Nourriture céleste ou anthropophagie?

Le 16 octobre 2024 (Auvergne)le 10 février 2025, la Virginie

On est maintenant en 2025, le monde a-t-il vraiment changé depuis ? Est-on dans une nouvelle ère avec l’élection du nouveau président que certains regardent comme le messie ici… au contraire de moi, qui le voit plutôt comme le faux messie des temps apocalyptiques étant donné sa capacité à aveugler bien des croyants..

C’est rassurant d’une certaine manière de retrouver Jésus avec ses disciples, et d’entendre ces paroles de vie, sur ces terres qui sont dévastées maintenant mais où heureusement, il y a un cessez-le-feu même s’il est encore fragile…

Guerre, paix, destruction, reconstruction, ces pays en ont vu des armées aller et venir. C’est peut-être aussi ça l’incarnation : Jésus est venu habiter parmi nous, pas dans un havre de paix mais au milieu de la tourmente dans une région où la paix est toujours fragile et ne tient qu’à un fil…

Jean 6 : 48-60

Moi, je suis le pain de la vie.

Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ;mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas.

Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »

Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »

Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.

De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Voilà ce que Jésus a dit, alors qu’il enseignait à la synagogue de Capharnaüm.

Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? 

Des propos de plus en plus inintelligibles

Moi, je suis le pain de la vie.

Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ;mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »

Jésus reprend ici le langage imagé qu’il a commencé à utiliser plus haut et qui est celui de la nourriture. Il adresse directement son entourage immédiat (juif bien sûr) quand il parle de « vos pères » et fait allusion à l’histoire de la traversée du désert de ce peuple. L’idée que Jésus soit le symbole du pain vivant n’est pas véritablement choquant mais quand il dit « ma chair » il passe semble-t-il du symbole au littéral et c’est là que « les juifs » réagissent en se demandant comment interpréter ses paroles.

Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est une vraie nourriture, et mon sang est une vraie boisson.

La réponse de Jésus à leurs questions comme il arrive souvent n’en est pas une mais surtout au lieu de minimiser ce qu’il vient de dire et de l’expliquer, il insiste en développant la métaphore, utilisant des termes encore plus crus, ce qui ne fait qu’augmenter la perplexité de ses interlocuteurs et la mienne d’ailleurs! (je ne peux pas m’empêcher d’y voir des connotations anthropophages)

Ici au symbolisme de la chair, qui nous renvoyait au pain de vie, il ajoute celui de la boisson et du sang ce qui est encore plus déconcertant… le sang lui-même est symbole à la fois de la vie et de la mort, mais l’idée même de boire du sang, particulièrement celui des animaux qui devaient être complètements saignés pour pouvoir être consommés, est certainement inacceptable. Il parle là d’enfreindre un tabou majeur dans le judaïsme.

(j’ai trouvé cet article intéressant sur la symbolique du sang dans la tradition juive, com représentant à la fois la vie et la mort: https://rabbinchinsky.fr/2017/04/02/torah-paracha-tsav/)

En tout cas, la dimension spirituelle de ce qu’il dit, ne fait pas de doute car il ne parle pas de la vie ici-bas, mais il explique bien qu’il parle de la vie éternelle, ce qui n’était pas le cas pour la manne qui elle était une nourriture concrète qui a permis aux hébreux de survivre dans le désert.

S’il est donc clair qu’il ne s’agit pas d’une nourriture physique (et par conséquent qu’il ne parle pas d’un acte d’anthropophagie) les images qu’il évoque sont quelque peu surprenantes et ont de quoi faire réagir. Comment l’expliquer sans faire recours à l’élaboration de thèses plus tardives sur la ritualisation de l’eucharistie et le dogme catholique de la transsubstantiation au lieu de le laisser dans son contexte originel qui est celui du judaïsme du 1er siècle ?

Le côté provocateur de Jésus, surtout face aux scribes et aux pharisiens peut-être une piste valide car il n’hésite jamais à démonter leur suffisance par des questions pièges ( peut- on sauver une vie le jour du sabbat ?) et dans le cas présent, en partant d’un symbolisme qui leur était accessible pour en arriver à des affirmations difficilement intelligibles , serait-ce qu’il cherche à créer une telle confusion dans leur esprit qu’il les laisse incapables de répliquer ?

Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Maintenant, il semble s’adresser à ses disciples en reprenant le thème de sa relation avec le Père : la relation qu’il offre à ses disciples en utilisant les termes de nourriture est similaire à celle qu’il a avec son Père qui est à la source de sa vie. Et c’est dans cette communion profonde avec lui qu’eux aussi pourront recevoir le don de la vie éternelle qui vient du Père. Il explique donc d’une certaine manière comment comprendre la métaphore qu’il a utilisé.

Ça n’empêche cependant que la réaction des disciples, qui pourtant ne lui sont pas hostiles, soit la perplexité :

Voilà ce que Jésus a dit, alors qu’il enseignait à la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut la comprendre.

On verra d’ailleurs par la suite que beaucoup de ses disciples à ce moment là décidèrent de ne plus le suivre

***

Ce que j’en retiens : d’abord, les termes et les images que Jésus ( manger sa chair et boire son sang) utilise, m’ont mis mal à l’aise car je ne peux m’empêcher d’y voir une dimension anthropophage (pour ne pas dire cannibale) … Peut-être que ce malaise est dû au fait de la croyance catholique du dogme élaboré plus tard (1215) de « la transsubstantiation » à savoir que miraculeusement le pain et le vin deviennent réellement corps et sang du christ auxquels on demande au fidèle de communier (https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2019-11/la-transsubstantiation-dogme-central-de-la-foi-catholique.html)

Pourtant comme il s’agit de paroles prononcées dans le contexte du judaïsme ou du christianisme primitif, on ne peut attribuer à ces paroles un sens qui ferait allusion à des pratiques rituelles d’anthropophagie. qui leur étaient totalement étrangères et de toutes façons condamnables . Mais je ne suis rendue compte que je n’étais pas la seule à avoir cette réaction et que d’autres, qui comme moi, ne peuvent s’empêcher de surimposer aux paroles de Jésus des croyances et des interprétations beaucoup plus tardives, ont eu la même inquiétude.

( À partir du 16 ème siècle, toutes sortes de mythes cannibales plus édifiants les uns que les autres ont apparu dans les récits d’explorateurs aux Amériques et en Afrique utilisés bien entendu pour montrer l’infériorité et la sauvagerie de leurs habitants. Aujourd’hui, les pratiques rituelles où la consommation de la chair et du sang d’autrui sous une forme ou sous une autre existent, continuent à fasciner beaucoup de chercheurs de sciences humaines ce qui fait qu’il existe toute une réflexion sur la question.)

Alors qu’est-ce que Jésus a voulu enseigner en utilisant des termes aussi crus ?

Certainement annoncer par anticipation, le sacrifice de sa vie dont il parlera au cours de son dernier repas. Et étonnement, pour moi, c’est la lecture du témoignage d’un des survivants de l’accident d’avion en Uruguay de ces joueurs de rugby (1972) qui avaient décidé, non sans remords de consommer la chair de leurs camarades morts pour survivre, qui a mis en relief le fait que l’offre de Jésus signifie le sacrifice complet de sa personne :

«… le jour est arrivé où nous n’avions plus rien à manger, et nous nous sommes dit que si le Christ, pendant la Cène, avait offert son corps et son sang à ses apôtres, il nous montrait le chemin en nous indiquant que nous devions faire de même[…] : C’est ce qui nous a aidés à survivre » (version française.. https://fr.wikipedia.org/wiki/Vol_Fuerza_A%C3%A9rea_Uruguaya_571)

Même si son raisonnement théologiquement parlant était discutable, concrètement parlant, la mort des uns avait pu permettre la vie des autres et la consommation de leur chair même si elle n’avait pas été offerte volontairement est ce qui les a sauvés. ( ce qu’on appelle, le cannibalisme de survie)

Bref,

Non je ne crois pas que Jésus demande à ses disciples de participer à un acte rituel d’anthropophagie, mais cette expression si crue et si choquante, exprime bien l’idée du don total de Jésus à ses disciples, non seulement celui de son esprit mais de son corps à un moment où ils ne pouvaient encore imaginer qu’il mourrait, condamné à mort et exécuté.

