Une intouchable audacieuse

Peinture de David Rogers: “got nothing”

Marc: 5: 20-36

17/18 juin, 2020, Virginie

(La question du racisme et les manifestations pour le dénoncer continuent à être au centre de l’actualité ici. ..mais en général, la situation se calme…on en est à la phase, récupération politique…ce qui est un peu dommage. Sinon, il fait frais…on a allumé le poêle!!!)

Après cet épisode d’expulsion de démons pour le moins déroutante en milieu gentil/païen…on retrouve Jésus et ses disciples de l’autre côté de la rive en territoire connu,… et on a le récit de deux guérisons miraculeuses qui sont finalement plus rassurantes, ou en tout cas plus dans la norme d’un Jésus, prédicateur itinérant que ce dialogue avec une légion de démons qui précipitait tout un troupeau de cochons dans la mer. 

Au lieu de suivre le déroulement naturel du texte ou va commencer par analyser, la deuxième guérison mettant entre parenthèses la première partie du récit pour l’aborder plus tard.

(pas besoin de revenir sur le thème du miracle ayant déjà parlé dans les chapitres précédents de tout ce qui concernait son importance, sa signification et les débats sur la question de son historicité. Il suffit de rappeler que ces épisodes sont vus comme des discours rapportés au sens large du terme, que l’évangéliste tient de témoins considérés comme fiables, mais qui d’aucune manière n’auraient été inventés pour les besoins de la cause…Même si on peut rester sceptique à leur égard on ne peut pas douter que l’évangéliste les ait rapportés parce qu’il  a cru qu’ils avaient eu lieu sinon ce serait faire violence au texte et à son authenticité)

Guérison d’une intouchable

(Jésus dans la barque regagna l’autre rive, où une grande foule s’assembla près de lui. Il était au bord de la mer. Alors vint un des chefs de la synagogue, nommé Jaïrus, qui, l’ayant aperçu, se jeta à ses pieds, et lui adressa cette instante prière: Ma petite fille est à l’extrémité, viens, impose-lui les mains, afin qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. Jésus s’en alla avec lui. Et une grande foule le suivait et le pressait.)

 Or, il y avait une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans.
 Elle avait beaucoup souffert entre les mains de plusieurs médecins, elle avait dépensé tout ce qu’elle possédait, et elle n’avait éprouvé aucun soulagement, mais était allée plutôt en empirant.
Ayant entendu parler de Jésus, elle vint dans la foule par derrière, et toucha son vêtement.
 Car elle disait: Si je puis seulement toucher ses vêtements, je serai guérie.
Au même instant la perte de sang s’arrêta, et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.
Jésus connut aussitôt en lui-même qu’une force était sortie de lui; et, se retournant au milieu de la foule, il dit: Qui a touché mes vêtements?
Ses disciples lui dirent: Tu vois la foule qui te presse, et tu dis: Qui m’a touché?
Et il regardait autour de lui, pour voir celle qui avait fait cela.
La femme, effrayée et tremblante, sachant ce qui s’était passé en elle, vint se jeter à ses pieds, et lui dit toute la vérité.
Mais Jésus lui dit: Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix, et sois guérie de ton mal.

C’est la première fois dans cet évangile éminemment masculin ( je ne le dis pas d’une manière péjorative mais je constate que l’auteur étant un homme, il est normal qu’il soit écrit de ce point de vue) qu’une femme se trouve au centre du récit d’une guérison qui nous en dit long sur la condition et le statut de la femme… Alors que dans Luc ou même Jean, on a des personnages féminins qui sont mentionés dès le début (toujours d’ailleurs dans leur qualités de mère ou d’épouse) on en a jusqu’ici aucune chez Marc, à part la mention rapide de la belle-mère de Pierre, dont on n’a pas pu s’empêcher d’ironiser sur la guérison…

La question qui m’intrigue en premier lieu est celle de la source de cette histoire rapportée  car il me semble plausible qu’elle ait été une femme, peut-être même, la femme elle-même, sinon comment pourrait-on savoir les détails qui sont donnés de sa maladie et de sa recherche de médecins… et encore qui plus est, de ses pensées et ses émotions qui supposent une incursion dans son monde intérieur que l’auteur ne pourrait imaginer car il est douteux qu’elle  explique tout cela quand elle a pris la parole et “a dit toute la vérité” devant Jésus…


( je n’ai pas trouvé pour l’instant des études qui abordent la question d’une source proprement féminine de ce passage ce qui ve veut pas dire qu’elles n’existent pas)

Le deuxième aspect qui me frappe dans les détails de cette histoire est  qu’elle nous montre le statut d’ infériorité extrême de cette femme dans la société et cela pour une triple raison: elle est femme, elle est pauvre et elle est impure à cause de sa perte de sang. Elle n’a donc aucun moyen d’avoir accès à Jésus et est  obligée  d’user de stratagèmes pour pouvoir s’approcher de lui, comme c’est le cas d’ailleurs pour toutes les personnes qui vivent à la périphérie et  n’ont pas accès au pouvoir.

