le 15 septembre 2022/ 6 octobre 2022
( j’ai délaissé, Jean, Jésus et le Baptiste au bord du chemin… occupations pressentes du présent obligeant …mais m’y revoilà)
Rencontre et révélation
Jean : 1, 29-34
Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.
C’est celui dont j’ai dit: Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi.
Je ne le connaissais pas, mais c’est afin qu’il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d’eau.
Jean rendit ce témoignage: J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et s’arrêter sur lui.
Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit.
Et j’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu.
L’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde,
C’est cette première expression qui attire mon attention. Les catholiques reconnaîtront bien la formule qui est récitée et est répétée trois fois ( trinité oblige) juste avant le moment de l’eucharistie…mais bien avant qu’elle fasse partie d’une liturgie dominicale, bien encadrée, elle apparaît donc dans la bouche de Jean le Baptiste, un prophète juif du 1er siècle, auquel elle est attribuée, c’est-à-dire bien avant que la notion de dogme existe et qu’aucun des dogmes de l’église chrétienne n’aient été établis…
La question donc que je me pose, est de savoir d’où, dans la tradition juive cette image puisse venir… quels antécédents bibliques pouvait-elle avoir et pour quoi l’appliquer à Jésus ? Les réponses qui ont été données à ce sujet sont diverses. Certaines tournent autour de la Pâque juive, cette commémoration de la libération du peuple juif de l’esclavage égyptien : un agneau devait être sacrifié et son sang étalé sur le linteau de leur porte la veille de leur départ d’Égypte afin que l’ange du Seigneur épargne leur fils.
«Parlez à toute l’assemblée d’Israël, et dites: Le dixième jour de ce mois, on prendra un agneau pour chaque famille, un agneau pour chaque maison [ . . .] Ce sera un agneau sans défaut, mâle, âgé d’un an; vous pourrez prendre un agneau ou un chevreau. On prendra de son sang, et on en mettra sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte des maisons où on le mangera. [. . .] Quand vous le mangerez, vous aurez vos reins ceints, vos souliers aux pieds, et votre bâton à la main; et vous le mangerez à la hâte. C’est la Pâque de l’Éternel.Cette nuit-là, je passerai dans le pays d’Égypte, et je frapperai tous les premiers-nés du pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’aux animaux, et j’exercerai des jugements contre tous les dieux de l’Égypte. Je suis l’Éternel. Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n’y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d’Égypte. » (Extrait du livre de l’Exode)
sauf que, elle ne satisfait pas tout le monde car quand cette rencontre s’est passée, Jésus n’avait été ni fait prisonnier, ni été crucifié, ni sacrifié, ni immolé et donc que Jean le Baptiste le présente comme un agneau pascal qui enlève les péchés du monde semble..anachronique : ce n’est en tout cas pas du tout l’image que l’on se faisait du Messie à l’époque, qui était celle plutôt d’un roi triomphant. L’idée de Jésus- Christ, le messie, agneau de Dieu n’est venu que plus tard, avec les chrétiens.
Comment donc comprendre cette affirmation ? Le plus facile est bien entendu de dire que cette appellation ne vient pas de Jean Le Baptiste mais elle vient de de la communauté johannique à l’origine de la création de ce texte, qui après la mort de Jésus, l’a inséré dans cette scène. Solution de facilité? Une autre hypothèse que j’ai trouvé intéressante est que le mot « agneau » ne soit pas approprié comme traduction et comme choix du sens du mot grec utilisé qui viendrait de l’araméen et qui dans cette langue indiquerait un serviteur, un jeune homme ( je ne suis pas experte sur la question)…. Dans ce cas dire de Jésus qu’il viendra sauver les êtres humains du péché n’est pas si étonnant pour quelqu’un comme Jean le Baptiste qui prêchait la repentance. En d’autres termes que la mort de Jésus n’avait pas eu besoin d’avoir lieu pour que Jean utilise cette formule…(ROBERTS, J. H. (1968). The lamb of God. Neotestamentica, 2, 41–56. http://www.jstor.org/stable/43047704)
Toujours est-il que pour moi,dans la suite de cette rencontre, la répétition de la phrase « je ne le connaissais pas » suggère autre chose : un moment de révélation que Le Baptiste a eu quand il a vu Jésus :
Je ne le connaissais pas, mais c’est afin qu’il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d’eau.[…] Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit.
