Juillet ici et ailleurs

Ier juillet 2025 Auvergne

Nouveau mois,

Pourquoi ce passage si artificiel d’un mois à l’autre, ce changement de nom dans l’en-tête de la date provoque-t-il en moi cet étrange émoi comme s’il représentait une page vierge qu’on attend de remplir, un destin suspendu où tout est encore possible?

Pourtant, juillet ne signifie rien pour moi de particulier maintenant…

Même si je sais ce que juillet signifie ici en France : vacances, soleil, été , plage, bronzage, ce temps béni dont on rêve toute l’année  et où nous est promis sinon le bonheur, tout au moins un répit dans la course folle de la vie au travail et des tâches quotidiennes répétitives

Tout ça l’a été pendant des années pour moi aussi et quand j’ai quitté la France pour aller vivre ailleurs je me suis demandée comment pouvait-on vivre sans ce rythme si réparateur des grandes vacances, les fameux congés payés autour desquels s’est développé toute une culture  florissante faisant vivre une population qui voit ses revenus monter en flèche dès que le soleil se pointe et arrivent les premiers vacanciers. L’industrie du tourisme paraît-il engrange des revenus conséquents et participe à la bonne santé de l’économie nationale.

( comme quoi, on peut créer des emplois sans que ce soit en produisant des armes! C’est beaucoup mieux de le faire en offrant du repos et du bien-être à la population…)

***

Ce qui m’a fait perdre ce rythme bienheureux c’est d’abord quand je suis allée aux États Unis où l’idée de partir 3 semaines en vacances de suite était et est toujours impensable ( une semaine peut-être ou un weekend prolongé…)

Mais ce qui a fini par m’achever a été certainement d’aller vivre dans l’hémisphère sud ( en Argentine en l’occurrence) où les saisons sont sens dessus dessous : quand j’ai vu que l’été commençait au mois de novembre et qu’au mois de juillet c’était l’hiver, alors j’ai carrément perdu mes points de repères….

Et puis je ne les ai certainement pas retrouvés quand je suis allée vivre près de l’équateur ( en Colombie) pendant des années où là il n’y avait plus de saisons du tout, pas d’arbres qui perdaient leurs feuilles en automne, pas de neige en hiver, pas de renaissance de la nature au printemps mais par contre où les orchidées fleurissaient toute l’année et les fruits tropicaux abondaient délicieusement (pas hors de prix et insipides comme dans les super marches ici)  La température dépendait de l’altitude à laquelle on se trouvait : tropicale et suffocante au pied de la montagne et froide à se faire geler la nuit tout en haut…

(Il y a quand même vaguement deux saisons, l’été et l’hiver : l’été est toujours plus sec et un peu plus chaud)

Quant aux grandes vacances, dans le milieu dans lequel je me trouvais, on n’en avait jamais entendu parler: bien sûr on faisait la fête quand on le pouvait et quand il y avait des jours fériés, on prenait un car (au péril de sa vie d’ailleurs) et on allait piqueniquer : ça s’appelait un paseo

Et puis…

On est parti vivre en Afrique de l’Est pendant un certain temps ce qui n’a rien arrangé du tout…sauf que quand j’étais à Djibouti où il ne fait certainement jamais très frais, ayant été colonisés par des français, tout le monde savait ce qu’étaient les vacances ( quand tous les français partaient)

Bref…

On est le premier juillet et la France est en alerte canicule, tout le monde ou presque s’apprête a partir en vacances et moi je suis contente tout simplement

Parce qu’on commence un nouveau mois, que c’est l’été et qu’il ne fait pas froid

J’ai dû vieillir !

