bien sûr les levers et les couchers…avec tous leurs rituels incontournables du bain ou de la douche, du brossage des dents, des vêtements à choisir et des tactiques multiples pour reculer le moment de dormir ou de se lever….

Mais voilà, c’était sans compter sur la grâce de Dieu,

Alors, c’est la main dans la main tranquillement qu’ils sont allés et venus….

finalement bien heureux de revoir leurs copains et copines

N.B. La grâce de Dieu, c’était aussi de voir ce défilé d’enfants de toutes origines se serrer dans les bras,  s’embrasser, et se mettre à parler ou à jouer, indifférents à leurs différences…et de voir le regard attendri ou inquiet des parents qui les accompagnaient, tous différents mais aussi tous semblables…

Surtout quand on sait, qu’autre part,  certains d’entre eux n’ont de cesse que de se taper dessus!

Moments de prière aussi pour ces enfants abattus à la rentrée des classes aux USA et pour tant d’autres dans les zones de guerres perpétuelles

Les ados en devenir

Le 22 août en route pour Bruxelles 

Sur le seuil de leur vie d’adulte

Ceux qui sont venus chez nous, ils étaient …

Tellement ouverts, tellement curieux, tellement enthousiastes, plein de rêves et de projets pour l’avenir,

Que je ne peux m’empêcher de me demander dans ce monde chaotique qui est le nôtre…

(Mais aussi, bien élevés, respectueux, attentifs …faut dire qu’on avait dû leur faire la leçon avant qu’ils viennent )

Que leur adviendra-t-il? A quel évènements catastrophiques mondiaux ou nationaux auront-ils à faire face, à quelles tragédies personnelles ( il y en a toujours)  mais aussi quelles joies seront les leurs, quels triomphes, quelles réussites ( pour quoi être toujours pessimiste) Verront-ils les enfants de leurs enfants, eux qui aujourd’hui sont les enfants de nos enfants?

Et surtout ce que je me demande, quels choix feront-ils ? Non seulement professionnellement, mais aussi moralement … 

Quand ils seront confrontés au mal ou à l’injustice, de quel côté iront-ils? Défendront-ils le faible contre le fort ou resteront-ils silencieux apeurés, indifférents ou encore s’allieront-ils avec le puissant pour être du côté des gagnants et satisfaire leurs ambitions personnelles ou un désir de puissance caché?

Aujourd’hui ils ont des bonnes intentions et des idées pleines de tolérance envers leurs semblables mais rencontreront-ils sur leur chemin des personnes qui pourraient les convaincre de partir en guerre d’ une manière ou d’une autre contre leurs semblables sous prétexte justement qu’ils ne seraient pas vraiment “leurs semblables”…

En tout cas…

que Dieu les garde, qu’il les protège et qu’ils puissent un jour être comptés parmi les justes…

C’est mon désir et ma prière pour eux et tous ceux de leur génération 

les enfants différents

le 14 août, Auvergne

Au lendemain du séjour de l’un d’entre eux

Il y a les enfants parfaits… enfin parfaits, ça veut dire qui ne crient pas se tiennent bien à table, sont polis et ont des bonnes notes en classe..

il y a des enfants turbulents ( en général des garçons) mais que si on crie un bon coup… ils rentrent dans les rangs…sans trop de problèmes

et puis il y a des enfants différents….

Ceux qui malheureusement d’une certaine manière, n’en ont pas l’air…

* * *

Il y a aujourd’hui toute sorte d’étiquettes qu’on leur donne, selon les pays et les écoles de psychopédagogie où les professionnels spécialistes des troubles de l’apprentissage ou de l’enfance sont formés…

mais le plus difficile à cerner ce sont les causes de ces troubles…

Ce qui fait que…

c’est bien souvent les parents qui sont jugés coupables par d’autres parents-amateurs qui ont la chance d’avoir un enfant dans la première catégorie, et qui s’estiment donc bien au-dessus de ceux-là…

et il faudrait ajouter que des deux parents c’est en général la mère que l’on blâme le plus,