Il a en quelque sorte prophétisé sur qui était Jésus, sans en vraiment comprendre tout le sens. Tout à coup, il a reçu une compréhension particulière (comme dans les BD où l’on voit une ampoule qui s’allume au-dessus de la tête de la personne qui fait une découverte….) Dans ce sens Jean le Baptiste se retrouve dans la lignée de la tradition prophétique de l’ancien testament : les prophètes pouvaient annoncer des choses en termes symboliques qui ne s’étaient pas encore passées et qui ne pourront être interprétés qu’après les faits. On peut penser même à un épisode célèbre en ce qui concerne le choix des personnes, celui du fameux futur roi David que Dieu a demandé au prophète Samuel de consacrer pour remplacer le roi Saul qui lui avait désobéi alors que rien ne semblait le vouer à devenir le choisi de Dieu :
Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là. »
Alors Samuel dit à Jessé : « N’as-tu pas d’autres garçons ? » Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. » Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé. »
Jessé le fit donc venir : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau.
Le Seigneur dit alors : « Lève-toi, donne-lui l’onction : c’est lui ! »
Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là.
(Samuel, le précurseur de Jean Baptiste ? Pourquoi pas!)
Ce même genre de révélation sur Jésus se retrouve dans l’évangile de Luc où l’on nous raconte qu’au moment de la présentation de Jésus au temple le vieillard Siméon reconnaît que l’enfant devant lui sera le Messie. ( Luc 2 : 25:32)
Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était sur lui. Il avait été divinement averti par le Saint-Esprit qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint au temple, poussé par l’Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu’ordonnait la loi,… il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit: Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut,…
L’idée donc que l’expression utilisée par Jean n’ait pas pu être de lui, ne tient que si on l’analyse avec une explication uniquement scientifique ( au sens le plus étroit du terme), et que l’on oublie qu’il faut la comprendre dans le contexte du judaïsme ambiant. Mais passons…
« le Fils de Dieu »
Également, on entend Jean nommer Jésus comme « le fils de Dieu » une expression qui est devenue lourde de sens ( tout le poids d’un dogme) alors qu’elle ne l’était pas particulièrement quand Jean l’a utilisée. Pour nous qui la lisons aujourd’hui, elle est parasitée par la formule du credo de Nicée (325-381) qui est d’ailleurs une expansion du prologue de Jean :
« Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu,lumière, née de la lumière,vrai Dieu, né du vrai Dieu.Engendré non pas créé,consubstantiel au Père et par lui tout a été fait. »
Si on appose tout cela, à la simple expression du Baptiste qui nomme Jésus, fils de Dieu, au lieu de l’accepter telle quelle, on fait presque un contre sens : on lui donne une valeur qu’il ne lui a pas donné, c’est vraiment nous qui extrapolons : c’est le poids du dogme qui est venu après qui nous empêche de voir que l’exclamation de Jean est tout à fait à sa place, dans cette scène qui se déroule au 1er siècle.
* * *
Ces moments de révélation, à l’aune d’une rencontre, on les a connus tous d’une manière ou d’une autre. En termes humains, on parle de coup de foudre quand on rencontre une personne de laquelle on se dit : c’est elle ( paraît-il car moi je n’ai pas eu de coup de foudre…). En tout cas ce qu’on appelle la conversion, c’est cela : entendre parler de Jésus et s’exclamer « c’est Lui que j’attendais et que nous attendons tous: il est cette vérité et cette lumière qui nous paraissaient si élusives !” On ne sait pas exactement comment on arrive à cette conviction car à ce moment-là, elle s’impose comme une évidence!
Et pourtant comme le Baptiste on peut avoir aussi plus tard au milieu des difficultés et des épreuves, des doutes quand on se demande si on n’a pas exagéré ou rêvé et on commence à remettre en cause ce moment de révélation, ce « euréka » que l’on a vécu qui était à la fois tellement fort et insensé.…
Cette scène, je la comprends un peu mieux maintenant : peu importe si Le Baptiste a utilisé un mot qui voulait dire agneau ou serviteur, peu importe si les mots qui nous sont rapportés ne sont pas mot pour mot ce qu’il a dit, ce que j’en retiens c’est que pour lui, cette rencontre avec Jésus a été un moment de révélation, d’illumination… Et toute l’histoire de Jésus est racontée par des hommes et des femmes qui ont eu, en rencontrant Jésus, des moments comme celui-là…C’est ça le témoignage de l’évangile ou devrait-on dire de l’église même si ce mot est aussi parasité !