Coucher de soleil

Jeudi 26 juin, Auvergne

Le soleil se couche

Encore une fois 

comme tous les soirs d ailleurs 

Lundi mardi mercredi jeudi … 

peu Importe

Le rite est le même 

Le ciel rougit au loin 

Parfois 

une simple raie au fond de l’horizon 

D autres 

Le ciel entier est embrasé 

***

Puis une lumière commence à scintiller

sur le flanc de la montagne 

Et le premier lampadaire 

S’allume 

Le ciel lui reste bleu quelque temps 

des nuages traînent ici et là 

Il faudra encore attendre

Pour que l’obscurité descende

Et que les premières étoiles fassent leur apparition 

***

Bientôt 

petites et grandes

Pales ou brillantes

Elles recouvrent le ciel tout entier

Alors

Je tourne lentement la tête de tous côtés

Émerveillée de leur nombre prodigieux

Et de l’étendue immense de ce lieu

Ne pouvant même pas imaginer 

la distance infinie qui me sépare 

De ces êtres aussi réels que mystérieux

***

Cette planète la terre

L’Eden que Tu nous a offert

Il est encore là resplendissant de beauté 

Malgré nos velléités d’enfants trop gâtés 

destructeurs et ingrats

Frivoles et capricieux

***

Merci pour ta patience et ta fidélité 

Jésus et les élites sociales: l’ incompréhension

Du 18 -26 juin, 2025, Auvergne

Je suis vraiment de retour maintenant : c’est la saison des foins et paraît-il que cette année le fourrage est abondant et de bonne qualité. Je retrouve le rythme lent et campagnard de personnes éloignées de la vie active et je n’attends pas de visiteurs…je peux souffler et reprendre cette étude.

Par contre, lui Jésus, il est en pleine polémique…

Jean 7 : 25-52

Les interrogations continuent

Quelques habitants de Jérusalem disaient alors : « N’est-ce pas celui qu’on cherche à tuer ?

Le voilà qui parle ouvertement, et personne ne lui dit rien ! Nos chefs auraient-ils vraiment reconnu que c’est lui le Christ ?

Mais lui, nous savons d’où il est. Or, le Christ, quand il viendra, personne ne saura d’où il est. 

La foule de toute évidence ne sait sur quel pied danser…est-ce lui le Christ, le messie ou pas lui ? Ils cherchent donc conseil auprès des experts pour se faire une opinion et l’attitude de ces derniers les jette dans une plus grande confusion : rien d’étonnant dans tout cela, des réactions tout à fait normales d’autant plus qu’on trouve les mêmes schéma aujourd’hui dans notre société sauf que les experts que l’on consulte sont sur les plateaux télé ou les réseaux sociaux…

Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria : « Vous me connaissez ? Et vous savez d’où je suis ? Je ne suis pas venu de moi-même : mais il est véridique, Celui qui m’a envoyé, lui que vous ne connaissez pas.

Moi, je le connais parce que je viens d’auprès de lui, et c’est lui qui m’a envoyé. »

On cherchait à l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui parce que son heure n’était pas encore venue.

Jésus change de lieu et il n’est plus dehors s’adressant à une foule quelconque mais dans un lieu officiel le temple, ses auditeurs, il faut s’y attendre incluent donc des spécialistes de la loi auxquels il s’adresse directement et auprès desquels il continue de défendre sa vocation d’envoyé de Dieu sans donner pour autant des éclaircissements.

Jésus accusé de populisme ?

Dans la foule beaucoup crurent en lui, et ils disaient : « Le Christ, quand il viendra, accomplira-t-il plus de signes que celui-ci n’en a fait ? »

Les pharisiens entendirent la foule discuter ainsi à son propos. Alors les grands prêtres et les pharisiens envoyèrent des gardes pour l’arrêter.

Réaction de nouveau des uns et des autres et comme justement la foule risque de le suivre, l’urgence de le faire taire se fait plus pressante pour les dirigeants politiques et religieux qui se préoccupent de l’engouement pour sa personne

Jésus déclara : « Pour un peu de temps encore, je suis avec vous ; puis je m’en vais auprès de Celui qui m’a envoyé.

Vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas ; et là où je suis, vous ne pouvez pas venir. »

Les Juifs se dirent alors entre eux : « Où va-t-il bien partir pour que nous ne le trouvions pas ? Va-t-il partir chez les nôtres dispersés dans le monde grec, afin d’instruire les Grecs ?

Que signifie cette parole qu’il a dite : “Vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas, et là où je suis, vous ne pouvez pas venir” ?

Le malentendu se manifeste de nouveau entre les experts de la loi et Jésus qui parle d’une manière énigmatique cherchant à les confondre plutôt qu’à les éclairer semble-t-il, ce qui fait que leur interprétation qui prend les paroles de Jésus au pied de la lettre est tout à fait plausible : en mentionnant l’existence de cette diaspora juive que Jésus irait peut-être rejoindre et qui vient souvent à Jérusalem pour les fêtes, le rédacteur du texte donne un socle d’historicité inattendu à cet épisode en situant la source nécessairement, me semble-t-il, avant la destruction de Jérusalem en 70

Au jour solennel où se terminait la fête, Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive,

celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. »

En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, il ne pouvait y avoir l’Esprit, puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié.

