Renaître

l y en avait partout

à gauche à droite

devant derrière

Ici, là, tout au bout

des arbres croulant sous les fleurs …


* * *

Il aurait fallu m’arrêter

devant chacun

et prendre le temps

de les contempler

Un à un

* * *

Mais comment était-il possible

que des branches aussi décharnées

et des troncs aussi austères

se parent

de fleurs aux corolles

si délicates et si frêles

comme ça

presque du jour au lendemain

sans crier gare

* * *

plus extraordinaires encore

que les perce-neige

qui pointent leur nez

entre les touffes rabougries

ou le chant des oiseaux

qui piaillent allégrement dehors

cette exubérance

des arbres fleuris

me surprend et me réjouit

* * *

Le renaître

encore plus merveilleux

après le silence

de la nature inerte

le matin glorieux

après le vendredi calamiteux

de l’espérance perdue

Pâques

la promesse accomplie

à laquelle

on ne croyait plus

est enfin venue

Qui est le menteur?

Le 25 mars 2026, Virginie

Jean 8 : 43-51

Qui ment et qui dit la vérité ?

C’est la question sempiternelle que tout le monde se pose au sujet des hommes et femmes politiques qui passent leur temps à s’accuser mutuellement de mentir mais dans une autre veine plus grave encore, c’est celle qui se pose devant un juge dans une cours d’assise : qui croire, la victime, le témoin, l’accusé , le procureur, l’avocat de la défense?

En ces jours où les missiles et les drones pleuvent sur le Moyen Orient et les déclarations intempestives des gouvernements qui en sont les protagonistes se désignent mutuellement comme les ennemis de la paix, on sait que la première victime de guerre est la vérité ( citation attribuée à de nombreuses personnes et peut-être la plus ancienne, l’auteur de tragédies grecques, Eschyle)

Mais dans ce débat entre Jésus et ses interlocuteurs, où ce sont des gens qui appartiennent à la même religion, croient au même Dieu, et se revendiquent de la même tradition et du même ancêtre la question de qui dit la vérité et qui croire va prendre une tournure inattendue quand Jésus lui-même va faire entrer un invité indésirable : le démon, père du mensonge !

Quand le démon s’invite dans la conversation.

Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? – C’est que vous n’êtes pas capables d’entendre ma parole.

Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge.

Mais moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas.

Le ton a monté dans cet échange entre Jésus et ses interlocuteurs, il est de plus en plus vif : on est loin maintenant, du Jésus doux et humble de cœur des images pieuses, il ne fait aucune concession à ses contradicteurs quand pour se défendre il accuse ses coreligionnaires d’être les enfants du démon ! Et il ne mâche pas ses mots : non seulement il les dépouille de leurs droits à se revendiquer fils d’Abraham et de Dieu, mais il en fait des « descendants » de l’ennemi de Dieu  

(διαβόλου (diabolou) est le mot qui est utilisé en grec pour diable et qui a les sens de calomniateur)

Quelque soit la conception que l’on puisse avoir ou que ses contemporains et ensuite ses disciples aient pu avoir du démon (laquelle n’est ni monolithique ni statique ), Jésus lui nous donne sa propre perspective sur le personnage et le définit sans ambages comme un meurtrier et père du mensonge.

Le fait qu’il mentionne que son existence a une origine lointaine « depuis le commencement », en fait un être réel mais de quel commencement parle-t-il ? De celui de l’univers, de celui de l’être humain ou du démon lui-même ? Jésus ne s’attarde pas sur cette question et ne nous offre pas de théories/théologie sur son identité, mais parle de sa personnalité .

Qui d’entre vous pourrait faire la preuve que j’ai péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?

Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. Et vous, si vous n’écoutez pas, c’est que vous n’êtes pas de Dieu. »

L’allusion au démon est laissée de côté et Jésus se remet au centre du débat : c’est sa légitimité et sa crédibilité en tant que prophète au sens littéral du terme ( parler pour Dieu) qu’il continue à défendre, et explique la cause de l’incrédulité de ses détracteurs d’une manière simple et péremptoire « vous n’êtes pas de Dieu ».

Les Juifs répliquèrent : « N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ? »

Bien entendu, j’ai envie de dire, comme Jésus les a traités de fils du démon, ils lui rendent la pareille : il fallait s’y attendre ! c’est de bonne guerre !

Jésus répondit : « Non, je n’ai pas de démon. Au contraire, j’honore mon Père, et vous, vous m’outrager. Ce n’est pas moi qui recherche ma gloire, il y en a un qui la recherche, et qui juge.