Le Jésus de l’évangile de Jean continue à être déconcertant et dérangeant : déconcertant dans l’affirmation de sa proximité avec le « Père » qui en fait un être « extra terrestre » dérangeant dans l’insistance de la réalité charnelle du corps et du sang qui coule dans ses veines et dans lequel il habite pleinement. On en revient à cette affirmation du début de l’évangile :

« Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous »

Incompréhensible !

NB : sur le sujet de l’anthropophagie et religion en français

https://www.persee.fr/doc/asdi_1662-4653_2016_num_11_1_1064

https://www.france-catholique.fr/Eucharistie-et-cannibalisme.html

Vade retro Satana

le 7 février 2025, USA

Quelle semaine !

les clameurs sont de plus en plus fortes dans ma tête…

Faut dire que tous les jours, derrière son bureau, le stylo à la main, les annonces de plus en plus menaçantes, de plus en plus insensées et les mensonges de plus en plus outranciers qu’il profère, sont orchestrés et répétés à l’envi par les médias du monde entier

il me faut boucher les oreilles pour ne pas les entendre

mais trop tard !

elles sont déjà entrées dans ma tête,

elles tournent et tournent

comme les manèges à la foire du Trône

et leur course folle s’accélère

jusqu’à ce que….

***

Stop ! Stop !

Silence ! Silence !

Je m’écrie de toutes mes forces

Vade retro Satana !

***

Le soleil brille dehors,

le fleurs commencent à pousser,

j’irai les admirer…

Despotisme et servilité: une concoction dangereuse

le 31 janvier, 2025, USA

Plus ça va, plus j’apprécie qui était Jésus quand il était sur terre, surtout face aux ravages du narcissisme dangereux du président actuel, mais avant tout face à la servilité et la lâcheté de son entourage, de toute une classe politique et religieuse qui renforce son pouvoir, chaque fois qu’il ouvre la bouche et qu’eux et (elles!) , se taisent ou s’inclinent (pour ne pas dire se prosternent) devant lui !

Jésus n’a jamais plié devant les puissants qui deviendront ses adversaires : ni dans ses nombreuses joutes théologiques avec les religieux de son époque, ni à son procès devant les accusations portées contre lui, ni même pour éviter la peine de mort. Il n’a jamais renié qui il était, il n’a jamais plaidé coupable, comme on le conseille tellement aux accusés aujourd’hui pour obtenir une réduction de peine.

Jésus n’a pas plié non plus devant ses partisans pour leur plaire : son refus d’arrêter sa mission comme le voulait sa famille…son refus de devenir chef politique comme le voulait la foule admirative, son refus d’utiliser la force comme le voulaient ses disciples, particulièrement Pierre, quand il a coupé l’oreille d’un des gardes du temple.

La formule « Jésus est mort pour nos péchés » malheureusement occulte la réalité socio-politique de sa condamnation et exécution, et avant de sauter trop vite à l’interprétation spirituelle de sa mort avec tout un vocabulaire religieux, il faudrait regarder la réalité en face et donner tout son poids à la dimension historique de sa vie qui révèle justement la présence du mal et du pêché dans l’usage du pouvoir politique et religieux.

(Ah! qui dira l’attrait du pouvoir!)

Sinon, on se laissera berner par les hommes politiques qui se revendiquent, pro-chrétienté ; on fera ce qu’une certaine compréhension de la laïcité nous demande de faire : confiner le religieux à nos « petits péchés personnels et familiaux » et laisser que les péchés collectifs envers notre prochain se perpétuent. On oubliera le sens des paroles «  que ton règne vienne et que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » récitées tellement de fois sans y penser ; on permettra et applaudira que se construise au contraire, l’autre royaume celui que Jésus a dénigré et dénoncé, mais certainement pas celui qu’il est venu annoncer

Jésus, le seul antidote efficace, pour le monde d’aujourd’hui!