Dans la foule, on avait entendu ses paroles, et les uns disaient : « C’est vraiment lui, le Prophète annoncé ! »

Maintenant on a une indication de temps sans préciser le lieu, où l’on entend Jésus qui laissant de côté la polémique sur sa légitimité, fait cette magnifique offre d’eau vive qu’il est venu apporter pour étancher notre soif et dont il est la source. D’ailleurs la foule répond avec enthousiasme le déclarant être le prophète annoncé …(Élie, le messie?) mais non sans que l’évangéliste se voie auparavant dans l’obligation de nous expliquer la signification de ses paroles, interrompant l’épisode raconté, montrant bien la distance dans le temps de la susdite déclaration et l’explication de l’évangéliste ( personnellement, je trouve que c’est un peu dommage mais bon… )

Cependant la polémique repart de plus belle avec cette opposition entre la foule crédule et facilement séduite et convaincue selon les autorités religieuses lesquelles continuent à vouloir le faire arrêter

D’autres disaient : « C’est lui le Christ ! » Mais d’autres encore demandaient : « Le Christ peut-il venir de Galilée ?

L’Écriture ne dit-elle pas que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village de David, que vient le Christ ? »

C’est ainsi que la foule se divisa à cause de lui.

Quelques-uns d’entre eux voulaient l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui.

Ici entre en jeu, un nouveau groupe de personnes, ceux qui sont chargés de faire exécuter les ordres des autorités ( les gardes, soit la police) appartenant certainement socialement parlant au peuple et qui hésitent à exécuter les ordres de leurs supérieurs…ce qui est vraiment intéressant

(en tout cas ça me rappelle de l’histoire de ces quelques policiers qui n’ont pas voulu participé dans la trop fameuse rafle du Vélodrome d’hiver en 1942 pour arrêter les juifs pour montrer qu’on n’est pas toujours obligé d’obéir aux ordres de ses supérieurs…évidemment il n’ en a pas eu des masses…mais pour Jésus, il semble que cette fois-là, ça a été la majorité)

Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? »

Les gardes répondirent : « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! »

Les pharisiens leur répliquèrent : « Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarer ?

Parmi les chefs du peuple et les pharisiens, y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ?

Quant à cette foule qui ne sait rien de la Loi, ce sont des maudits ! »

On a vraiment maintenant une mise en évidence de la stratification de la société de l’époque et de comment l’opinion que ses interlocuteurs ont de Jésus dépend étroitement de la place qu’ils occupent sur l’échelle sociale : les réflexions des chefs du peuple témoignent d’un profond mépris de classe envers le peuple qu’ils considèrent ignare notant bien qu’aucun de leur milieu n’aurait été assez bête pour croire en Jésus…

Nicodème, l’un d’entre eux, celui qui était allé précédemment trouver Jésus, leur dit :

« Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ? »

Ils lui répondirent : « Serais-tu, toi aussi, de Galilée ? Cherche bien, et tu verras que jamais aucun prophète ne surgit de Galilée ! »

Puis ils s’en allèrent chacun chez soi. Réapparaît Nicodème le seul qui appartienne à leur classe sociale et qui ne soit pas hostile à Jésus-Christ : on l’avait presque oub, intrigué par lié, lui qui était venu voir Jésus intrigué par ses déclarations.

Ce que j’en retiens…

Ce qui me frappe vraiment ici, et je ne m’attendais pas à le voir affleurer dans un document si « théologique » que l’évangile de Jean, est une description de la stratification sociale qui met en évidence comment le milieu social auquel on appartient joue un rôle dans nos réactions quand on est confronté à quelqu’un comme Jésus. Le mépris flagrant pour les foules et aussi les reproches faits aux gardes, ces derniers eux-mêmes appartenant à une classe inférieure, de la part des élites est l’argument numéro un qu’ils utilisent pour discréditer Jésus car personne n’appartenant à leur classe sociale ne croie en lui sauf Nicodème …Je ne l’avais jamais autant remarqué.