Dans sa réplique Jésus affirme que sa manière d’être fait honneur à Dieu mais précise bien comme il l’a fait souvent auparavant qu’il n’est pas un agent autonome qui cherche la célébrité et l’admiration  pour lui-même: « je ne suis pas venu de moi-même mais c’est lui qui m’a envoyé » a-t-il dit plus haut. Son rôle est de faire la volonté de celui qui l’a envoyé et c’est à Lui qu’il s’en remet pour ce qui est de sa réputation.

La discussion va continuer de plus belle car Jésus va aller très loin en affirmant : 

En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.

(la suite au prochain numéro…)

* * *

Ce que j’en retiens : deux choses m’interpellent.

La première, la définition de qui est le démon : meurtrier et père du mensonge, les deux se rejoignent. Avec toute la problématique des fake news et aussi de l’intelligence artificielle, il est de plus en plus facile de faire passer des mensonges pour des vérités ce qui aboutit à un système qui empoisonne et fausse tous les niveaux de communication et finit pas justifier les meurtres au nom de Dieu .

( Jésus suggère au passage, que celui qui ment c’est celui qui cherche sa propre gloire : on ment pour se faire mousser)

La dimension démoniaque du mensonge dénoncée par Jésus doit être prise au sérieux car le mensonge apparaît comme une réalité structurelle qui conduit à l’emprise mentale des gens vulnérables avec des conséquences catastrophiques.. Il n’est pas anodin quand des autorités religieuses répètent, diffusent ou amplifient des mensonges colportés par des hommes et des femmes politiques car ils deviennent alors de faux prophètes qui disent parler au nom du Christ et entraînent derrière eux des gens sincères.

La deuxième chose qui m’interpelle dans cet échange, est le contraste entre l’accusation de possession démoniaque de Jésus par ses contradicteurs avec celle de ce dernier envers eux. Face aux gens possédés du démon dans les évangiles Jésus a toujours agi comme un libérateur les traitant comme des victimes et des malades.

Par contre ce que Jésus dénonce chez ses contradicteurs est tout à fait différent : en disant que le diable διαβόλου est leur père, il affirme que leurs idées, leurs agissements et leurs paroles ne viennent pas de Dieu mais de son ennemi trompant ainsi ceux qui les suivent pour satisfaire leurs propres intérêts.

Malheureusement, en tout cas à travers les âges, l’accusation d’avoir un démon dans l’histoire du christianisme a conduit à justifier des actes meurtriers que l’on connaît trop bien dans les guerres de religion et les procès contre les hérétiques terminant par des exécutions sommaires (particulièrement contre les femmes traitées de sorcières)

Le seul remède pour ne pas se laisser tromper, c’est nous dit Jésus, de le croire, lui qui dit la vérité et n’est pas un meurtrier.

( mais comme il a dit autre part « aimez vos ennemis » en ce moment, ce n’est pas très porteur même chez ses disciples, on préfère écouter d’autres voix qui crient bien plus fort, comme celles de… crucifiez-le du vendredi saint!)

Le piège de nos pensées

illustration: tempête sous un crâne Edmond_Yon_d’après_Gustave_Brion.j

le 16 mars 2026, la Virginie

Nos pensées,

le piège,

quand elles tournent en boucle

ressassant, une fois deux fois trois fois

un même événement

ressentant une fois deux fois trois fois

le même sentiment

d’injustice et de colère

de rejet et d’humiliation

d’insécurité et de confusion

tout au fond

de nous

* * *

le piège est aussi

d’inventer une nouvelle scène

où notre imagination

nous fait éprouver

une souffrance plus intense

pour nous faire oublier

celle trop réelle

de notre vécu

et quelquefois même

une autre conçue

où cette fois ci

c’est nous qui humilions

la personne qui nous a humilié

apaisant ainsi

notre soif inavouée

de nous venger

* * *

le piège

des obsessions

qui vont et qui viennent

risquant

d’envahir toutes nos pensées

et de nous emmurer

dans une prison

fermée par nous à double tour

pour toujours

***

Alors, vite

Levons nous et marchons

le ciel dehors nous attend

tout autant que

le printemps

quelques bonnes pensées à méditer

« Que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. [. . .] Et le Dieu de paix sera avec vous. » ( Philippiens 4:8)

Ou encore un peu plus haut

« Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ » .

Fausse alerte?