Elle sait qu’elle n’a pas droit de parler à Jésus ni non plus de le toucher…mais pourtant elle risque le tout pour le tout … et ceux qui dissertent sur le caractère superstitieux de son approche, ne comprennent pas les difficultés de ceux qui vivent aux marges de la société….  ce n’est pas parce-qu’elle était particulièrement superstitieuse et simplette qu’elle voulait toucher son manteau,  c’est parce-que c’était la seule manière qu’elle avait de s’approcher de lui…

Des femmes comme celles-là, débrouillardes et qui prennent des risques, j’en ai rencontré partout mais surtout dans des pays en guerre ou dans des milieux crève-la-faim et elles ont toujours suscité mon admiration…

Elle force aussi l’admiration de Jésus qui reconnaît  qu’ il y a quelque-chose d’extraordinaire chez elle et fait l’éloge de sa foi,  devant ses disciples qui sont certainement surpris de voir cette femme tremblante et effrayée qui d’une manière incompréhensible vient d’être guérie…et peut-être que leur réaction nous permet de mieux mesurer a quel point l’attitude de Jésus est merveilleusement étonnante … et détonne avec le milieu dans lequel il vit (et dans lequel nous vivons!). On a vu tellement dans cet évangile, jusqu’ici, un Jésus combatif, avec ses détracteurs autant qu’avec les démons qu’il chasse que son attitude de compassion envers une véritable Paria est autant bienvenue qu’elle est inattendue. 

Mais il y a autre chose encore de remarquable dans cette histoire de guérison de femmes, c’est qu’elle n’a rien à voir avec la maternité…on est habitué dans la Torah à voir des personnages de femmes désespérées parce qu’elles sont stériles et qui demandent d’être guéries car la seule dignité que peut obtenir la femme dans les sociétés traditionnelles c’est celle de la maternité. Or cette femme ne correspond pas a l’archétype ancestral de la femme-mère,  mais elle est la femme tout court dont la mention de ses pertes de sang qui définissent en quelque sorte son identité,  est en soi surprenante, car habituellement elle est presque tabou ouniquement associée à des considérations de pureté rituelle ( et il faut être femme pour comprendre à quel point ce cycle mensuel rythme et définit la vie des femmes).

D’ailleurs pour cette raison, certains commentaires féministes ont vu dans cet épisode un rejet des lois sur l’impureté des femmes mais il me semble que la lecture littérale du texte ne permette pas d’en arriver jusque là étant donné le caractère spontané de la rencontre et l’absence de commentaire de la part de Jésus sur la question. Cependan le fait qu’il ne lui ait pas reproché d’en avoir enfreint les règles en dit long sur son attitude envers ces lois .Ce qui est sûr est que l’attitude de Jésus  qui reconnaît à la femme une autre valeur que celle d’être une bonne épouse ou une bonne mère apparaît comme un regard éminemment moderne/féministe.


Finalement, ce qui est étonnant dans cette histoire c’est que Marc ait trouvé important de la rapporter dans son évangile. Pourquoi inclure l’histoire d’une pauvre femme au milieu d’une foule qui presse Jésus… pour montrer que son pouvoir  était tel qu’ il pouvait guérir sans s’en rendre compte? qu’est-ce que Marc a voulu montrer, pourquoi l’a-t-il racontée (car il ne l’a certainement pas inventée)?  On peut imaginer ce que l’on veut…Comme à son habitude après avoir raconté la scène Marc n’en rajoute pas et nous laisse avec nos questions, mais il nous a fait un portait étonnement précis de cette femme qui reste anonyme…

*    *   *

Je ne peux m’empêcher de penser et de dire  que c’est un coup de génie d’intervention de l’ Esprit Saint!!! (plutôt que de Marc lui-même! ) dans la rédaction du texte, qui a permis que l’histoire de cette femme qui est au bas de l’échelle sociale, puisse  apparaître ici interrompant celle de Jaïrus cet homme puissant qui lui peut parler à Jésus face à face (même s’il se prosterne devant lui). 

L’ effet de contraste  entre les deux est saisissant rehaussant le fait que Jésus l’incarnation de qui est Dieu, le fils, comme l’appelle Marc, donne  la même grâce, la même attention aux humbles que celle que l’on réserve généralement uniquement aux puissants (et contrairement à ce que je ferai) ne rejette pas non plus la demande d’un puissant qui s’humilie en se prosternant de vant lui. Comme cette femme s’est faufilé dans la foule pour pouvoir toucher Jésus, cette histoire se faufile aussi dans ce récit pour que ceux qui la lisent encore aujourd’hui puissent découvrir la compassion envers tous de ce Jésus qui a parcouru la terre il y a deux mille ans…

(Pas besoin de discours politique sur l’égalité entre homme et femmes, pas besoin de déclaration tonitruante pour  les damnés de la terre, sauf que l’attitude de Jésus justifie le bien fondé des revendications d’égalité et de dignité pour eux…)

En tout cas, merci à cette femme anonyme pleine d’audace qui ressemble à tellement de femmes d’aujourd’hui!