(un stratagème utilisé encore aujourd’hui pour disqualifier l’opinion de certains groupes d’électeurs envers un leader politique que l’on désapprouve… ces réactions seraient très intéressantes à examiner à la lumière des théories de Bourdieu sur Langage et pouvoir politique)

Et puis comme il arrive souvent dans cet évangile, au milieu d’une polémique musclée suscitée en grande partie par des questions de lutte de pouvoir, on a cette offre extraordinaire d’une eau vive si généreuse que celui qui la reçoit, nous dit Jésus « de son cœur couleront des sources d’eau vives » …

On est rappelé au fait que la mission de Jésus n’est pas de passer son temps à s’engager dans des querelles théologiques stériles avec les experts de la loi, mais elle est d’annoncer une bonne nouvelle de la part de Dieu, « Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » peut-on lire un peu plus haut dans ce même évangile.

Mais pour la recevoir, cette eau vive, encore faudrait-il avoir soif…. et si on est en haut de l’échelle où tous nos désirs peuvent être comblés, comment pourrait-on avoir soif ?

A moins de s’appeler Nicodème, l’exception qui confirme la règle…

Des saintes féministes avant l’heure?

Le 23 juin, Auvergne, 2025

C’est vraiment l’été: le thermomètre est monté au-dessus de 30 et on parle de canicule… Alors vive les villages auvergnats situés au flanc des montagnes où la  température baisse au moins à 20 ° pendant la nuit et vive les vieilles maisons aux murs de pisé qui conservent la fraîcheur mieux que n’importe quelle clim dernier modèle…

***

Intriguée par ces saints qui apparaissent tous les jours sur le site catholique des textes liturgiques du jour, je me suis mise à lire les courts extraits de leur vie pour savoir de qui il s’agissait … et j’ai découvert qu’il y en avait toute une ribambelle car sont listés non seulement les saints et saintes canonisés en bonne et dû forme mais aussi un grand nombre de bienheureux et bienheureuses qui eux ne bénéficient pas du label prestigieux de sainteté… mais quand même…ont leur nom inscrit sur les registres.

Il se trouve que la plupart de ces bienheureux et bienheureuses sont des martyrs ( car parait-il le martyre vous garantit l’entrée directe au paradis sans passer par la case purgatoire)… mais ne sont pas pour autant ces martyrs bien connus que l’on voyait sur de nombreuses illustrations, les yeux tournés vers le ciel entourés de bêtes sauvages prêtes à les déchiqueter sous le regard cruel de spectateurs avides de sang dans les arènes de l’empire romain  ( illustrations censées susciter l’admiration auprès des enfants du catéchisme pour les inciter a être des chrétiens plus fervents eux qui n’étaient pas persécutés?)  En fait, il y en a bien d’autres dont les dates et les noms évoquent d’autres périodes de l’histoire mouvementée du christianisme.

Les guerres de religion en Europe en ont produit toute une flopée….   et tous ces noms anglais que j’étais surprise de trouver font allusion aux victimes catholiques tuées pendant l’époque de Cromwell et d’Elizabeth Ier ( ceux protestants tués pendant l’époque de la très sanglante reine Catholique surnommée « Bloody Mary », évidemment ne sont pas sur la liste… il y a quand même des limites à l’œcuménisme…)

Il y a aussi les noms des victimes du régime de la Terreur pendant la révolution française et d’autres noms de martyrs plus proches, ceux victimes des camps de concentration pendant la deuxième guerre mondiale;

Par contre j’ai vu avec satisfaction que l’ on commençait à reconnaître ces martyrs qui ne sont pas d’origine européenne, comme des prêtres tués pendant la période trouble de la révolution mexicaine (1910-1920°) d’autres plus lointains dans le temps et l’espace de martyrs japonais à Nagasaki au 18ème siècle et même des personnes du Congo qui ont été ajoutées récemment… Comme j’ai parlé œcuménisme plus haut, il faut noter que des travailleurs égyptiens coptes assassinés en 2015 en Syrie par des djihadistes ont été  aussi ajoutés à la liste.

