Du 1- 7 septembre 2026, Auvergne
(illustration: lever du soleil en Haute Loire)
L’été touche à sa fin : la rentrée des classes s’est déjà faite en Belgique et aux États Unis, elle se fait aujourd’hui en France.
C’est tellement rassurant ce changement de température et l’arrivée de l’automne qui se profile : on croyait qu’on n’en finirait jamais avec cette canicule…maintenant que je vis dans un pays qui a quatre saisons, j’apprécie…
Toujours une guerre larvée dans les terres où Jésus a vécu et qu’il a parcouru…et ça, ce n’est pas prêt de terminer…tant qu’on est dans le mode vengeance et justification de la violence au nom de sa survie… ça ne risque pas de s’arrêter. Qui va faire les premiers pas vers la réconciliation de ces deux peuples qui en réalité ne sont qu’un…pas les hommes qui s’accrochent au pouvoir coûte que coûte de peur de devoir rendre des comptes…
L’accusation classique
Jean 10 : 20-42
La question de la crédibilité de Jésus continue à se poser et à occuper tout le devant de la scène dans ces différentes compte rendus de rencontres avec ses contemporains : il ne faisait certainement pas l’unanimité .
Beaucoup d’entre eux disaient : « Il a un démon, il délire. Pourquoi l’écoutez-vous ? » D’autres disaient : « Ces paroles ne sont pas celles d’un possédé… Un démon pourrait-il ouvrir les yeux des aveugles ? »
L’argument de la possession démoniaque revient sur le tapis : elle a continué d’être un grand classique dans l’histoire de la chrétienté où l’on accusait les dits « hérétiques » d’être possédés ainsi que les dites « femmes sorcières » , avec les conséquences que l’on connaît… Finalement une crucifixion, si elle n’est pas une mort au bûcher sera dans la même ligne, peu importe si ce sera finalement un tribunal romain qui l’exécutera et non un tribunal religieux : le politique au service du religieux ou vice-versa…
Alors arriva la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon Les Juifs firent cercle autour de lui ; ils lui disaient : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement ! »Jésus leur répondit : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage.
Deux choses intéressantes : l’auteur précise où et quand ces discussions ont eu lieu. Les deux mentions s’inscrivent bien dans ce qu’on attendrait d’un récit de l’époque avec les points de repères temporels qui ne sont pas des dates du calendrier mais les fêtes religieuses : pas une chronologie rigoureuse d’un avant et un après de l’événement raconté c’est le moment présent qui est défini.
L’autre, quant au lieu il nous rappelle à quel point Jésus intervenait dans les endroits emblématiques du judaïsme ne faisant pas de lui un outsider qui ne pratiquerait pas la foi juive. C’était un homme religieux pratiquant qui nous interdit de laisser de côté la judéité de Jésus et de le dépeindre comme quelqu’un qui condamnerait tout ce qui est juif…
Intéressant aussi qu’il ne réponde pas directement à la question de ceux qui leur demandait s’il était le Christ ce qu’il a dit à l’aveugle-né… certainement parce que lui était prêt à l’entendre et pas eux qui auraient fait de lui um messie politique…
Mais vous, vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.
Assez étonnant que l’explication que Jésus donne pour leur refus de le reconnaître n’est pas un défaut quelconque mais le fait qu’ils ne forment pas partie du groupe qui lui est assigné … Cette explication ne laisse-t-elle pas supposer une espèce de prédestination, le fait que certains soient choisis et pas d’autres ?
Jésus pourtant ne s’étend pas sur la question, contrairement à ce qui se passera plus tard chez de nombreux théologiens qui discuteront en long en large et en travers, la question de la prédestination et de la liberté humaine, thème aussi bien philosophique que théologique qui continue à faire couler beaucoup d’encre.
Jésus ne développe pas le concept de prédestination, il fait plutôt une affirmation qui met en valeur l’appartenance des brebis, non seulement à lui-même le berger, mais aussi à Dieu , le père de Jésus. Et ce faisant, il remet en cause le pouvoir des chefs religieux qui voulaient contrôler le peuple et se considéraient les porte parole de Dieu. Jésus réaffirme sa prééminence et son pouvoir qui sont au-dessus de ceux de tous les voleurs qui menacent de s’emparer du troupeau, (ce qui est finalement très rassurant ) et il en donne l’explication :
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »
Réconfortante pour ceux qui suivent Jésus cette affirmation est au contraire inquiétante pour les pharisiens car elle bat en brèche le pouvoir qu’ils ont sur le peuple. D’ailleurs, ils n’ont pas pu convaincre l’aveugle né qui a été guéri, que Jésus avait un démon malgré la pression qu’ils ont mise sur lui qui s’est terminé par son exclusion de la synagogue.