Un témoignage poignant et étonnant

l’illustration est la peinture célèbre ” El dos de mayo” du peintre espagnol Goya

le 28 janvier, 2025, la Virginie

Hier c’était le 80ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz et je me suis tue,

j’ai laissé les qui-de-droit parler : j’ai voulu les écouter, une fois de plus…

A l’occasion, j’ai vu l’histoire étonnante d’une femme qui à l’âge de 6 ans avait été victime avec sa sœur jumelle des expériences inhumaines conduites à Auschwitz par le trop fameux docteur Josef Mengele : elle a remué ciel et terre une grande partie de sa vie, d’abord pour que soit connu le traitement qui avait été réservé aux enfants jumeaux mais pour aussi le retrouver afin qu’il comparaisse devant la justice, et qu’elle puisse lui crier au visage : tu vois tu as raté ton coup, j’ai survécu… (ce qu’elle ne pourra jamais faire…)

Pourtant la fin de son histoire est tout à fait inattendue…

Le documentaire suit son parcours et les différentes étapes de sa lutte mais aussi sa singularité et sa vivacité, elle qui ne s’encombrait pas des règles de bienséance pour faire avancer sa cause et n’hésitait pas à interpeller, hommes politiques et journalistes en public. Un moment particulièrement troublant a été filmé quand elle a interrompu une cérémonie en hommage aux victimes de la Shoah dans l’enceinte du capitole à Washington DC, en présence de tous les dignitaires du moment, au point où elle a été sortie manu militari par un policier: on entend ses cris stridents de terreur alors qu’Élie Wiesel ( d’origine roumaine comme elle) l’invité d’honneur s’apprête à parler au podium et s’arrête interloqué…

Pour beaucoup, cet incident l’a rendue infréquentable…

( elle a raconté plus tard qu’elle a eu un flash back et qu’elle croyait que le policier allait l’exécuter)

Mais le plus étonnant ( et le plus polémique), est certainement quand elle annonce à l’occasion du cinquantième anniversaire de la libération du camp auquel elle se rendait ( elle y allait tous les ans) qu’à titre personnel, elle avait décidé de pardonner aux nazis. Quand elle visite le camp cette fois-là, elle le fait aux côtés d’ un médecin allemand, ancien nazi, et collègue de Mengele qui avait été acquitté des crimes commis après la guerre pour son attitude bienveillante envers les prisonniers ( il a continué à être un objet de polémique lui aussi surtout à la fin de sa vie https://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Wilhelm_M%C3%BCnch )

Évidemment, ça n’a pas été du goût de beaucoup de survivants de la Shoah, particulièrement les jumeaux et jumelles qui avaient été victimes des mêmes sévices… mais qu’importe pour elle… ayant fait l’expérience d’avoir été libérée de sa haine ( c’est elle qui le dit), elle décida d’élargir son organisation « Candles » créée à la mémoire des victimes , en incluant un message sur les bienfaits du pardon…et jusqu’à sa mort elle se démènera pour faire connaître son histoire et son message…( elle, est décédée en 2019 à l’âge de 85 ans) Ici le site de son organisation qui existe encore

https://candlesholocaustmuseum.org/our-survivors/eva-kor/her-story/her-story.html/title/read-about-eva-s-road-to-forgiveness

Je dois avouer que je ne m’y attendais pas du tout : ce qui m’a surpris mais que j’ai aussi apprécié c’est qu’elle ne sermonne personne car en ne donnant pas de justification religieuse pour sa décision très personnelle, explique-t-elle de pardonner, elle ne condamne pas ceux et celles qui ne le feraient pas et évite du même coup toutes les controverses sur la compréhension juive du pardon versus celle chrétienne ( dans le documentaire des rabbins discutent de la question..) .

https://www.pbs.org/show/eva-7063

* * *

Quant à moi, qui ne prétend pas être une porte-parole pour les victimes et leurs descendants, ce qui m’interpelle le plus dans cette tragédie monstrueuse, c’est la profondeur des ténèbres qu’elles révèlent exister, au tréfonds de l’être humain : certains parlent de la banalité du mal (Hannah Arendt, ) en expliquant comment l’obéissance à des ordres enlève tout esprit critique. Cette explication ne me satisfait pas car, j’ai eu l’occasion d’en mesurer la profondeur chez d’autres êtres humains sans qu’elle soit liée à des ordres donnés… seulement à un contexte social et politique qui permet à nos instincts les plus vils de faire surface et les autorise à se donner libre cours, surtout en temps de guerre où les victimes d’hier deviennent trop facilement les bourreaux du lendemain…