Mais ce qui m’a interpellé dans la liste d’aujourd’hui, c’était ces deux femmes, pas martyres elles, l’une anglaise,  fille de roi… carrément canonisée et l’autre belge, bienheureuse, qui selon l’explication, avaient imposé à leurs maris ( car on les avait forcées à se marier) la continence!  En d’autres termes elles avaient refusé d’avoir des rapports sexuels avec eux!  Étonnant en l’an 679 et 1213 que des femmes aient une telle audace quand dans le mariage, le corps de la femme devenait la propriété  incontestée de leur mari!

( deux des 3 maris, l’une s’étant retrouvée veuve, semble-t-il avaient accepté de bon gré mais quand l’autre avait refusé, elle l’avait quitté  https://levangileauquotidien.org/FR/display-saint/fbb3ac23-e2a7-41a2-b813-d7011e1a4db6; https://levangileauquotidien.org/FR/display-saint/ce7a086d-6b7e-4af2-81d2-e060afacf302

Alors je me suis dit que quand aujourd`hui on crie au lèse majesté quand les femmes insistent sur l’importance du consentement dans les rapports sexuels revendiquant leur droit de refus , ces deux femmes, saintes ou bienheureuses, font vraiment figure de pionnières !

Pourquoi n’en ferait-on pas après tout des patronnes du mouvement #MeToo ! 

Silence

Le jeudi 19 juin, Auvergne

Le ruisseau coule encore 

Les vaches paissent

Les chèvres lèvent la tête

Le chemin serpente 

***

Tout est là à sa place

Rien n’a bougé,

Même calme, même tranquillité 

***

Le soir commence à tomber

Je sors pour laisser le silence m’envelopper 

Le ciel rougit à l’horizon

Un lampadaire solitaire s’allume à côté 

***

Après le bouillonnement des jours passés

Dans le bruit et le tumulte de villes pleines à craquer

Ce silence qui recouvre le village tout entier

Ne finit pas de m’étonner

***

(Pour ce don inespéré, merci)

Tourbillon

9 juin, banlieue de Washington veille du départ

Ça chauffe en Californie

Les drones s’abattent par centaines en Ukraine

Et en Palestine?

On ne sait plus que dire ni que faire pour arrêter la tuerie

Vous avez dit cessez le feu ?

On n’y croit plus depuis longtemps 

***

Quant à moi,

En l’espace d’une dizaine de jours

j’ai franchi un océan ,  attrapé la crève 

Parcouru des centaines de kilomètres 

Dormi, mangé, marché

Assisté à des fêtes de famille 

 et même à un enterrement …

(Avec des vieux bikers en jeans troués et vestes en cuir, venus honorer un des leurs décédé a 90 berges  qui n’avait jamais renoncé à monter sur une bécane ) 

Côtoyé des enfants de toute origine 

Et des adultes tout blancs …

Retrouvé mes proches tant semblables que différents 

Chacun avec sa culture, ses habitudes de vie, ses espoirs et ses inquiétudes, 

Suis restée chez eux le temps de partager un repas ou deux 

Une conversation ou deux 

Jusqu’au moment où il a fallu refaire la valise et repartir …

Comment ne pas avoir le tournis?

Comment ne pas vaciller?

Me revient à l’esprit ce refrain que l’on faisait chanter aux enfants

En anglais en l’occurrence 

“ He’s got the all world in His hands… he’s got you and me in His hands”

Heureusement me dis-je!

Parce-que moi par contre, je ne peux gérer qu’un lieu à la fois

Et encore…

P.S : vendredi 13 juin; je suis  arrivée sans problèmes majeurs en Auvergne après avoir passé par Dubline et Paris et emprunté, trains, RER, etc…par contre ma valise elle…est restée en rade…parait -il qu’ils l’ont localisée…

Lui, le monde continue à dériver avec Israël et l’Iran qui s’envoient des missiles… Dieu a-t-il vraiment « the whole world in his hands?”

Espérons-le, sinon on est foutu!

Ici

Le 7 juin , Shenandoah Valley

Je suis ici

Il pleut

Je m’étonne de mon manque de dépaysement et de la facilité avec laquelle j’ai  retrouvé le visage des lieux que j ai traversés

 Ils ne sont ni atones ni muets

Ce ne sont pas simplement des bois aux arbres feuillus, ni des grandes étendues de champs verts où se promènent des vaches noires, 

ni non plus des fermes isolées à l’aspect étrange 

Je les connais, ils me sont familiers

Et malgré le renouveau de chaque saison

Ou même de chaque nouvel instant

Ils ne m’apparaissent pas singuliers

Ni surprenants

……….