(mais grâce aux cris des féministes, au moins, on mentionne maintenant, le père, absent ou pas)

et dans bien des cas, on remonte l’arbre généalogique pour trouver les aïeux coupables,

qui comme par hasard, sont ceux de la famille de l’autre…

Bref…

Toujours est-il qu’au quotidien, on oscille entre sévérité et compréhension mais on finit toujours à un moment donné par perdre patience et s’arracher les cheveux en se disant : qu’est-ce que j’ai fait au ciel pour avoir un enfant pareil…

C’est pourquoi devant un enfant né aveugle, des gens biens qui eux n’ont pas d’enfant aveugle, posent cette question à Jésus pour remettre en cause ceux qui ont des enfants différents des leurs..

« Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? »

Comme toujours, la réponse de Jésus est totalement inattendue car elle est centrée sur le besoin d’aider la personne affectée qu’il finira par guérir et non de chercher quelqu’un à accuser et à blâmer …

« ni l’un, ni les autres ! » dit-il

D’un coup, il balaie tous les jugements et les accusations de gens malveillants et réhabilite les parents qui souffrent de l’handicap de leur enfant se rejetant la faute mutuellement,

Mais ce qui est encore plus étonnant encore, c’est l’explication que Jésus en donne.

« mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui »

De quoi être surpris

L’handicap d’un enfant, quel qu’il soit n’est pas une punition ni une malédiction.. mais l’occasion d’une révélation des « œuvres de Dieu » en lui….

Un soulagement certainement 

une promesse pleine d’espérance indubitablement

mais pas du tout évident au quotidien

les jours où l’on n’en peut plus …

***

Seigneur, aie pitié des parents qui élèvent des enfants

différents

Manifeste toi

au milieu de leur désarroi

Coup de mou

Coup de mou

Le 6 août, 2025, Auvergne

Quelle expression !

Pourtant c’est ce qui m’est arrivé hier

Comment l’expliquer ? comment le définir ?

***

Déception,

celle d’être ici et pas ailleurs

où l’on préférerait être

où ce serait mieux

au milieu de ceux

qui s’amusent là-bas

sans nous…

***

Qu’ils s’amusent, passe !

mais c’est le « sans nous » qui fait problème

on aimerait être de la partie

même si c’est de notre propre gré

pour une raison déjà oubliée

qu’on est resté à la maison,

***

Du coup on ne voit plus

la beauté autour de nous,

on n’entend plus

l’harmonie des sons diffus

on a beau se secouer ou se raisonner

on n’entend

que les rires joyeux des absents

qui retentissent là-bas au loin

“sans nous”

***

Alors

on se met à se lamenter sur son sort,

(qui pourtant n’est pas tragique du tout)

sur son isolement voulu ou forcé

sur sa mise de côté réelle ou imaginaire

on s’enveloppe chaudement dans une victimisation réconfortante

pour se consoler et aussi il faut l’avouer

se faire plaisir…

***

Ça doit être ça qu’on appelle

un coup de mou !

P. S : Ça y est, aujourd’hui le coup de mou est passé, heureusement !

Il m’a retiré […] Du fond de la boue; Et il a dressé mes pieds sur le roc, Il a affermi mes pas. Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, ps. 82

P.S 2. Je vérifie l’origine de l’expression : ah, ça vient de l’adjectif mou/molle …je n’y avais pas pensé,

Regrets?

Paris, mardi 29 juillet

D’un côté …

Quand je suis à la campagne, dans ce petit village, je m y trouve bien et je désire être nulle part ailleurs:  la beauté de la nature autour de moi m’émerveille , avec ses couchers et levers de soleil spectaculaires, le silence de ses nuits étoilées, les promenades tranquilles par des chemins bordés de prés m’apaisent et l’amabilité et la serviabilité des voisins que je rencontre de temps en temps me réconforte

Mais dès que je descends du train à Paris et que je sors de la gare, je replonge dans un autre monde où se trouvent des milliers de gens de tout horizon, bien vivants et souvent pressés, et je me dis, qu’est-ce que je fais à vivre planquée dans un petit village au fin fond de l’ Auvergne quand le reste du monde s’agite et se démène confronté chaque jour, à des événements qui semblent tous les jours plus catastrophiques ?