En tout cas, à l’heure d’aujourd’hui, ce qui m’inquiète, c’est la réalité indéniable de ces ténèbres qui se manifestent autour de moi, par la facilité avec laquelle, des braves gens qui a priori ne feraient de mal à personne, manipulés par une propagande toxique et mensongère, orchestrée par la classe politique au pouvoir, justifient et applaudissent la haine, la persécution et la poursuite d’un groupe de personnes devenues les boucs-émissaire de toute une nation …

(Évidemment, les déportations massives et musclées, ici aux États Unis, en sont un exemple flagrant qui ne présagent rien de bon… surtout dans un pays où les gens sont armés jusqu’aux dents et où un salut nazi à l’inauguration d’un président est considéré comme une maladresse anodine même s’il a été applaudi par de nombreux groupes qui eux ne cachent pas leur affiliation ),

Bref,

« Délivre-nous du mal »

L’éternelle prière !

les lundis maussades

Difficile le lundi,

de regarder le monde en face

Plus facile

de laisser couler le temps qui passe

emmitouflé

comme si de rien n’était

même si l’on sait

qu’il en est tout autrement,

***

« Je ne ne te demande pas de les retirer du monde, dit- il dans sa dernière prière

mais de les garder du mauvais …»

***

Garde nous du mauvais,

quel qu’il soit

alors peut-être même

pourrons-nous affronter cette semaine

avec joie ?

Contre-poison

(photo prise à l’aube du 22 par -16)

le 24 janvier 2025

Impossible de rester calfeutrer chez moi, même quand il fait – 16 dehors …

( ouf ! Aujourd’hui le thermomètre est remonté à -3 et va aller au-dessus de zéro, au cours de la journée…)

Impossible non plus d’ignorer ce qui se passe à la Maison blanche à deux pas ( on est à 283,03 km très exactement, mais c’est pas très loin dans ce pays immense) ! Même si je consulte les journaux étrangers (français en l’occurrence) pour échapper à l’hystérie du moment ils parlent autant du nouveau président sinon plus, et leur commentaires… vaut mieux ne pas en parler

J’ai envie de me boucher les oreilles pour ne pas entendre les déclarations intempestives qui envahissent les médias du monde entier, renforcées par des commentaires scandalisés ou approbateurs qui leur donne encore plus de pouvoir…

Mais évidemment, je ne peux indéfiniment faire semblant qu’il n’existe pas un monde autre que celui des oiseaux et des écureuils qui survivent l’hiver glacial de l’autre côté de ma porte….

Alors, je scrute les textes bibliques pour trouver le contre poison, surtout que les partisans les plus vocaux du nouveau président sont la droite évangélique à laquelle s’est ajoutée maintenant la droite catholique (celle qui n’aime pas le pape François et attend avec impatience qu’il décède… prêts à miser, même s’ils ont des tendances racistes, sur un futur pape africain qui serait plus conservateur)

Bref…

Heureusement, des contre-poisons, il y en a plein, dans ces textes, presque à chaque page !

Je tombe ce matin sur ces quelques lignes qui affirment qu’en Dieu

Bonté et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Ouf !

PS. Cette traduction en français du psaume utilise le mot vérité dans les bibles catholiques et fidélité dans les bibles protestantes (numéroté dans les unes au psaume 85 et dans les autres à 84)…Je lui préfère le mot vérité qui fait contre-poids à tous les mensonges qui sont diffusés à grand renfort de pseudo-preuves encore plus trompeuses….j’ai consulté des traductions en anglais qui disent « righteousness »… mais celle que je préfère est celle en espagnol :

La misericordia y la verdad se encontraron

La justicia y la paz se besaron

la verdad brotará de la tierra

Magnifique !

Naturalisation versus Inauguration

Washington DC (2)

le 21 janvier 2025, la Virginie ( il fait -16 !)