Vendredi 13 mars, Virginie

hier la neige est tombée

au milieu de la journée

le thermomètre a dégringolé

en début de matinée

j’ai sorti mon pull

du fond du tiroir

et mon manteau

du placard,

***

Pourtant les fleurs ont à peine

baissé la tête

et les oiseaux ont continué à

gazouiller

ce n’est pas une petite gelée

furtive et passagère

qui pourrait les empêcher de

célébrer

***

Il faut être patient

un peu plus longtemps

Mars n’est pas encore terminé

alors pourquoi s’étonner

de ces giboulées ?

***

P.S : par contre, les giboulées de missiles au Moyen Orient , on voudrait bien qu’elles s’arrêtent immédiatement  !

De qui sommes nous les enfants: qui sont nos ancêtres?

Le 10 mars 2026, la Virginie ( printemps, d’où la photo)

A quelle classe appartenons-nous à une classe de dominants ou de dominés ? Quand on appartient à une classe de dominés, on fouille son arbre généalogique ( ou son ADN) pour trouver dans ses ancêtres des gens riches et nobles et se consoler ainsi du mépris de ceux qui nous entourent …

Quand on appartient à une classe de dominants, on fait valoir ses origines pour justifier ses droits, son confort financier mais bien souvent on ne se rend pas compte des privilèges dont on jouit car ils nous semblent naturels. Ce n’est que quand notre place dans la société commence à être menacée et on se trouve à devoir rivaliser avec d’autres venant d’un milieu considéré comme inférieur que l’on se met à leur reprocher leur prétention d’accéder au même niveau que le nôtre.

Français de souche ou/et de familles chrétiennes, bourgeois de toutes sortes, white Americans ou white privilege … notre mentalité ressemble étonnement à celle des contemporains de Jésus qui se croyaient supérieurs parce qu’il étaient descendants d’Abraham.

Jean 8 31-42

* * *

Esclaves versus hommes libres

Jésus disait à ceux des Juifs qui croyaient en lui : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ;

alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »

Ils lui répliquèrent : « Nous sommes la descendance d’Abraham, et nous n’avons jamais été les esclaves de personne. Comment peux-tu dire : “Vous deviendrez libres” ? »

Il y aurait beaucoup à dire et surtout à méditer sur cette magnifique déclaration de Jésus reliant la notion de liberté à celle de vérité, (et bien entendu ça été fait abondamment) mais pour le moment je continue à m’intéresser à la réaction de ses interlocuteurs ; Nous sommes la descendance d’Abraham, et nous n’avons jamais été les esclaves de personne.

Cette réplique me frappe parce qu elle fait écho à une déclaration semblable que j’ai découverte quand je faisais des recherches historiques sur le peuple Somali*. Au XIX ème siècle, leurs chefs de clans quand les colonisateurs britanniques ont voulu les enrôler dans leur armée coloniale avec d’autres bataillons africains (et donc au niveau le plus bas) protestèrent en disant « nous n’avons jamais été les esclaves de personne » Ils estimaient qu’ils étaient supérieurs aux autres peuples africains qu’ils appelaient « bantous », qui eux avaient été pris comme esclaves étant un peuple de sédentaires, peu guerroyeurs et qui occupaient les territoires sur lesquels ils se déplaçaient.

Ne pas avoir été esclave (et en avoir eu), les mettaient au-dessus des autres et faisaient qu’ils rejetaient la catégorie d’« africain ». qu’ils savaient méprisante dans la bouche du colonisateur. Ils se sont donc inventés une origine asiatique qui d’ailleurs a été reprise par l’explorateur britannique Richard Burton pour ne pas être traité avec le même mépris par un peuple puissant pour qui la couleur de la peau était déterminante, quand pour eux c’était celle de la condition d’esclave.

Jésus en annonçant une autre liberté, établit une égalité foncière entre tous les êtres humains quelque soit leur statut juridique, économique ou social, et ses interlocuteurs qui l’ont bien compris se rebiffent contre cette notion d’égalité qui les voit être rabaissés au niveau des autres et perdre leur supériorité innée.

Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : qui commet le péché est esclave du péché.

L’esclave ne demeure pas pour toujours dans la maison ; le fils, lui, y demeure pour toujours.

Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres.

La réponse de Jésus montre que la liberté dont il parle, n’est pas liée à une condition sociale mais morale, ( le mot grec « harmatia » est quelquefois traduit d’une autre manière que péché : fautes, erreurs, manquements etc.) et que l’esclavage dépend d’autres critères que ceux habituels de la privation de liberté physique. De ce fait,  elle enlève l’opprobre attachée à l’esclave qui en fait un être inférieur par définition. Ce n’est pas une attitude anti-esclavagiste à proprement parler mais une redéfinition de la condition d’homme libre qui n’est plus basée sur une situation de privilège acquis à la naissance.

