le 18 février, 2026, États Unis
Mercredi des cendres
Chaque année le carême revient et chaque année, je me dis qu’on en a vraiment besoin… surtout le peuple chrétien… plutôt catholique d’un côté de l’Atlantique et plutôt, évangélique protestant de l’autre.
Cette fois-ci, en France, la mort de Quentin, tué à coup de pieds au cours d’une rixe entre bandes d’extrême droite et d’extrême gauche déchaîne les passions politico-religieuses, car le jeune homme qui a été tué et qui fréquentait les groupuscules d’extrême droite était aussi un catholique « pieux » récemment converti …
Alors évidemment la récupération n’a pas manqué de se faire et on s’est trouvé face à une polémique en tous points semblables à celle de l’assassinat de Charlie Kirk aux États Unis : même émotion, mêmes accusations envers les partis de gauche pour les uns , et mêmes ripostes de ces derniers se défendant d’être moins violents que les membres d’extrême droite ( la différence est que, étant donné les dérives autoritaristes du gouvernement en place aux États Unis et que Charlie Kirk était un ami du vice-président, il y a une censure des médias exercée par le pouvoir contre toute critique des idées politiques de la victime…)
En tout cas, l’hypocrisie ordinaire des deux poids deux mesures était mise en évidence : on condamne sans appel la violence commise pour une cause que l’on désapprouve et on l’excuse voire la justifie quand elle est au service d’une cause à laquelle on adhère, l’exemple le plus flagrant étant bien entendu le cas d’Israël et de la Palestine, dont le conflit d’ailleurs est à l’origine de cet affrontement.
Une non violence pure et dure pour parler ainsi, est très rare et la démarche de Martin Luther King que l’on aime citer, est exceptionnelle car elle était vraiment enracinée dans une foi chrétienne radicale difficile à vivre : il suffit de revoir ces scènes insoutenables (pour moi) de ces marches pacifiques où les manifestants étaient insultés, agressés et tabassés sans qu’ils ne répliquent, ni se défendent mais se mettaient à chanter…Ce n’était pas du folklore même si la musique gospel aujourd’hui est devenue un show pour bien-pensants de tous bords dont on a enlevé toute la radicalité du message.
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Comme c’est le carême, je ne peux m’empêcher de revenir sur cette histoire de Jésus et de sa dernière tentation dans le désert sur laquelle les églises et les chrétiens qui défendent des politiques nationalistes identitaires feraient bien de méditer.
« Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire.
Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
Jésus le futur prédicateur, le porte parole et prophète de Dieu qui devait annoncer la venue du royaume et le message que lui avait confié le Père est tenté de croire qu’il peut accomplir sa mission en prenant le pouvoir.
Mais le royaume que Dieu a demandé à Jésus de proclamer ne peut pas s’établir par la force, ni même par l’adoption de lois punitives et restrictives si justes soient-elles. L’exercice de la justice humaine dans le meilleur des cas peut limiter le mal mais elle ne peut pas produire la circoncision des cœurs qui est la condition sine qua non pour la construction du royaume de Dieu : on est dans un autre dimension.
Ce que montre cette tentation très clairement c’est que si l’on cherche la gloire et la puissance même au nom de Dieu, il faut se prosterner devant le « diable »
Malheureusement c’est dans ce piège que sont tombés les dirigeants des églises à travers les siècles quand ils se sont alliées à des pouvoirs autoritaires et répressifs croyant pouvoir imposer par la force aux habitants d’une nation ou d’un royaume, les principes de la vie chrétienne . Et ce qui est étonnant c’est que malgré toutes les horreurs que l’église a pu commettre à travers les siècles à cause de cette méprise, il existe encore aujourd’hui des groupes de chrétiens qui croient et se nourrissent de cette dangereuse illusion.
L’attrait continue à être considérable et le désir d’un Jésus messianique politique, chef d’état, qui ne se serait pas laissé mourir sur la croix, ne faiblit pas autant chez les juifs que chez les chrétiens ( d’où le soutien inconditionnel d’Israël des évangéliques aux États Unis). On veut mettre des faux messies à la tête de tous les pays car lui le vrai Messie, s’est refusé à le faire.
La réaction de Jésus à cette offre exaltante est sans appel : « Arrière, Satan ! » rappel clair et percutant que seul Dieu mérite notre entière dévotion « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » le seul remède efficace contre la tentation de s’agenouiller devant qui que ce soit d’autre et de commettre tous ces actes innommables qui remplissent les pages de nos livres d’histoire.
« Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » dira Jésus plus tard
Et n’en déplaise aux identitaires ou nationalistes chrétiens des deux côtés de l’Atlantique, vous ne pouvez pas servir non plus, Dieu et votre patrie…