Qui est le menteur?

Le 25 mars 2026, Virginie

Jean 8 : 43-51

Qui ment et qui dit la vérité ?

C’est la question sempiternelle que tout le monde se pose au sujet des hommes et femmes politiques qui passent leur temps à s’accuser mutuellement de mentir mais dans une autre veine plus grave encore, c’est celle qui se pose devant un juge dans une cours d’assise : qui croire, la victime, le témoin, l’accusé , le procureur, l’avocat de la défense?

En ces jours où les missiles et les drones pleuvent sur le Moyen Orient et les déclarations intempestives des gouvernements qui en sont les protagonistes se désignent mutuellement comme les ennemis de la paix, on sait que la première victime de guerre est la vérité ( citation attribuée à de nombreuses personnes et peut-être la plus ancienne, l’auteur de tragédies grecques, Eschyle)

Mais dans ce débat entre Jésus et ses interlocuteurs, où ce sont des gens qui appartiennent à la même religion, croient au même Dieu, et se revendiquent de la même tradition et du même ancêtre la question de qui dit la vérité et qui croire va prendre une tournure inattendue quand Jésus lui-même va faire entrer un invité indésirable : le démon, père du mensonge !

Quand le démon s’invite dans la conversation.

Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? – C’est que vous n’êtes pas capables d’entendre ma parole.

Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge.

Mais moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas.

Le ton a monté dans cet échange entre Jésus et ses interlocuteurs, il est de plus en plus vif : on est loin maintenant, du Jésus doux et humble de cœur des images pieuses, il ne fait aucune concession à ses contradicteurs quand pour se défendre il accuse ses coreligionnaires d’être les enfants du démon ! Et il ne mâche pas ses mots : non seulement il les dépouille de leurs droits à se revendiquer fils d’Abraham et de Dieu, mais il en fait des « descendants » de l’ennemi de Dieu  

(διαβόλου (diabolou) est le mot qui est utilisé en grec pour diable et qui a les sens de calomniateur)

Quelque soit la conception que l’on puisse avoir ou que ses contemporains et ensuite ses disciples aient pu avoir du démon (laquelle n’est ni monolithique ni statique ), Jésus lui nous donne sa propre perspective sur le personnage et le définit sans ambages comme un meurtrier et père du mensonge.

Le fait qu’il mentionne que son existence a une origine lointaine « depuis le commencement », en fait un être réel mais de quel commencement parle-t-il ? De celui de l’univers, de celui de l’être humain ou du démon lui-même ? Jésus ne s’attarde pas sur cette question et ne nous offre pas de théories/théologie sur son identité, mais parle de sa personnalité .

Qui d’entre vous pourrait faire la preuve que j’ai péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?

Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. Et vous, si vous n’écoutez pas, c’est que vous n’êtes pas de Dieu. »

L’allusion au démon est laissée de côté et Jésus se remet au centre du débat : c’est sa légitimité et sa crédibilité en tant que prophète au sens littéral du terme ( parler pour Dieu) qu’il continue à défendre, et explique la cause de l’incrédulité de ses détracteurs d’une manière simple et péremptoire « vous n’êtes pas de Dieu ».

Les Juifs répliquèrent : « N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ? »

Bien entendu, j’ai envie de dire, comme Jésus les a traités de fils du démon, ils lui rendent la pareille : il fallait s’y attendre ! c’est de bonne guerre !

Jésus répondit : « Non, je n’ai pas de démon. Au contraire, j’honore mon Père, et vous, vous m’outrager. Ce n’est pas moi qui recherche ma gloire, il y en a un qui la recherche, et qui juge.

Dans sa réplique Jésus affirme que sa manière d’être fait honneur à Dieu mais précise bien comme il l’a fait souvent auparavant qu’il n’est pas un agent autonome qui cherche la célébrité et l’admiration  pour lui-même: « je ne suis pas venu de moi-même mais c’est lui qui m’a envoyé » a-t-il dit plus haut. Son rôle est de faire la volonté de celui qui l’a envoyé et c’est à Lui qu’il s’en remet pour ce qui est de sa réputation.

La discussion va continuer de plus belle car Jésus va aller très loin en affirmant : 

En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.

(la suite au prochain numéro…)

* * *

Ce que j’en retiens : deux choses m’interpellent.

La première, la définition de qui est le démon : meurtrier et père du mensonge, les deux se rejoignent. Avec toute la problématique des fake news et aussi de l’intelligence artificielle, il est de plus en plus facile de faire passer des mensonges pour des vérités ce qui aboutit à un système qui empoisonne et fausse tous les niveaux de communication et finit pas justifier les meurtres au nom de Dieu .

( Jésus suggère au passage, que celui qui ment c’est celui qui cherche sa propre gloire : on ment pour se faire mousser)

La dimension démoniaque du mensonge dénoncée par Jésus doit être prise au sérieux car le mensonge apparaît comme une réalité structurelle qui conduit à l’emprise mentale des gens vulnérables avec des conséquences catastrophiques.. Il n’est pas anodin quand des autorités religieuses répètent, diffusent ou amplifient des mensonges colportés par des hommes et des femmes politiques car ils deviennent alors de faux prophètes qui disent parler au nom du Christ et entraînent derrière eux des gens sincères.

La deuxième chose qui m’interpelle dans cet échange, est le contraste entre l’accusation de possession démoniaque de Jésus par ses contradicteurs avec celle de ce dernier envers eux. Face aux gens possédés du démon dans les évangiles Jésus a toujours agi comme un libérateur les traitant comme des victimes et des malades.

Par contre ce que Jésus dénonce chez ses contradicteurs est tout à fait différent : en disant que le diable διαβόλου est leur père, il affirme que leurs idées, leurs agissements et leurs paroles ne viennent pas de Dieu mais de son ennemi trompant ainsi ceux qui les suivent pour satisfaire leurs propres intérêts.

Malheureusement, en tout cas à travers les âges, l’accusation d’avoir un démon dans l’histoire du christianisme a conduit à justifier des actes meurtriers que l’on connaît trop bien dans les guerres de religion et les procès contre les hérétiques terminant par des exécutions sommaires (particulièrement contre les femmes traitées de sorcières)

Le seul remède pour ne pas se laisser tromper, c’est nous dit Jésus, de le croire, lui qui dit la vérité et n’est pas un meurtrier.

( mais comme il a dit autre part « aimez vos ennemis » en ce moment, ce n’est pas très porteur même chez ses disciples, on préfère écouter d’autres voix qui crient bien plus fort, comme celles de… crucifiez-le du vendredi saint!)

Leave a comment