Je dois avouer que j’aime l’agitation de la vie citadine : j’aime marcher dans la rue, regarder les vitrines et observer les passants, au besoin m’asseoir sur un banc ou à une terrasse de café, même prendre un bus ou un métro. L’ambiance des grandes villes me plait et celle de Paris tout particulièrement, probablement parce que j’y ai grandi et ses bâtiments et immeubles qui encadrent les rues ont un air familier… 

Je pourrais regretter de ne pas avoir fait le choix de vivre à Paris alors que j’aurais pu à un moment donné m’y installer mais je ne vis pas seule (ce dont je ne saurais me plaindre d’ailleurs) et même si j’avais l’aval de celui avec lequel je partage ma vie, il y a eu bien d’autres raisons encore.

Vivre à Paris aurait signifié faire des choix de style de vie et de carrière professionnelle  auxquels je ne croyais plus, la cherté de la vie ne permettant d’y faire n’importe quoi : pas question alors de renoncer à des valeurs sur lesquelles j’avais construit ma vie…Et puis, je ne suis pas dupe, je sais très bien que si ça me fait tellement plaisir de m’y retrouver, c’est justement parce que je n’y suis pas toute l’année.

Alors autant en profiter pleinement sans arrière pensée et surtout sans regrets

Supplique

La photo est le lever de soleil dans Los Llanos en Colombie

Le 24 juillet, 2025

Alors que la famine commence à décimer femmes et enfants dans la bande de Gaza, un territoire en ruine détruit à plus de 90%  par des bombardements incessants, sans qu’un accord de cessez-le-feu ne se profile à l’horizon … que les grandes puissances continuent à alimenter en armes … ( les armes elles, elles n’ont pas besoin d’un couloir de sécurité pour atteindre la population, contrairement à la nourriture, elles ne ratent pas leurs cibles)

Alors que … le m’as-tu – vu de la Maison Blanche continue à se vanter sans vergogne de ses exploits imaginés pour certains, mais malheureusement bien trop réels pour d’autres,  comme celui des rafles massives chez des centaines de milliers de personnes par des hommes masqués, qui les traînent hors de chez eux ou de leurs lieux de travail et les conduisent  dans des centre de détention indignes, enchainés comme des bêtes sauvages … sous les applaudissements d’hommes et femmes politiques corrompus et serviles…

Comment peut-on nous vivre par ces temps où tous nos rêves d’un monde plus juste et pacifié disparaît devant nos yeux, jour après jour? Comment ne pas perdre espoir?

(Disparaît ou semble disparaître… car la lutte de ceux qui résistent et s’opposent aux forces des ténèbres, ne sont malheureusement pas les sujets préférés des médias: tous les algorithmes des grandes sociétés qui les régissent sont programmés pour privilégier les informations les plus inquiétantes, les plus outrancières et les plus tragiques ; la pratique du bien ne fait pas recette…)

Toujours est-il que dans mes lectures du jour, j’ai trouvé cette supplique qui exprime bien ce que je ressens dans le psaume 140 dont j’ai modifié les pronoms et le nombre ( du je au nous, du singulier au pluriel) pour en faire une prière communale

Délivre-nous, Éternel , des hommes méchants , contre les hommes violents, défends-nous

contre ceux qui préméditent le mal et sont toujours prêts à faire la guerre ,

On a vraiment besoin d’être délivré / je m’étonne de ce pouvoir de cette emprise qu’ils peuvent avoir

Ils aiguisent leur langue comme un serpent ils ont sous leur lèvres un venin d’aspic. Pause

Garde-nous Éternel de la main des impies, contre les hommes violents défends nous contre ceux qui méditent notre chute,

les arrogants nous ont tendu des pièges ; sur notre passage ils ont mis un filet, ils ont dressé contre nous des embûches. Pause

Je dis à l’Eternel  : « Mon Dieu, c’est toi ! » Éternel , entends le cri de notre prière (. . .)