Eh oui,

C’était il y a tout juste une semaine le 15 janvier à Washington, avant cette fameuse inauguration, que j’ai attendu plus d’une heure dans le froid ( -5 ) devant la porte du « district court » (tribunal ) de la ville de Washington pour pouvoir y pénétrer : elle était gardée par un policier ( noir comme la majorité des effectifs de police à Washington ) qui ne laissait les gens entrer qu’au compte-goutte car comme dans les aéroports, on devait passer par un portail de sécurité avec obligation de sortir de ses poches ou de son sac son smartphone, sa montre etc… etc…

Dans la queue qui s’allongeait au fur et à mesure, il y avait des gens de tout âge, y compris des enfants dans des poussettes et des nourrissons dont on voyait à peine la tête sortir du manteau de la personne qui les serrait contre leur poitrine pour les protéger du froid.., les uns étaient venus pour prêter serment, dernière étape de leur naturalisation de citoyen américain, les autres ( comme moi) les accompagnaient dans cette cérémonie solennelle après un parcours du combattant qui avait duré souvent plusieurs années…Mais à la même heure comme devaient entrer aussi des employés du lieu et des jurés de différents procès qui se tenaient dans des salles du même bâtiment..ça n’en finissait pas…

Bref… on a fini par pouvoir y entrer et trouver au 6ème étage la salle réservée pour la cérémonie : elle était tapissée des portraits des juges de la cour suprême avec les sièges du centre numérotés et réservés aux futurs citoyens et sur les côtés, ceux pour leurs amis ou membres de leur famille..

Ils étaient plus d’une centaine ce jour là et leur tenue trahissait quelquefois leur pays d’origine (j’ai vu quelques femmes habillées dans la tenue traditionnelle éthiopienne ) mais si toutes les femmes étaient venus dans leurs plus beaux atours, bien peignées et maquillées pour l’occasion, les hommes eux, étaient plutôt habillés sobrement en complet cravate… une ou deux personnes âgées étaient arrivées en chaise roulante.. Tous, en tout cas avaient l’air inquiet et sérieux : ils n’y croyaient pas encore… surtout avec toutes les consignes données sur l’interdiction de prendre des photos et d’utilisation du portable, leur faisant craindre qu’au dernier moment ils pourraient ne pas avoir le fameux sésame qu’ils attendaient depuis longtemps.

Le maître de cérémonie, personnage affable et haut en couleur a commencé à s’adresser à la foule créant une ambiance rappelant celle des églises afro-américianes avec sa manière d’haranguer la foule pour qu’elle réponde avec enthousiasme aux questions qu’il leur posait, leur faisant répéter plusieurs fois comment souhaiter la bienvenue au juge quand il ferait son entrée dans la salle et qu’ils devraient tous se lever.

( I did not hear you, come on… you can do better than that…now you sound like you mean it …etc…)

Il était conscient de leur nervosité et cherchait à les mettre à l’aise mais je ne suis pas sûre que les personnes présentes pouvaient vraiment apprécier ce qu’il faisait … Il a terminé ses explications sur le déroulement de la cérémonie en leur disant que pour l’instant, ils étaient tous ses frères et sœurs mais qu’après la cérémonie, ils seraient ses frères et sœurs américains…

* * *

Finalement, le juge ( tout blanc lui) est arrivé, l’hymne national a retenti et des discours ont été prononcés : par une invitée du juge, recteur d’une université et le juge lui-même. La teneur de leur discours était le même et contrastait certainement avec la conception française de la citoyenneté : aucune mention de nécessité d’intégration, au contraire, un encouragement à garder leurs coutumes et leurs traditions, considérées comme un enrichissement de la société américaine rendue plus forte par des générations successives d’immigrants qui ont chacune apporté leurs talents et leurs savoir faire pour construire une grande nation. ( tous les deux ont signalé qu’ils étaient issus de l’immigration plus ou moins récente de leurs parents ou grand-parents)

(Pourtant la teneur du serment qu’ils ont dû prononcer, utilise des termes très forts car ils doivent jurer de renoncer à toute allégeance à un autre pays, prince, nation etc.. : I absolutely and entirely renounce and abjure all allegiance and fidelity to any foreign prince, potentate, state, or sovereignty, of whom or which I have heretofore been a subject or citizen…” Pourtant dans les faits la binationalité est reconnue, et on n’exige jamais qu’ils redonnent leur passeport étranger, c’est pourquoi le juge a voulu en tempérer la valeur en précisant qu’il avait été écrit en 1776 quand les États Unis venaient juste d’acquérir leur indépendance de l’Angleterre… )

Avent donc de prêter serment, un des clercs a fait l’appel lisant la longue liste des personnes qui devaient répondre « present » à l’énoncé de leur nom et de leur nationalité d’origine. Selon l’information donnée, il y avait 40 pays représentés, en tête, numériquement parlant, étaient les éthiopiens et en deuxième place les salvadoriens…

( J’ai entendu très peu de pays européens, quelques allemands, un ou deux hollandais, une espagnole, et une française, mais aussi un australien, un chinois et des philippins .)