Mais pour écarter tout argument supplémentaire de leur part Jésus précise bien qu’il ne remet pas en cause leur appartenance généalogique au contraire, il l’utilise pour les condamner arguant qu’ils ne sont même pas dignes de leurs ancêtres car leurs actes vont à l’encontre de ce qu’ils devraient être.

(ici le texte bascule…car il semble bien que Jésus ne s’adresse plus aux juifs qui croyaient en lui…on se demande pourquoi mais je préfère ici laisser cette discussion aux exégètes qui se focalisent sur le comment de la rédaction du texte plus que sur son contenu ou sa signification)

Je sais bien que vous êtes la descendance d’Abraham, et pourtant vous cherchez à me tuer, parce que ma parole ne trouve pas sa place en vous.

Je dis ce que moi, j’ai vu auprès de mon Père, et vous aussi, vous faites ce que vous avez entendu chez votre père. » Ils lui répliquèrent : « Notre père, c’est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous étiez les enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham. Mais maintenant, vous cherchez à me tuer, moi, un homme qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l’a pas fait.

Les interlocuteurs de Jésus ne se donnent pas vaincus pour autant et vont ajouter à leur supériorité innée comme descendants d’un peuple qui n’avait jamais été esclave ( ce qui était faux d’ailleurs car ils avaient bien été esclaves en Égypte!) , celle de la légitimité.

Enfants légitimes versus enfants illégitimes

Ils lui dirent : Nous ne sommes pas nés de la prostitution ! Nous n’avons qu’un seul Père : c’est Dieu. »

(la traduction ici est prostitution mais d’autres cas le mot est traduit par fornication ou illégitimes)

Il est bien connu que les enfants nés en dehors du mariage, dans beaucoup de sociétés sont marqués à vie et avant l’existence des tests ADN, faire valoir les droits de ces enfants, surtout quand le père était noble ou fortuné, était souvent voué à l’échec.

Même si dans le contexte de cette discussion, les interlocuteurs savent maintenant qu’il ne s’agit plus d’esclavage per se, ils sont tellement arc-boutés sur la question de leurs privilèges que celle de la légitimité de Jésus passe au deuxième plan : ce qu’ils veulent défendre à tout prix c’est leur légitimité à eux que cette légitimité soit allégorique ou pas… Ils n’acceptent pas d’être rabaissés et déclassés par les enseignements de Jésus, ils apportent donc cette précision qui atteste de la « pureté » de leurs origines  : on a un exemple flagrant de ce que l’on met sous le nom du mot « racisme » aujourd’hui, celle de considérer comme inférieurs ceux qui sont mal nés, pour une raison où une autre.

( la question du degré de bâtardise était centrale à la hiérarchie sociale des pays colonisés par les européens et continuent à l’être , Haïti en étant un exemple bien connu mais c’est le cas de tous les anciens territoires français où il y a eu des esclaves)

Jésus leur dit : « Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car moi, c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. Je ne suis pas venu de moi-même ; c’est lui qui m’a envoyé.

Qui sait s’ils ont vraiment entendu ce que Jésus continue à dire sur qui il est, tellement ils sont blessés dans leur amour propre du fait que Jésus leur ait ôté le droit de revendiquer une supériorité en tant que descendants d’une lignée ancestrale religieuse, prestigieuse.

Mais Jésus ne les lâchera pas et ira plus loin encore par la suite dans la démolition de leurs arguments de supériorité quand il leur dira que leur vrai père est le démon !

Ce que j’en retiens

Cette fois-ci encore ce ne sont pas les déclarations de Jésus sur qui il est mais la réaction « raciste » ou « discriminatoire » de ses interlocuteurs (qui pourtant « croyaient » en lui?) qui m’interpelle : c’est l’insistance de Jésus sur la question de son origine à lui, qui révèle la profondeur de leurs préjugés.