Est-ce que ça signifie que je ne les vois pas vraiment?

Que l’histoire que j’y ai vécue fausse l’image qu’ils me renvoient

Que les verts sont moins lumineux et les noirs moins intenses?

Certainement le souvenir émousse leurs couleurs

 les recouvre dune patine qui n’est pas la leur

Mais ils sont quand même là

Ils existent certainement sans moi

Mais pas sans TOI 

L’autre Amérique

Mercredi 4 juin, banlieue de Washington

Graduation

Il n’y a pas rien de plus traditionnel et de plus américain qu’une cérémonie de remise de diplômes « graduation » particulièrement, celle de fin d’études secondaires, pour montrer ce qui fait de l’Amérique un pays à part; surtout qu’il touche toutes les couches de la société  car la grande majorité des enfants scolarisées acquièrent ce diplôme qui a différents niveaux pour inclure le plus grand nombre d’élèves possible.

D’abord, le déroulement lui-même de la cérémonie comprend toujours ces éléments incontournables

 – défilé des élèves habillés de la toge noire et du chapeau carré qui viennent prendre place à leur siège dans le grand auditorium au son de la musique de la marche triomphale de Verdi

  • l’hymne national américain joué et chanté avec toute l’assemblée priée de se mettre debout ( comme au début des matchs de foot…) 
  • Le serment prêté au drapeau américain avec la formule consacrée, la main sur le cœur 
  • Les discours : ils peuvent être nombreux et variés mais au moins toujours celui d’un(e) élève choisi par le groupe qui commence par la mention obligatoire d’une adresse aux  « invités d’honneur » mais inclut des tas de remerciements aux parents, aux profs et même à leurs camarades…et puis chaque intervenant allant de sa dose de félicitations aux élèves
  • La remise du diplôme entre les mains de chaque élève sur le podium après l’appel de son nom
  • -finalement de nouveau le défilé des étudiants qui sortent par rangées de nouveau au son de la musique de Verdi 
  • La déclaration officielle à la fin, de leur statut de diplômé et le positionnement du cordon de gauche à droite sur leur chapeau et comme dans les vieux films anglais qu’on nous montrait autrefois, les élèves qui le jettent dans les airs pour marquer le coup

( dans cette liste d’incontournables, je me dois de mentionner que dans les écoles et universités mennonites qui promeuvent un christianisme pacifiste, ni l’hymne américain, ni le serment fait au drapeau ne sont inclus étant donné leur message trop nationaliste et militariste; une prière ou une bénédiction sera par contre toujours prononcée)

Mais tout aussi incontournables dans ces cérémonies, sont les cris enthousiastes, les sifflements et les applaudissements de la part de la famille et des amis quand on prononce le nom de l’un des leurs…particulièrement quand il vient recevoir son diplôme sur le podium… C’est un concours à qui criera le plus fort pour manifester son soutien et son admiration envers celui ou celle qui reçoit cet important sésame…

Une fête de l’inclusion et de la diversité?

Et c’est ça qui a rendu cette cérémonie pourtant si américaine , dans cette banlieue de Washington, si particulière car elle était aussi une célébration de la diversité des cultures et de leur apport unique, car les élèves qui recevaient ce précieux sésame portaient des noms qui venaient du monde entier (et que d’ailleurs le lecteur ou la lectrice officiel avait dû pratiquer à bien prononcer pour ne pas les écorcher) et que leurs visages reflétaient…

Plus encore, les étoles dont ils s’étaient parés en plus de celle qui les identifiaient comme bons élèves , portaient quelquefois les couleurs de leur pays d’origine ou de celui de leurs parents; j’en ai reconnu quelques uns …beaucoup d’Amérique latine, quelques éthiopiens et des pays arabes mis en évidence surtout par les filles qui portaient le voile islamique sous le chapeau réglementaire 

Ce qui m’a étonné le plus, ce sont  les quelques élèves qui sont venus recevoir leur diplôme carrément drapés dans le drapeau de la Palestine sous les applaudissements du public…ce qui s’est fait d’ailleurs sans slogan ni revendication…ce qui était une bonne chose