Toujours est- il qu’après avoir répété les phrases du serment, ils ont devenus officiellement citoyens américains. Ils étaient maintenant soulagés et se sont félicités mutuellement sous les applaudissements du public. Et pour couronner le tout, le maître des cérémonies a annoncé qu’ils avaient le droit maintenant d’utiliser leur smartphone et de faire des photos..pour la remise de leur certificat de nationalité, signé par le président sortant, Biden, avec une lettre de bienvenue…

* * *

Évidemment, à l’extérieur de ce bâtiment, étaient prêts à être installés chaises et barricades pour l’inauguration du nouveau président qui avait promis une déportation massive des immigrants illégaux (11 millions à peu près) … et dont la cérémonie prévue dehors n’avait pas encore été annulée. Mais bien sûr à l’intérieur, tous étaient conscients de cette réalité qui rendait ce moment d’autant plus important pour les participants d’avoir obtenu leur statut de citoyen.

D’ailleurs les orateurs ont y bien fait plus qu’allusion particulièrement l’oratrice qui étant une invitée n’avait pas une obligation de réserve, contrairement au juge qui présidait la cérémonie . Elle ne s’en est d’ailleurs pas privée en faisant l’éloge du président Carter qui venait de mourir centenaire et de ses qualités morales d’intégrité tant dans sa vie privée que politique… soulignant ses initiatives en faveur des citoyens victimes de discrimination, sa promotion avant l’heure des énergies renouvelables, ses actions pour la paix dans le monde ( le traité de paix de 1979 au Moyen Orient) et sa bénévolence envers les pays voisins , en léguant le canal de Panama au gouvernement Panaméen… tout ce que Trump n’est pas et oppose …

Elle a donc encouragé les nouveaux citoyens à utiliser leurs droits et leur pouvoir pour assurer que les valeurs américaines d’égalité, de justice et de liberté pour tous, continuent à perdurer malgré la venue d’un nouveau président autoritaire anti-immigrant et expansionniste, …

Dans cette salle, entre ses murs, à une semaine de l’inauguration, dans cette ville de Washington prête à gérer la logistique énorme et compliquée, c’était l’Amérique rêvée et idéalisée qui était à l’honneur, celle qui a attiré des milliers d’immigrants à travers le monde… celle du poème gravé sur la statue de la liberté à l’entrée de New York :

“Keep, ancient lands, your storied pomp!” cries she

With silent lips « Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, tempest-tost to me,
I lift my lamp beside the golden door!”

* * *

On aurait tort malgré tout de croire que l’Amérique représentée par Donald Trump est une nouveauté : malgré son ADN d’immigrants, elle a connu des époques où la porte a été fermée à double tour pour des groupes entiers de personnes, dont le plus connu est le « Chinese exclusion act » signé en 1882…(et révoqué depuis..)

Bref, il y a plus d’une Amérique, celle rêvée et désirée comme celle haïe et dénigrée ( comme il y a plus d’une France, d’une Colombie, d’un Japon etc.)

mais avant tout, il y a surtout des gens, comme vous et moi…

(certains comme moi, ont un pied ici et un pied là-bas et essaient de jongler avec leurs différentes identités, tout en voulant rester fidèle à leurs valeurs morales fondamentales comme aimer son prochain comme soi-même, par exemple)

Alors, à nous de jouer !

PS : après maintes tentatives, j’ai pu prendre cette photo du cardinal qui vient picorer de l’autre côté de ma fenêtre …pas idéale mais bon

Inauguration: éloge de l’oiseau

le 20 janvier 2025, (-10 dit le thermomètre) , Virginie

Il fait froid…

par la fenêtre je vois,

un cardinal tout rouge sur fond de ciel bleu et branches enneigées qui vient picorer les graines dans la mangeoire suspendue

et en fait tomber la moitié sur le sol gelé

puis surprise !

Un beau pic-vert à tête rouge virevolte et vient s’y alimenter,

mais en quelques secondes, il est reparti….