(Et merci à tous ceux qui ont permis que son histoire puisse arriver jusqu’à nous…)

P.S: quelques lectures intéressantes en anglais https://www.researchgate.net/publication/240714395_A_Woman’s_Touch_Feminist_Encounters_with_the_Hemorrhaging_Woman_in_Mark_524-34

Et cette étude très complète de Charles Amjad Ali https://www.workingpreacher.org/craft.aspx?post=1645

What I fear the most…

(la photo est de Melanie Weisser)


Le 20 juin 2020,

La lecture du jour…

Pour le 20 juin, je vois sur le livre du moine Thomas Merton, ce titre : Ce que je crains le plus (what I fear most) et dans le texte la phrase devient question avec cette belle formule comme réponse que je cite en anglais parce-qu’il écrit bien, alors ce serait dommage de ne donner qu’une traduction approximative….

What do I fear most? Forgetting and ignorance of the inmost truth  of my being. To forget who I am, to be lost in what I am not, to fail my own inner  truth, (… d’oublier et d’ignorer la vérité profonde de mon être. D’oublier qui je suis, de me perdre dans ce que je ne suis pas de ne pas être à la hauteur de la vérité profonde qui est moi)

et il continue à en rajouter….tout au long des ces deux pages de son journal…

A une autre époque, en d’autres temps, peut-être quand j’avais 18 ans ou peut-être même jusqu’à la trentaine…j’ aurai apprécié ce genre de réflexion… car c’est vrai, c’est beau, c’est bien écrit… c’est profond….mais pas aujourd’hui… car ce que je crains le plus aujourd’hui n’a plus rien à voir avec mes états d’âme ni avec la fidélité envers moi-même.

Mes craintes ne sont plus existentielles, elles sont matérielles, tangibles, concrètes…de première nécessité!

D’abord, je crains plutôt pour les autres, pour ceux qui m’entourent, non pas parce que je sois plus altruiste que d’autres, mais parce- que je suis responsable pour d’autres que moi-même.. des personnes qui m’ont été confiées (une famille qui s’élargit de jour en jour…mais aussi des amis qui sont devenus des proches)

Comme le disait le renard au Petit Prince, on est responsable de ce qu’on apprivoise et quand ce qu’ on apprivoise est en danger ou en difficulté on craint pour eux… on craint quand ils se retrouvent au chômage et ne trouvent pas de logement, on craint quand  ils sont désorientés  et désespérés , on craint quand ils prennent le mauvais chemin ou quand ils se perdent en route… on craint qu’ils ne rencontrent pas Celui  qui peut les prendre par la main…on se préoccupe…on prie…on supplie…

Mais …qu’est-ce que je crains le plus…?

En réalité, je ne cherche plus à le savoir, ou  plutôt mieux vaut ne pas s’y attarder est ma conclusion….car ma liste de crainte est tellement longue que j’ai appris à ne pas l’égrener…à quoi bon la repasser ou l’analyser, de toutes façons, je ne pourrais jamais la supprimer…

Il y aura toujours une nouvelle peur qui prendra la place de l’ancienne… On n’arrête pas la vie…

(et puis je n’ai pas que ça à faire)

Alors plutôt me laisser surprendre par la grâce inattendue qui me portera à ce moment là…

Une fois de plus,

Comme elle m’a porté hier et avant-hier,

Dans le monde vous aurez des angoisses…mais prenez courage, j’ai vaincu le monde!” (dixit Jésus)

Aujourd’hui je regarde les roses

Aujourd’hui je regarde les roses…

Le 13 juin 2020, la Virginie

Un coup d’oeil sur les Unes et je remarque que les manifestations ici ont fait tâche d’encre là bas…et je ne peux m’empêcher de sourire en notant l’hypocrisie de certaines élites françaises (mais aussi anglaises) sur la question du racisme et des violences policières…ça c’est un truc américain disent-elles mais nous en France on n’est pas comme ça, on n’est ni raciste, ni violent dans la police….Bref…il y aurait tellement à dire et à commenter sur ces attitudes…

Mais aujourd’hui, c’est samedi... shabbat alors je fais la pause, et je la ferai de nouveau demain….