 (j’avais eu l’occasion d’assister à une remise de prix de ce même lycée où une des élèves juives de l’école avait reçu le prix de la paix pour ses activités de promotion du dialogue entre les peuples et les religions…j ai donc pensé à elle a ce moment là … )

Et finalement, comme il arrive souvent, c’était le public qui était le plus intéressant avec des tenues de toute sorte, même des femmes qui arboraient des costumes traditionnels; l’enthousiasme, la joie et la fierté des familles sur leur trente et un , reflétaient surtout l’histoire de migrants première génération qui voient leurs enfants réussir dans un pays où ils sont venus se réfugier et qui leur avait ouvert les portes…

(Évidemment, si j’avais assisté à une cérémonie semblable dans la région rurale de la Virginie  où je m’apprête à aller, même si la cérémonie aurait été la même, avec une prière ou une bénédiction en plus, il n’y aurait probablement pas eu de Mohamed et dérivés dans la liste des noms d’élèves …et c’est le drapeau sudiste, symbole de l’ancien état esclavagiste qui aurait été brandi par certains élèves après la cérémonie comme j’ai eu l’occasion de le voir l)

Toujours est-il que, loin des Unes inquiétantes venues de ce pays ces derniers temps et des déclarations et mesures xénophobes du gouvernement actuel et de ses partisans, il existe une autre Amérique : espérons  qu’elle pourra résister et qu’elle ne sera pas détruite car c’est celle-là qui en fait la grandeur…

On a envie de retourner sur la tête ce slogan de la dernière campagne électorale américaine en demandant justement que cette grandeur là qu’on est en train de détruire soit restaurée!

Espérance

Samedi 31 mai banlieue de Washington 

C’est incroyable comme je peux me décourager vite….ou peut-être pas exactement ça…à quel point je peux me laisser impressionner et aveugler facilement par les forces du mal et croire en leur pouvoir démesuré contre lequel on pense ne pouvoir rien faire … alors que c’est faux!

Au milieu de la tourmente, 

s’accrocher à tout prix

arc-bouté dans  la prière 

pour qu’à un moment donné 

quand on ne s’y attend plus

 se désagrège 

Ce mal qui nous tient prisonnier 

Et se desserre

 l’étau qui nous étreint

………

Et voilà

Qu’ à l’horizon du ciel redevenu serein

Un arc-en-ciel apparaît 

Gage, oh combien précieux 

De la promesse renouvelée 

Bon voyage?

Le 26 mai 2025

Ça me fait mal au cœur de quitter cette Auvergne toute en fleurs.

 Les paysages défilent par la fenêtre du train 

prés verts et jaunes,

 ni trop grands ni trop petits

Juste comme il faut 

Limités par des haies d’arbres touffus, 

Avec tous ses villages perchés en haut des collines

Images  de tranquillité et  de sérénité

Mais je me dis que…..

Il ne faut pas penser à ce que l’on laisse derrière 

 il y a toujours quelque chose ou quelqu’un à regretter

Il faut à tout pris  éviter de regarder en arrière 

Sinon

on est foutu…

¨¨¨¨¨¨¨¨

Et puis c’est vrai 

Me voilà maintenant dans les rues de Paris

Une fois de plus 

j’aime toujours autant y traîner 

Même si je n’y fais que passer 

Pourtant je sais 

Que j’oublierai qu’elles ont jamais existé 

Dès que j’aurai pris mon dernier café

Dans la brasserie du quartier 

¨¨¨¨¨¨

(Paris au matin du 27 mai,

entre RER en panne et escaliers roulants hors service

Fini le Paris mythique

C’est la galère des transports en commun 

(Sans compter lés chauffeurs de taxi mécontents qui bloquent l’autoroute)

 c’est la peur au ventre que je finis mon parcours

Sachant qu’à l’aéroport  une autre galère m’attend 

Entre couloirs qui n’en finissent pas et contrôles de sécurité multiples

Qui sait si j’arriverais à bon port 

sans égarer portable, carte d’embarquement ou passeport

Mais j’y suis presque 

Plus que quelques milliers de kilomètres me dit l’écran en face de moi

Et heureusement

Paraît il qu’on m’attend impatiemment 

 de l’autre coté de l’océan