De l’amitié
Le 15-18 septembre Auvergne
J’en arrive à un autre passage super connu de l’évangile de Jean : la résurrection de Lazare
A priori cet épisode raconté me semble plus étonnant, plus spectaculaire et donc moins plausible que ceux du compte rendu de ses guérisons car des « guérisseurs » on en trouve à tous les siècles et dans tous les pays .. mais des hommes et de femmes religieux (des saints en quelque sorte) qui ressuscitent les morts beaucoup moins.…
Je m’attendais donc à trouver de nombreuses études exégétiques remettant en cause l’authenticité ou l’historicité de ce passage…et en fait non…et c’est à cela que l’on se rend compte qu’on n’est plus ni au 19ème siècle, ni au 20ème siècle où la question des miracles faisait problème : on essayait de leur enlever leur improbabilité en évoquant des rapporteurs naïfs et crédules d’une ère pré-scientifique qui exagéraient les faits voire les inventaient pour prouver la nature divine de Jésus..
En fait, les analyses que j’ai pu lire ont plus avoir avec la rédaction du texte et ces différentes étapes.. (et le fait que le récit contient des contradictions sur le déroulement des faits.)..mais pas de discussion sur la véracité de cet événement : les exégètes aujourd’hui sont devenus plus humbles et estiment que de toutes façon à l’heure qu’il est , on ne peut pas savoir ce qui s’est réellement passé et sur ce quoi on peut disserter d’une manière crédible c’est uniquement le texte qu’on a entre les mains. Mais certainement on reconnaît la sincérité et l’honnêteté des rédacteurs de l’évangile : si eux ils l’ont écrit et rapporté c’est parce-qu’ils croyaient vraiment que ça s’était passé. Nous on peut le croire ou pas….
J’aborde donc ce texte avec mon scepticisme naturel mais en même temps avec mon respect profond envers les personnes qui l’ont rapporté et ensuite rédigé et je m’attends à y découvrir quelque chose d’inattendu étant donné l’imprévisibilité de Jésus…
Jean 11 : 1-10
Il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur.
Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »
Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »
* * *
C’est agréable de retrouver un épisode où les discussions et les polémiques avec les autorités religieuses de l’époque ne soient pas au centre du récit ! Cette fois, contrairement à l’aveugle-né et ses parents, on a l’identité des personnes dont on parle, non seulement leur noms mais même le lieu où elles résident (Bethany) étant donné que le nom mentionné était courant, c’est cette indication qui permettait d’identifier de qui il s’agissait..On peut donc imaginer que ces détails étaient donnés parce-qu’il y avait des personnes à l’époque où le texte a été rapporté/rédigé qui les connaissaient..
Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.
Cette précision sur de quelle Marie il s’agissait, nous étonne ( m’étonne) un peu car dans notre « chronologie », l’événement apparaît juste avant la passion de Jésus, or il semble que cet épisode est bien avant…mais encore une fois, comme on l’a remarqué auparavant, il ne faut pas chercher une chronologie linéaire des faits qui sont rapportés car ce n’était pas ce qui comptait, le lieu était ce qui était important et ancrait les événements dans le réel.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En tout cas, Lazare est deux fois identifié comme le frère de Martha et Marie et on ne peut qu’être surpris d’entendre les sœurs de Lazare évoquer les sentiments de Jésus pour leur frère, car ce genre de remarque n’apparaît nulle part ailleurs ( on parle de compassion pour Jésus envers les gens qu’il rencontre mais pas de sentiments d’amitié) . D’un autre côté, il est naturel que comme c’est une requête, celles-ci font valoir cette amitié qui le liait à leur frère pour que Jésus se déplace et vienne le guérir. Intéressant mais pas étonnant que ce soient des femmes qui révèlent les sentiments de Jésus…
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
Cette fois ci c’est le rédacteur du texte qui élargit le champ des amis de Jésus en incluant toute la famille de Lazare.
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Au milieu de ces deux informations, est interjeté la remarque de Jésus qui ressemble un peu à ce qu’il avait dit quand on lui avait demandé quel péché était à l’origine de la cécité de l’aveugle-né, « pour la gloire de Dieu. » avait été sa réponse mais il ajoute bien que c’est également pour celle du « fils de Dieu » . Pourtant, il ne se désigne pas directement comme étant celui-là, il en parle à la 3ème personne.
Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
Beaucoup a été écrit sur le pourquoi Jésus avait attendu deux jours avant d’aller le voir au lieu de partit tout de suite… l’explication qui me semble la plus plausible…est donné par l’étonnement des disciples à l’idée qu’il retourne en Judée étant donné le danger de mort qu’il y courait : il avait besoin d’y réfléchir . L’insistance sur le fait qu’il aimait Lazare et sa famille montrait qu’il était malgré tout prêt à encourir des risques à cause des sentiments qu’il avait pour eux..
( certains disent que l’attente de deux jours était pour être sûr que Lazare soit bien mort quand il arriverait pour que sa résurrection soit plus spectaculaire)
Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »
La réponse de Jésus, n’est jamais vraiment une réponse directe mais elle s’adresse semble-t-il à leur peur devant le danger auquel il sera confronté et eux aussi s’ils l’accompagnent.
Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »
Une manière allégorique de dire que l’on ne risque rien quand on marche dans la lumière si on porte la lumière en soi : Jésus en revient à l’idée qu’il est la lumière même au milieu des ténèbres et le récit va continuer en se recentrant sur l’identité de Jésus.
( je dois avouer que je ne suis pas très sûre de ce qu’il a voulu dire…certains interprètent cette phrase comme voulant dire qu’ils doivent partir tant qu’il est encore temps, après il sera trop tard)
Ce que j’en retiens
Ce début du passage sur la résurrection de Lazare nous rapporte un épisode de sa vie où son affection pour un homme et sa famille prennent la première place. À côté de tellement de récits de guérisons où c’était une compassion plus englobante qui motivait Jésus, cette insistance sur l’amour que Jésus portait à cette famille est unique et imprègne tout ce texte. Si cette maladie permet de révéler son pouvoir de fils de Dieu, elle nous révèle les liens forts d’amitié que Jésus entretenait avec une famille de son entourage.
Jésus avait des amis !
Or, les liens d’amitié supposent une préférence pour certaines personnes ce qui met à mal une idée du devoir de l’amour du prochain selon laquelle on devrait aimer tout le monde de la même manière. Le Jésus présenté dans cette histoire remet en cause cette idée fausse : Jésus avait des disciples qu’il avait choisi pour son ministère mais il avait aussi des amis en dehors du cercle des 12 qui l’accompagnaient. Il allait chez Lazare et ses deux sœurs, pour s’y détendre et s’y restaurer et tout le monde le savait. …On ne peut pas rater ce trait profondément humain du caractère de Jésus.
Il nous conforte nous, dans le bien fondé de nos amitiés qui réchauffent nos cœurs dans les moments de joie et de peines : c’est bien connu, on ne choisit pas ses frères et sœurs ( même dans la foi !) mais on choisit ses amis !