C’est presque l’été, et le spectacle au pas de ma porte continue à être enchanteur surtout le soir quand les rayons de soleil deviennent obliques et rehaussent les verts des arbres feuillus et du gazon,

Et maintenant avec cette nouvelle flopée de petits oiseaux, ils sont toute une ribambelle qui picorent sur la pelouse….

Beaucoup de fleurs se sont fanées déjà: les jonquilles sont passées, les iris aussi et même le muguet n’est plus…

Mais les roses ont fait leur apparition

(depuis quelque temps d’ailleurs)

Et ne pas les célébrer serait une faute…

Il y a d’abord ce poème de Ronsard appris par coeur à l’école…

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,


Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Pierre de Ronsard, Les Odes

Et puis évidemment, il y a aussi la rose du Petit Prince qui est encore plus connue…sans mentionner toutes les chansons et romans où elle figurent au premier plan ( le roman de la rose…)

Aujourd’hui donc, je vais regarder les roses,


(et peut-être même les cueillir et les mettre dans un vase … mais les roses, pour qu’elles continuent à fleurir, il faudra s’en occuper…)

Vous êtes le sel de la terre

Le 8/9 juin 2020, Virginie,

Je rends grâce aujourd’hui pour tous ces gens qui organisent de par le monde entier des manifestations pour dénoncer le racisme et de tous ceux qui s’ engagent pour que ça change…  Ils jaillissent d’un peu partout et à des endroits où on ne les attendrait pas…

Je rends grâce pour tous ceux vivent ici dans cette communauté et qui font de même…

Non! tous ne sont pas chrétiens mais beaucoup le sont… surtout dans la communauté afro-américaine, ( il suffit de regarder les différentes cérémonies religieuses pour la mort de George Floyd pour s’en convaincre)

Le texte du jour parle d’eux me semble -t-il,

” En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

Vous êtes le sel de la terre….vous êtes la lumière du monde,

mais si le sel devient fade…il est piétiné par les gens…

Piétiné…,

Le mot résonne quand on voit les foules qui brûlent même des églises…

La colère contre ceux qui ont cessé d’être sel?

Piétiné,

Si on refuse de jouer notre rôle dans la société  repliés sur nos problèmes à nous, acceptant un statut-quo qui nous permet de vivre dans le confort?

Jeté dehors, piétiné.

Il en a des formules Jésus!

Dérangeantes,

De quoi nous obliger à sortir de notre bien être et de notre torpeur…

Texte à méditer!

PS  Finalement aujourd’hui 9 juin le dernier bouquet dans ce feu d’artifice que sont toutes ces cérémonies religieuses pour célébrer la vie de George Floyd… son enterrement à Houston au Texas!

PS: aujourd’hui, à l’hôpital, une employée qui m’a accompagnée pour que je puisse entrer dans l’espace réservé à la famille, se plaignait et critiquait toutes ses manifestations qui selon elles étaient causées par des gens qui n’avaient rien à faire….et qu’il fallait que tous retournent au travail….représentant certainement l’opinion de beaucoup de personnes par ici… Ce n’est pas gagné cette histoire! (mais bon, elle n’était plus toute jeune et c’est vrai, elle n’était pas noire bien sûr non plus …)

Éloge des enterrements

5/6 juin, 2020 Virginie, États Unis

On ne dira jamais assez la valeur des enterrements…ceux qui veulent les supprimer auraient bien tort… Depuis que l’homme est devenu humain…. on n’a rien inventé de mieux pour faire face à cet événement qui est à la fois le plus normal mais aussi le plus douloureux et le plus scandaleux de la vie humaine: la mort… d’autant plus quand cette mort est le résultat d’un acte de violence ou d’injustice, quand cette mort est prématurée….

Tout dans la solennité, dans les rites, dans les prises de paroles et surtout dans la musique est fait pour guérir, consoler et apaiser nos coeurs tristes et désemparés.

Il y a l’hommage que l’on rend au défunt (comme on dit pudiquement) qui est tout simplement une occasion de lui dire au-revoir mais aussi de reconnaître qu’il a été vivant qu’il a existé, qu’il a vécu…. et les anecdotes que les uns et les autres racontent servent à  affirmer la réalité de celui qui n’est plus dans une tentative peut-être de retenir cette vie humaine, de la prolonger, de l’affirmer face au cercueil qui lui nie son existence..   

Et puis il y a tous ces rites qui varient selon les croyances…car face à la mort, on n’est pas indifférent, on est obligé de se positionner sur l’existence ou la non existence d’un au-delà, et sur le sort de ceux qui sont partis soit que l’on croit qu’ils retournent au néant dont ils sont sortis, ou qu’ils errent sur la terre et hantent les vivants, soit qu’ ils se réincarnent et se transforment….

