Le clair-obscur de l’identité de Jésus

Janvier /février 2026, États Unis

La situation des droits humains ici, est de pire en pire, avec les meurtres de ICE et les rêves impérialistes du président de plus en plus fous…Je sais que le monde en a vu d’autre mais ce qui me révolte c’est que tous ces gens qui clament haut et fort qu’ils sont chrétiens, mettent en place un programme de répression sans précédent envers des gens que Jésus a demandé de défendre et de soutenir ( les étrangers, les malades, les affamés)

Je retrouve donc en cette nouvelle année l’évangile de Jean où Jésus continue à défendre sa légitimité auprès des institutions religieuses de son époque et tient des propos pour le moins énigmatiques et un tant soit peu provocateurs si on en croit la réaction de ses interlocuteurs. En fait j’ai envie d’aborder ce passage par leur réaction plutôt que par les déclarations de Jésus lui-même qui me semblent répétitives

Jean : 8 21-30

Jésus leur dit encore : « Je m’en vais ; vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller. »

Les Juifs disaient : « Veut-il donc se donner la mort, puisqu’il dit : “Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller” ? »

C’est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. En effet, si vous ne croyez pas que moi, JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés. »

On trouve de nouveau le goût de Jésus pour faire des affirmations dont le sens immédiat n’est pas évident. La sidération de ses interlocuteurs montre d’une part qu’ils ont compris que Jésus parlait de sa mort et d’une autre qu’il semble suggérer l’impensable ,à savoir qu’il allait se donner la mort ..

Leur réaction est donc un appel à des explications et comme d’habitude Jésus répond à côté en disant tout simplement qu’il ne sont pas capables de comprendre car il y a un abîme entre le lieu où ils sont ( en bas) et le lieu d’où il vient ( en haut) Il précise cependant qu’il parle de la mort spirituelle , celle qui est due au péché, et leur péché ici est de ne pas reconnaître qui il est.

Alors, ils lui demandaient : « Toi, qui es-tu ? » Jésus leur répondit : « Je n’ai pas cessé de vous le dire.

À votre sujet, j’ai beaucoup à dire et à juger. D’ailleurs Celui qui m’a envoyé dit la vérité, et ce que j’ai entendu de lui, je le dis pour le monde. »

Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père

Après cet éclaircissement, ses interlocuteurs comprennent que son origine est en Dieu cependant, ils veulent l’entendre dire, plus clairement qui il est à savoir. prétend-il vraiment qu’il est le messie ?

Mais, décidément, la réponse de Jésus n’est pas une réponse mais un reproche (et en ce sens je le trouve injuste)… et d’ailleurs l’évangéliste doit venir à notre rescousse pour nous donner à nous les lecteurs la clef de l’énigme car Jésus lui, ne la donne pas à ses interlocuteurs :

Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père.

Jésus leur déclara : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS, et que je ne fais rien de moi-même ; ce que je dis là, je le dis comme le Père me l’a enseigné.

Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. »

Sur ces paroles de Jésus, beaucoup crurent en lui.

Jésus finalement admet que ce n’est pas étonnant qu’ils ne comprennent pas maintenant comme s’il voulait les excuser cette fois-ci et anticipe sur l’avenir avec une expression toute aussi énigmatique: quand vous aurez élevé le fils de l’homme (ce qui met en évidence le fait que cet évangile est rédigé et pensé après la résurrection quand les disciples comprendront eux-mêmes la teneur de la relation entre Jésus et le Père : mais il contient en même temps des indications sur le moment où ont été prononcés les paroles de Jésus)

Pourtant, étonnement cette explication trouve un écho chez ses interlocuteurs et l’évangéliste note qu’au lieu de les rebuter, au contraire, elle en amène beaucoup à croire en lui.

Je dis étonnement car je ne trouve pas ses déclarations plus claires que les autres et je me demande donc pourquoi cette affirmation de Jésus sur sa relation avec le Père ( qu’il a déjà répété maintes fois) convainc cette fois-ci certains de ses interlocuteurs de la véracité de ce qu’il dit et de qui il est

D’où vient ce changement : est-ce l’humilité de Jésus qui ne se vante pas de son pouvoir ni de son autorité mais affirme qu’elles viennent de Dieu.. ?

Il faut simplement ( me) rappeler que l’ordre chronologique des échanges entre Jésus et ses interlocuteurs n’est pas à l’ordre du jour, (parce que considéré comme secondaire) et c’est leur teneur qui compte. Celui-ci rend compte en tout cas de la diversité des réactions à ses propos, incompréhension et confusion d’une part, tout autant que rejet ou adhésion de l’autre.

***


La normalité de la réaction des interlocuteurs de Jésus me frappe : on a tellement décrié ses fameux pharisiens à travers les siècles qu’on est aveuglé par le bien fondé de leurs réactions car il y a eu en filigrane pendant très longtemps cette vision des juifs comme peuple « déicide » et dont toutes les persécutions étaient justifiés … (même si je ne connaissais pas à l’époque le terme « déicide » j’ai découvert qu’il était écrit noir sur blanc dans la doctrine catholique mais finalement a été supprimée après la Shoa….)

Pourtant quand on lit cet évangile de Jean qui a l’air d’être uniquement un traité sur la divinité de Jésus pour certains « rejetée par les méchants juifs », on trouve de nombreuses scènes qui mettent en exergue la difficulté de comprendre la signification de ce qu’il disait … Bref, croire en Jésus de son vivant n’était pas évident et le questionnement et l’incrédulité de ses contemporains n’est pas en réalité si éloignée de la nôtre. Nos contemporains aussi continuent à se poser des questions sur son identité

On en revient toujours à la question que Jésus a posé à ses disciples

Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis? Simon Pierre répondit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.… Mathieu 15:16

La formule de Pierre étant une traduction dont on ne peut pas mesurer le sens originel, je préfère celle qui est mentionnée plus haut dans cet évangile ( Jean 4 68)

Jésus donc dit aux douze: Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller? Simon Pierre lui répondit: Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle »

Cette réponse-là correspond beaucoup mieux à la mienne car elle laisse tout entière le mystère de qui est Jésus…

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