J’ai l’impression qu’à cause de l’histoire de l’anti-sémitisme qui s’est développé dans le christianisme on a du mal à voir à quel point la classe religieuse, bien pensante de son époque ressemble à celle des chrétiens nationalistes et identitaires d’aujourd’hui qui justifient leurs exclusions et défendent leur primauté, en s’appuyant sur leurs racines religieuses. Le fait que Jésus s’adressait à des membres du peuple juif, aveugle malheureusement beaucoup de chrétiens surtout quand l’apôtre Paul a repris cet enseignement d’une manière encore plus claire :

« Baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse. »

Proclamé il y a plus de 2000 ans, bien avant la déclaration des droits de l’homme, ce n’est toujours pas une réalité dans le monde actuel mais plus tristement encore dans l’église chrétienne qui bien souvent ne l’a mise ni en pratique ni enseignée à ses adeptes…On préfère spiritualiser le sens de ses paroles pour ne pas remettre en cause notre manière de penser et de vivre dans le monde et ajouter une autre exclusion, pour satisfaire notre désir d’appartenir à un groupe de privilégiés dans l’expression « hors de l’église point de salut »

Il nous faut continuer à lutter de toutes nos forces pour que ce soit réalité : après tout, c’est au prix de notre liberté, selon Jésus.

« alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »

  • J’ai écrit une thèse de doctorat sur la littérature d’auteurs somali

Tant pis! ( ou tant mieux)

le 6 mars 2026, la Virginie

J’ai mis les draps à sécher

dehors

j’ai laissé la porte grande

ouverte

je suis sortie sans gants

sans écharpe

sans chapeau

sans manteau

***

je ne ferai pas de soupe aujourd’hui

ni ne laisserai marmite mijoter

des heures durant

sur le feu

le poêle est maintenant

éteint et silencieux

***

Parait-il que c’est carême

et la sobriété est de mise

mais quand même

avec les fleurs de toutes les couleurs

qui se multiplient à l’envi

comment ne pas célébrer

un verre à la main

l’arrivée du printemps 

La guerre: prière

(peinture de Chagall, la compassion)

le 2 mars 2026, la Virginie

les bombes (ou plutôt les drones)

pleuvent de partout

et tombent

sur les populations désarmées

pendant que les grands se terrent

dans leurs bunkers

***

La cacophonie de leurs déclarations guerrières

et vengeresses

se croisent et s’entrecroisent

au milieu de leurs annonces

de victoires mensongères

***

Les médias se bousculent et se pressent

pour offrir le spectacle le plus époustouflant

(mettant souvent leur personnel en danger)

afin de satisfaire notre désir insatiable

de sensations fortes et d’images insolites

à la limite

de l’insoutenable

***

les vendeurs d’armement se frottent les mains

leurs engins enfin mis à l’épreuve du terrain

ils calculent leur performance assassine

en monnaie sonnante et trébuchante

***

Oui,

il y a quand même

malgré tout

des voix qui s’élèvent

pour demander la paix et mettre fin

une fois de plus

à la folie meurtrière

des grands de notre terre

mais qui les entendra ?

***

Toi, qui les entends

Réponds

Ne tarde pas !

Attente

le 27 février 2026, la Virginie

la neige a fondu

la blancheur étincelante des prés a disparu

il en reste quelques tas ici et là

sales et maussades

pauvres vestiges

de leur gloire passée

* * *

le noir, le marron ,le gris

recouvrent les champs ensommeillés

les arbres

aux branches encore dénudées

étirent

leurs bras décharnés

* * *

le froid n’est ni vif ni piquant

il est terne et morne

humide et amorphe

décevant

* * *

la nature toute entière attend

et moi aussi

la palette fleurie

des verts, des jaunes et des blancs

de l’arrivée prochaine

du

printemps

La tentation du pouvoir

le 18 février, 2026, États Unis

Mercredi des cendres

Chaque année le carême revient et chaque année, je me dis qu’on en a vraiment besoin… surtout le peuple chrétien… plutôt catholique d’un côté de l’Atlantique et plutôt, évangélique protestant de l’autre.

Cette fois-ci, en France, la mort de Quentin, tué à coup de pieds au cours d’une rixe entre bandes d’extrême droite et d’extrême gauche déchaîne les passions politico-religieuses, car le jeune homme qui a été tué et qui fréquentait les groupuscules d’extrême droite était aussi un catholique « pieux » récemment converti …

Alors évidemment la récupération n’a pas manqué de se faire et on s’est trouvé face à une polémique en tous points semblables à celle de l’assassinat de Charlie Kirk aux États Unis : même émotion, mêmes accusations envers les partis de gauche pour les uns , et mêmes ripostes de ces derniers se défendant d’être moins violents que les membres d’extrême droite ( la différence est que, étant donné les dérives autoritaristes du gouvernement en place aux États Unis et que Charlie Kirk était un ami du vice-président, il y a une censure des médias exercée par le pouvoir contre toute critique des idées politiques de la victime…)

En tout cas, l’hypocrisie ordinaire des deux poids deux mesures était mise en évidence : on condamne sans appel la violence commise pour une cause que l’on désapprouve et on l’excuse voire la justifie quand elle est au service d’une cause à laquelle on adhère, l’exemple le plus flagrant étant bien entendu le cas d’Israël et de la Palestine, dont le conflit d’ailleurs est à l’origine de cet affrontement.