N’accomplis pas, Éternel le désir des méchants , ne permets pas que leurs intrigues réussissent de peur qu’ils s’en glorifient!

(. . .)

Aparté

C’est surtout ça que je ne peux pas supporter, c’est qu’ils réussissent … quand ils obtiennent ce qu’ils veulent…quand les gens votent pour eux, quand ils sont élus ou réélus ; J’aime les films hollywoodiens où les bons finissent par gagner et les méchants perdent et leurs stratagèmes sont déjoués…pas les films européens plus réalistes ou pessimistes où c’est souvent le contraire

 L’homme dont la langue est fausse ne tiendra pas sur la terre : le violent,  le malheur l’entraîne à sa perte

Je le sais, le Seigneur rendra justice au malheureux, il fera droit au pauvre.

Oui, les justes rendront grâce à ton nom, les hommes droits siégeront en ta présence. 

Aparté

C’est cela qui m’encourage, ce rappel que contrairement à ce que disent ces faux prédicateurs qui sont des faux prophètes, Dieu n’est pas du côté des riches et des puissants, il fera justice… mais quand?

Moralité : je peux continuer à admirer les levers et les couchers de soleil, et la beauté de cette planète qu’Il a créé, avec confiance et reconnaissance

Jésus défenseur des femmes tondues

Le 22 juillet 2025

https://actu.fr/centre-val-de-loire/nogent-le-rotrou_28280/histoire-tondues-nogent-rotrou_15856449.html

Jean 8 : 1-11

Introduction

Maintenant on en arrive à l’une des anecdotes les plus sympas et les plus agréables à lire et à commenter de l’évangile de Jean, le pardon de Jésus à la femme adultère … après avoir quand même pas mal galéré avec le «  manger ma chair et boire mon sang », ça fait plaisir de se retrouver face à cette histoire…

Sauf que … ( il y a toujours un mais) l’histoire de cette histoire est… toute une histoire !

Si je comprends bien, le problème est que l’on ne trouve pas cette anecdote (le mot est péricope pour les initiés) dans les manuscrits les plus anciens de cet évangile et qu’il fait son apparition quelque temps plus tard dans différents écrits mais avec beaucoup de variations… tant et si bien qu’on ne sait pas qui ni comment ni quand il aurait été  « rajouté » et finalement inclus dans le texte officiel canonique de l’évangile…

Alors évidemment, les théories vont bon train et les hypothèses que personne ne peut complètement prouver ou réfuter ont été émises et discutées …mais dans tout cela, ce qui est rassurant c’est que les spécialistes aujourd’hui ne remettent pas en cause l’historicité ou l’authenticité de l’épisode et le fait qu’il remonte à Jésus … (ouf) mais sur comment et pourquoi il a atterri à cet endroit de l’évangile de Jean…ça c’est une autre histoire et un autre débat…

( Beaucoup considèrent que l’hésitation d’inclure cet épisode est qu’étant donné le caractère scandaleux de l’histoire, il aurait été omis par des copistes soucieux de la bonne morale et réintégré plus tard… je dois avouer que j’aime bien cette hypothèse)

Pour moi la question est plus simple : si vraiment cet épisode ne remonte pas au Jésus de Nazareth, pourquoi dans un évangile qui cherche à prouver que Jésus est l’envoyé de Dieu, « le Fils » du Père, inclure ou pire inventer un épisode aussi scandaleux qui au contraire le discréditerait ?