De nouveau, des Juifs prirent des pierres pour lapider Jésus.
La colère de ces juifs est compréhensible car leur légitimité est effectivement remise en cause par Jésus qui proclame clairement l’exclusivité de sa relation avec Dieu qui, sous entend que eux ,ils ne jouissent pas de cette même intimité.
Celui-ci reprit la parole : « J’ai multiplié sous vos yeux les œuvres bonnes qui viennent du Père. Pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider ? »
Contrairement à ce qui se passera plus tard au moment de la passion, Jésus ici reste combatif et ne se laisse pas faire : il conteste la légitimité de leur action faisant appel à un argument connu : ce ne sont pas les paroles qui comptent mais ce sont les actes et commence alors un échange musclé entre Jésus et ses détracteurs.
Ils lui répondirent : « Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu. »Jésus leur répliqua : « N’est-il pas écrit dans votre Loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ?
Elle les appelle donc des dieux, ceux à qui la parole de Dieu s’adressait, et l’Écriture ne peut pas être abolie.Or, celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous lui dites : “Tu blasphèmes”, parce que j’ai dit : “Je suis le Fils de Dieu”.
Pour nous chrétiens aujourd’hui qui avons tendance à faire des raccourcis à la lumière du dogme de la trinité élaboré plus tard, la réponse de Jésus à cette accusation de blasphème pour se dire fils de Dieu est intéressante dans la mesure où il montre que ce titre de Fils de Dieu est utilisé dans l’ancien testament pour désigner des personnes humaines et elle n’a donc pas un caractère exclusif quand Jésus l’applique à lui-même.(Psaume 82:6)
Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire.Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père. Eux cherchaient de nouveau à l’arrêter, mais il échappa à leurs mains.
Jésus continue à faire appel au même argument pour se justifier et offre un contraste avec les pharisiens, dont il a dénoncé l’hypocrisie à savoir qu’eux ne mettent pas en pratique ce qu’ils disent au contraire. … les actes qu’il pose lui reflètent la validité de ce qu’il proclame être.
Il repartit de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où, au début, Jean baptisait ; et il y demeura. Beaucoup vinrent à lui en déclarant : « Jean n’a pas accompli de signe ; mais tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai. » Et là, beaucoup crurent en lui.
Jean Baptiste refait ici son apparition, lui qui avait disparu après avoir été à l’ouverture de cet évangile ce qui témoigne de sa constante popularité et qui a fait émettre beaucoup d’hypothèses sur oui ou non il avait été assassiné au moment de l’épisode rapporté ici. Il est effectivement intéressant que Jésus soit retourné à l’endroit où était Jean Baptiste qui nous fait nous interroger si sa présence signifiait qu’il prenait sa suite ou était venu pour réconforter tous ceux et celles qui le suivaient…
Ce que j’en retiens,
L’insistance de Jésus sur le fait que ses « œuvres » sont la preuve qu’il est l’envoyé de Dieu.. Il utilise aussi le mot signe qui parle plus précisément de miracles. Cependant on peut prendre ce mot dans un sens plus large qui est d’agissements car Jésus dit lui même autre part que l’on peut faire des miracles au nom de Dieu et n’être pas approuvé par lui.
« Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité » ( Luc 7:22)
On a tendance à vouloir isoler une ou deux paroles de Jésus pour construire tout un édifice et toute une théologie : mais avec un Jésus vivant et parlant dans un monde concret et réel, ce n’est pas possible…heureusement d’ailleurs!
L’autre chose qui me frappe est à quel point l’hostilité des autorités religieuses était guidée par la peur de l’influence que Jésus avait sur les foules leur enlevant à eux, ce pouvoir et cette prérogative. Leurs objections théologiques à ce qu’il pouvait dire et leur argumentation contre lui étaient dus à sa popularité et non pas à une « jalousie saine » pour les écritures. L’accusation de blasphème que Jésus a déjoué est leur dernier ressort quand ils étaient à court d’arguments pour l’accuser et l’écarter.
En ces temps où les scandales dans l’église se succèdent ( catholique ici) et les alliances politiques avec l’argent et le pouvoir se combinent pour opprimer les plus faibles là-bas (la fameuse nébuleuse « MAGA » de l’autre côté de l’Atlantique) la stature de Jésus en est grandie et est ennoblie : il est vraiment l’Unique, le seul qui vaille la peine d’être suivi et écouté.