*   *   *


Pour moi, évidemment, il n’ y a rien de plus réconfortant qu’un enterrement chrétien, et entre les différentes formes culturelles de ces enterrements ceux qui sont célébrés par les communautés afro-américaines…  sont particulièrement émouvants, mais quelque soit leur mode de célébration quand il s’agit d’un enterrement chrétien on peut compter sur le fait qu’ il y aura au bout du compte plus qu’ une parole d’apaisement… il y aura une parole d’espoir et de vie… Car d’une manière ou d’une autre ils terminent tous avec l’histoire du tombeau vide…

L’enterrement de George Flyod dans une église de Minneapolis n’a pas été l’exception en commençant par l’incontournable cantique Amazing grace, avec le sermon du pasteur et activiste Sharpton,: digne des prophètes de l’ancien testament il n’a pas eu peur d’ interpeller le président, de condamner son usage abusif de la bible, de dénoncer le racisme dont les afro américains étaient victimes (on nous a mis un genou sur le coup depuis 400 ans)  mais il n’en est pas resté là…il a noté le chemin parcouru ( car malgré cette tragédie dont l’image d’ un policier blanc avec le genou sur le cou d’un homme noir rappelle les années sombres de la lutte des années 60… ) il y a eu des avancées réelles assure-t-il, les temps et les mentalités ont changé (c’est rassurant de se l’entendre dire) le problème sont ceux qui s’accrochent au passé et ne veulent pas renoncer à un pouvoir qui leur échappe.

“No justice, no peace” n’a pas été l’occasion de parler de vengeance mais de faire un appel à une lutte pour la justice, une lutte qui est enracinée profondément dans la foi en un Dieu juste et les derniers accords de ce morceau de bravoure qu’était ce sermon a été un hymne à la foi qui dit-il a soutenu chaque membre de la communauté présente dans les moments tragiques de sa vie et de son histoire  et qui continuera à la soutenir dans la lutte à venir.

Et c’est ça le don que cette compréhension de l’Évangile de la communauté afro américaine fait au christianisme tout entier: elle ne dissocie pas la vie spirituelle de la vie réelle, elle ne la renvoie pas aux rites religieux du dimanche matin pour les bien-pensants .. elle est la force qui permet d’affronter les luttes du quotidien et de défier le statu-quo, elle est tout sauf l’opium du peuple, elle est tout sauf la bonne conscience des riches que dénonçait l’apôtre Jacques..

 Cette théologie de la libération au sens fort du thème, vécue et prêchée, que l’on a applaudie à une époque mais que l’on a décriée plus tard sera toujours d’actualité pour les peuples qui souffrent d’injustice: elle n’est pas le luxe des intellectuels de gauche qui rêvent de révolution, elle est l’expression du cri de justice qui résonne dans l’histoire de l’humanité racontée dans la bible sous le regard d’un Dieu Saint qui prend le parti des opprimés. Et laisser aux incroyants le monopole de la poursuite de la justice est leur faire croire qu’ ils ont inventé un bien qui existait bien avant eux.

*  *  *

En attendant

Une nouvelle génération se lève…

Aujourd’hui, je suis allée assister à une cérémonie de “graduation de la classe des 2020”, ces jeunes de 18 ans qui terminent leurs études secondaires et entrent de plein pied dans la vie adulte….

L’année d’une pandémie, l’année des manifestations de tout un pays ( et au-delà) pour dénoncer le racisme…

Ils ont du pain sur la planche, ces jeunes…

Ils en auront besoin de cette foi dont parlait Sharpton,

Une foi qui peut déplacer les montagnes

Ecouter la voix de Dieu

Écouter Dieu

Le 3 juin, 2020, États Unis, Virginie

Thomas Merton, un moine renommé pour ses écrits fait la remarque suivante:

“Comme on ne peut pas entendre la voix de Dieu à chaque moment, une partie du travail du “reclus”  est de prêter attention afin de ne rater aucune nuance de sa voix. Quand on prend conscience du peu qu’on l’écoute et de combien nos coeurs sont récalcitrants et rétifs, on se rend compte de combien ce travail est important et à quel point on est mal préparé à le faire”
(Mon adaptation: A year with Tomas Merton, June 1)

Récalcitrants et rétifs…chaque fois que je me propose de le faire, je me rends compte à quel point c’est une lutte, à quel point il m’est difficile de faire taire les émotions qui m’envahissent, les idées qui me trottent dans la tête (trotte est le bon mot car justement elles se bousculent les unes après les autres à 100 à l’heure)… à quel point j’ai du mal à arrêter de composer mentalement des phrases, des arguments pour exprimer mon indignation et ma colère….surtout en ces jours-ci où il semble qu’à chaque moment,  on voit une image de plus, on entend une déclaration de plus qui au lieu d’apaiser incite à la violence..  et on se demande quels propos incendiaires, quelles décisions outrancières vont être annoncées dans les heures qui suivent…

Et surtout quand la voix de Jésus est bafouée publiquement, manipulée d’une manière éhontée, applaudie par quelques faux prophètes…

Retrouver la sérénité….au milieu de tous ces cris…

Pourtant la violence a commencé à diminuer….car de plus en plus de gens de bien se sont levés pour dénoncer les mensonges et les actes de violence des autorités… pour reconnaître que le racisme est une réalité et une calamité  contre laquelle il faut lutter… pour faire entendre un message de justice, de droit mais aussi d’espoir et d’actions réparatrices.