Moi je vote donc pour son authenticité…peut-être aussi parce que je suis une femme et que ce texte me tient d’autant plus à coeur…

( cet article fait un résumé des études sur la question et croit en son authenticité…The Story of Jesus and the Adulteress (John 7,53-8,11) Reconsidered John PaulBiblicaVol.No. 2 (1991)pp. 182-191 (10 pages) Published By: Peeters Publishers j’en cite d’autres à la fin…en anglais, désolée) )

L’épisode en question…

Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers.

Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.

Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu,

et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.

Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »

Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.

Comme toujours dans les évangiles, comme ce ne sont pas des reportages mais des témoignages, les détails de lieu et de temps qui nous sont donnés sont succincts et sont ceux d’une personne qui aurait assisté à la scène où l’aurait entendu rapportée et pour qui ce genre d’information serait secondaire.

( dans le temple, où exactement ? Comme il s’agit d’une foule ça ne peut pas être n’importe où et y aurait-il eu des femmes présentes…mais pas plus de précision étant donné peut-être que les auditeurs juifs sauraient naturellement où ça pourrait se dérouler et pour les autres, ce ne serait pas aussi important)

En tout cas cette scène d’une femme que des hommes exhibent et installent au milieu de la foule, ça me fait froid dans le dos ...je ne peux qu’imaginer sa terreur, sa honte … on ne dit rien d’elle… mais je sais malheureusement que des scènes semblables continuent à se dérouler encore aujourd’hui…

et en France, de telles scènes ne sont pas non plus si lointaines… elles me rappellent ces images que l’on peut voir encore de la libération en 1945, de ces femmes tondues accusées d’avoir couché avec des soldats allemands et que l’on traînait devant la foule qui leur crachait dessus, les insultait etc… ou les tondait en public… leurs regards de bêtes traquées sont imprimées dans ma mémoire.. D’où l’illustration en haut de la page…

La réaction de Jésus est étonnante et je ne peux m’empêcher de noter l’intelligence de son silence et du fait qu’en baissant la tête et en écrivant sur le sol, il oblige tous ceux présents , la foule autant que les accusateurs, à faire une pause de réflexion … Certainement, cela fait baisser le tempo du moment où l’enseignement de Jésus est interrompu brutalement par l’ irruption d’hommes excités tout contents d’avoir surpris une femme commettre un adultère et impatients d’entendre sa réponse..

( un article très intéressant a été écrit sur la réaction de Jésus et son caractère approprié)

En tout cas le manque de détails sur la femme et les circonstances même de ce flagrant délit ( où ? avec qui ? l’homme étant absent bien sûr…) montre que la scène ne tourne pas autour de son sort, qu’elle importe peu, mais qu’elle est l’occasion de tendre un piège à Jésus et de le discréditer : rien de plus, ni rien de moins.

Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »

Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.

De toute évidence, ils sont déçus que Jésus ne réponde pas et qu’il n’entre pas dans leur jeu, ils insistent donc… alors, il prononce cette phrase qui deviendra célèbre car elle dévoile que derrière toute condamnation il y a de la part de celui qui condamne, l’implication que lui n’a rien à se reprocher, surtout que dans ce cas c’est un adultère que ces hommes lui reprochent d’avoir commis sauf que …. si l’on en croit Jésus qui met toujours la barre très haut…

« Mais moi je vous dis: Tout homme qui regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur »

Donc…. Lequel de ces hommes serait-il vraiment sans péché…. ???

Pourtant Jésus, et c’est là son génie, n’élabore pas, ne nomme rien de précis, et ne les dénonce pas lui-même, il ne les regarde même pas ( on peut en dire tellement dans un regard) et leur laisse maintenant le temps de la réflexion… d’examiner eux-mêmes leur conscience… de découvrir leur hypocrisie et d’en tirer les conséquences…

( il est d’ailleurs intéressant de noter que beaucoup des commentateurs d’antan ont imaginé que Jésus avait écrit une liste de péchés sur le sol ! Preuve qu’eux, ils n’étaient pas si malins que ça)

Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.