( impossible de le photographier… même à travers la fenêtre)

Et ensuite, il y a ces tout petits moineaux qui arrivent les uns après les autres…

ils sautillent rapides et agiles

et puis s’envolent en moins de deux…..

ils ont l’air tellement démunis dans ce paysage glacé,

et pourtant totalement indifférents au froid qui règne autour,

tandis que moi,

même emmitouflée de la tête au pied,

je crains de m’y aventurer…

* * *

Le froid

a obligé tous les puissants et multimilliardaires de la terre à se réfugier à l’intérieur en ce jour de l’inauguration de leur héros qui leur promet une prospérité sans limites…

ce froid glacial imprévu , inattendu

les privent d’une cérémonie grandiose avec des défilés en musique au pas cadencé d’hommes et de femmes en uniforme les saluant devant la tribune érigée spécialement pour eux,

et surtout des acclamations d’une foule en liesse affirmant et reconnaissant leur victoire et leur pouvoir démesuré…

Vanitas vanitatum : Vanité des vanités, tout est vanité aurait dit le sage, auteur du livre de l’Ecclésiaste

« Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit, disait aussi un certain Jésus… »

En cette journée solennelle d’inauguration présidentielle

C’est l’oiseau que je salue

C’est lui qui est souverain

Washington DC: centre du pouvoir? (1)

Le 14 janvier, 2025, Washington DC

Plongée de courte durée dans le Washington DC en hiver que je connais,

avec ses trottoirs mal nettoyés, encore recouverts de neige et de plaques de verglas où l’on risque de se casser la figure ( en tout cas moi)

avec ces SDF portant deux ou trois couches de guenilles pour se protéger du froid, déambulant et parlant tout seuls à haute voix,

avec ses restaurants qui ne paient pas de mine mais qui sont fréquentés par quelques connaisseurs, prêts à attendre longtemps pour avoir une place dans leur local très souvent exigu,

et ses maisons collées les unes aux autres avec leurs poubelles débordantes dans les arrière-cours avant le passage des bennes de ramassage (et à moitié renversées après)

Et puis des tas de gens qui marchent d’un pas pressé dans la rue, l’air décidé, s’acheminant vers leurs lieux de travail…

Centre névralgique du pouvoir, où se joue l’avenir d’un pays immense mais aussi d’une grande partie du monde ?

Pouvoir démesuré, tentaculaire, gigantesque, menaçant surtout, semble-t-il à la veille de l’inauguration d’un président qui parle haut et fort, proférant des menaces envers quiconque ose lui tenir tête… 

Et puis quand on regarde les chiffres de l’argent dépensé pour obtenir les faveurs et le vote de tel ou telle élue et toute l’armée du personnel déployé par les différents lobbys qui circule dans les halls du pouvoir, ça donne le tournis…https://www.statista.com/topics/11840/lobbying-in-the-us/

(Pourtant, à part le quartier où se trouvent les grands monuments iconiques de la ville, dans les quartiers populaires, rien que des gens ordinaires qui s’affairent à leurs tâches quotidiennes …)

Comment se peut-il que si peu de personnes peuvent avoir tant d’argent et tant de pouvoir ? Ce n’est pas normal, ou plutôt c’est foncièrement injuste  et dangereux: personne ne pourra jamais me convaincre du contraire, sur quelque base que ce soit, surtout pas sur une lecture manipulatrice des écritures bibliques qui sont la base de la foi que je professe.

C’est pour ça que ça fait du bien d’entendre dans ces écritures mêmes la remise en cause constante du pouvoir des puissants et le rappel que ce ne sont pas eux qui détiennent les rennes du pouvoir : cette réaffirmation sur le ton de la moquerie souligne une vérité qui est occultée par les discours musclés, les cérémonies pompeuses, les fêtes de sons et lumières fastueuses qui maintiennent leur audience dans une fascination aveugle et enivrante de leur pouvoir maléfique.

 De leur bouche ils font jaillir l’injure,

leurs paroles sont des épées.

Ils disent: «Qui est-ce qui entend?»

Mais toi, Éternel, tu te ris d’eux,

tu te moques de toutes les nations.

Toi qui es ma force, c’est en toi que j’espère,

(psaume 59 8-11)