Le vent a commencé à tourner

Dans le bon sens,

Dieu a écouté nos cris,

Il est temps maintenant que moi j’ écoute sa voix….

P.S: le couvre feu à Washington a été repoussé à 23 heures: hier il était à 19 heures mais comme des milliers de personnes ont continué pacifiquement à manifester, la police n’est pas intervenue….Mais l’atmosphère reste tendue avec toutes cette police militarisée qui occupe des lieux stratégiques de la capitale à laquelle le président a fait appel et qui est sous son autorité…La police locale de la ville de Washington et certaines polices de vicinités locales ont refusé de participer à des actions qui les obligeraient à utiliser la violence contre des foules pacifiques…La question de qui a l’autorité de faire quoi, légalement parlant, n’est pas simple dans la ville de Washington….

Photo de Craig Whitehead

Veillée d’armes: d’une manifestation à une autre

A Washington, à deux pas de chez ma fille...ça flambe

A Washington… ça flambe

Lundi 1er juin, 2020, Virginie, États Unis,

Je suis bien aux États Unis, en Virginie où le gouverneur vient de décréter l’État d’urgence, et où Washington a institué un couvre-feu … Les images des villes qui brûlent, des affrontements avec la police, des manifestants en colère, des pillages font la Une … Good bye coronavirus, bonjour les émeutes, la pandémie est passée au second plan, … on passe sans avoir le temps de se poser d’une crise à l’autre…

Pourtant la date du 1er juin aurait dû être de bonne augure avec le soleil radieux, l’air un peu frais, le déconfinement progressif, on pensait pouvoir passer à autre chose…comme même la possibilité de partir en vacances, mais si c’est le cas en France, ça ne l’est pas ici…on retrouve le même monde d’injustice que celui d’avant…exacerbé semble-til … comme si la pandémie n’avait servi à rien…

Malgré tout au milieu de la tourmente, il y a d’autres photos d’autres scénarios qui émergent: des policiers qui prient avec les manifestants et leur demandent pardon…. ou qui se solidarisent avec eux par des gestes symboliques comme le genou à terre, les actes courageux de ceux qui manifestent pacifiquement ou qui essaient de calmer les esprits… mais elle ne sont pas autant diffusées, elles sont un peu perdues au milieu des flammes… on en est encore au stade de la colère et la rage et comme trop souvent, on ne se rend pas compte de ce que cette violence va coûter en répression…on croit ne plus avoir rien à perdre…alors que justement on a encore beaucoup à perdre.

*   *   *


Ici la manifestation s’est bien passée: elle était silencieuse selon la consigne qui avait été donnée avec beaucoup de panneaux ” black lives matter” et une foule jeune en général,  avec quelques uns qui étaient venus avec des enfants dans des poussettes…

Les organisateurs avaient prévus des masques pour ceux qui n’en auraient pas , des bouteilles d’eau, des consignes de sécurité qui entre autres disaient, ne parlez pas aux policiers…ne répliquez pas s’il y a des groupes de contre manifestants….si vous êtes arrêtés demandez pourquoi….

Quelques discours avec applaudissements avant de démarrer…il faisait beau,…même avec les masques, on a reconnu des gens qu’ on connaissait mais qu’on n’ avait pas vu depuis longtemps…la marche était tranquille, une marche de solidarité plutôt que de revendication…, de nouveau quelques discours avec applaudissements à la fin avec quelques appels au changement et puis tout le monde est retourné chez soi….

(Pendant ce temps-là à Washington… on me dit que les hélicoptères tournent au-dessus de la ville, les sirènes hurlent et le Président…n’en parlons pas, il ne vaut mieux pas en parler...)