Une non violence pure et dure pour parler ainsi, est très rare et la démarche de Martin Luther King que l’on aime citer, est exceptionnelle car elle était vraiment enracinée dans une foi chrétienne radicale difficile à vivre : il suffit de revoir ces scènes insoutenables (pour moi) de ces marches pacifiques où les manifestants étaient insultés, agressés et tabassés sans qu’ils ne répliquent, ni se défendent mais se mettaient à chanter…Ce n’était pas du folklore même si la musique gospel aujourd’hui est devenue un show pour bien-pensants de tous bords dont on a enlevé toute la radicalité du message.

* * *

Comme c’est le carême, je ne peux m’empêcher de revenir sur cette histoire de Jésus et de sa dernière tentation dans le désert sur laquelle les églises et les chrétiens qui défendent des politiques nationalistes identitaires feraient bien de méditer.

« Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire.

Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »

Jésus le futur prédicateur, le porte parole et prophète de Dieu qui devait annoncer la venue du royaume et le message que lui avait confié le Père est tenté de croire qu’il peut accomplir sa mission en prenant le pouvoir.

Mais le royaume que Dieu a demandé à Jésus de proclamer ne peut pas s’établir par la force, ni même par l’adoption de lois punitives et restrictives si justes soient-elles. L’exercice de la justice humaine dans le meilleur des cas peut limiter le mal mais elle ne peut pas produire la circoncision des cœurs qui est la condition sine qua non pour la construction du royaume de Dieu : on est dans un autre dimension.

Ce que montre cette tentation très clairement c’est que si l’on cherche la gloire et la puissance même au nom de Dieu, il faut se prosterner devant le « diable »

Malheureusement c’est dans ce piège que sont tombés les dirigeants des églises à travers les siècles quand ils se sont alliées à des pouvoirs autoritaires et répressifs croyant pouvoir imposer par la force aux habitants d’une nation ou d’un royaume, les principes de la vie chrétienne . Et ce qui est étonnant c’est que malgré toutes les horreurs que l’église a pu commettre à travers les siècles à cause de cette méprise, il existe encore aujourd’hui des groupes de chrétiens qui croient et se nourrissent de cette dangereuse illusion.

L’attrait continue à être considérable et le désir d’un Jésus messianique politique, chef d’état, qui ne se serait pas laissé mourir sur la croix, ne faiblit pas autant chez les juifs que chez les chrétiens ( d’où le soutien inconditionnel d’Israël des évangéliques aux États Unis). On veut mettre des faux messies à la tête de tous les pays car lui le vrai Messie, s’est refusé à le faire.

La réaction de Jésus à cette offre exaltante est sans appel : « Arrière, Satan ! » rappel clair et percutant que seul Dieu mérite notre entière dévotion «  C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »  le seul remède efficace contre la tentation de s’agenouiller devant qui que ce soit d’autre et de commettre tous ces actes innommables qui remplissent les pages de nos livres d’histoire.

« Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » dira Jésus plus tard

Et n’en déplaise aux identitaires ou nationalistes chrétiens des deux côtés de l’Atlantique, vous ne pouvez pas servir non plus, Dieu et votre patrie…

La fonte des neiges

11 février 2026, Virginie

Cette fois-ci, ça y est !

La couche de glace diminue

je peux marcher dessus

sans risquer de tomber

***

les oiseaux continuent de virevolter

autour de la mangeoire

pourquoi iraient-ils chercher leur becquée ailleurs

quand elle est là

à leur portée ?

***

Et lui l’écureuil

sautille de partout

il n’a plus l’air affolé

du jour où le vent glacial soufflait

et je l’ai vu la queue levée

les poils ébouriffés

pour essayer de se réchauffer ?

( j’ai eu envie de le faire rentrer mais évidemment il se serait enfui dès que j’aurai essayé de m’en approcher)

Quelle joie de pouvoir de nouveau aller dehors

et profiter de la fraîcheur

sans risque et sans peur

***

Cette régularité des saisons

qui vont et qui viennent

envers et contre tout

elle continue à être un don

témoin de Ta bonté

et de Ta fidélité