La fougue de l’homme jeune qui lui-même a du mal à gérer sa sexualité…l’empêche d’avoir la lucidité et la sagesse des plus âgés qui partiront les premiers…

Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »

Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Maintenant qu’ils sont tous partis, et qu’elle n’est plus terrifiée, ni non plus soumise aux regards désapprobateurs ou haineux de qui que ce soit, Jésus lui la regarde et s’adresse à elle avec respect ayant la délicatesse de ni l’accuser ni lui demander si elle est vraiment coupable…Elle redevient une personne à part entière et retrouve sa dignité…

Viens finalement cette phrase finale avec le « désormais ne pêche plus » sur lequel plus d’un prédicateur s’est fait le devoir d’insister lourdement pour noter que oui que cette femme est coupable, oui l’adultère est un péché, et que non Jésus ne l’approuve pas et que s’il ne l’a pas condamnée, il lui dit bien de ne plus recommencer… essayant d’enlever aux paroles de Jésus ce qu’elles avaient de choquantes et de tolérantes face à une femme dite de mauvaise vie…

* * *

Ce que J’en retiens…

Cet épisode me réjouit profondément et en le relisant de près, je me demande si encore aujourd’hui, après le me#too contre lequel tant de gens bien pensants s’insurgent maintenant, on se rend compte à quelle point cette scène est avant-gardiste pour ne pas dire révolutionnaire quant à la défense des femmes et surtout à la contestation du droit de les condamner des hommes alors qu’eux-mêmes sont certainement coupables d’enfreindre ou d’avoir enfreint les interdictions sur l’adultère… Une dénonciation avant l’heure encore une fois de l’hypocrisie des hommes religieux dont la révélation des frasques sexuelles, font périodiquement la Une des journaux..

De plus, en ne condamnant pas la femme adultère, qui restera à toujours anonyme, Jésus redonne leur dignité à toutes les femmes traînées dans la boue, humiliées publiquement dans le monde et /ou pire, condamnées à mort par des tribunaux d’hommes injustes et hypocrites.

Malheureusement, cet aspect là de la défense des femmes et de la condamnation des hommes, n’a pas été souvent au centre des commentaires et sermons sur ce texte : on a préféré car moins dangereux et moins subversif, d’insister sur le pardon en général, s’intéressant plutôt aux aspects de la loi juive sur la question de l’adultère, proposant des scénarios sur ce qu’avaient pu être les circonstances de ce flagrant délit et essayant de savoir si la femme était mariée ou pas… En tout cas, les royaumes de la chrétienté à travers les siècles ne semblent pas en avoir tenu compte dans leur traitement des femmes….si on en croit toutes les chasses aux sorcières auxquels ecclésiastiques et autres manants se sont livrés …et continuent à le faire…

Heureusement, fort heureusement, que cette scène a été gardée et rapportée… à croire que l’Esprit Saint/ Paraclet/ a eu quelque chose à voir dans la rédaction et la compilation des textes évangéliques malgré toutes les controverses et interrogations qu’ils ont pu susciter…

Alors, une fois n’est pas coutume, je dis : Vive l’évangile de Jean !

NB. Pour aller plus loin, quelques articles qui examinent la question de l’omission puis de la réapparition de cette épisode dans l’évangile de Jean, ainsi que la rédaction du texte et ces différentes versions :

Knust, J., & Wasserman, T. (2010). Earth Accuses Earth: Tracing What Jesus Wrote on the Ground. The Harvard Theological Review, 103(4), 407–446. http://www.jstor.org/stable/40930895O’Day, G. R. (1992). John 7:53-8:11: A Study in Misreading. Journal of Biblical Literature, 111(4), 631–640. https://doi.org/10.2307/3267436
Deans, T. (2014). The Rhetoric of Jesus Writing in the Story of the Woman Accused of Adultery (John 7.53-8.11). College Composition and Communication, 65(3), 406–429. http://www.jstor.org/stable/43491482