*   *   *

Ce matin, j’avais relu avec étonnement l’histoire d’ Hanna, cette femme qui supplie Dieu de lui donner un enfant, une histoire de femme tellement réaliste, avec des émotions qui sonnent tellement vraies….surtout la réaction du prophète Elie qui la prend pour une femme ivre tellement elle prie avec ardeur dans le temple..( on est tous des hystériques les femmes, super émotives, c’est bien connu)…et quand on la retrouve après la naissance de son fils, s’acquittant de son voeu envers Dieu en laissant son fils Samuel auprès du prophète pour qu’il le serve…elle récite cette louange extraordinaire:

Nul n’est saint comme l’Éternel; Il n’y a point d’autre Dieu que toi; Il n’y a point de rocher comme notre Dieu.
Ne parlez plus avec tant de hauteur; Que l’arrogance ne sorte plus de votre bouche; Car l’Éternel est un Dieu qui sait tout, Et par lui sont pesées toutes les actions.
 L’arc des puissants est brisé, Et les faibles ont la force pour ceinture.
 Ceux qui étaient rassasiés se louent pour du pain, Et ceux qui étaient affamés se reposent;

Un Dieu qui est Saint, qui détruit le pouvoir des arrogants, qui pèse et juge toutes les actions des hommes qui défend les faibles et qui nourrit ceux qui ont faim…

Au milieu de ces foules en colère qui réclament justice pour leurs enfants et leurs petits enfants…et des puissants qui veulent les écraser

Merci, Hanna!

Tu nous rappelles en qui nous croyons…

Tu nous rappelles qui règne…

Tu nous rappelle de supplier de toutes nos forces:

Que ton règne vienne que ta volonté soit faite sur la terre!

(On en revient toujours là)

.PS. Cette femme qui a parlé du podium aujourd’ hui demandant qu’ on fasse justice pour que ses enfants et ses petits enfants (mâles surtout) ne grandissent dans un pays où il aient peur d’être tués seulement parce-qu’ils sont noirs …elle avait la vigueur et la conviction d’une Anna…

Le pardon n’est pas un dû

Jeudi 28 mai 2020, Etats Unis,

Quand on est submergé par le quotidien, on n’a pas le temps de s’indigner sur la vie politique et les triomphes journaliers de l’injustice et de l’arrogance…

Est-ce une bonne chose, de vivre le nez sur le guidon, dans sa bulle?

Aujourd’hui et hier à la Une…

Les sujets d’indignation ne tarissent pas et semblent toujours les mêmes ici…un noir de plus tué par un policier blanc de plus… avec à l’appui, l’image de la vidéo qui montre le policier lui mettre le pied sur le cou alors qu’il crie : je ne peux pas respirer! Suivi des appels au calme plus ou moins écoutés des manifestants le lendemain qui demandent justice…et les commentaires, encore les commentaires de toutes les célébrités .., et les images, encore les images de la vidéo vue des milliers de fois…

D’ un autre côté , la vindicte populaire et l’hystérie haineuse envers cette femme blanche dans un parc à New York qui laisse son chien courir sans laisse et qui appelle la police parce qu’un homme noir (précise-t-elle bien dans son appel au secours: african-american) lui demande de le tenir en laisse et qui se sentant menacée quand il filme la scène est prise de panique car tout le monde le sait “ils” ne peuvent être que dangereux ceux-là... réveillant toute une lourde histoire d’ hommes noirs faussement accusés d’être des prédateurs de femmes blanches…

L’indignation qui conduit à la violence et à la haine…

(Même la victime condamne la virulence des réactions, dans ce cas précis)

Comment peut-on être des défenseurs de la justice, des pourfendeurs de l’injustice sans tomber soi-même dans la haine, la vengeance et la violence?

On aime citer encore et toujours Martin Luther King et on a raison: comment se demande-t-on ( ou plutôt je me demande) a-t-il pu continuer à diriger tout un peuple dans l’action non violente quand on voit encore ces images horribles de la police rouant de coups des marcheurs silencieux et dignes ou ces images de foules de blancs hurlant des insultes….

On ne dira jamais assez son courage… C’est plus que de l’héroïsme c’est le fait d’une foi inébranlable, une foi à toute épreuve (quelque soient les défauts qu’on pouvait lui reprocher), une foi que me semble-t-il je serai incapable d’avoir … quand il s’agit de la mettre en pratique comme il l’a fait.

( en théorie évidemment, c’est toujours facile la foi quand on est assis bien tranquillement , écoutant un beau sermon dans une église le dimanche matin… ou devant son écran!)

 Car moi qui ne suis pas noire ne pourra jamais comprendre ce que ça signifiait à l’époque et ce que ça signifie aujourd’hui non plus…

Victime d’injustice je ne l’ai jamais été de cette façon, ni aucun des miens…

(Des petites vexations peut-être…mais pas de cette injustice systématique, ciblée, imméritée, incessante et gratuite, qui continue à se manifester à chaque coin de rue…)

Ça je ne le connais pas…

*   *   *

On n’a pas le droit de leur demander de pardonner encore et toujours...comme si c’était un dû, une obligation,

On n’a pas le droit…

A moins d’avoir soi-même payé le prix de l’injustice,

comme l’a fait Jésus

 Assassiné sur une croix…

Au vu et au su de tous,

(Sinon il vaudrait mieux se taire)

P.S, Moi qui d’habitude n’aime pas des représentations de Jésus, et particulièrement de son visage, j’ai trouvé son regard éloquent…peut-être parce qu’il n’est pas représentation mais symbole? C’est une peinture d’Alix Beaujour, haïtien né à Port-au-Prince, avec comme légende, le texte de Luc “pardonne-leur père car ils ne savent pas ce qu’ils font”

P.S. Aujourd’hui, 30 mai de nombreuses villes se sont embrasées malgré les appels au calme…on est déjà post- coronavirus et rien n’a changé….

Quand les nuits sont difficiles…

Coucher du soleil, mardi 26 mai, 2020

Mercredi 27 mai, 2020

(Ce matin à 6 heures : pourquoi , demanda-t-il, la douleur semble-t-elle se dissiper au petit matin? Y-a-t-il quelque chose de magique dans la lumière du jour qui se lève?)

Pourquoi pour les malades les nuits semblent-elles si longues?

Et pour les insomniaques?

Que se passe-t-il au moment de la tombée de la nuit qui engendre la crainte, qui fait que les tout petits se mettent à pleurer à ce moment là et demandent d’être consolés?

Est-ce la peur que la nuit reste nuit à tout jamais et que la lumière ne revienne pas?

Est-ce parce que la nuit semble être un prélude à la mort, et la mort aux ténèbres éternelles?

*   *   *


Les psaumes sont pleins de terreurs nocturnes, de cris de douleurs au milieu de la nuit, d’interrogations, de doutes…et dans le livre de Job, ce grand souffrant révolté qui exige de Dieu des explications pour toute la misère du monde, on trouve cette remarque inquiétante d’un de ceux qui étaient venus pour le réconforter..

Au moment où les visions de la nuit agitent la pensée, Quand les hommes sont livrés à un profond sommeil, Je fus saisi de frayeur et d’épouvante, Et tous mes os tremblèrent. Un esprit passa près de moi…. Tous mes cheveux se hérissèrent…

(Job 4; 13-15)

Quel est cet esprit qui se promène la nuit pour semer la terreur auprès des êtres qui n’arrivent pas à s’endormir?

Le même esprit qui a torturé Jésus dans sa nuit au Golgotha où aucun de ses compagnons n’a pu rester éveillé pour l’accompagner dans sa souffrance et sa solitude?

*   *   *


Et pourtant…, hier soir, il y avait eu un de ces couchers de soleil à vous couper le souffle auquel aucune photo ne pourrait rendre justice, le ciel passant de l’orange au rouge embrasant l’horizon tout entier,

Couronnement d’ une belle journée de printemps et signe avant-coureur d’un lendemain prometteur,

Ou d’un sommeil réparateur…


Et pourtant…, dit la Genèse… “Il y eut un soir, il y eut un matin  et Dieu vit que cela était bon” …

“Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles.
Dieu les plaça dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d’avec les ténèbres. Dieu vit que cela était bon”

* * *

Alors, non!

Les nuits  de notre planète n’appartiennent pas au monde des ténèbres,

Ni aux esprits des morts auxquels elles seraient livrées et qui pourraient hanter les humains en toute liberté….

Tu les as créées avec des luminaires pour les éclairer,

C’est Toi qui présides à la nuit autant qu’au jour

Et pour terminer de nous en convaincre,

Pour qu’ on doute encore moins de ta présence et de ta bienveillance pendant nos nuits

Pour éclairer nos ténèbres et dissiper nos peurs nocturnes,

Tu nous a donné Jésus,

La vie, la lumière du monde…

(Il faudra que je m’en souvienne la prochaine fois)

Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie”

La fête des escargots

Dimanche 24 mai, 2020

C’est parait-il la fête des escargots aujourd’hui…dixit la page de facebook de l’ambassade des États Unis à Washington…Je ne sais pas où ils ont été cherchés ça!

En tout cas, comme aujourd’hui, il a plu, ces messieurs les escargots se sont pavanés sur le trottoir et ont fait une séance photo dont voici le résultat

Et comme on parle d’escargots, je me suis souvenue de ce fameux poème de Prévert, plein d’optimisme, en cette saison d’enterrements… un beau rappel, que la saison des feuilles mortes ne dure pas toujours et qu’après reviendra le printemps et même l’été où l’ on pourra trinquer de nouveau sur les terrasses de café…de Paris et d’ailleurs.

Chanson des escargots qui vont à l’enterrement d’une feuille morte
Jacques Prévert

A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s’en vont dans le soir
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
C’est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le cœur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L’autocar pour
Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C’est moi qui vous le dis
Ça noircit le blanc de l’œil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C’est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent à chanter
A chanter à tue-tête
La vraie chanson vivante
La chanson de l’été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C’est un très joli soir
Un joli soir d’été
Et les deux escargots
S’en retournent chez eux
Us s’en vont très émus
Ils s’en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un p’tit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.